Le précédentconcile de Constance (1414-1418) a résolu la crise duGrand Schisme d'Occident. Par son décretFrequens du, il s’est déclaré institution permanente de l’Église, devant se réunir périodiquement et chargé du contrôle de la papauté[1]. Leconcile de Pavie-Sienne, ouvert en 1423, se révèle infructueux et est vite dissous au début de l'année suivante. L'affaire de la réformation est renvoyée au concile général qui doit se tenir sept ans après, et pour lequel le papeMartin V désigne la ville de Bâle[2].
L'ouverture du concile de Bâle est prévue pour le ; Martin V étant mort peu avant, Gabriele Condulmer est élu pape ce jour-là et prend le nom d'Eugène IV.Giuliano Cesarini, cardinal de Saint-Ange et légat en Allemagne doit présider le concile, mais aucunprélat n'était encore arrivé à Bâle et le concile est ouvert par Jean de Polémar,chapelain du pape, et Jean de Raguse, procureur général desDominicains, délégués par lecardinal Cesarini le 23 juillet[3].
Le, les pères du concile somment le pape de révoquer labulle de dissolution, sinon ils procèderont « selon le droit divin et humain, pour le bien de l’Église ». Le concile ouvre un procès contre le pape le 6 septembre suivant[5]. Le 13 juillet 1433, le concile retire au pape le droit de conférer les hautes dignités ecclésiastiques et lui donne soixante jours pour se rétracter[6]. Le 29 juillet, le pape déclare nul et non avenu tout ce que décidera le concile contre lui[7].
Le,Eugène IV doit reconnaître la nullité de sa décision et la légitimité du concile par la bulleDudum Sacrum[8]. Le, le concile réaffirme solennellement sa supériorité au pape[9].
EnBohême, la nouvellecroisade contre les hussites convoquée par le papeMartin V est écrasée en août 1431[10]. Le concile de Bâle se montre prêt à négocier le 15 octobre, ce qui donne à la cour romaine un motif d'opposition contre le concile qui remet en cause la condamnation des Hussites à Constance.
Le, la délégationhussite arrive à Bâle et engage la discussion sur laDéclaration des Quatre Articles le 16. Les négociations n'aboutissent pas et il est décidé de les poursuivre à Prague. Lesutraquistes et les plus modérés destaborites reformulent lesQuatre Articles qui le limitent à la seule communion des deux espèces. Le30 novembre, une délégation du concile signe à Prague desCompacta (accords) négociés avec la délégationhussite (prédication libre,utraquisme, correction publique des péchés, acceptation des sécularisations déjà accomplies)[8]. Les Hussites modérés ratifient lesCompacta à ladiète de Prague le 2 janvier 1434. Les plus extrémistes, lestaborites, rejettent ses accords, mais sont battus par une armée de barons et de pragois (modérés) le6 mai puis sont écrasés à labataille de Lipany le 30 mai. Leur chef,Procope le Grand, y est tué. Le concile reconnaît lesCompacta seulement en 1435[11], tandis que le pape refusa leur ratification.
Les quatorze premières sessions du concile de Bâle se déroulent du 15 février 1432 au 14 novembre 1433. C'est à partir de la seizième session (), après la réconciliation avec le pape, que ce concile devient véritablementcanonique. C'est lors de la trente-quatrième session, le, que le concile devientschismatique.
Le, le papeEugène IV, arguant de la nécessité de tenir un concile d’union avec les orthodoxes, transfère le concile de Bâle àFerrare. Seuls restent à Bâle les extrémistes : ils suspendent Eugène IV et désignent comme nouveau pape le duc de Savoie,Amédée VIII[8]. Il est intronisé dans lacathédrale de Lausanne et prend le nom deFélix V[12]. Les pères du concile de Bâle se séparent lors de la quarante-cinquième session, le, prévoyant la tenue d'un nouveau concile général à Lyon dans trois ans[3].
Le, les pères du concile quittent Bâle pourLausanne. L'antipape, devant l'insistance de la France, finit par abdiquer le. Lors de sa deuxième session le 16 avril, le concile de Lausanne lève toutes les sentences prononcées par le concile de Bâle contre ceux qui ont soutenu Eugène IV. Celui-ci étant mort le, les pères du concile reconnaissent son successeurNicolas V en échange de la ratification par celui-ci de tous les décrets de Bâle et de Lausanne (bulle du). Le concile de Lausanne se réunit pour la dernière fois le 25 avril[14].
Le s'ouvre le concile deFerrare, opposé à celui deBâle[15]. Il déclare nulles toutes les décisions prises par le concile de Bâle. Celui-ci suspend le pape et prend en main le gouvernement de l’Église le 24 janvier.Eugène IV excommunie les pères du concile de Bâle le 15 février. Ceux-ci répliquent le et déclarent hérétiqueEugène IV et le déposent[16].
L'une des raisons du transfert à Ferrare est une requête des Orientaux : l'Église d'Orient, qui cherche du soutien pour faire face à lamenace ottomane, donne son accord pour participer à un concile œcuménique — ils n'avaient pas participé aux sessions du concile de Bâle — sous réserve qu'il se situe sur les bords de lamer Adriatique, afin qu'en cas d'attaque turque, les Orientaux puissent retourner rapidement dans leur pays.Nicolas de Cues est envoyé en mission à Constantinople pour persuader les Grecs d’assister au concile.
Le pape fait son entrée solennelle dans Ferrare le 27 janvier 1438 où il réunit le 8 février tous les cardinaux, évêques et docteurs présents dans la ville. Le cardinal de Sainte-Croix se rend à Venise pour accueillir l'empereur byzantin qui arrive à Ferrare le 4 mars avec sa suite[17].Bessarion est désigné avec le métropolite d'Éphèse Marc Eugénikos pour défendre la position de l'Église grecque. Il prononce le discours inaugural le. La première séance publique se tient le lendemain dans la cathédrale de Ferrare. Le pape siège sur un trône surmonté d'undais, à droite dumaître-autel. Un peu plus bas, sont installés le trône de l'empereur et le siège dupatriarche. Les cardinaux, les archevêques, les évêques, les abbés, les généraux d'ordre, de très nombreux ecclésiastiques, mais aussi les ducs, les comtes et les ambassadeurs venus de tout l'occident se pressent dans la nef de l'église. Parmi eux,Nicolas III d'Este, le maître des lieux, savoure le triomphe de sa diplomatie[17].
Si, au départ, Bessarion persiste à condamner l'addition duFilioque auSymbole de Nicée par l'Église latine, sa position évolue devant les arguments du dominicain Jean de Montenero, et il plaide pour la réconciliation des Églises devant la délégation grecque en avril1439[18]. Le métropolite Marc d'Éphèse conteste pour sa part le rapprochement catholique-orthodoxe. Malgré des pressions duBasileus, il sera le seul évêque à ne pas signer le texte (Laetentur coeli) du concile[19].
Le patriarcheJoseph II, âgé de près de quatre-vingts ans et malade, meurt le. Sa disparition cause un grand émoi parmi les participants au concile, car il était un « fervent partisan de l'union entre les Églises ».
Le, la formule d'entente, la bulleLaetentur coeli[20] (« Que les cieux se réjouissent »), est signée par les représentants latins et byzantins[21]. Le texte grec comporte trente-trois signataires[22] dont l'empereurJean VIII Paléologue, le futurpatriarche de ConstantinopleGeorges Scholarios,Basilius Bessarion etIsidore de Kiev. Néanmoins, des pressions ont été exercées sur la délégation grecque et l’Évêque Antoine d’Héraclée déclarera après le concile « avoir mal agi en signant l'union », mais y avoir été forcé[23].
Bulle d'union entre Rome et Constantinople du.
Le,Bessarion, métropolite de Nicée, lit la version grecque du décret d'union des Églises àSanta Maria del Fiore. La version latine est lue par le cardinalGiuliano Cesarini[18]. Néanmoins, les ecclésiastiques grecs, situés d'une part de l'autel lors de la messe solennelle célébrée devant tout le concile, refusent de communier pour la plupart[24].
La délégation grecque s'embarque à Venise le. Lemétropolite de Kiev,Isidore, a adhéré à l’union des Églises au nom de l’Église russe. De retour àMoscou en1441, il échoue à imposer l'union. Le princeVassili II le fait arrêter et libère l’Église russe de la tutelle des Byzantins[25].
De leur côté,Jean VIII Paléologue etBessarion font face à leur retour à l'opposition de la population et échouent à imposer l'union à Constantinople. La masse du peuple byzantin considère en effet qu'ils ont sacrifié l'Orthodoxie pour de purs intérêts politiques[26]. La proclamation à Constantinople de l'Union n'aura finalement lieu que le.
Le, le concile est transféré de Florence àRome. Il s'y tient deux sessions pendant lesquelles sont publiées des décrets concernant la réunion des jacobites de Syrie (DécretMulta et admirabilia du 30 septembre 1444), deschaldéens et desmaronites (décretBenedictus du 7 août 1445)[27].
De 1439 à 1441, des représentants du patriarchecopte d'Alexandrie et des religieuxéthiopiens deJérusalem participent au concile de Florence. Les premiers acceptent d'entrer dans l'union par la signature de la bulleCantate Domino le[27]. En revanche, les Éthiopiens se contentent de témoigner d'un certain respect pour l’Église romaine même s'ils affirment la bonne volonté de leur roi envers la papauté et son désir de signer l'union si des négociations directes s'engageaient[28]. Leur présence frappe les esprits : ils participent à faire connaître en Occident la présence d'un royaume chrétien dans la haute vallée du Nil, et favorisent la diffusion de rumeurs sur la richesse et la puissance de ce souverain, assimilé au fameuxPrêtre Jean[29]. Symboles de l’universalité du pouvoir pontifical, l'artisteFilarète va jusqu'à les représenter sur les portes de bronze qu'il coule pour labasilique Saint-Pierre en 1445.
↑a etbSophie Cassagnes-Brouquet, Bernard Doumerc,Les Condottières, Capitaines, princes et mécènes en Italie,XIIIe – XVIe siècle, Paris, Ellipses,, 551 p.(ISBN978-2-7298-6345-6), Este de Ferrare et Gonzaga de Mantoue (page 179)
↑L'historien de l'ÉgliseMacaire (Boulgakov) lui avait ajouté plusieurs autres évêques : "Joseph, patriarche de Constantinople, qui ne vécut pas jusqu'à la fin des événements, le célèbre Marc, métropolite d’Éphèse (…), lelocum tenens du siège de Jérusalem, Denys, évêque de Sardes, mort quand le concile siégeait encore à Ferrare, le métropolite de Géorgie, Grégoire, et l'évêque de Stavropolis, qui avaient fui le concile, Sophronios d'Anchialus, encore deux évêques Isaac et Sophronios, et notre évêqueAvraam de Souzdal" (Введение в православное богословие ("Introduction à la théologie russe"),Saint-Pétersbourg,1913, p. 397), mais Avraam de Souzdal a bien signé (Evgueni Goloubinski,Histoire de l'Église russe, t.2 (1), p. 443) avant de se rétracter ultérieurement, et les autres sont fugitifs ou décédés au moment de la signature fait remarquerSerge Boulgakov,Sous les remparts de Chersonèse (1918, publication posthume), Troudy po sotsiologii i teologii, t.2, Moscou, Naouka, 1997, traduit en français par Bernard Marchadier, Genève,Ad Solem, 1999, p. 180.
↑Charles-Josepf Héfélé,Histoire des conciles, tome XI, Librairie Adrien Le Clere, 1876, p. 473.
↑ Marios Benisis,St. Mark of Ephesus : His significant presence in the Council of Florence and the new perspectives in the interreligious dialogues, Aristotle University of Thessaloniki, Greece, Oxford Patristic Conference 2007, p. 9.
↑Marie-Hélène Congourdeau. Pourquoi les Grecs ont rejeté l’Union de Florence (1438-1439). B.Béthouart, M. Fourcade, C. Sorrel. Identités religieuses. Dialogues et confrontations, construction et déconstruction, Université du Littoral Côte d’Opale, pp.35-46, 2008, Les Cahiers du Littoral, 2, n°9. ffhalshs-00672233f, p.6
↑B. Weber, « La bulle Cantate Domino (4 février 1442) et les enjeux éthiopiens du concile de Florence »,Mélanges de l’École Française de Rome - Moyen Age, 122-2,,p. 441-449(lire en ligne)
↑Jean Doresse,Histoire de l'Éthiopie, PUF Que sais-je,p. 55