


Lecomplot judéo-maçonnique, oujudéo-maçonnerie, est unethéorie du complot désignant une collusion ou alliance supposée entre les milieux se rattachant aujudaïsme et ceux relevant de lafranc-maçonnerie afin de tendre vers la domination de la société. Cette expression est utilisée principalement par les adversaires de ces milieux. Son origine provient des milieuxcontre-révolutionnaires, en réaction à laRévolution française, accusée d'être l’œuvre des francs-maçons et des Juifs.
L'amalgame entre ces milieux est le fait descatholiques français, dans les années ayant suivi la publication en1797 du livre d'Augustin Barruel,Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, où il dénonce uncomplot maçonnique dans la Révolution française. Quelques années après, lesloges maçonniques sont ouvertes aux Juifs et les deux milieux sont alors amalgamés. L'opération est facilitée par le fait que lesrituels maçonniques utilisent des motshébreux[1], et par le fait que certains francs-maçons la déclarent inspirée par lakabbale[2]. En1871, lanationalité française est donnée auxJuifs d'Algérie à la suite desdécrets Crémieux. OrAdolphe Crémieux est à la fois juif et franc-maçon, sa dénonciation constitue la véritable naissance du « complot judéo-maçonnique »[1].

La conspiration judéo-maçonnique-communiste consiste en l'addition ou la synthèse dujudéo-bolchévisme et de la thèse de la judéo-maçonnerie. Ces thèses sont surtout popularisées dès larévolution d'octobre 1917 par desRusses blancs. On la retrouve également dans l'Espagne franquiste. Dès l'été1940, legouvernement de Vichy diabolise la« monstrueuse alliance du communisme moscoutaire, du radicalisme maçonnique et de la finance juive » qui a« précipité la France dans une guerre idéologique après l'avoir affaiblie »[3]. Il s'agissait également du thème de l'Exposition antimaçonnique de 1941 en Serbie.
Le,Augustin Barruel reçut à Paris une lettre deFlorence provenant d'un soldat italien, Giovanni Battista Simonini[4], dans laquelle ce dernier exprime la satisfaction que lui a procurée la lecture de sesMémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme. Il tient toutefois à évoquer un témoignage personnel, évoquant la thèse de la judéo-maçonnerie, qui lui permet d'affirmer que la maçonnerie est sous la direction du judaïsme. Barruel transmet la lettre au papePie VII, qui lui répond par son secrétaire, puis au roiLouis XVIII[5]. Ces correspondances ont été publiées pour la première fois en1882, dans le journalLa Civiltà Cattolica[6].
En1816,Johann Christian Ehrmann publie en Allemagne anonymement unethéorie du complot par un livre et l'adressant comme un avertissement aux Allemands[7] appuyant la thèse d'un complot judéo-maçonnique[8] affirmant que les juifs francs-maçons deFrancfort voulaient une république mondiale fondée sur l'humanisme[9].
SelonJacob Katz, c'est dans l'ouvrage de1852 d'Eduard Emil EckertLa franc-maçonnerie dans sa véritable signification[10], que les graines d’une hostilité commune à l’encontre des juifs et francs-maçons sera semée pour la première fois[11].
Osman Bey a désigné dans ses écrits la franc-maçonnerie comme contrôlée par le judaïsme, il fut suivi dans sa démarche parHippolytus Lutostansky dans les années1870[12].
En1893, l’archevêqueLeo Meurin alimente la thèse par une réflexion philosophique et théologique dans son livreLa franc-maçonnerie, synagogue de Satan[13]. Il y explique que par l'interprétation prosaïque et littérale que lesjuifs tirent du récit biblique, ils projetteraient de dominer la terre par la voie de la corruption idéologique. Ainsi les juifs utiliseraient les francs-maçons comme leurs suppôts, auxquels ils auraient transmis leur doctrine kabbalistique et leur aversion pour l’Église et leChrist. Il établit des liens entre lakabbale et la dogmatique maçonnique en se référant au livre d’Adolphe Franckla kabbale. Il avance qu’originellement, la franc-maçonnerie serait construite des débris de l'ordre des templiers et animée de l'esprit vindicatif de ceux qui s'en revendiqueraient héritiers.
En1903,Isidore Bertrand défend la thèse dans un livre[14].
Jean-Baptiste Bidegain, dénonciateur de l'affaire des fiches en1905, a dénoncé ce qu'il voyait comme une collusion judéo-maçonnique sociétale et parlementaire, argumentant que les ambitions de ces 2 groupes auraient été communes[15] et affirmant que des candidatures maçonniques à l'Assemblée nationale au début duXXe siècle, dans le contexte politique suivant l'affaire Dreyfus, auraient bénéficié de financements d'origine juive[16].
En1908,Paul Copin-Albancelli exprime que les intérêts du judaïsme dans la Révolution française, qu'il voit comme uncomplot maçonnique, sont évidents, tout comme la participation massive et organisée de la communauté juive à larévolution russe de 1905[17]. Pour lui, cette convergence d'intérêts pourrait être le fruit d'une subordination de la maçonnerie au judaïsme, mais la présence de différents pouvoirs en jeu ne permet pas de l'affirmer avec sûreté[18].
Entre 1910 et 1916, des théories du complot de ce type sont diffusées concernant leComité Union et Progrès et son action révolutionnaire au sein de l'Empire ottoman par des sources proches du gouvernement britannique à travers la correspondance diplomatique de SirGerard Lowther, ambassadeur britannique à Constantinople, etGilbert Clayton, chef de l'Intelligence Service en Égypte[19],[20],[21],[22].
DansLes Protocoles des Sages de Sion, un faux écrit et popularisé parMathieu Golovinski etSergueï Nilus[23], l'expression« L’invincibilité de la judéo-maçonnerie » figure dans le premier protocole, le troisième évoque« notre maçonnerie socialiste », le quatrième désigne laloge maçonnique comme « un masque qui cache notre but », le onzième comme« une poudre aux yeux » par laquelle la communauté juive atteint son but mais« seulement par des moyens détournés ».
En1921,Ernest Jouin reprend le thème[24].
En1929,Léon de Poncins associe également les deux communautés[25].
En1935,Joseph Santo dénonce un complot judéo-maçonnique dans la répression de lacrise du 6 février 1934[26].

Dans lesannées 1940 et1950,Barry Domvile est l'auteur d'une théorie du complot sur une organisation désignée par le vocableJudmas, une combinaison judéo-maçonnique qui eut d'après lui une influence désastreuse sur l'histoire mondiale[27].
En mars 1943, le film de propagandeForces occultes, commandité par lerégime de Vichy, attribue aux francs-maçons et aux Juifs une toute-puissance aussi universelle que maléfique dont les conséquences les plus manifestes sont laSeconde Guerre mondiale et la défaite de la France en 1940.
À la fin duXXe siècle et au début duXXIe siècle, le thème du complot judéo-maçonnique est fréquemment repris par l'extrême droite française[28].
Gustave Bord fut un des premiers historiens àréfuter[Comment ?] l'existence d'une conspiration judéo-maçonnique[29].
Les théories du complot judéo-maçonnique ont trouvé une nouvelle monnaie parmi les diverses forces politiques marginales de l'après-communisme enRussie, où la misère généralisée aurait créé un terrain fertile pour les théories du complot[30], combiné avec l'accusation antisémite de meurtre rituel et lanégation de l'Holocauste. Ces points de vue sont également exprimés par plusieurs auteurs, notamment par Oleg Platonov[31], Vadim Kozhinov,Igor Shafarevich et Grigory Klimov[30],[32],[33].

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