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Complot judéo-maçonnique

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La France catholique menée par les Juifs et les francs-maçons, désigne une collusion ou une alliance judéo-maçonnique (Achille Lemot pourLe Pèlerin, numéro du 31 août 1902).
La France catholique affrontant en duel un franc-maçon, avec les conseils d'un « parrain », sans doute unjuif caricaturé, référence à une thématique judéo-maçonnique de domination du premier sur le second se trouvant ainsi instrumentalisé (Achille Lemot pourLe Pèlerin, 12 octobre 1902).
Révolution française : avant et après : dessin satirique deCaran d'Ache de 1898, durant l'affaire Dreyfus. Bien que l'Ancien Régime n'était pas idyllique, la situation a vu un surcroît d'oppression apparaître sous la forme d'un banquier, d'un franc-maçon et d'un juif se substituant au seul noble d'antan.

Lecomplot judéo-maçonnique, oujudéo-maçonnerie, est unethéorie du complot désignant une collusion ou alliance supposée entre les milieux se rattachant aujudaïsme et ceux relevant de lafranc-maçonnerie afin de tendre vers la domination de la société. Cette expression est utilisée principalement par les adversaires de ces milieux. Son origine provient des milieuxcontre-révolutionnaires, en réaction à laRévolution française, accusée d'être l’œuvre des francs-maçons et des Juifs.

Historique de l'expression

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Théorie du complot judéo-maçonnique

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L'amalgame entre ces milieux est le fait descatholiques français, dans les années ayant suivi la publication en1797 du livre d'Augustin Barruel,Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, où il dénonce uncomplot maçonnique dans la Révolution française. Quelques années après, lesloges maçonniques sont ouvertes aux Juifs et les deux milieux sont alors amalgamés. L'opération est facilitée par le fait que lesrituels maçonniques utilisent des motshébreux[1], et par le fait que certains francs-maçons la déclarent inspirée par lakabbale[2]. En1871, lanationalité française est donnée auxJuifs d'Algérie à la suite desdécrets Crémieux. OrAdolphe Crémieux est à la fois juif et franc-maçon, sa dénonciation constitue la véritable naissance du « complot judéo-maçonnique »[1].

Théorie du complot judéo-maçonnico-communiste

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L'Exposition antibolchevique visait à dénoncer un complot judéo-maçonnique-communiste (oubolchévique) enFrance sous l'Occupation allemande.

La conspiration judéo-maçonnique-communiste consiste en l'addition ou la synthèse dujudéo-bolchévisme et de la thèse de la judéo-maçonnerie. Ces thèses sont surtout popularisées dès larévolution d'octobre 1917 par desRusses blancs. On la retrouve également dans l'Espagne franquiste. Dès l'été1940, legouvernement de Vichy diabolise la« monstrueuse alliance du communisme moscoutaire, du radicalisme maçonnique et de la finance juive » qui a« précipité la France dans une guerre idéologique après l'avoir affaiblie »[3]. Il s'agissait également du thème de l'Exposition antimaçonnique de 1941 en Serbie.

Chronologie de la théorie du complot

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XIXe siècle

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Le,Augustin Barruel reçut à Paris une lettre deFlorence provenant d'un soldat italien, Giovanni Battista Simonini[4], dans laquelle ce dernier exprime la satisfaction que lui a procurée la lecture de sesMémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme. Il tient toutefois à évoquer un témoignage personnel, évoquant la thèse de la judéo-maçonnerie, qui lui permet d'affirmer que la maçonnerie est sous la direction du judaïsme. Barruel transmet la lettre au papePie VII, qui lui répond par son secrétaire, puis au roiLouis XVIII[5]. Ces correspondances ont été publiées pour la première fois en1882, dans le journalLa Civiltà Cattolica[6].

En1816,Johann Christian Ehrmann publie en Allemagne anonymement unethéorie du complot par un livre et l'adressant comme un avertissement aux Allemands[7] appuyant la thèse d'un complot judéo-maçonnique[8] affirmant que les juifs francs-maçons deFrancfort voulaient une république mondiale fondée sur l'humanisme[9].

SelonJacob Katz, c'est dans l'ouvrage de1852 d'Eduard Emil EckertLa franc-maçonnerie dans sa véritable signification[10], que les graines d’une hostilité commune à l’encontre des juifs et francs-maçons sera semée pour la première fois[11].

Osman Bey a désigné dans ses écrits la franc-maçonnerie comme contrôlée par le judaïsme, il fut suivi dans sa démarche parHippolytus Lutostansky dans les années1870[12].

En1893, l’archevêqueLeo Meurin alimente la thèse par une réflexion philosophique et théologique dans son livreLa franc-maçonnerie, synagogue de Satan[13]. Il y explique que par l'interprétation prosaïque et littérale que lesjuifs tirent du récit biblique, ils projetteraient de dominer la terre par la voie de la corruption idéologique. Ainsi les juifs utiliseraient les francs-maçons comme leurs suppôts, auxquels ils auraient transmis leur doctrine kabbalistique et leur aversion pour l’Église et leChrist. Il établit des liens entre lakabbale et la dogmatique maçonnique en se référant au livre d’Adolphe Franckla kabbale. Il avance qu’originellement, la franc-maçonnerie serait construite des débris de l'ordre des templiers et animée de l'esprit vindicatif de ceux qui s'en revendiqueraient héritiers.

XXe siècle

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En1903,Isidore Bertrand défend la thèse dans un livre[14].

Jean-Baptiste Bidegain, dénonciateur de l'affaire des fiches en1905, a dénoncé ce qu'il voyait comme une collusion judéo-maçonnique sociétale et parlementaire, argumentant que les ambitions de ces 2 groupes auraient été communes[15] et affirmant que des candidatures maçonniques à l'Assemblée nationale au début duXXe siècle, dans le contexte politique suivant l'affaire Dreyfus, auraient bénéficié de financements d'origine juive[16].

En1908,Paul Copin-Albancelli exprime que les intérêts du judaïsme dans la Révolution française, qu'il voit comme uncomplot maçonnique, sont évidents, tout comme la participation massive et organisée de la communauté juive à larévolution russe de 1905[17]. Pour lui, cette convergence d'intérêts pourrait être le fruit d'une subordination de la maçonnerie au judaïsme, mais la présence de différents pouvoirs en jeu ne permet pas de l'affirmer avec sûreté[18].

Entre 1910 et 1916, des théories du complot de ce type sont diffusées concernant leComité Union et Progrès et son action révolutionnaire au sein de l'Empire ottoman par des sources proches du gouvernement britannique à travers la correspondance diplomatique de SirGerard Lowther, ambassadeur britannique à Constantinople, etGilbert Clayton, chef de l'Intelligence Service en Égypte[19],[20],[21],[22].

DansLes Protocoles des Sages de Sion, un faux écrit et popularisé parMathieu Golovinski etSergueï Nilus[23], l'expression« L’invincibilité de la judéo-maçonnerie » figure dans le premier protocole, le troisième évoque« notre maçonnerie socialiste », le quatrième désigne laloge maçonnique comme « un masque qui cache notre but », le onzième comme« une poudre aux yeux » par laquelle la communauté juive atteint son but mais« seulement par des moyens détournés ».

En1921,Ernest Jouin reprend le thème[24].

En1929,Léon de Poncins associe également les deux communautés[25].

En1935,Joseph Santo dénonce un complot judéo-maçonnique dans la répression de lacrise du 6 février 1934[26].

L'affiche du filmForces occultes.

Dans lesannées 1940 et1950,Barry Domvile est l'auteur d'une théorie du complot sur une organisation désignée par le vocableJudmas, une combinaison judéo-maçonnique qui eut d'après lui une influence désastreuse sur l'histoire mondiale[27].

En mars 1943, le film de propagandeForces occultes, commandité par lerégime de Vichy, attribue aux francs-maçons et aux Juifs une toute-puissance aussi universelle que maléfique dont les conséquences les plus manifestes sont laSeconde Guerre mondiale et la défaite de la France en 1940.

À la fin duXXe siècle et au début duXXIe siècle, le thème du complot judéo-maçonnique est fréquemment repris par l'extrême droite française[28].

Gustave Bord fut un des premiers historiens àréfuter[Comment ?] l'existence d'une conspiration judéo-maçonnique[29].

Russie post-soviétique

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Les théories du complot judéo-maçonnique ont trouvé une nouvelle monnaie parmi les diverses forces politiques marginales de l'après-communisme enRussie, où la misère généralisée aurait créé un terrain fertile pour les théories du complot[30], combiné avec l'accusation antisémite de meurtre rituel et lanégation de l'Holocauste. Ces points de vue sont également exprimés par plusieurs auteurs, notamment par Oleg Platonov[31], Vadim Kozhinov,Igor Shafarevich et Grigory Klimov[30],[32],[33].

Dans la culture populaire

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Littérature
  • Le romanLe Juif franc-maçon, de l'abbéHenri Desportes, paru en 1890, raconte l'histoire d'un franc-maçon juif régnant sur tout un village, il fut classé dans lesmeilleures ventes à l'époque[34].
  • Le romanLe péril franc-maçon et le péril juif, paru en 1895 de Georges Romain, pseudonyme de Georges Kestler[34].
  • La thématique de la judéo-maçonnerie et du complot y afférent fait partie de la trame du roman d'Umberto Eco,Le Cimetière de Prague[35].
Cinéma

Bibliographie

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L'Aryen rompt les chaînes de la judéo-maçonnerie, dessin de 1897 dans un livre d'A.-J. Jacquet, France.

Notes et références

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  1. a etbÇa m'intéresse,no 8, septembre-octobre 2011, « D’où vient le prétendu « complot » des Juifs et de francs-maçons, qui viserait la domination du monde ? », parEmmanuel Pierrat,p. 36.
  2. Tout au moins selonAlbert Pike(en)Morals and Dogma: Consistory:XXXII. Sublime Prince of the Royal Secret.
  3. Robert O. Paxton,La France de Vichy, Paris,éditions du Seuil, 1997,p. 112.
  4. Sur lui, cf. Reinhard Markner, « Giovanni Battista Simonini: Shards from the Disputed Life of an Italian Anti-Semite », Marina Ciccarini, Nicoletta Marcialis e Giorgio Ziffer (dir.),Kesarevo Kesarju. Scritti in onore di Cesare G. De Michelis, Florence, 2014, p. 311-319.
  5. Aleksander Dmitrievich Netchvolodow,L'Empereur Nicolas II et les Juifs, Étienne Chiron, Paris, 1924, ASIN B001D7RNEA,p. 231-236.
  6. Nicolas Deschamps,Les Sociétés secrètes et la Société, III,p. 661.
  7. (de) Johann Christian Ehrmann, « Das Judenthum in der Maurerey, eine Warnung an alle deutsche Logen », 1816.
  8. (de)Johannes Rogalla von Bieberstein, « Die These von der freimaurerischen Verschwörung ».
  9. (de)Flensburger Hefte Verlag, « Die Rolle der Juden im Rahmen der Verschwörungsthese ».
  10. Eduard Emil Eckert,La franc-maçonnerie dans sa véritable signification (Der Freimaurer Orden in seiner wahren Bedeutung), Dresde, 1852.Version en ligne en français, traduit par l'abbéJean Guillaume Gyr.
  11. Jacob Katz,Jews and Freemasons, 1970, p. 152.
  12. (en) James R. Lewis, Olav Hammer,The Invention of Sacred Tradition,p. 79.
  13. Leo Meurin,La franc-maçonnerie, synagogue de Satan, 1893.
  14. Isidore Bertrand,La franc-maçonnerie, secte juive née du Talmud, Librairie Bloud et Cie, 1903,texte en ligne.
  15. Jean-Baptiste Bidegain,Le Grand-Orient de France. Sa Doctrine et ses Actes, Paris, Librairie antisémite, 1905,p. 258.
  16. Jean-Baptiste Bidegain, op. citée,p. 277.
  17. Paul Copin-Albancelli,Le Drame maçonnique. Le Pouvoir occulte contre la France, 1908,p. 361-362.
  18. Paul Copin-Albancelli,Le Drame maçonnique. Le Pouvoir occulte contre la France, 1908,p. 299.
  19. Isaiah Friedman,Germany, Turkey, and Zionism 1897-1918.
  20. Aykut Kansu,The revolution of 1 908 in Turkey.
  21. Francis Harry Hinsley,British foreign policy under Sir Edward Grey.
  22. Élie Kédourie,Arabic political memoirs and other studies.
  23. Walter Laqueur :Histoire des droites en Russie, p. 57 & suiv., Paris, éd. Michalon, 1996;(ISBN 978-2841860081)
  24. Ernest Jouin, « Le Péril judéo-maçonnique »,Revue internationale des sociétés secrètes, 1921.
  25. Léon de PoncinsFranc-maçonnerie et judaïsme, 1929 ; F. Paillart,(en)Freemasonry & Judaism: Secret Powers Behind Revolution.
  26. Joseph Santo,La Judéomaçonnerie et les Massacres du 6 février 1934, 1935, impr. G. Pauc.
  27. Barry Domvile,From Admiral to Cabin Boy,p. 81.
  28. « Le Pen : Chirac est aux mains du complot juif »,Libération
  29. F. Magnette,« Delbeke »,Revue belge de philologie et d'histoire, 1939, volume 18,no 18-1,p. 203-207.
  30. a etb(en)« Anti-Semitic Conspiracy Theories Spread Globally As World Markets Grapple With Financial Crisis »[archive du], surAdl.org(consulté le)
  31. (en)« Antisemitism and Racism – The Stephen Roth Institute for the Study of Contemporary »[archive du], surTau.ac.il(consulté le)
  32. (en) ViktorYerofeyev, « Moscow Believes in Conspiracy Theories », surRferl.org(consulté le)
  33. (en) « Some Russians still accuse Jews of 'ritual murder' in czar's death | j. the Jewish news weekly of Northern California », surJewishsf.com,(consulté le)
  34. a etbPierre Pierrard,Les Chrétiens et l'affaire Dreyfus,p. 30.
  35. Umberto Eco,Le Cimetière de Prague,éditions Grasset.

Voir aussi

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