La Commagène comme État vassal de l'Arménie auIer siècleav. J.-C.La Commagène dans l'Empire romain en 120.La Commagène dans l'Empire romain d'Orient, aux frontières desParthes.
Commagène (enlouviteKummuhu, engrec Kομμαγηνή, enKurdeKommagênê, enarménien Կոմմագենէի Թագաւորութիւն) était un royaume situé sur le haut-Euphrate, au centre sud de l'actuelleTurquie, avec comme capitaleSamosate (près de la ville moderne d'Adıyaman). Aujourd'hui, la Commagène est célèbre pour son sanctuaire royal situé sur lemont Nemrod.
C'est Antiochos qui fait ériger sur le sommet dumont Nemrod le complexe funéraire monumental qui fait aujourd'hui la renommée du lieu. Ce roi repousse les attaques deMarc Antoine, qu'il finit pourtant par rejoindre dans la guerre civile romaine. Après la défaite d'Antoine contreOctave, la Commagène devient un état client deRome. En 17,Tibère déposeAntiochosIII, maisCaligula rend le trône à son filsAntiochosIV de Commagène qui règne jusqu'en 72, date à laquelleVespasien dépose la dynastie, dont les descendants vécurent enGrèce dans la prospérité.Caius Iulius Antiochus Epiphanes Philopappus (70-126), l'un des descendants, est honoré par un importantmonument àAthènes. Un inconnu (était-ce un descendant de cette dynastie hellénistique ?), un usurpateur du nom deJotapianus, dans l'année 248[3], prend le titre d'« empereur romain enSyrie etCappadoce » (dont la Commagène faisait alors partie). Ceci prouve bien le maintien des solidarités envers les héritiers macédoniens dans la région, bien après son intégration dans l'Empire romain. Il est d'ailleurs remarquable qu'AntiochosIV arme en 70, contre les juifs révoltés, des soldats armés à la macédonienne[4].
AuIIe siècle, la Commagène est partagée entre lesdiocèses romains du Pont et d'Orient. Sous l'Empire romain, les rois de Commagène tentèrent d'établir des liens forts entre leur dynastie et le dieu iranienMithra. L'historien et chercheur Roger Beck a suggéré en 1996 que des marchands, des militaires et des membres de l'élite de Commagène ont pu être à l'origine de la diffusion duculte à mystères romain nommé « mithraïsme ». Ceci souligne l'importance des héritiers de la tradition militaire macédonienne et leur influence dans l'armée romaine orientale y compris pour la diffusion de cultes orientaux qu'ils avaient largement adoptés[5].
Sous l'Empire ottoman, l'ancienne Commagène, dont le nom n'est plus usité, est intégrée à l'eyalet de Dulkadriyyé, puis à celui deMarache. Au cours du temps, les ermitages chrétiens sont progressivement abandonnés (les derniers auXVIIIe siècle), mais des communautésderviches etalévies se forment parmi lesmusulmans, alors quemosquées etcaravansérails se multiplient à leur tour.
Terrasse Ouest du Nemrut Dağı.AntiochosIer de Commagène etMithra, bas-relief du Mont Nemrod.
Le royaume antique de Commagène n'était pas très étendu (environ 35 000 km2) mais était fort prospère par sa position au carrefour entre Syrie,Cappadoce et Arménie, et c'est ce qui a permis àAntiochus Theos d'ériger un monumental complexe commémoratif sur le sommet dumont Nemrod, comprenant un sanctuaire avec des statues géantes du roi (dont l'épithète en grec signifie simplement « dieu ») entouré de diverses divinités. L'emplacement de la tombe d'Antiochos lui-même est l'un des mystères de l'archéologie et des recherches récentes à l'aide de larésonance magnétique nucléaire ont révélé que près du mausolée se trouvent des cavités qui pourraient contenir la tombe du roi.
Le sanctuaire du montNimrod témoigne dusyncrétisme hellénistique, chaque dieu étant une synthèse de dieux grecs et perses classiques (par exempleApollon-Mithra-Hélios), et a été réalisé pour être un « Olympe » de la Commagène et un centre spirituel pour le Moyen-Orient.Les statues sont progressivement détruites d'abord par les Romains (qui n'admettent pas la divinisation d'autres souverainsque leur empereur), ensuite par les chrétiens et pour finir par les musulmans.Puis le sanctuaire, tombé dans l'oubli, est redécouvert seulement auXIXe siècle[12].C'est à l'heure actuelle un site du plus haut intérêt archéologique inscrit aupatrimoine mondial de l'humanité[13].
↑Laurent Capdetrey,Le pouvoir séleucide : territoire, administration, finances d’un royaume hellénistique (312-129 av. J.-C.), Presses Universitaires de Rennes, 2007, 536 p.
↑Marcel Launey,Recherches sur les armées hellénistiques, Paris, 1987,p. 724-812.
↑Eusèbe de Césarée,Histoire ecclésiastique, III, 17.
↑Ammien Marcellin,Histoire de Rome, XIV, 8, 7 : « Après l'Osdroène, que nous avons exceptée de cette description, vient la Commagène, qu'on appelle aujourd'hui Euphratensis. Le sol de cette province forme un plateau peu élevé, où l'on remarque deux villes importantes et renommées : Hiérapolis, qui est l'ancien Ninus, et Samosate ».