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Commagène

37° 33′ N, 38° 30′ E
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La Commagène comme État vassal de l'Arménie auIer siècleav. J.-C.
La Commagène dans l'Empire romain en 120.
La Commagène dans l'Empire romain d'Orient, aux frontières desParthes.

Commagène (enlouviteKummuhu, engrec Kομμαγηνή, enKurdeKommagênê, enarménien Կոմմագենէի Թագաւորութիւն) était un royaume situé sur le haut-Euphrate, au centre sud de l'actuelleTurquie, avec comme capitaleSamosate (près de la ville moderne d'Adıyaman). Aujourd'hui, la Commagène est célèbre pour son sanctuaire royal situé sur lemont Nemrod.

Histoire

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Antiquité

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Au début duIer millénaire avant notre ère, la Commagène, alors habitée par lesLouvites, est mentionnée pour la première fois dans les sourcesassyriennes sous la dénomination d'« alliéKummuhu ». Le pays est disputé entre lesHittites et lesOurartéens, puis entre lesCimmériens et lesAssyriens : en 708 avant notre ère la Commagène est conquise par le roi assyrienSargonII), pour finalement échoir auxMèdes auVIe siècle av. J.-C. et auxPerses auIVe siècle av. J.-C. (elle est conquise parCyrus le Grand). AuIIe siècle av. J.-C., la Commagène est partagée entre leroyaume d'Arménie au nord, et l'empire d'Alexandre le Grand au sud.

Un royaumehellénistique, avecSamosate pour capitale, et bordé par laCilicie à l'ouest et laCappadoce au nord, est fondé en162 av. J.-C., lorsque son gouverneur Ptolémée, certainement en bonne intelligence avec lesSéleucides, devient dynaste héréditaire du pays. Peuplée d'Iraniens et d'Arméniens dont les élites sonthellénisées, la Commagène est gouvernée par une dynastie liée aux roisparthes, mais probablement d'origine macédonienne étant donné le nom de son fondateur (Antiochos) et la place de celui-ci dans l'administration séleucide[1]. Son descendant,MithridateIer Kallinikos (100-70), épouseLaodicéVIIThéa Philadelphe, fille d'AntiochosVIII, marquant une alliance avec les Séleucides. Au début duIer siècle av. J.-C., la Commagène est annexée par l'Arménie, avant d'être à nouveau indépendante sousAntiochosIer (69-40) qui aidePompée contre les Parthes en 64av. J.-C. et reçoit des territoires en récompense[2].

Stèle d'AntiochosIer, roi Commagène.

C'est Antiochos qui fait ériger sur le sommet dumont Nemrod le complexe funéraire monumental qui fait aujourd'hui la renommée du lieu. Ce roi repousse les attaques deMarc Antoine, qu'il finit pourtant par rejoindre dans la guerre civile romaine. Après la défaite d'Antoine contreOctave, la Commagène devient un état client deRome. En 17,Tibère déposeAntiochosIII, maisCaligula rend le trône à son filsAntiochosIV de Commagène qui règne jusqu'en 72, date à laquelleVespasien dépose la dynastie, dont les descendants vécurent enGrèce dans la prospérité.Caius Iulius Antiochus Epiphanes Philopappus (70-126), l'un des descendants, est honoré par un importantmonument àAthènes. Un inconnu (était-ce un descendant de cette dynastie hellénistique ?), un usurpateur du nom deJotapianus, dans l'année 248[3], prend le titre d'« empereur romain enSyrie etCappadoce » (dont la Commagène faisait alors partie). Ceci prouve bien le maintien des solidarités envers les héritiers macédoniens dans la région, bien après son intégration dans l'Empire romain. Il est d'ailleurs remarquable qu'AntiochosIV arme en 70, contre les juifs révoltés, des soldats armés à la macédonienne[4].

AuIIe siècle, la Commagène est partagée entre lesdiocèses romains du Pont et d'Orient. Sous l'Empire romain, les rois de Commagène tentèrent d'établir des liens forts entre leur dynastie et le dieu iranienMithra. L'historien et chercheur Roger Beck a suggéré en 1996 que des marchands, des militaires et des membres de l'élite de Commagène ont pu être à l'origine de la diffusion duculte à mystères romain nommé « mithraïsme ». Ceci souligne l'importance des héritiers de la tradition militaire macédonienne et leur influence dans l'armée romaine orientale y compris pour la diffusion de cultes orientaux qu'ils avaient largement adoptés[5].

AuxIIIe et IVe siècles, la région achève de s’helléniser et sechristianise malgré les persécutions deDioclétien de 303-304, dontEusèbe de Césarée est le témoin[6]. Dans la seconde moitié duIVe siècle, sous l'impulsion deBasile, de nombreuxermitages chrétiens s'implantent en Commagène, en réponse à l'arianisme qui est alors en plein essor dans la région et qui a les faveurs de l'empereurValens :basiliques etoratoires se multiplient. LesRomaniotes, juifs hellénisés, avaient, pour leur part, des synagogues àGermanicie,Mélitène,Samosate etZeugma. La Commagène forme alors laprovince d'Euphratésie[7],[8].

Le célèbreLucien de Samosate, rhéteur et satirique d'expression grecque, est né vers 125 à Samosate.

Article détaillé :Rois de Commagène.

Moyen Âge

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AuVIIe siècle, la Commagène est envahie par lecalifatarabe desAbbassides. En647,Moawiya, gouverneur de Syrie, l'annexe. La région reste aux mains desAbbassides jusqu'aux victoires de l'empereurNicéphoreII Phocas au cours de la seconde moitié duXe siècle, qui permettent à l'empire byzantin d'y constituer quatrethèmes : ceux deGermanicie, deLykandos, deMélitène et de Samosate. Les raidsmusulmans harcèlent néanmoins la Commagène jusqu'auIXe siècle. C'est durant cette longue période troublée que les chrétiens de la région prennent l'habitude d'installer leurs lieux de culte dans desabris troglodytiques, plus faciles à dissimuler et à défendre[9].

Parmi ces chrétiens, lesorthodoxes, dont lespatriarcats deConstantinople et d'Antioche se disputent la juridiction, font face auxmardaïtes (dont se réclament les actuelsmaronites)[10] et auxpauliciens (que l'on suppose être à l'origine des mouvementsbogomile etcathare)[11].

À la suite de labataille de Manzikert, en1071, la Commagène est conquise par lesTurcs seldjoukides, menés parAlp Arslan, qui vainc l'empereur byzantinRomainIV Diogène. Deux sultanatsturcs, celui desDanichmendides établis àSébastée et celui desSeldjoukides établis àIconium, se mettent en place. Les Seldjoukides se heurtent cependant auxCroisés qui, en1099, fondent lecomté d'Édesse qui comporte la moitié sud de la Commagène, tandis que la moitié nord reste seldjoukide.

EnAnatolie, en1299, alors que lecomté d'Édesse s'est effondré, Osman Gazi, unbey vassal dusultan seldjoukide, lui ravit le pouvoir et se fait proclamer sultan sous le nom d'OsmanIer, fondant ainsi ladynastie ottomane. Cette dernière s'empare progressivement desautres beylicats issus de la fragmentation des Seldjoukides, dont, auXIVe siècle, celui deDulkadir qui s'était formé en Commagène. Petit-à-petit, la population locale devientturque etmusulmane au fil desconversions (entre autres, pour ne plus payer leharaç : double-capitation sur les non-musulmans, et pour ne plus subir ledevchirmé : enlèvement des garçons pour le corps desjanissaires). Seule une faible minorité reste chrétienne, d'obédience en généralhétérodoxe (monophysite arménienne ounestorienne araméenne). Une partie des juifs passe aussi à l'islam : ce sont desdönme.

Époques moderne et contemporaine

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Sous l'Empire ottoman, l'ancienne Commagène, dont le nom n'est plus usité, est intégrée à l'eyalet de Dulkadriyyé, puis à celui deMarache. Au cours du temps, les ermitages chrétiens sont progressivement abandonnés (les derniers auXVIIIe siècle), mais des communautésderviches etalévies se forment parmi lesmusulmans, alors quemosquées etcaravansérails se multiplient à leur tour.

Après la signature dutraité de Lausanne de1923, les derniers commagéniotes chrétiens sont expulsés du pays vers laSyrie, alors sousmandat français. Actuellement, l'ancienne Commagène est partagée entre les provinces turques modernes d'Adiyaman,Gaziantep,Elâzığ etMalatya.

Parc national du Nemrut Dağı

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Terrasse Ouest du Nemrut Dağı.
AntiochosIer de Commagène etMithra, bas-relief du Mont Nemrod.

Le royaume antique de Commagène n'était pas très étendu (environ 35 000 km2) mais était fort prospère par sa position au carrefour entre Syrie,Cappadoce et Arménie, et c'est ce qui a permis àAntiochus Theos d'ériger un monumental complexe commémoratif sur le sommet dumont Nemrod, comprenant un sanctuaire avec des statues géantes du roi (dont l'épithète en grec signifie simplement « dieu ») entouré de diverses divinités. L'emplacement de la tombe d'Antiochos lui-même est l'un des mystères de l'archéologie et des recherches récentes à l'aide de larésonance magnétique nucléaire ont révélé que près du mausolée se trouvent des cavités qui pourraient contenir la tombe du roi.

Le sanctuaire du montNimrod témoigne dusyncrétisme hellénistique, chaque dieu étant une synthèse de dieux grecs et perses classiques (par exempleApollon-Mithra-Hélios), et a été réalisé pour être un « Olympe » de la Commagène et un centre spirituel pour le Moyen-Orient.Les statues sont progressivement détruites d'abord par les Romains (qui n'admettent pas la divinisation d'autres souverainsque leur empereur), ensuite par les chrétiens et pour finir par les musulmans.Puis le sanctuaire, tombé dans l'oubli, est redécouvert seulement auXIXe siècle[12].C'est à l'heure actuelle un site du plus haut intérêt archéologique inscrit aupatrimoine mondial de l'humanité[13].

Références

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  1. Laurent Capdetrey,Le pouvoir séleucide : territoire, administration, finances d’un royaume hellénistique (312-129 av. J.-C.), Presses Universitaires de Rennes, 2007, 536 p.
  2. Maurice Sartre, « D'Alexandre à Zénobie », in :Histoire du Levant antique,IVe siècle av. J.-C. -IIIe siècleapr. J.-C., Fayard 2003.
  3. Maurice Sartre,Op. cit.,p. 966.
  4. Flavius Josèphe
  5. Marcel Launey,Recherches sur les armées hellénistiques, Paris, 1987,p. 724-812.
  6. Eusèbe de Césarée,Histoire ecclésiastique, III, 17.
  7. Ammien Marcellin,Histoire de Rome, XIV, 8, 7 : « Après l'Osdroène, que nous avons exceptée de cette description, vient la Commagène, qu'on appelle aujourd'hui Euphratensis. Le sol de cette province forme un plateau peu élevé, où l'on remarque deux villes importantes et renommées : Hiérapolis, qui est l'ancien Ninus, et Samosate ».
  8. JustineGaborit,La vallée engloutie : géographie historique du Moyen-Euphrate (duIVe siècle av. J.-C. auVIIe siècleapr. J.-C.),vol. 1, Presses de l’Ifpo,, 424 p.(ISBN 978-2-35159-540-4,lire en ligne),p. 115.
  9. Catherine Jolivet-Lévy,La Cappadoce : Mémoire de Byzance, Paris, CNRS Éditions,(ISBN 9782271078650,lire en ligne)
  10. David Woods(en),Corruption and Mistranslation: The Common Syriac Source on the Origin of the Mardaites Retrieved April 6, 2013.
  11. Paul Lemerle, « L'histoire des Pauliciens d'Asie Mineure d'après les sources grecques »,Travaux et Mémoires n° 5, 1973, p. 1-113.
  12. Osman Hamdi Bey et Yervant Voskan,Le Tumulus de Nemroud-Dagh : voyage, description, inscriptions ..., Constantinople,(lire en ligne)
  13. Les sculptures du Nemrut Dağı

Voir aussi

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La Commagène surCommons

Articles connexes

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Liens externes

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