Ne pas confondre avecBataille de Cherbourg (1944).
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Au large de Cherbourg |
| Issue | Victoire de l’Union |
| John Winslow | Raphael Semmes |
| Un sloop de guerre : USS Kearsarge | Un sloop de guerre : CSS Alabama |
| 1 mort 2 blessés | 1 navire coulé 29 morts env.70 blessés |
Batailles
| Coordonnées | 49° 45′ 09″ nord, 1° 41′ 42″ ouest | |
|---|---|---|
Lecombat naval à Cherbourg, connu aux États-Unis sous le nom deBattle of Cherbourg, quelquefoisBattle off Cherbourg ouSinking of CSS Alabama est un combat naval qui opposa, le, lors de laguerre de Sécession américaine, un navire de lamarine confédérée, leCSS Alabama à un navire de lamarine de l'Union, l'USS Kearsarge au large du port français de Cherbourg dans laManche et se conclut par le naufrage du navire sudiste.
La corvette sudisteCSSAlabama avait été construite àLiverpool par le chantier Laird en 1862 pour la marine confédérée. Longue de66 mètres sur9,60 mètres, dotée de deux machines à vapeur de trois cents chevaux, gréée entrois-mâts barque, elle comportait huit canons. Sillonnant pendant près de deux ans l'Atlantique et l'océan Indien, ce bâtiment corsaire, dont les officiers étaient des marins confédérés mais l'équipage majoritairement anglais, arraisonna447 navires marchands et en brûla cinquante-deux[1]. Il avait une seule fois affronté un navire de l'US Navy, la canonnièreUSS Hatteras (en), qu'il avait coulé devant les côtes duTexas.
Le, l’Alabama se présenta devant leport de Cherbourg pour y effectuer des réparations nécessitant une mise en cale sèche. Son commandant, le capitaineRaphael Semmes, demanda donc à entrer dans l'arsenal. Le consul des États-Unis,Édouard Liais, avertit aussitôt leministre des États-Unis en France ; ce dernier alerta par télégraphe l’USSKearsarge, qui se trouvait dans le port deFlessingue, auxPays-Bas. L’Alabama attendait toujours l'autorisation d'entrer dans l'arsenal quand, le vers midi, leKearsarge arriva devant la grande digue protégeant la rade de Cherbourg. Aussitôt, le commandant Semmes décida de l'affronter. Il fit donc transmettre uncartel au commandant fédéralJohn Ancrum Winslow et informa lepréfet maritime qu'il ne souhaitait plus réparer, mais demanda à remplir ses soutes de charbon[2]. Après avoir tenté d'éviter un futur combat, le préfet maritime dut se contenter d'éviter que ce dernier eût lieu à l'intérieur des eaux territoriales françaises.
Le commandant Semmes fit savoir au préfet maritime, le samedi, qu'il sortirait affronter leKearsarge le lendemain matin. La nouvelle se répandit à Cherbourg, mais aucun journal local ou national n'annonça le futur combat. Certes, des journalistes parisiens étaient bien présents, mais ils étaient venus pour l'inauguration ducasino-bains de mer de Cherbourg, dont de nombreux clients devaient arriver le dimanche en début de journée par letrain de plaisir Paris-Caen[2].
Le dimanche matin,, à9 h 45, l’Alabama quitta le port, suivi par la frégate cuirasséeLa Couronne, chargée de garantir sa sortie deseaux territoriales françaises. Quinze mille badauds étaient attroupés sur les hauteurs, les quais ou la grande digue pour assister au duel annoncé[3]. Quelques-uns avaient loué de petites barques de pêcheurs pour assister au combat[4].
LeKearsarge se trouvait à ce moment au nord-est du port. Son commandant venait de célébrer l'office quand l'alerte fut donnée. Il ordonna de faire route au nord-est, comme s'il fuyait, car il avait décidé de se glisser entre son adversaire et la côte pour l'empêcher de pouvoir se réfugier dans la rade. Pour la même raison, il avait fait placer ses canons côté tribord. Lorsqu'il jugea la distance à la côte suffisante, il fit virer de bord. Les deux adversaires faisaient alors route l'un sur l'autre. L’Alabamaouvrit le feu à une distance d'un mille environ[5] ; son commandant avait décidé de combattre à tribord. Semmes et Winslow essayant chacun d'infliger à l'adversaireun coup en enfilade, les deux bâtiments commencèrent alors à décrire une première boucle, bientôt suivie par six autres. Lejusant les entraîna vers l'ouest à la vitesse de trois nœuds.

La canonnade dura un peu plus d'une heure et tourna à l'avantage duKearsarge qui disposait d'une pièce en moins mais pouvait compter sur ses deuxcanons Dahlgren de11 pouces (28 cm environ). De plus, son commandant avait pris la précaution, dès avril 1863[6], de faire entrecroiser des chaînes d'ancre le long de la coque de son bâtiment, à la hauteur des machines. Ce dispositif, masqué par une paroi de bois, ne s'est pas vraiment révélé décisif. À l'inverse, les tirs de l’Alabama, deux fois plus nombreux, furent bien plus imprécis que ceux de son adversaire. D'après le rapport de son commandant, les canonniers nordistes ont fait feu173 fois, usant essentiellement d'obus et visant bas[7].
Atteint par plusieurs coups au niveau de sa ligne de flottaison, l’Alabama prit de la gîte, puis commença à s'enfoncer par l'arrière. Le commandantSemmes fit alors larguer quelques voiles à l'avant pour tenter de regagner le port, mais ses machines furent rapidement noyées. Redoutant de recevoir un coup à mitrailleen enfilade qui aurait pu causer un vrai massacre, il se résolut à amener ses couleurs puis quitta son navire parmi les derniers. Le bâtiment corsaire se redressa brutalement puis sombra.
Commença alors le sauvetage. LeKearsarge sortit des eaux soixante-six marins, et un bateau-pilote cherbourgeois en recueillit neuf ; il s'agissait pour une bonne part de mercenaires enrôlés à Liverpool ou lors d'escales. Néanmoins, c'est un yacht anglais, leDeerhound, qui récupéra la plupart des officiers dont le commandantSemmes et son second, Kell, puis les conduisit àSouthampton. Cela leur permit de regagner les territoires du Sud des États-Unis et de participer à d'autres opérations.
Le combat a fait trente victimes. L’Alabama a perdu vingt-neuf hommes. Certains ont été tués lors du combat, d'autres se sont noyés et quelques-uns sont morts de leurs blessures. À bord duKearsarge, on a dénombré trois blessés, soignés à l'hôpital de la Marine dans la même salle que leurs adversaires. C'est là que William Gowin, le seul mort nordiste, a expiré. Cela explique que trois morts de la guerre de Sécession reposent dans le vieux cimetière de Cherbourg-Octeville[8].
En, lechasseur de minesCircé de laMarine nationale découvrit une épave par environ soixante mètres de fond au large de Cherbourg[9]. Le navire se situait à un peu moins de 10 km au nord de l'entrée ouest de la grande rade. Le capitaine de vaisseau Max Guerout confirma plus tard qu'il s'agissait bien des restes de l’Alabama.
En1988, une organisation à but non lucratif, l'associationCSS Alabama, fut créée pour mener une exploration scientifique de l'épave. Bien que l'épave se trouvât dans leseaux territoriales françaises, le gouvernement américain en revendiqua la propriété pour deux raisons : d'une part, l’Alabama s'était rendu à son adversaire en amenant son pavillon, d'autre part, il l'avait fait dans une zone qui à l'époque était en dehors des eaux territoriales. Le, les États-Unis et la France signèrent un accord reconnaissant l'épave comme un important héritage pour les deux nations et établirent un comité scientifique franco-américain pour son exploration archéologique[réf. souhaitée].

L'associationCSS Alabama et leNaval History & Heritage Command signèrent le 23 mars1995 un accord officiel accréditant l'association comme opérateur pour les fouilles archéologiques du navire. En2002, lacloche du navire ainsi que300 autres objets dont des canons, des morceaux de la structure, de la vaisselle, des commodes d'ornement et d'autres objets révélant la vie à bord furent remontés. En 2004, des restes humains (fragments de mâchoire) furent trouvés sous un canon. Ils ont été ensevelis au cimetière deMobile (Alabama). Depuis 2004, les recherches sont interrompues. Le canon remonté de l'épave du CSSAlabama est exposé dans la nef d'accueil deLa Cité de la Mer àCherbourg-en-Cotentin.
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