Pour les articles homonymes, voirCombat de Saint-Jean-Brévelay.
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Saint-Jean-Brévelay etBignan |
| Issue | Indécise |
| •Jean-Louis Gaspard Josnet de Laviolais | •Pierre Guillemot •Jean Jan •Pierre Mercier • Pierre du Chélas |
| 400 à 500 hommes[1],[2] | 700 à 1 500 hommes[1],[3] |
| Inconnues | Inconnues |
Batailles
| Coordonnées | 47° 50′ 45″ nord, 2° 43′ 15″ ouest | |
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Lecombat de Saint-Jean-Brévelay se déroule les et, pendant laChouannerie. L'issue des combats est indécise : les républicains s'emparent du bourg deSaint-Jean-Brévelay, mais ils sont repoussés par les chouans àBignan et font finalement retraite surVannes.
Le 30 mai 1795, le général républicainJean-Louis Gaspard Josnet de Laviolais emporte un succès contre les chouans avec laprise du camp de Saint-Bily, àPlaudren[2],[1]. Le 31, après avoir reçu des renforts, il se lance à la poursuite des chouans et marche sur le bourg deSaint-Jean-Brévelay[2].
Selon le journal d'unprêtre refractaire, l'abbé Richard, les chouans s'enfuient versSaint-Jean-Brévelay et sont poursuivis jusqu'àBignan où un autre combat s'engage[1]. À cette occasion, les républicains sont renforcés par desdragonslorientais en garnison àLocminé[1].
Le chef chouan Alexis Le Louer, caporal dans les troupes deJean Jan et alors âgé de 16 ans, laisse dans ses mémoires un long récit de l'affrontement, qui constitue son premier fait d'arme[2],[Note 1]. Selon son récit, il livre d'abord un combat entre Saint-Jean-Brévelay et Plaudren, vers 6 ou 7 heures du matin, contre une troupe de 250 à 300 républicains qui laisse au moins trois ou quatre tués[3]. Il rapporte ensuite que son détachement prend position entre 7 heures et 9 heures du matin dans le cimetière de Saint-Jean-Brévelay, où il met en fuite cinq ou sixhussards venus en éclaireurs[3]. Son détachement sort alors du bourg par la route deBignan et assiste à un combat entre cavaliers royalistes et républicains, au cours duquel le chef chouan Yves Le Thieis a le poignet coupé[3]. Une colonne de 500 républicains pénètre ensuite dans le bourg et engage le combat avec les chouans retranchés dans le cimetière[3]. Ces derniers, à court de munitions, battent en retraite et se rallient sur une lande entre Saint-Jean et Bignan, oùGuillemot leur fait passer de nouvelles cartouches[3]. Les forces de Guillemot et de Jean Jan se retirent ensuite en direction de Bignan, mais elles sont rejointes par les forces de du Chélas et de Roquefeuille[3]. Désormais forts de 700 à 800 hommes, les chouans font demi-tour et réinvestissent Saint-Jean après le départ des républicains, qui s'en sont retourné àVannes[3]. Après le combat, le détachement de Le Louer est envoyé àBignan[3].
La reprise de Saint-Jean aurait eu lieu le 13floréal, soit le1er juin, après que Guillemot ait repoussé une attaque surBignan[2]. Les républicains tentent de se replier surLocminé, mais leur retraite est coupée par les troupes deJean Jan[2]. Le général Josnet est alors contraint de se replier surVannes[2].
Plusieurs petits combats se poursuivent non loin de Saint-Jean-Brévelay. Le 5 juin,Jean Jan s'empare deLocminé[2]. L'abbé Richard, écrit également dans son journal :« Le 5 juin, les chouans de Bignan délivraient dans la lande du Maigrit (àBuléon) 9 particuliers deLanouée et deMohon que la Nation conduisait à Vannes pour être jugés. 5 d'entre eux furent tuésn un chouan seulement blessé »[1]. Les fuyards sont ensuite rejoints par les chouans de Lanouée qui leur tuent 4 ou 5 hommes[1]. L'abbé Richard fait également mention d'un deuxième combat le lendemain :« La Nation, dans l'intention de surprendre les chouans dans le bois de sapin, s'est rassemblée de toutes parts et après plusieurs attaques l'avantage a été du côté des Chouans qui ont eu seulement 4 tués et 3 blessés, et pour le petit moins les sans-culottes ont perdu 150 des leurs, non compris les blessés. Les sans-culottes ont commis des horreurs en retour du combat. Ils ont tué un cabaretier, pillé, volé, insulté depuis le bourg dePlumelin jusqu'àLocminé. Le pays est en feu deJosselin àPontivy, et à Locminé, le Conseil Royaliste qui, le 17 prairial avait ordonné de tenir bon dans les environs de Pontivy pour dégager Bignan, peut se vanter d'avoir été obéi »[1],[2].
De son côté le généralLazare Hoche, commandant en chef de l'Armée des côtes de Brest, revendique une série de victoires contre les chouans. Le 31 mai, il écrit au chef de brigade Desprez :« Dans le Morbihan, nos troupes victorieuses viennent de dissiper un rassemblement considérable, et de jeter sur la poussière trois cent dix factieux, parmi lesquels nous comptons le comteSedilz, qui avait signé la pacification »[4]. Le 18 juin, il écrit :« Durant la dernière décade, les armes de la République ont été partout victorieuses. Josnet a battu trois fois les brigands dans le Morbihan »[5].
« Je fus armé par Monsieur Jean Jan d'un joli petit fusil à un coup, bien léger, et fus faire ma première campagne à Saint-Jean-Brévelay, où il reçut l'ordre d'aller avec ses meilleurs jeunes gens et ses meilleurs soldats, où je servis en premier lieu en qualité de caporal de garde dans une maison située à gauche du cimetière... etoù je fis la distribution à mes camardes de leurs vivres et boissons. Nous apprîmes dans le courant de la nuit... que les républicains de Vannes venaient nous attaquer. Il y eut, aux envions de 4 à 5 heures du matin, quelques coups de fusil tirés du côté d'Elven etPlaudren. Il y eut quelques mouvements parmi nous ; j'envoyai des patrouilles et y fus moi-même à différentes reprises faire des découvertes ; les derniers qui y furent étaient les trois militaires du67e régiment du Languedoc... avec Sans-Peur, Bourbon et César. Ils rétrogradèrent, avertirent l'Invincible ou le chevalier de Saint-Georges, Sans-Peur, et Monsieur Jean Jan que les républicains défilaient les deux chemins qui avoisinaient notre corps de garde et qu'ils étaient en plus grand nombre que nous. Mes trois camarades : Tripot, Paige et Plaisant, me demandèrent si je connaissais la localité du terrain et si nous pouvions compter sur le peuple de la paroisse en cas de non réussite dans une bataille ; je le leur assurai ; en même temps j'entrai dans une maison en face du cimetière où étaient MessieursGuillemot, Le Thieis, Caris,Le Mercier et autres chefs, à déjeuner et je fis le rapport de mes fidèles camarades.
Les chefs me dirent d'aller à leur rencontre ; j'y fus avec toute la garde composée d'environ 30 hommes ; nous prîmes la route qui conduisait du côté d'Elven et vîmes les républicains de l'avant-garde à demi-portée de fusil de nous ; après avoir parcouru le chemin et y avoir fait aux environs de trois à quatre cents pas, ils tirèrent trois coups de feu ; Monsieur Sans Peur ou Armel Le Roho, qui se trouvait le plus haut homme de la garde les aperçut le premier, fit ouvrir les deux rangs à voix basse, et nous faisant sentir qu'ils nous voyaient de près ; nous nous mîmes en deux lignes de droite et de gauche, et bordâmes les deux côtés du chemin ; il pouvait être aux environs de 6 à 7 heures du matin ; alors nous commençâmes à faire un feu de bile ; il y eut 3 ou 4 républicains qui restèrent sur le carreau, de cette avant-garde républicaine, de ce premier coup de feu de bile ; ceux qui étaient à l'avant-garde républicaine se retirèrent alors précipitamment sur leur colonne. Monsieur Sans-Peur, moi et plusieurs autres montèrent sur les deux fossés qui bordaient la route et annoncèrent que les républicains étaient au nombre de 250 ou 300 hommes, mais qu'ils se trouvaient sans ordre de ligne... dans le bas de la lande à côté d'un petit ruisseau qui devançait la route ; aussitôt la retraite leur avant-garde, ils se rallièrent dans un petit vallon au bas de la lande, plus bas que le ruisseau de Saint-Jean. Ils furent là aux environs de trois quarts d'heure avant de se décider à entrer dans le bourg
Nous mîmes de postes avancés, avec ordre de ne pas dire un seul mot... pour examiner leurs plans et leurs démarches, et nous nous en retournâmes pour venir prendre nos dimensions et nos mesures de défense, en cas d'attaque dans le bourg ; je fis connaître notre avantage aux chefs qui étaient dans l'auberge de la grande maison du bourg ; ils me dirent "Monsieur Le Louer, commandez, commandez". Je me détournai alors contre mes trois compagnons et criai à haute voix : "Comment, Messieurs, neuf ou dix mille hommes, que nous sommes, ne sont pas en état de résister deux cent cinquante ou cinq cents hommes ?" Je leur dit : "Retirons nous dans le cimetière". Nous nous en emparâmes et fîmes entrer dedans les autres détachements disponibles, pour nous y fortifier et border les murs, en face de toutes les routes.
Il était aux environs de 7 à 8 heures du matin ; le temps était brumeux et gris, frimeux et nébuleux après ; nous restâmes dans le cimetière jusqu'à environ neuf heures.
Les premiers républicains que nous vîmes arriver dans le bourg furent les 5 à 6hussards et il paraît qu'il y avait un corps de cavalerie plus considérable qui voltigeait à l'entour de Saint-Jean-Brévelay ; lorsque nous attaquâmes l'avant-garde de la colonne républicaine, Messieurs Guillemot, Caris, Le Thieis et autres montèrent à cheval. Aussitôt que nous entendîmes les galopements des chevaux, nous baissâmes nos têtes au dedans du cimetière et laissâmes passer la cavalerie, et, aussitôt qu'elle fut passée, nous débandâmes nos fusils armés et fîmes feu de peloton après eux car les nôtres criaient : "Tirez donc, tirez donc".
Le feu de peloton fait, et ne voyant pas d'autres arriver, nous fîmes prier nos avants-postes de se retirer ; nous sortîmes du cimetièreet fûmes dans un champ auprès, qui était au-dessus et vis-à-vis d'un chemin creux qui mène au bourg deBignan.
Là nous contemplâmes à nos aises le restant de la cavalerie républicaine, mêlée avec la nôtre, se débattre et s'espadroner ; j'avais encore mon fusil chargé et, lorsque je les vis à deux pas de moi dans un chemin creux, je leur criai : "Halte là, ou nous allons vous brûler la cervelle". J'entendis d'un côté dans la mêlée crier : "Ne tirez pas", je regardai, et de l'autre je vis les sabres remués à tort et à travers par les cavaliers qui se battaient en désespérés ; je vis Monsieur Le Thieis qui les avait devancés et s'était rétrogradé, en prise avec un hussard qui lui coupa le poignet ; je désarmai mon fusil sur le hussard qui s'en fut avec son cheval ciel par-dessus tête à neuf ou dix pas plus loin.
Monsieur Le Thieis descendit de son cheval et l'abandonna en me criant : "Mon ami, prenez-moi par la main". Je le pris et je manquai de tomber avec lui dans lechemin creux ; je le lâchai et il s'en fut tomber dans la route ; je criai alors à Messieurs Sans-Peur, Bourbon et César, et les priai de le retirer. Je rechargeai mon fusil et m'en fus à nos déserteurs ; alors nous tirâmes chacun 9 ou 10 coups près du mur du cimetière et en arrière sur les autres républicains que nous apercevions. Nous nous en retournâmes sur nos pas, et Monsieur Le Thieis fut mis derrière une haie couverte de neige, ainsi que le champ, sur la terre, en attendant que quelqu'un vînt le secourir pour le traîner dans quelque village... ; on fît partir sur-le-champ deux hommes pour aller chercher un cheval de l'autre côté du bourg et on leur dit d'attendre dans un chemin au premier chemin dans le champ au-dehors ; et par là, on le sauva.
Quelque temps après, arriva la colonne républicaine de 500 hommes ; le restant de notre corps resté dans le cimetière fit une décharge sur la colonne républicaine qui entra dans le bourg ; sa décharge faîte, il n'eut plus le temps de recharger ; il se replia sur le derrière du cimetière, derrière l'église et s'évada et dispersa en tiraillant toujours dans les champs contigus au cimetière ; il vint nous y rejoindre sur la droite de l'église, du côté de Bignan, et nous recommençâmes à battre en retraite ; nous ne pouvions pas bien distinguer les républicains à l'endroit où nous étions, et nous avions en outre des précautions à prendre pour ne pas être cernés par eux. Nos cartouches manquèrent et nous n'avions plus qu'un ou deux coups chacun ; c'est pourquoi les déserteurs dirent : "Ne tirons pas davantage". Monsieurs Guillemot fit le tour du bourg à cheval avec d'autres cavaliers et nous dit d'attendre dans la lande et qu'il nous en aurait fait passer ; nous en eûmes à 4 ou 5 heures de l'après-midi, 15 ou 20 chacun, et nous restâmes en pleine lande entre Saint-Jean et Bignan, debout, en attendant le restant de nos gens.
Il se trouvait, suivant le rapport qu'on fit, au nombre de 500 et nous autre du canton de Monsieur Jean Jan, nous n'étions que 60 hommes effectifs. Les autres royalistes rassemblés se trouvaient éloignés de nous et hors d'état de nous secourir, ayant les républicains entre nous.
Nous effectuâmes notre retraite sur Bignan, après que Monsieur Guillemot nous en eut prié ; nous entendîmes tirailler pendant plusieurs heures, nous rencontrâmes les cantons de Monsieur Duchélas et de Monsieur de Roquefeuille, et d'autres troupes avec lesquelles nous formâmes un corps d'environ sept à huit cents hommes armés ; nous allâmes derechef à Saint-Jean, mais les républicains s'en étaient retournés à Vannes. Nous visitâmes nos premières positions et, après, Monsieur Guillemot Valentin nous dit de retourner à Bignan, parce que d'autres corps royalistes devaient nous remplacer. Etant rendus à Bignan nous entrâmes dans le bourg où je vis la première fois l'église qui n'était pas encore finie ; le parvis, ainsi que le dôme et la couverture, restaient encore à faire. Le clocher et la tour n'étaient encore qu'à la moitié de la hauteur. On nous dispersa dans les maisons du bourg pour prendre nos logements et nous rafraîchir ; nous restâmes 2 ou 3 jours, nous pouvions être dans le bourg alors trois ou quatre mille âmes[3]. »
— Mémoires d'Alexis Le Louer