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| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Vendée militaire |
| Issue | Indécise |
| 56 000 à 103 000 hommes[1] (effectifs fluctuants) | 6 000 à 30 000 hommes (effectifs fluctuants) |
| inconnues | inconnues |
Batailles
Lescolonnes infernales est le nom donné à descolonnes incendiaires ayant opéré de janvier à mai 1794 sous le commandement dugénéral républicainLouis Marie Turreau lors de laguerre de Vendée, et qui devaient détruire les derniers foyers insurrectionnels de laVendée militaire.
Après l'anéantissement de l'Armée catholique et royale à la fin de l'année 1793 lors de laVirée de Galerne, le général Turreau met au point un plan visant à quadriller la Vendée militaire par douze colonnes incendiaires qui reçoivent les ordres suivants : exterminer tous les« brigands » ayant participé à la révolte, femmes et enfants inclus ; faire évacuer les populations neutres ou patriotes ; saisir les récoltes et les bestiaux ; incendier les villages et les forêts.
De janvier à mai 1794, les colonnes quadrillent les territoires insurgés enMaine-et-Loire, dans laLoire-Inférieure, laVendée et lesDeux-Sèvres. Les ordres de Turreau ne sont pas appliqués de la même manière par les différents généraux. Si certains tentent de limiter les exactions, d'autres ravagent tout sur leur passage, commettant incendies, pillages, viols, tortures et massacres des populations, souvent sans distinction d'âge, de sexe ou d'opinion politique, patriotes inclus. Ces atrocités coûtent la vie à des dizaines de milliers de personnes et valent aux colonnes incendiaires d'être surnommées« colonnes infernales ».
Loin de mettre fin à la guerre, ces exactions provoquent de nouveaux soulèvements de paysans menés par les générauxCharette,Stofflet,Sapinaud etMarigny. Finalement, Turreau ne parvient pas à vaincre les insurgés et l'extrême brutalité de ses colonnes est dénoncée par les patriotes locaux ainsi que par certainsreprésentants en mission. Il finit par perdre la confiance duComité de salut public. Sa destitution en met fin aux colonnes mais pas à la guerre, qui continue jusqu'en 1795.

Laguerre de Vendée débute en mars 1793. Dans un premier temps, les insurgés vendéens de l'armée catholique et royale remportent une série de victoires durant le printemps : les villes deThouars,Fontenay-le-Comte,Saumur etAngers sont prises. Cependant, les Vendéens échouent fin juin devantNantes tandis que les villes conquises sont progressivement abandonnées. Les Républicains repassent alors à l'offensive. Début juillet une petite armée remporte plusieurs succès et pénètre au cœur du territoire insurgé mais est rapidement écrasée àChâtillon, lors d'une contre-attaque. Les autres offensives républicaines sont contenues et aucun des deux camps ne prend l'avantage durant l'été[4].
ÀParis, alors que la République subit les offensives des armées de laPremière Coalition, les révolutionnaires sont excédés par le« coup de poignard dans le dos » que constitue l'insurrection vendéenne. Le, à laConvention nationale,Barère réclame la destruction de la Vendée et l'extermination des insurgés[A 1].
Le1er août, laConvention nationale décrète l'anéantissement de la Vendée :
« Article 6 : Il sera envoyé en Vendée des matières combustibles de toutes sortes pour incendier les bois, les taillis et les genêts.
Article 7 : Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées par les compagnies d'ouvriers, pour être portées sur les derrières de l'armée, et les bestiaux seront saisis.
Article 8 : Les femmes, les enfants et les vieillards seront conduits dans l'intérieur; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sécurité avec tous les égards dus à leur humanité[7]. »
Les autres articles concernent les mesures à prendre sur l'organisation des troupes.
Le, la Convention décide de l'envoi en Vendée de l'armée de Mayence, considérée comme étant l'une des meilleures de la République[8]. En septembre, les Républicains lancent une grande offensive. Les décrets incendiaires de la Convention sont appliqués et plusieurs massacres sont commis[9]. Le généralJean-Antoine Rossignol, général en chef de l'armée des côtes de La Rochelle, se vante d'avoir semé la terreur mais fait épargner les femmes et les enfants[A 2]. À l'Est, les générauxsans-culottes sont rapidement repoussés par les Vendéens, mais au Nord l'armée de Mayence et l'armée des côtes de Brest remportent plusieurs succès et semblent inarrêtables. Après avoir essuyé plusieurs revers, les Vendéens regroupent leurs forces et battent les Mayençais à labataille de Torfou le. Les républicains se replient alors surNantes. À Paris c'est la stupeur et les conventionnels sont excédés[11]. LaConvention nationale adopte un second décret le1er octobre et les troupes sont réorganisées : l'armée de Mayence, l'armée des côtes de La Rochelle et une partie de l'armée des côtes de Brest sont dissoutes pour former l'armée de l'Ouest. Les générauxnobles sont destitués[12]. Les Conventionnels exigent la victoire avant le 20 octobre[A 3]
Le1er octobre 1793,Bertrand Barère prononce un discours resté célèbre à la Convention, avec l'anaphore « Détruisez la Vendée », et qui aboutit au vote de laloi du 1er octobre 1793, dite « loi d'extermination ».
Les Républicains lancent une nouvelle offensive et après plusieurs succès, ils remportent une victoire décisive le, à labataille de Cholet. Vaincus, les Vendéens au nombre de 60 000 à 100 000[14], femmes et enfants inclus, traversent laLoire afin d'obtenir des secours desBritanniques, desÉmigrés et desChouans. C'est le début de la « Virée de Galerne ». L'armée de l'Ouest se lance alors à la poursuite des Vendéens, et si quelques troupes continuent de combattre en Vendée, l'essentiel de la guerre se porte au nord de la Loire, dans leMaine et laHaute-Bretagne. De ce fait, l'application du plan d'incendie et d'extermination est suspendue[15]. Seule l'armée du Marais commandée parCharette et quelques troupes de moindre importance continuent de combattre en Vendée contre la division du généralHaxo.
Le, à l'Assemblée nationale, le département de laVendée est rebaptisé « Vengé » sur proposition deAntoine Merlin de Thionville, qui demande en outre à faire repeupler le département par des réfugiés patriotes de France et d'Allemagne[16].Fayau, député de la Vendée, renchérit et réclame l'envoi d'une armée incendiaire[A 4].

Le 11 décembre, le représentantJean-Baptiste Carrier, investi des pleins pouvoirs enLoire-Inférieure, ordonne aux générauxHaxo etDutruy d'exécuter aussi bien les femmes que les hommes[A 5]. Le 12 décembre, Carrier annonce à Haxo son intention d'affamer les Vendéens[A 6].
De nombreuses propositions sont faites par des Républicains pour détruire les Vendéens : le généralWestermann propose d'abandonner aux Vendéens une voiture d'eau-de-vie, empoisonnée par de l'arsenic. L'idée est refusée, probablement par peur que les soldats républicains n'en boivent en cachette. Le 22 août, le généralSanterre propose l'utilisation de mines au ministre de la guerre[21],[A 7].
Une expérience est tentée par le pharmacien Joachim Proust qui conçoit une boule remplie« d'un levain propre à rendre mortel l'air de toute une contrée »[23],[A 8], sans succès.
Finalement, fin décembre 1793, au nord de la Loire, lesVendéens et lesChouans sont écrasés auxbatailles du Mans et deSavenay par les troupes républicaines des générauxKléber etMarceau. Seuls 4 000[25] des 60 000 à 100 000 participants de laVirée de Galerne parviennent à regagner la Vendée. 50 000[26] à 70 000[27] ont été tués et des milliers d'autres sont faits prisonniers.
SeulCharette qui n'a pas pris part à laVirée de Galerne continue de combattre en Vendée mais il n'a plus que quelques centaines d'hommes dans lesmarais de Retz. Ailleurs, quelques groupes dispersés de soldats vendéens continuent d'errer dans les campagnes et la répression frappe les départements insurgés.
Le, le généralLouis Marie Turreau est nommé à la tête de l'armée de l'Ouest, cependant cette promotion lui déplaît et il tarde à gagner son poste. Ce sont finalement les générauxMarceau,Kléber etWestermann qui triomphent des Vendéens lors de laVirée de Galerne.
Le 30 décembre à Nantes,François Séverin Marceau passe son commandement de général en chef de l'armée de l'Ouest, dont il n'assurait que l'intérim, au général Turreau[28]. Après un bref passage dans l'armée des côtes de Brest,Marceau quitte l'Ouest pour aller combattre laPremière Coalition aux frontières.
Turreau doit donc finir la guerre de Vendée ; il est proche desHébertistes[29] et lesMayençais lui sont hostiles[30]. Il a le choix entre deux méthodes : la pacification, éventuellement musclée, et la répression violente. Le 19 décembre, il propose un plan d'amnistie auComité de salut public sur les conseils du généralJean-François Moulin[31],[A 9]. N'ayant pas de réponse, il prépare un nouveau plan, en application stricte des décrets de la Convention.

Le,Kléber soumet un plan au général Turreau. Selon lui, les forces vendéennes ne sont plus dangereuses et il estime leur effectif à 6 200 hommes en tout, alors que les Républicains disposent de 28 000 soldats opérationnels[32]. Il propose de protéger les côtes des Anglais, d'encercler et de quadriller le territoire insurgé en utilisant des camps fortifiés comme points d'appui, de gagner la confiance des habitants et enfin de n'attaquer que les rassemblements des rebelles[33],[34]. Mais ce plan est rejeté par Turreau, sans doute par opposition personnelle[33]. Kléber obtient l'approbation des représentantsCarrier et Gilet mais ceux-ci refusent d'agir[35]. Kléber est finalement muté le 9 janvier à l'armée des côtes de Brest.
Le 16 janvier, Turreau demande des ordres clairs sur le sort des femmes et des enfants ; à ce titre, il écrit aux représentantsFrancastel,Bourbotte etLouis Turreau, son cousin[33] :
« Mon intention est bien de tout incendier, de réserver que les points nécessaires à établir les cantonnements propres à l'anéantissement des rebelles ; mais cette grande mesure doit être prescrite par vous. Je ne suis que l'agent passif des volontés du corps législatif... Vous devez également prononcer d'avance sur le sort des femmes et des enfants que je rencontrerai dans ce pays révolté. S'il faut les passer tous au fil de l'épée, je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette à couvert ma responsabilité... En huit jours, la Vendée doit être battue, tous les rebelles pressés entre moi, Haxo et Dutry, et si j'avais adopté une autre marche, j'aurais manqué mon but[36],[35]. »
La lettre de Turreau reste sans réponse[33]; cependant. Bourbotte et Louis Turreau se déclarent malades et demandent leurs rappels, néanmoins le général prévoit, à l'aide de douze colonnes avançant parallèlement, de parcourir le pays rebelle, d'est en ouest, pour traquer les insurgés, et détruire leurs biens, deBrissac au nord, àSaint-Maixent au sud.
Le plan de Turreau entre en application le 21 janvier. Il a à sa disposition six divisions à l'est de la Vendée, chacune étant divisée en deux colonnes. Un des problèmes des troupes républicaines pendant la guerre de Vendée ayant été la coordination, il donne à tous des lieux de rendez-vous précis, avec date à tenir. Les itinéraires sont indiqués commune par commune. Les chefs de colonnes doivent correspondre entre eux et avec le général en chef deux fois par jour pour garder une bonne coordination. Il faut aussi éviter le combat, sauf en cas de victoire certaine et utiliser tous les moyens pour dénicher les rebelles, brûler tout ce qui peut brûler, réquisitionner tous les vivres. Treize communes stratégiques sont toutefois exemptées :Saint-Florent,Luçon,Montaigu,La Châtaigneraie,Sainte-Hermine,Machecoul,Challans,Chantonnay,Saint-Vincent-Sterlanges,Cholet,Bressuire,Argenton etFontenay-le-Comte[37].

En complément, Turreau charge le généralHaxo, qui poursuivait jusqu'alorsCharette sur les côtes ouest de la Vendée, de former huit colonnes, chacune forte de quelques centaines d'hommes qui parcourent la Vendée d'ouest en est, allant à la rencontre des douze autres[42]. Ces colonnes doivent occuper les principales villes pour le 26 janvier afin de refouler l'armée de Charette vers les colonnes de Turreau[43] :
D'autres troupes tiennent garnison dans les villes qui entourent laVendée militaire. Le généralVimeux occupeLes Sables-d'Olonne,Legros dirige les troupes àSaint-Florent-le-Vieil,Bard occupeChantonnay et ses environs avec 2 500 hommes,Huché dirige la place deLuçon, Commaire commandeSaumur,Amey,Les Herbiers et Carpantier,Doué-la-Fontaine[44],[45].

Dans ses mémoires Turreau déclare :« Quant à mes instructions, je les puisais dans plusieurs décrets de la Convention, divers arrêtés des Comités de gouvernement et ceux des Représentants en mission dans l'Ouest[46]. » Le, il envoie à ses généraux les instructions suivantes :
« Instruction relative à l'exécution des ordres donnés par le général en chef de l'armée de l'Ouest, contre les brigands de la Vendée, (30 nivôse an II) :
Il sera commandé journellement et à tour de rôle un piquet de cinquante hommes pourvu de ses officiers et sous-officiers, lequel sera destiné à escorter les prisonniers, et leur fera faire leur devoir. L'officier commandant ce piquet prendra tous les jours l'ordre du général avant le départ, et sera responsable envers lui de son exécution ; à cet effet il agira militairement avec ceux des prisonniers qui feindraient de ne point exécuter ce qu'il leur commanderait, et les passera au fil de la baïonnette.
Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectes ne seront pas plus épargnées, mais aucune exécution ne pourra se faire sans que le général l'ait préalablement ordonnée.
Tous les villages, métairies, bois, genêts et généralement, tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes, après cependant que l'on aura distrait des lieux qui en seront susceptibles, toutes les denrées qui y existeront ; mais, on le répète, ces exécutions ne pourront avoir leur effet que quand le général l'aura ordonné. Le général désignera ceux des objets qui doivent être préservés de l'incendie.
Il ne sera fait aucun mal aux hommes, femmes et enfants en qui le général reconnaîtra des sentiments civiques, et qui n'auront pas participé aux révoltes des brigands de la Vendée ; il leur sera libre d'aller sur les derrières de l'armée, pour y chercher un asile, ou de résider dans les lieux préservés de l'incendie. Toute espèce d'arme leur sera cependant ôtée, pour être déposée dans l'endroit qui sera indiqué par le général[47],[48]. »
Le territoire de laVendée militaire comporte 735 communes, peuplées au début de la guerre de 755 000 habitants[49].
Dans un premier temps, son plan doit être exécuté pour début février mais des petits groupes de Vendéens s'infiltrent dans lebocage, entre les colonnes. Des groupes plus importants, suffisamment pour ne pas être inquiétés par les effectifs des Bleus, se constituent. Il demande donc auComité de salut public de préparer les indemnisations pour ceux qui seront évacués, afin de vider le pays de sa population et de combattre plus facilement les insurgés[50]. Dès le 23 janvier, le représentantLaignelot dénonce à la Convention les massacres commis dans les environs deChallans par les troupes du généralHaxo, mais sa lettre ne provoque aucune réaction[51]
De janvier à mai 1794, le plan est mis à exécution. Les colonnes appliquent unepolitique de la terre brûlée. La plupart du temps, elles massacrent, violent, pillent et détruisent tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage. Elles sont bientôt surnommées « colonnes infernales » ; dans ses mémoires, le chef vendéenBertrand Poirier de Beauvais écrit qu'elles étaient appelées ainsi par les Républicains eux-mêmes[52].
Malgré les instructions de Turreau, les généraux interprètent librement les ordres reçus et agissent de manière très diverses[53]. Certains officiers n'appliquent pas les ordres de destruction et de tueries systématiques et respectent les ordres d'évacuations des populations jugées républicaines.Moulin fait ainsi évacuer scrupuleusement les habitants jugés patriotes[33].Haxo, constitue huit colonnes, et leur assigne comme objectif la capture de Charette, sans pour autant obéir aux ordres barbares de Turreau :« Nous sommes des soldats pas des bourreaux ! »[54]. Il épargne par exemple lagentilhommière de Charette àFonteclose.
En revanche, les troupes commandées parCordellier,Grignon,Huché etAmey se distinguent par leurs violences et leurs atrocités, au point d'exterminer des populations entières, massacrant indistinctement royalistes et patriotes[55]. Ces troupes se livrent ainsi aux pillages, massacrent la population civile, violant et torturant, tuant femmes et enfants, souvent à l'arme blanche pour ne pas gaspiller la poudre, brûlant desvillages entiers, saisissants ou détruisant les récoltes et le bétail. Des femmes enceintes sont écrasées sous des pressoirs, des nouveau-nés sont empalés au bout des baïonnettes[56]. D'après des témoignages de soldats ou d'agents républicains, des femmes et des enfants sont coupés vifs en morceaux ou jetés vivants dans desfours à pain allumés[57],[58]. Parfois, les membres de la Commission civile et administrative créée àNantes pour récupérer vivres et bétail au profit des Bleus, accompagnent les armées, ce qui permet d'épargner des vies et des localités.
Les bourgs traversés par les troupes de Turreau sont constamment incendiés, mais la campagne se déroulant en hiver, des bâtiments échappent souvent aux incendies et les soldats ont le plus grand mal à mettre le feu aux forêts et aux genêts[59]. Les colonnes sont surtout actives lors des deux premiers mois. Dès février, les embuscades vendéennes ralentissent énormément les colonnes qui sont parfois réduites à l'immobilisme.

À trois reprises, Turreau demande à laConvention nationale l'approbation de son plan[60]. Mais les membres des Comités et de la Convention ne sont pas unanimes, et le général Turreau ne reçoit aucune réponse avant le 8 février, jour oùLazare Carnot lui écrit que le Comité est resté longtemps silencieux car il attendait« de grands résultats avant de se prononcer dans une matière sur laquelle on l'a déjà trompé tant de fois »[61], il lui affirme qu'aux yeux du Comité ses mesures« paraissent bonnes et ses intentions pures » et que, de fait, sa mission est d'exterminer les brigands jusqu'au dernier et de faire désarmer le pays insurgé[A 10]
La défaite des colonnes de Moulin et Caffin, le 8 février, lors de latroisième bataille de Cholet retentit jusqu'à Paris et provoque la stupeur de la Convention. Le 10 février,Couthon réclame l'application du décret de désarmement de la Vendée[63]. Puis le, deTours, l'agent spécial duComité de salut public,Marc Antoine Jullien, ami deRobespierre, révèle les exactions des troupes de Turreau contre les patriotes vendéens, il accuse les généraux de s'enrichir par le pillage au lieu d'affronter les brigands[A 11].
Le,Barère fait un rapport à laConvention nationale dans lequel il désapprouve la conduite des opérations menées par Turreau ; il dénonce une« barbare et exagérée exécution des décrets » et reproche au général d'avoir incendié des villages paisibles et patriotes au lieu de traquer des insurgés[A 12].
Le même jour, leComité de salut public charge les représentantsFrancastel,Hentz etGarrau d'enquêter auprès de Turreau et de prendre les mesures nécessaires pour que la guerre soit terminée dans les quinze jours à venir. Ceux-ci rencontrent le général à Angers le 19 février ; ce dernier leur fait bonne impression[66],[67]. Turreau prétend avoir été trompé sur les forces réelles des Vendéens et son plan reçoit le soutien des représentants[68] qui eux-mêmes sont soutenus par le comité, qui juge les représentants les mieux placés pour apprécier les mesures à prendre sur place[60],[A 13].
Le 13 février 1794, Carnot envoie un nouveau courrier à Turreau, dans lequel il le somme de« réparer ses fautes », de mettre fin à sa tactique de dissémination des troupes, d'attaquer en masse et d'exterminer les rebelles enfin[71].« Il faut tuer les brigands et non pas brûler les fermes » explique-t-il, ajoutant pour finir que la guerre doit être terminée dans les plus brefs délais[72]. En outre le Comité envoie le généralJean Dembarrère en Vendée pour seconder Turreau mais son arrivée est sans conséquence[A 14].
Ne se sentant pas soutenu, Turreau propose à deux reprises sa démission, le 31 janvier et le 18 février, mais elle est refusée malgré les dénonciations des administrateurs départementaux[74]. Il cherche alors à rassurer la Convention en transformant de petits succès en grandes victoires et en dénonçant les rapports alarmistes des Républicains locaux[75].
À de nombreuses reprises, les représentantsHentz,Garrau etFrancastel écrivent auComité de salut public que« la guerre de la Vendée ne sera complètement terminée que quand il n'y aura plus un habitant dans la Vendée »[76]. Le 20 février, ils donnent l'ordre aux réfugiés de quitter les abords du territoire insurgé et s'en éloigner de plus de vingt lieues (80 km) sous peine d'arrestation[67]. Les sommes nécessaires à leur voyage leur sont fournies. Les malades, les vieillards, les enfants, leur famille proche et leurs domestiques sont exemptés de l’éloignement, ainsi que des artisans spécialisés utiles à l’armée[77]. Ces mesures provoquent l'hostilité des patriotes vendéens et plusieurs d'entre eux refusent d'obéir[78]. Le 25 février, Hentz et Francastel expliquent que le but de Turreau« est de ne plus laisser dans le pays révolté que les rebelles, que l'on pourra plus aisément détruire, et sans confondre avec eux des innocents et des bons citoyens[79]. »
Le 9 mars, les représentantsFrancastel etHentz écrivent auComité de salut public qu'ils estiment que la Vendée« ne contient plus d'habitants, qu'une quinzaine ou une vingtaine de mille habitants de l'ancienne population, qui devait être de 160 000 habitants. Nous sommes sûrs d'avoir fait évacuer tout ce qui n'est point criminel dans ce pays. [...] Il résulte [...] que quand la guerre de la Vendée sera complètement terminée, il n'y restera point d'habitants, puisqu'on y aura tout détruit. [...] Il faudra déclarer tout le pays confisqué à la République, sauf l'indémnité aux réfugiés, et le nombre de ces réfugiés est très faible, relativement au reste qui est coupable, qui a péri et qui périra »[80].
Mais la guerre s'éternise et, début mars, Turreau reçoit l'ordre de concentrer ses forces sur les côtes. Malgré ses protestations, les postes isolés doivent être abandonnés[81]. À la demande des représentants, les douze colonnes sont reformées en quatre colonnes de taille plus importante[82]. Le 10 mars, Turreau modère ses injonctions de destructions et donne l'ordre de cesser les incendies des maisons etmétairies jusqu'à nouvel ordre[83]. Les représentants s'impatientent, et, le même jour, Francastel et Hentz somment Turreau de terminer la guerre avant huit jours[84].
Le même jour, devant la Convention,Carrier pourtant auparavant proche deMarceau etKléber, et ayant approuvé le plan de ce dernier en janvier[85], prend position en faveur de la politique de Turreau[61].
De son côté, au nord de la Loire,Jean-Antoine Rossignol, général de l'Armée des côtes de Brest, aux prises avec lesChouans, demande que ledécret sur la Vendée du1er août 1793 soit également appliqué aux communes insurgées au nord du fleuve. Cette demande formulée le 19 avril, et à laquelle s'oppose le général Kléber, est cependant sans suites[A 15].

Le1er avril 1794,Joseph Lequinio présente un nouveau rapport devant leComité de salut public. Il juge indispensable de faire exécuter les prisonniers de guerre vendéens pris les armes à la main, et souhaite même que cette mesure soit également appliquée aux soldats de laPremière Coalition, cependant il estime que la population de la Vendée est encore trop nombreuse pour être exterminée, et finalement désapprouve les massacres des civils et accuse lui aussi les militaires de profiter de la guerre pour s'enrichir par le pillage au lieu de combattre les rebelles[87],[A 16].
Peu après, pour la première fois, une délégation de Républicains vendéens est reçue à Paris. Menée par Chapelain et Tillier, elle réclame la fin des incendies et la distinction entre le pays fidèle et le pays insurgé. Arrivés dans l'ouest en mars, les représentants en mission —Mathieu Guezno etJean-Nicolas Topsent — demandent le départ de Turreau. Le 6 avril, une déclaration solennelle duComité de salut public signée parCarnot,Barère,Billaud-Varenne etCollot d'Herbois exige la victoire imminente[89].
Après quelques hésitations, le 10 avril, dans une lettre au comité, Hentz et Francastel déclarent conserver leur confiance envers Turreau[90]. Le 12 avril, une partie des troupes de l'armée de l'Ouest sont retirées à Turreau pour aller combattre la coalition aux frontières. Pour leComité de salut public, la guerre de Vendée passe au second plan. Turreau modifie alors ses plans, il met fin aux colonnes et fait construire des camps retranchés[91]. Mais le mois d'avril n'est aucunement décisif et Turreau est finalement suspendu le[92].
Cependant si le Comité de salut public a désapprouvé le massacre des patriotes de Vendée[93], celui-ci a laissé faire les tueries des vieillards, des femmes et des enfants des rebelles. De même, jamais les Républicains vendéens ne dénoncent les ravages commis à l'encontre des civils royalistes[94]. Le 23 juillet 1794,Lazare Carnot dans une lettre écrite au nom du Comité de salut public adressée aux représentants du peuple àNiort, refuse d'intervenir en leur faveur[A 17].
« Il faut que chaque homme, dès que la patrie sera en danger, soit prêt à marcher. Il est établi comme axiome qu'en France, tout citoyen doit être soldat, et tout soldat citoyen[96]. »
En 1791, 10 000 hommes sont détachés de lagarde nationale pour former le noyau de la nouvelle armée révolutionnaire. Ces jeunes volontaires de 1791 sont alors animés par un véritable patriotisme et un grand engouement révolutionnaire[97]. Le, lesguerres de la Révolution française débutent et, le 11 juillet, la patrie est déclarée en danger ; les premières levées sont opérées. Mais nombres des nouveaux conscrits n'ont pas l'exaltation révolutionnaire de leurs prédécesseurs et s'engagent avant tout pour toucher lasolde[98]. À la suite de ces levées, les volontaires dépassent largement en nombre les« habits blancs » de l'ancienne armée royale. Cependant, l'armée républicaine n'a aucune discipline[99], et au combat les soldats prennent facilement la fuite[100] alors que d'autres, enrôlés par la réquisition, désertent à la première occasion tandis que les autorités ne cherchent qu'à compenser la mauvaise qualité par la quantité[101]. Quelques bataillons se distinguent toutefois par leur ardeur[102]. Cependant l'esprit a totalement changé depuis 1791 et les soldats manquent de tout, sont mal équipés, mal nourris et commettent fréquemment vols et viols[103].
L'amalgame entre les volontaires et les troupes de ligne de l'ancienne armée royale est alors décidée[104]. Mais au printemps 1793, on observe au sein de l'armée une radicalisation des esprits[105]. La lutte entreGirondins etMontagnards provoque de vives tensions[106]. Les soldats vivent dans la hantise d'une trahison et parfois refusent d'obéir aux ordres de leurs officiers. Ceux qui s'avisent de réprimander ou de punir un soldat sont menacés par leurs hommes d'être dénoncés comme« aristocrate »[100]. LesHébertistes exercent une véritable propagande et s'emploient à répandre l'esprit sans-culotte au sein de l'armée[104]. Dans l'armée du Nord, leJournal de la Montagne etLe Père Duchesne sont distribués aux soldats et radicalisent l'esprit de la troupe[107]. Le 12 novembre, 10 000 soldats de l'armée du Nord sont envoyés en Vendée sous les ordres du généralDuquesnoy[108] ; ces soldats qui forment notamment la colonne de Cordellier, se révèlent être parmi les plus violents[109].
De plus, le blé et le pain manquent à Paris et les paysans vendéens sont bientôt dénoncés comme accapareurs[107]. L'idée germe alors dans l'esprit des révolutionnaires, y comprisDanton etRobespierre, de créer une garde populaire, composée non pas de levées mais de vrais sans-culottes chargés de combattre les ennemis de l'intérieur. En mars 1793, le brasseurSanterre lève des bataillons de volontaires pour aller combattre les Vendéens. Ces combattants, surnommés les « Héros à cinq cents livres » en raison de la solde élevée qu'ils touchent, sont envoyés en Vendée. Cependant, s'ils pillent allègrement, leur valeur militaire est nulle et ils sont presque systématiquement battus lors des combats[110]. Ces troupes sont raillées par les soldats d'élite de l'armée de Mayence alors que l'attitude des Mayençais dans le territoire insurgé n'est pas moins violente que celle des sans-culottes parisiens[111].
Animés par les écrits deJacques-René Hébert, les échecs de l'armée décuplent la haine des soldats républicains contre leurs ennemis[112]. Mais les récits de tortures et actes de vengeance sur des soldats isolés provoquent également la peur. Le,Dubois-Crancé écrit que :« Comme cette guerre est cruelle et qu'on ne faitpas de prisonniers de part et d'autre, nos soldats ont peur des brigands comme les enfants craignent les chiens enragés[113]. »
En 1794, l'armée chargée d'affronter les Vendéens est l'armée de l'Ouest, le général de division Turreau est son commandant en chef. Les principaux généraux ou adjudant-généraux ayant servi dans une colonne infernale sont :Amey,Aubertin,Bard, Blammont, Bonnaire,Boucret, Boussard,Carpantier, Colette,Cordellier, Commaire, Cortez,Crouzat,Delaage,Dufour, Dufraisse,Dusquenoy,Dutruy, Duval, Ferrant,Grammont,Grignon, Guillaume,Huché, Liébaut etRademacher[68]. L'armée est très indisciplinée et chaque général interprète librement les ordres reçus[114].
L'Armée de l'Ouest est divisée en quatredivisions, la première est commandée parCordellier, la seconde parHaxo, la troisième parGrignon et la dernière parHuché. Le chef d'état-major est le général Robert[115].
Les effectifs de l'armée sont très fluctuants selon les travaux du lieutenant-colonel de Malleray, établis en 1914[1] :
Selon les travaux de Pierre Constant, datant de 1992, les effectifs se répartissent ainsi[1] :
Cependant, ces effectifs sont théoriques et seuls 56 à 73 % des soldats sont présents à l'appel. 20 à 25 % sont enregistrés dans les hôpitaux comme blessés ou malades. Les autres absents correspondent aux soldats démobilisés et enregistrés par erreur, aux déserteurs et aux hommes tués[1].
Le nombre de soldats républicains tués durant les colonnes infernales n'est pas connu. 25 000 à 50 000, et plus probablement autour de 30 000, sont tués pendant les trois années que dure la guerre de Vendée, de mars 1793 à mars 1796[116].

Parallèlement aux colonnes infernales, laTerreur est appliquée dans les places fortes républicaines où sont détenus des milliers de prisonniers,Vendéens, mais aussiChouans,Fédéralistes,Modérés et autressuspects. Les soldats des colonnes infernales participent parfois à certaines des exécutions. LaLoire-Inférieure et leMaine-et-Loire sont les deux départements français où la Terreur fait le plus de victimes[117].
EnLoire-Inférieure, à Nantes, dirigée par le représentantJean-Baptiste Carrier, 8 000 à 11 000 prisonniers[118], hommes, femmes et enfants, sur 12 000 à 13 000[119] périssent par toutes sortes de moyens. Ainsi, lesnoyades de Nantes, du au, font 1 800 à 9 000 morts[120], probablement 4 000[121] à 4 860[122] morts. Lesfusillades de Nantes font 2 600[123] à 3 600[124] victimes. Laguillotine, installéeplace du Bouffay, fait 144 morts[125], dont 24 artisans et laboureurs exécutés le, avec parmi eux : 4 enfants de 13 à 14 ans. La guillotine fait ensuite 27 victimes le 19 décembre dont 7 femmes parmi lesquelles les sœurs La Métayrie, âgées de 17 à 28 ans[126]. De plus, uneépidémie de typhus dans les prisons de Nantes fait 3 000 morts[127],[128],[129],[130]. En outre, àPaimbœuf, 162 personnes sont emprisonnées, parmi lesquelles 103 sont fusillées ou guillotinées[131].
La répression est également sanglante enMaine-et-Loire, dirigé par les représentantsNicolas Hentz etAdrien Francastel. ÀAngers même, 290 prisonniers sont fusillés ou guillotinés et 1 020 meurent en prison par les épidémies[132]. Une tannerie de peau humaine est établie, 32 cadavres sont écorchés pour faire des culottes de cavalerie[133]. Environ 12 fusillades se déroulent de fin novembre 1793 à la mi-janvier 1794 auxPonts-de-Cé, elles font 1 500 à 1 600 morts[131]. D'autres noyades font entre 12 et plusieurs dizaines de victimes[131]. Lesfusillades d'Avrillé, au nombre de neuf, du au, font 900 à 3 000 morts, les estimations les plus probables vont de 1 200 à 1 994[134]. ÀSaumur, 1 700 à 1 800 personnes sont emprisonnées, 950 sont exécutés par les fusillades ou la guillotine, 500 à 600 périssent en prison ou meurent d'épuisement[135]. ÀDoué-la-Fontaine, du au, 1 200 personnes sont emprisonnées, 350 à 370 sont exécutées et 184 meurent en prison[136].
De plus, 800 femmes sont emprisonnées àMontreuil-Bellay où 200 d'entre elles meurent de maladie, 300 sont transférées àBlois ouChartres où elles disparaissent pour la plupart[119]. Près 600 à 700 vendéens capturés lors de laVirée de Galerne sont évacués versBourges où seule une centaine d'entre eux survivent[137]. Des milliers d'autres prisonniers sont encore passés par les armes lors desfusillades du Marillais (2000, hommes, femmes, enfants) et deSainte-Gemmes-sur-Loire[138].
Au total, enMaine-et-Loire, ce sont 11 000 à 15 000 personnes, hommes, femmes et enfants, qui sont emprisonnées, parmi celles-ci 6 500 à 7 000 sont fusillées ou guillotinées, 2 000 à 2 200 meurent dans les prisons[132].
LaVendée et lesDeux-Sèvres sont moins touchées mais la répression reste sévère. ÀNiort, 500 à 1 000 personnes sont emprisonnées, 107 sont jugées, et 70 à 80 sont fusillées ou guillotinées, 200 meurent des maladies[139]. ÀFontenay-le-Comte, dirigée par le représentantJoseph Lequinio, 332 prisonniers sont jugés, 196 sont exécutés sur ordre de la commission militaire, une quarantaine d'autres sur celui du tribunal révolutionnaire[136]. Après la reprise de l'Île de Noirmoutier par les Républicains, 1 300 personnes y sont emprisonnées durant l'année 1794. Plusieurs prisonniers meurent en prison ou sont fusillés, au nombre de 128 officiellement, peut-être 400 victimes en réalité[140]. 105 prisonniers périssent dans les prisons desSables-d'Olonne, d'avril 1793 à avril 1794, 127 prisonniers sont exécutés contre 132 acquittés, dont une vingtaine par la guillotine, 30 femmes sont également jugées et une vingtaine guillotinées le[141]. Enfin, 750 à 800 prisonniers vendéens sont envoyés àLa Rochelle, quelques dizaines sont exécutés mais 510 meurent des épidémies[142].
Les parcours des différentes colonnes ne sont pas connus avec précision ; tous les généraux ne correspondent pas avec la même régularité et leurs actions restent parfois inconnues sur de longues périodes. On dispose aussi de quelques témoignages de républicains ou de survivants vendéens, ainsi que des récits rapportés par la tradition orale[143]. La plupart de ces documents des républicains sont rédigés après lachute de Robespierre afin d'accabler les partisans de la Terreur[144].
Les deux colonnes de la première division agissent ensemble. Cette troupe traverse de nombreuses communes républicaines et commet peu d'exactions[38]. Malade, le général Duval en confie le commandement à l'adjudant-général Prévignaud.
Le 19 janvier, la division part deSaint-Maixent et atteintSecondigny. Trois jours plus tard elle est signalée àMazières. Le 25 janvier, les colonnes arrivent àLa Chapelle-Saint-Etienne qui n'est pas incendiée. Le lendemain, elles passent parLa Chataigneraie et se portent surVouvant qui est livrée aux flammes. Le 27 janvier, les troupes campent àLa Caillère. Quinze Vendéens y sont faits prisonniers les armes à la main puis sont fusillés[38]. Le lendemain, les Républicains assiègent le château deSaint-Sulpice-en-Pareds et 18 prisonniers vendéens sont fusillés[38]. Le 30 janvier, les colonnes arrivent àBazoges-en-Pareds où Prévignaud reçoit l'ordre de Turreau de gagnerPouzauges pour renforcer le général Grignon[145].

La troisième colonne est commandée par le général de brigadeLouis Grignon. Dès le 19 janvier, la colonne pilleSaint-Clémentin,La Coudre etSanzay, puis le 21, elle atteintArgenton-Château. Dans son mémoireJoseph Lequinio rapporte le témoignage d'Aug. Chauvin, membre du comité de surveillance de la commune deBressuire :
« Je dois dire d'abord, que le jour de son départ d'Argenton-le-Peuple, Grignon ayant réuni sa colonne, lui fit à peu près cette harangue :« Mes camarades, nous entrons dans le pays insurgé, je vous donne l'ordre exprès de livrer aux flammes tout ce qui sera susceptible d'être brûlé et de passer au fil de la baïonnette tout ce que vous rencontrerez d'habitants sur votre passage. Je sais qu'il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c'est égal, nous devons tout sacrifier »[146]. »
Le 22 janvier, après une incursion àÉtusson, qui est incendiée et dont les habitants sont massacrés, Grignon ravageVoultegon et détruitSaint-Aubin-du-Plain. Dans cette dernière paroisse, 79 personnes sont massacrées ; selon la tradition, elles sont conduites au champ de Mille-Hérons où elles doivent creuser leurs propres tombes[147]. Toujours selonLequinio, Grignon a fait tuer la municipalité et les patriotes car undevant d'autel noir et blanc, découvert dans le clocher de l'église, est pris pour un drapeau de l'armée vendéenne[146]. Le 24 janvier, la colonne est àBressuire. Chauvin rapporte encore :
« Le jour de son départ, il répéta, à la tête de sa colonne, la harangue qu'il avait faite à Argenton-le-Peuple ; ce fut vraiment une armée d'exterminateurs qui sortit de Bressuire ; les paroisses comprises entre Bressuire et La Flocellière, sur une longueur de plus de deux lieues et demie, furent entièrement sacrifiées. Le massacre fut général, et on ne distingua personne ; et c'est surtout dans cette marche que Grignon brûla une immense quantité de subsistances[148]. »
Grignon écrit alors à Turreau :« nous en tuons plus de cent par jour. » Il se sépare de son second, l'adjudant-général Lachenay et se dirige surCerizay. Le 26 janvier il épargne le bourg deCerizay, qui dispose d'unegarde nationale mais les fermes et les villages de la commune sont mis à feu et à sang. Grignon se vante d'y avoir fait exécuter 300 rebelles.La Pommeraie-sur-Sèvre est également dévastée et sa garde nationale désarmée[149],[150]. Le lendemain, la colonne arrive àChâteaumur, où Grignon fait exécuter 10 personnes[149].
Le 28 janvier, un massacre d'hommes, femmes et enfants, a lieu àLa Flocellière[149]. Le lendemain, la colonne se rend auBoupère, Grignon hésite à ordonner le massacre des habitants, mais il se contente de faire désarmer les 150gardes nationaux de la commune et fait exécuter 19 prisonniers[151]. Le 30 janvier, dans la petite ville dePouzauges, 30 prisonnières sont violées par les officiers de la colonne avant d'être fusillées près du donjon du château[149]. La ville est incendiée et plus de 50 personnes sont encore fusillées dans lechâteau de Pouzauges[151].

Enfin, le 31 janvier, Grignon rejoint le généralAmey auxHerbiers. Auchâteau de Boistissandeau, une femme de 84 ans et ses deux filles sont sabrées par cinqhussards[149].Lequinio signale que tous les villages entre La Flocellière et Les Herbiers ont été incendiés, y compris les fourrages et les grains qui devaient être saisis. Mariteau, maire deFontenay-le-Comte écrit dans son procès-verbal :
« Le général Grignon arrive avec sa colonne dans Les Herbiers. Nous allâmes le trouver pour conférer avec lui ; nous lui fîmes observer que la loi défendait expressément de brûler les grains et les fourrages. Nous l'engageâmes à les ménager pour les opérations ultérieures. Il nous dit que les ordres étaient tels, mais qu'ils n'étaient pas exécutés. Il ajouta, quant aux Herbiers, que nous étions heureux que son collègue Amey y fut, que sans cela tous les habitants sans distinction de patriotes ou autrement auraient été fusillés parce que les ordres du général en chef portaient de massacrer, fusiller et incendier tout ce qui se trouvait sur son passage, qu'il avait fait fusiller des municipalités entières, revêtues de leurs écharpes. Nous devons observer que la commune des Herbiers avait été entièrement purgée de tous les aristocrates et aux horreurs que nous avons décrites nous devons ajouter que les portefeuilles de tous les individus ont été pris, tous les volontaires allaient dans les métairies prendre des chevaux, moutons, volailles de toutes espèces[152]... »
Le 9 avril,Grignon disperse des petites bandes de rebelles et incendieSaint-Lambert-du-Lattay etGonnord, puis il se replie surDoué-la-Fontaine, il écrit à Turreau qu'il a « fait tuer quantité d'hommes et de femmes »[153]. Le 12 avril, l'adjudant-général Dusirat se plaint de Grignon à Turreau, écrivant que« Grignon a eu l'impudence de proclamer, à son arrivée, la défaite de six cents brigands qui, selon lui, m'avaient battu la veille, tandis qu'il était à plus de deux lieues de moi et qu'il est prouvé qu'il n'a tué que quelques femmes dans quelques villages, et qu'il n'a pas livré de combat[154]. »

Dans les premiers jours de la campagne, l'adjudant-général Lachenay, le second de Grignon, marche avec l'ensemble de la division. Le 25 janvier, la division se divise en deux colonnes ; celle de Lachenay marche surMontigny. Le 26 janvier, Lachenay détruitSaint-André-sur-Sèvre et massacre ses habitants y compris les membres de lagarde nationale. Puis il campe àSaint-Mesmin ; les événements dans cette commune sont connus grâce au témoignage du médecin patriote Barrion[156]. La garde nationale, malgré quelques velléités de résistance, est désarmée. Des pillages sont commis, un homme est assassiné et sa femme violée, puis deux gardes nationaux sont égorgés. Malgré tout, la situation reste globalement calme jusqu'à six heures du soir, heure à laquelle les soldats et les officiers de la colonne se livrent à une vague de viols[157]. Pendant la nuit, les patriotes de Saint-Mesmin apprennent que Lachenay a l'intention de faire massacrer tous les habitants de la commune à cinq heures du matin. Cependant, grâce à la complicité de certains soldats de la colonne, la plupart des habitants parviennent à s'enfuir, et seul un couple de personnes âgées et leur domestique sont sabrés. Le 27 janvier, une vieille demoiselle de Vasselot qui occupait le château est tuée, la colonne met le feu au château, puis l'éteint sur un contre-ordre et quitte alors la commune pour gagner Pouzauges.
La colonne incendiePouzauges le 28 janvier. Deux jours plus tard, un détachement de la colonne, commandé par l'adjudant-généralGrammont, est signalé àLa Meilleraie-Tillay. Les habitants, parmi lesquels se trouve bon nombre de patriotes, sont rassemblés dans l'église où ils sont fouillés et dépouillés de leurs richesses, puis les hommes sont conduits, un à un, dans le cimetière où ils sont fusillés ; 24 ou 25 sont tués, dont leprêtre constitutionnel[158],[159].
Le 31 janvier, la colonne gagneLe Boupère, dont lagarde nationale a été désarmée par Grignon. Les administrateurs de la commune parviennent à convaincre Lachenay d'épargner la population[160]. La colonne se rend ensuite àMouchamps où plusieurs habitants sont fusillés auchâteau du Parc-Soubise. Le comte de Chabot[161] cite le témoignage d'un survivant, Jean-Baptiste Mérit[162], alors âgé de huit ans[163].

Le 21 janvier, la colonne, commandée par le général de brigadeJean-Pierre Boucret part de Cholet et arrive àLa Tessoualle. Le lendemain elle commet des massacres contre la population deLa Tessoualle et deMoulins, puis, le 23 janvier, après être passée parLe Temple, elle arrive àChâtillon-sur-Sèvre (aujourd'huiMauléon) qui est incendiée. De Chatillon-sur-Sèvre, Boucret envoie à Turreau 32 pièces d'orfèvrerie pillées dans la ville. La colonne passe ensuite parLa Petite-Boissière et arrive àSaint-Amand-sur-Sèvre le 25 janvier. Le lendemain, elle est auxÉpesses. Deux jours plus tard, la colonne fouille les abords de la forêt deVezins et débusque des Vendéens dans les landes de Genty ; plusieurs sont tués et unprêtre réfractaire est fusillé près deSaint-Mars-la-Réorthe[164]. Le 31 janvier, la colonne est àChambretaud.
Le lendemain, la colonne perpètre un massacre sur la route deSaint-Malo-du-Bois, puis gagneLa Verrie, où elle reste deux jours avant de gagnerLa Gaubretière, le 3 février, et d'où Boucret écrit à Turreau :
« Je te préviens que j'irai demain avec ma colonne brûler ce bourg, tuer tout ce que je rencontrerai sans considération, comme le repaire de tous les brigands. Je n'avais pas encore occupé un pays où je pusse rencontrer autant de mauvais gens, tant hommes que femmes ; aussi tout y passera par le fer et le feu[165]. »
Le 4 février, la colonne gagneLa Gaubretière ; environ 60 hommes et 20 femmes se retranchent dans l'église pour permettre la fuite des vieillards, des femmes et des enfants. Ceux-ci échappent aux Républicains mais l'église est prise d'assaut. 32 défenseurs sont tués au combat et 53 sont pris et fusillés[166].
La colonne gagne ensuiteChantonnay le 9 février où le général Bard en prend le commandement. Il part àDoué-la-Fontaine afin de prendre la direction des troupes de l'adjudant-général Carpentier. Le 18 février, la colonne est sur place, Boucret tombe malade et Carpentier le remplace.
Le 5 avril, la colonne se signale de nouveau par des ravages àVihiers,Gonnord,Joué-Étiau,Montilliers,Cernusson,Tigné,Faveraye-Mâchelles etAubigné-sur-Layon. Quinze femmes et enfants sont tués dans les bois de la Frappinière. Vingt-deux femmes et enfants sont capturés dans le bois des Marchais par un détachement du camp dit « du Moulin », près deMontilliers ; vingt d'entre eux sont fusillés au Moulin de la Reine et seuls deux enfants sont épargnés[167].

Le 21 janvier, la colonne commandée par le général de brigadeJean Alexandre Caffin part de Cholet et gagneMaulévrier. Le 23, les Républicains pillent les villages autour deMaulevrier etYzernay, et 14 femmes et filles sont fusillées[168]. Le lendemain, la colonne est bloquée àMaulevrier, n'ayant pas de charrettes pour véhiculer les subsistances[168]. Le 25 janvier, la colonne gagneSaint-Pierre-des-Echaubrognes ; 6 cadavres de volontaires républicains sont découverts, le bourg est entièrement détruit et Caffin fait fusiller 14 femmes[164],[168]. Le lendemain, un détachement de 150 hommes détruit les métairies entreLa Tessoualle etSaint-Laurent-sur-Sèvre[169],[168].
Le 28 janvier, la colonne revient à Maulévrier, patrouille dans les landes de Genty et la forêt deVezins et incendie le bourg deToutlemonde ; le 30, elle incendieYzernay, abandonnée par ses habitants[169],[168]. Le lendemain, la colonne incendie entièrementMaulévrier où il ne subsiste que l'église[169]. Le1er février, les Bleus fouillent et incendientSaint-Laurent-sur-Sèvre, et 32 femmes sont capturées dans le couvent et conduites à Cholet alors qu'une vingtaine d'hommes sont fusillés. La colonne se dirige ensuite versLa Verrie[169], fouille la commune puis, sur ordre de Turreau, se replie sur Cholet le 4 février.
Le 8 février, la colonne prend part à labataille de Cholet. Les Vendéens réussissent à s'emparer de la ville etCaffin est blessé[170]. Puis des troupes de renforts (général Cordellier) rétablissent la situation des républicains.
La septième colonne devient la garde personnelle du général en chefLouis Marie Turreau et l'accompagne dans ses déplacements[145]. N'ayant de compte à rendre qu'à lui-même en ce qui concerne les opérations militaires, les actions de Turreau sont peu connues. Ses lettres envoyées à la convention, permettent cependant de connaître les villes qu'il occupe à certaines dates. Le 21 janvier, la colonne part deDoué-la-Fontaine, le 24 Turreau occupe Cholet, il y reste jusqu'au 31 janvier. Le1er février, la colonne est àMontaigu. Le 9 février, Turreau gagne Nantes, le 13, il écrit depuis Saumur avant de regagner Nantes.
Le 26 février, Turreau, rejoint par les colonnes de Cordellier et de Duquesnoy, lance une offensive contre Charette. Mais l'encerclement est un échec : les Vendéens, rejoints àGeneston (Loire-Inférieure), parviennent à s'enfuir. Le 6 mars, Turreau est à Cholet ; il achève la destruction de la ville et fait évacuer la population[171].
Le 18 mars, Turreau est signalé à Nantes, puis auxSables d'Olonne quatre jours plus tard. Le 29 mars, il est de nouveau à Nantes, après avoir tenté pendant plusieurs jours d'atteindre Charette, en vain. En avril, Turreau occupeMontaigu. Par la suite, il est encore signalé en mai àDoué-la-Fontaine, Saumur et Nantes.

La colonne, commandée par le général de brigadeLouis Bonnaire, part deDoué-la-Fontaine le 21 janvier et incendie le village proche deConcourson-sur-Layon. Elle est ensuite divisée en deux demi-colonnes. La première passe par Bitaud et Vaillé enAigonnay pour arriver auxCerqueux-sous-Passavant qui est incendié et dont les habitants sont massacrés. La seconde passe parCernusson, où le maire et environ 40 habitants sont fusillés, pour arriver àMontilliers où environ 30 femmes et enfants sont passés par les armes également[172]. Le lendemain, la première demi-colonne passe parSaint-Hilaire-du-Bois,Coron,Le Coudray-Macouard,Vezins et Les Poteries enAigonnay où elle essaie de mettre le feu à la forêt de Vezins. La seconde passe parLe Voide,La Salle-de-Vihiers,Cossé-d'Anjou,La Tourlandry etNuaillé. Les deux colonnes se réunissent à Cholet[145].
Le 5 février, le général de divisionFlorent Joseph Duquesnoy reprend le commandement de sa division après une période de convalescence. Il part desEssarts et gagneLa Roche-sur-Yon, où il reste trois jours[173]. Le 6 ou 7 février, des massacres sont commis lors de la traversée deVenansault ; ces tueries sont connues grâce aux témoignages de soldats républicains consignés dans un dossier d'accusation. Selon le gendarme Charrier, cent femmes et enfants sont tués et coupés en morceaux[A 18]
Le 8 février, la colonne quitte La Roche, traverseAizenay et gagnePalluau[175]. Le lendemain, elle campe près deLegé. La ville, prise deux jours plus tôt par Charette sur les 800 hommes de Dusirat, a été évacuée par les Vendéens à l'approche des Républicains. Le 10 février, Duquesnoy, avec 4 000 hommes, se heurte à 3 000 Vendéens commandésCharette etSapinaud marchant surMachecoul, il livre labataille de Saint-Colombin et écrase les forces insurgées. Puis, le 11 février la colonne se rend àClisson[176]. Pour une raison qui n'est pas connue, Turreau et Dusquenoy se détestent. Ce dernier écrit une lettre à son supérieur dans laquelle il conteste son plan[A 19].
Turreau convoque alors Duquesnoy àDoué-la-Fontaine ; la colonne y arrive le 15 février[5]. Mais cette rencontre s'avère être sans grande importance et Duquesnoy repart alors pour la Vendée, et, le 20 février, il est à Cholet[5], puis, le 22, il gagneSaint-Fulgent[177]. Trois jours plus tard, la colonne se rend àSaint-Philbert-de-Bouaine où elle fait sa jonction avec les troupes du généralCordellier.
La colonne, commandée par le général de brigadeÉtienne Cordellier part deBrissac-Quincé le 22 janvier. La place a été épargnée par le général[40]. Le lendemain Cordellier épargne égalementBeaulieu, commune plutôt patriote, ce qui n'empêche pas ses soldats de commettre de nombreux pillages[40].
Le 25 janvier, les habitants deLa Jumellière, dont 37 femmes et enfants, ainsi que les conseillers municipaux et leprêtre constitutionnel sont massacrés à la baïonnette dans un pré[178],[179]. Peu après, le bourg est réoccupé par les troupes deLa Rochejaquelein. Un officier vendéen, Louis Monnier, évoque le massacre dans ses mémoires[A 20].
Le même jour, un autre détachement de la colonne gagneMelay. Les Républicains mettent en place un tribunal révolutionnaire improvisé. 29 femmes et 23 enfants sont fusillés, ceux qui respirent encore sont achevés à la baïonnette. Seuls un homme et quatre femmes survivent à la fusillade[180].
Le 26 janvier, la colonne atteintJallais et incendie les villages situés autour de la petite ville de même queSaint-Lézin[109]. Après être passé la veille àMontrevault, qui est épargnée[181], Cordellier est attaqué le1er février parJean-Nicolas Stofflet à labataille de Gesté ; vaincue, la colonne se replie surMontrevault. Mais, le 5 février, la colonne retourne àGesté et massacre 138 habitants dont plusieurs sont fusillés dans le château[182]. Elle campe ensuite àMontfaucon où 41 personnes sont assassinées[183]. Le 6 février, la colonne gagneTiffauges, Cordellier écrit que« indépendamment que tout brûle encore, j'ai fait passer derrière la haie 600 particuliers des deux sexes[184]. »
Le lendemain, un détachement de la colonne atteintLes Landes Génusson, toute la population présente, soit 98 personnes, hommes, femmes et enfants, est massacrée. La colonne gagne Cholet en marche forcée, elle prend part à latroisième bataille de Cholet ; la ville est reprise aux Vendéens commandés parStofflet. Le 13 février, la colonne incendieChemillé, désertée par sa population. Le lendemain, Cordellier doit encore affronter les forces deStofflet lors de labataille de Beaupréau où les Républicains repoussent l'attaque. Le 15 février, les forces de Cordellier et de Crouzat font leur jonction àMontaigu.
Le 22 février, la colonne exécute 15 personnes àVieillevigne et en massacre 100 autres auxBrouzils[5], puis elle commet un nouveau massacre le lendemain àChavagnes-en-Paillers. On identifie 201 victimes[185]. Trois jours plus tard, Cordellier rejoint Turreau en vue d'une offensive contre Charette. Les Républicains sont victorieux mais les Vendéens parviennent à s'enfuir sans subir trop de pertes. Cordellier se sépare de Turreau après la bataille, il gagneVieillevigne etMontbert où 35 personnes sont exécutées le 26 février[177], puis le lendemainVieillevigne,Saint-André-Treize-Voies,Saint-Sulpice-le-Verdon,Rocheservière etMormaison sont incendiées, en tout 80 personnes sont massacrées.
Le 28 février, la colonne affronte les troupes de Charette, pendant le combat, le chef de bataillon Matincourt, un officier de Cordellier, se rend auxLucs-sur-Boulogne et fait massacrer 500 à 590 personnes à la chapelle du Petit-Luc. Cemassacre est le plus célèbre et le plus important perpétré par les colonnes infernales[186]. 564 victimes sont recensées par l'abbéCharles Vincent Barbedette, dont 109 enfants de moins de 7 ans.

La colonne se regroupe et, le1er mars, elle assassine 66 personnes àSaint-Étienne-du-Bois[187] ; trois jours plus tard,Les Brouzils sont incendiés pour la seconde fois et 270 habitants au total ont été tués[188]. Le 5 mars, les Républicains traversentMontaigu,Clisson,Mouzillon etLe Pallet à marche forcée[189] et, le lendemain, gagnentLe Loroux-Bottereau, où ils écrasent un rassemblement d'insurgés ; les soldats restent trois jours dans la ville qu'ils ravagent, de même queSaint-Julien-de-Concelles etLe Landreau[189]. Selon les représentantsGarrau etPrieur de la Marne, 300 à 400 rebelles sont tués sans perte d'un seul homme pour la République[190].
Le 10 mars, àLa Chapelle-Basse-Mer, a lieu dans le village de Beauchêne le massacre de 26 personnes, dont 11 femmes, 9 enfants de moins de 11 ans et trois nouveau-nés[191]. Le même jour, un vieil homme est tué à La Boissière-du-Doré et deux femmes âgées de 25 et 60 ans sont enlevées et retrouvées mortes l'une au Doré et l'autre à Gesté. Le 12 mars, 56 personnes sont tuées en forêt de Leppo auPuiset-Doré[192]. Le 13 mars, 178 personnes dont 53 enfants de moins de 10 ans sont massacrées auFief-Sauvin ; 42 femmes et enfants sont tués àla Chaussaire. Le lendemain, la colonne traverseMontrevault où 72 personnes sont massacrées[193], puis elle gagneSaint-Florent-le-Vieil où elle rejointTurreau[189].
Mais la colonne ne reste pas longtemps dans la place, les 16 et 17 mars, les républicains incendient et ravagentLa Remaudière,La Boissière-du-Doré,Saint-Laurent-des-Autels,Drain,Liré etChamptoceaux, assassinent leurs habitants, hommes, femmes et enfants. La colonne campe dans les landes de Sainte-Catherine sur la commune de La Remaudière, de là ils tuent 5 personnes le 11 mars et massacrent 96 personnes le 17 mars, parmi lesquelles de nombreuses familles des villages de Sainte-Catherine, La Ménardière, La Savaterie[194]. Ces 96 victimes, pour moitié de chaque sexe, se répartissent ainsi : 8 bébés, 20 enfants entre 2 et 11 ans, 10 adolescents de 12 à 18 ans, 22 femmes et 17 hommes adultes, 19 personnes âgées de plus de 60 ans. Le même jour, dans la commune voisine à La Boissière-du-Doré, 48 personnes sont tuées : 5 hommes et 8 femmes de plus de 60 ans, 5 bébés de moins de 2 ans, 6 fillettes et 4 garçons de moins de 11 ans, 4 adolescents, 7 femmes et 9 hommes adultes[195]. Les massacres font 230 morts àSaint-Laurent-des-Autels, dont 93 hommes, 66 femmes et 71 enfants[196], 82 morts àChamptoceaux[197], 102 habitants deLiré sont tués, de même que 106 ou 108 personnes àDrain[198],[199]. Puis la colonne gagneLa Chapelle-Basse-Mer, où la population est massacrée, au moins 118 personnes sont tuées[193]. D'après les témoignages, d'un nommé Peigné et de l'abbé Robin, des jeunes filles sont violées et suspendues nues à des arbres, des femmes enceintes sont écrasées sous des pressoirs, des enfants sont empalés au bout des baïonnettes[A 21].
Enfin, pendant la nuit, la colonne attaque par surpriseSaint-Julien-de-Concelles et massacre ses habitants[200]. Le 25 mars, Cordellier tombe malade ; il part se faire soigner à Saumur et confie le commandement de la colonne àCrouzat[145].

Le 21 janvier, la colonne, commandée par le général de brigadeJoseph Crouzat, le second de Cordellier, part deBrissac-Quincé. Après être passée parThouarcé, elle gagneGonnord le 23 janvier où 200 personnes sont massacrées, 2 femmes et 30 enfants auraient été enterrés vivants. Puis, le 24 janvier la colonne atteintChemillé qui est épargnée en échange de butin. Le lendemain, elle traverseChanzeaux et incendie quelques maisons. Au moins 14 femmes sont capturées et fusillées, ainsi qu'un vieillard ; elles meurent en chantant leSalve Regina, auquel les soldats répondent parLa Marseillaise[201].
Le 26 janvier, Crouzat rejoint brièvement Cordellier àJallais, puis les jours suivants il gagneMay-sur-Èvre,La Romagne etSaint-Macaire-en-Mauges, mais il est battu le1er à labataille de Gesté. Le lendemain, il rejoint Cordellier, lui aussi mis en déroute.
Durant les mois de février et mars, les deux colonnes de la division sont rassemblées, mais Cordellier tombe malade le 25 mars. Crouzat prend alors le commandement de la division, le 27 mars, il fouille la forêt deVezins avec la colonne du général Grignon, alors forte de 2 500 hommes, et fait tuer les personnes qui s'y étaient réfugiées, selon la tradition le massacre aurait fait 1 200 morts[202], en réalité le nombre des victimes semble être bien plus faible, dans son rapport à Turreau, Crouzat écrit :« Nous avons fouillé la forêt de Vezin et celle du Breil-Lambert où nous n'avons trouvé aucun rassemblement, mais seulement quelques femmes de brigands, cachées çà et là, qui ont été exterminées[203]. ».
Malgré leur défaite, les républicains continuent leur marche et, le 2 avril, ils fusillent des habitants deTiffauges, dans le Pré-Guérin, près duchâteau de Tiffauges[204]. Puis, le 5 avril, ils commettent incendies et massacres àTorfou,Clisson etMontfaucon-Montigné. 141 habitants deTorfou, au total, sont massacrés par les colonnes infernales[205]. ÀClisson, une trentaine de personnes cachées dans les ruines du château sont massacrées[206]. Dans cette même ville, près de l'étang le Grenouiller, 150 femmes auraient été brûlées, d'après le récit fait, en 1829, par un ancien soldat républicain à lacomtesse de La Bouëre. Celle-ci rapporte ses propos dans ses mémoires[207],[208],[209] :
« Nous faisions des trous de terre, pour placer des chaudières afin de recevoir ce qui tombait ; nous avions mis des barres de fer dessus et placé les femmes dessus, (...) puis au-dessus encore était le feu (...). Deux de mes camarades étaient avec moi pour cette affaire. J'en envoyai 10 barils à Nantes. C'était comme de la graisse de momie : elle servait pour les hôpitaux. »
Le soldat se vanta également d'avoir, à Nantes,« écorché des brigands pour en faire tanner la peau » et d'avoir vendu 12 pantalons de peau humaine àLa Flèche. Madame de La Bouëre ajoute cependant qu'il« est à croire que ce fanfaron de crimes les exagère. »
Par la suite, les actions de la division demeurent inconnues sur une longue période. Le 10 mai, sur ordre de Turreau, la colonne de Crouzat se retranche dans le camp desSorinières dont elle forme la garnison[210], elle continue cependant de commettre de nombreux meurtres et raids dans les environs.
Après quelques difficultés pour rassembler ses troupes, le général de brigadeJean-Baptiste Moulin quitteLes Ponts-de-Cé le 24 janvier 1794. Le même jour, il fait incendierMozé-sur-Louet mais épargneRochefort-sur-Loire. Deux jours plus tard, la colonne incendieSaint-Laurent-de-la-Plaine etSainte-Christine, deux femmes, dont une comtesse, sont fusillées[181]. Le 28 janvier, àLa Poitevinière, des femmes et des enfants sont découverts, cachés derrière des taillis et massacrés, un petit enfant est promené au bout d'une pique par un soldat[181].
Le 29 janvier, la colonne atteint Cholet ; Turreau donne l'ordre à Moulin de s'y maintenir. Mais le 8 février, la colonne, bien que renforcée par les troupes de Caffin, est attaquée et battue par les Vendéens commandés parJean-Nicolas Stofflet. Au cours de la bataille, Moulin, blessé se suicide pour ne pas être capturé.
Dans un premier temps, le général de brigadeJean-Baptiste Huché occupe Luçon avec sa division, forte de 1 400 fantassins et 60 cavaliers. Mais, au début du mois de février, il reçoit l'ordre de Turreau d'aller renforcer la garnison de Cholet, tenue par les généraux Moulin et Caffin, qui craignent une attaque des insurgés vendéens. La division arrive trop tard et la garnison et mise en déroute par Stofflet alors que Moulin est tué et Caffin grièvement blessé. Cependant, Cordellier reprend la place deux heures plus tard. Ce dernier, accompagné de Huché, enterrent le corps de Moulin au pied de l'arbre de la liberté et, le 15 février; Huché prend le commandement de la place de Cholet.
Le 26 février, la division Huché sort de la ville et incendieMortagne. Le 27, les républicains massacrent les habitants deLa Gaubretière. Selon Huché, 500 personnes sont tuées à La Gaubretière, tant hommes que femmes, mais ce nombre est exagéré. En effet, selon Céline Gilbert il y a en réalité 107 victimes alors que pour Louis-Marie Clénet, on compte 128 tués, dont 51 hommes, 67 femmes et 10 enfants[211],[212]. Les communes deSaint-Malô-du-Bois et deSaint-Laurent-sur-Sèvre sont également dévastées.
La colonne gagne ensuiteLa Verrie, ou Huché écrit avoir fait« passer au fil de la baïonnette tout ce que j'y ai trouvé, à la réserve des enfants »[213].
Le 28 février, la division regagne Cholet. Le 4 mars, elle fait une sortie pour affronter les forces deStofflet mais l'engagement est indécis. Deux jours plus tard, Huché marche surVezins ; il écrit dans une lettre à sa sœur datée du 9 avril :« Nous passâmes par Vezins où nous tuâmes tout ce que nous y trouvâmes. J'ai incendié les villages et tué à peu près 300 de ces scélérats par-ci par-là[214]. »
Le 25 mars, sur ordre de Turreau, Huché prend le commandement de la garnison deLuçon où il succède au général Bard. Cependant, il est en conflit permanent avec les patriotes deFontenay-le-Comte et deLuçon, qu'il accuse demodérantisme tandis que ceux-ci répliquent en l'accusant d'hébertisme[215].
Les 30 et 31 mars, son second, l'adjudant-général Goy-Martinière ravage les villages des Tourneries et de Bellenoue àChâteau-Guibert, dans le premier village une femme et trois enfants sont massacrés, dans le second sept ou huit femmes, dont une enceinte, et cinq enfants, âgés de deux mois à dix ans sont fusillés ; au total, 80 personnes sont assassinées. D'autres meurtres sont commis àMareuil[216],[217].
Goy-Martinière est arrêté le 11 avri, jugé par un tribunal présidé par l'adjudant-général Cortez, condamné à mort pour avoir dévasté des communes patriotes et pour le viol d'une jeune servante[218] et guillotiné.
Les actions des huit colonnes deHaxo, plus petites que celles de Turreau, sont moins connues, les noms de certains des commandants sont même ignorés. Les principaux sontDufour,Dutruy,Jordy et Dusirat.
Cependant si Haxo ne semble pas avoir ordonné de massacres, il n'en est pas de même pour certains de ses subordonnés. Ainsi, le, les républicains commandés par Dusirat massacrent plus de 170 habitants deChanzeaux, aux trois quarts des femmes et des enfants, quelques autres meurtres sont signalés le[219].
La forêt de Princé, près deRouans, est régulièrement fouillée par les hommes de Haxo. Le, les Républicains commandés parJordy et Guillemé y tuent 300 paysans[66],[54]. Le, l'adjudant-général Lefebvre massacre environ 60 réfugiés. Cette forêt sert de refuge pendant la guerre et subit de multiples attaques, au total environ 2 000 personnes y auraient été massacrées de janvier à juillet[220].
Le, àMaisdon-sur-Sèvre, le généralCambray, le successeur de Haxo, écrase un rassemblement de Vendéens, le massacre aurait fait 300 à 400 morts, dont des femmes et des enfants[221].
Les garnisons de villes effectuent également des raids sur les communes environnantes. Selon un procès-verbal de Mariteau, maire deFontenay-le-Comte, le 31 janvier les troupes du généralAmey, parties deLa Rochelle, arrivent auxHerbiers afin d'y tenir garnison, sur leur chemin les soldats massacrent hommes, femmes et enfants, patriotes et rebelles[A 22].
Enjanvier, àLegé, une commission militaire fait fusiller 64 personnes lors dumassacre de Legé[223]. Enavril la garnison du château d'Aux, situé sur la commune deLa Montagne et commandée par l'adjudant-général Muscar, lance un raid surBouguenais, 248 personnes sont fusillées[224].
L'historiographie de la commune deChamptoceaux conserve le souvenir des nombreux passages des républicains, outre le massacre des 16 et 17 mars, quatre personnes âgées sont assassinées le par des soldats débarqués par deschaloupes canonnières[199]. Le, 37 habitants sont tués dont 28 sont enfumés dans la grotte de Vau-Brunet, seuls une femme et un enfant en ressortent vivants[197],[225]. Les journées du 26 au voient le quatrième passage des Républicains dans la commune deChamptoceaux, 13 personnes sont assassinées[197],[225].
On relève d'autres tueries dont les auteurs ne sont pas connus, le, àLa Gaubretière, environ 10 hommes sont surpris à la ferme de la Petite Renaudière où se déroule une messe tenue par unprêtre réfractaire, sur leur refus de crier « Vive la République ! », ils sont fusillés[226], le, environ 20 Vendéens sont massacrés àFrossay[227]. Le, des Vendéens sont jetés dans le puits duchâteau de Clisson, certains morts, d'autres encore vivants, 18 squelettes sont exhumés en 1961[228].

Charette a préféré attaquer l'île de Noirmoutier plutôt que de venir en aide à l'armée du Bocage, lors de labataille de Cholet ; aussi ne prend-il pas part à laVirée de Galerne. À cette période, l'autorité de Charette dans leBas-Poitou et dans lePays de Retz n'est pas entièrement reconnue et les territoires qu'il contrôle personnellement sont les environs deMachecoul etLegé. Si certains chefs commeCouëtus ou les frères La Roberie semblent reconnaître son autorité, d'autres commeJoly,Savin ou surtoutLa Cathelinière, gardent un esprit très indépendant.
Noirmoutier est prise le à la suite d'une attaque de 3 000 hommes et les 800 soldats de la garnison républicaine sont capturés. Charette quitte l'île le 15 octobre et y laisse une garnison de 1 800 hommes, puis gagne lemarais breton[229]. Un de ses lieutenants, François Pageot, se rend àBouin avec les prisonniers, mais le 17 octobre, sous prétexte de représailles et de conspiration, il en fait fusiller 180[230], dont de jeunes volontaires de 16 ans[231]. Entretemps, alors que le gros de l'armée républicaine part à la poursuite des Vendéens, le généralHaxo et son secondJordy, restent enVendée afin d'éliminer les dernières poches de résistances. Ainsi,Jordy disperse les insurgés du pays duLoroux àVertou et fait 64 prisonniers qui sont envoyés à Nantes où ils sont fusillés[232]. Cependant l'objectif principal des Bleus est de reprendre Noirmoutier afin d'empêcher les Vendéens d'entrer en contact avec les Britanniques.
Début novembre, les forces républicaines se concentrent sur l'armée du Marais, sur ses trois flancs. L'adjudant-général Dutruy part desSables-d'Olonne au Sud, l'adjudant-général Guillemé attaque au Nord, depuisPaimbœuf, tandis qu'Haxo marche à l'Est[229]. Le 8 novembre, Haxo sort de Nantes avec 8 000 hommes[233], le 9, il prendMachecoul sans combattre, puis le 28, il fait sa jonction àLegé avecJordy et Guillemé. La veille, un premier accrochage oppose l'avant-garde de 1 100 hommes commandée par le lieutenant-colonel Aubertin à Charette àLa Garnache. Puis dans la nuit du 5 décembre, Aubertin tente de surprendre les Vendéens àBeauvoir-sur-Mer, tout près deNoirmoutier. La tentative échoue et Charette se replie avec ses 1 800 hommes surBouin. Dès le lendemain, il est rejoint parJordy avec 3 000 hommes mais il est finalement écrasé à labataille de l'île de Bouin, où il perd 200 hommes[234]. Les blessés sont achevés et 200 à 300 femmes réfugiées dans l'église sont capturées, la plupart décèdent dans les prisons de Nantes ou de Noirmoutier[235]. Les pertes ne sont que de 19 tués pour les Bleus, tandis 900 prisonniers républicains sont délivrés[236]. Les Vendéens parviennent néanmoins à s'échapper et se replient ensuite surBois-de-Céné. Cependant, lors de la retraite, Charette a la chance de surprendre un convoi d'armes défendu par seulement 300 hommes entreChâteauneuf et Bois-de-Céné, ce qui lui permet de rééquiper ses hommes. Haxo arrive trop tard et Charette s'échappe une fois de plus[229],[237].

Ce succès offre un répit au chef vendéen, carHaxo reçoit l'ordre d'envoyer une partie de ses troupes sur Angers, qui est assiégée par La Rochejaquelein. Charette envoie alors Joseph de La Roberie enAngleterre en passant parNoirmoutier afin de demander de l'aide aux Britanniques, puis il décide de marcher sur l'Anjou où subsiste encore une petite troupe de 400 hommes commandée par Pierre Cathelineau, secondé par le comte de La Bouëre, qui livre encore quelques escarmouches[238]. C'est notamment au cours de l'une d'elles queJoseph Bara est tué àJallais le 7 décembre. Le 11, les Vendéens sont repoussés devantLegé, mais ils parviennent à prendre d'assaut le camp de l'Oie àSainte-Florence. Le lendemain, ils sont auxHerbiers où Charette est élu à la tête de l'armée du Marais et de l'armée du Centre, malgré l'hostilité de Joly.
Le 15 décembre, àPouzauges Charette bat l'adjudant-général Joba, sorti deFontenay-le-Comte, puis dans la nuit du 18 au 19 décembre, il écrase un poste républicain àCerizay, marche surChâtillon-sur-Sèvre et de là gagneMaulévrier le 20. Cependant, l'expédition n'a pas remporté un grand succès : peu d'hommes se sont joints aux Paydrets et aux Bas-Poitevins et, le lendemain de l'entrée de Charette à Maulévrier, arriventHenri de La Rochejaquelein etJean-Nicolas Stofflet avec une vingtaine d'hommes rescapés de laVirée de Galerne. Charette se montre semble-t-il peu courtois avec celui qu'il voit comme un rival et celui-ci s'en irrite. À Charette, qui lui propose de lui donner un cheval et de le suivre àMortagne-sur-Sèvre, La Rochejaquelein aurait répondu :« Je suis habitué, non à suivre, mais à être suivi » puis il se retire. Les 800Angevins etHaut-Poitevins rejoignent La Rochejaquelein, et Charette comprend qu'il ne peut commander le pays, aussi donne-t-il l'ordre de rebrousser chemin avec les 3 000 hommes qui lui reste. Il repasse par les territoires occupés par l'armée du Centre, puis contourneLa Roche-sur-Yon, qu'il n'ose attaquer, et regagne enfin ses terres[239],[240].

Mais dans leHaut-Poitou,Haxo a profité de l'absence de Charette pour planifier l'attaque de l'île de Noirmoutier. Charette, à peine de retour, réagit et prend d'assautMachecoul le 31 décembre, mais la majeure partie de ses hommes déserte peu de temps après pour regagner leurs foyers. Haxo envoie le général Carpentier qui reprend la ville le 2 janvier ; Charette tente de la reprendre dès le lendemain mais il est repoussé. Il se replie, est poursuivi et harcelé àSaint-Florent-des-Bois,Aizenay et jusqu'auxBrouzils où il est légèrement blessé, et ne peut empêcher l'attaque surNoirmoutier. Celle-ci a lieu le et elle est menée parHaxo etJordy, à la tête de 6 000 hommes[241]. Après un long combat qui coûte la vie à 130 Républicains et 400 Vendéens[242], les assiégés capitulent contre la promesse d'avoir la vie sauve. Haxo accepte mais lesreprésentants en missionPrieur de la Marne,Louis Turreau etBourbotte passent outre et ordonnent l'exécution des prisonniers. Ceux-ci, au nombre de 1 500, sont fusillés du 4 au 6 janvier. Parmi les condamnés, se trouveMaurice d'Elbée, ancien général en chef de la grandeArmée catholique et royale, qui, grièvement blessé à labataille de Cholet, était venu se réfugier sur l'île[243].

Fuyant les colonnes d'Haxo,Charette est de nouveau attaqué par Joba avec 1 500 hommes et est battu à deux reprises àSaint-Fulgent le 9 janvier et auxBrouzils trois jours plus tard. Légèrement blessé par une balle à l'épaule et n'ayant plus que 400 à 1 000 hommes, il se cache fin janvier au couvent du Val de Morière, àTouvois. Le 14 février, les Vendéens prennentAizenay, défendu par 400 hommes et en tuent 116[244]. Peu de temps après, Charette reçoit des nouvelles deCharles Sapinaud de La Rairie ; ce dernier, qui a également survécu à laVirée de Galerne, vient de regagner la Vendée où il a pris la tête de l'armée catholique et royale du Centre et a rassemblé 1 800 hommes. Charette réunit 800 hommes et le rejoint àChauché où, grâce à son aide, il repousse une offensive républicaine commandée par les générauxGrignon, Lachenay et Prévignaud. Peu après ce succès, les habitants des environs deLegé envoient des messages à Charette lui demandant de chasser les Républicains qui commettent des massacres. Le 5 février, Charette et Sapinaud attaquent Legé et écrasent les 800 soldats qui gardent la ville. Les Vendéens décident ensuite de marcher surMachecoul, mais en chemin ils se heurtent àSaint-Colombin le 10 février aux 4 000 hommes du généralFlorent Joseph Duquesnoy qui viennent de massacrer une centaine de femmes àla Limouzinière. Ivres de vengeance, les Vendéens attaquent sans réfléchir et sont écrasés ; Charette et Sapinaud se replient surSaligny où les deux chefs se séparent.
Charette gagne ensuite laforêt de Grasla où il est attaqué et battu le 25 février parTurreau etCordellier. Il parvient néanmoins à s'enfuir sans subir trop de pertes[245]. Combattant indépendamment,Louis-François Ripault de La Cathelinière, commandant desBretons dupays de Retz, décide de se cacher avec son armée dans la forêt de Princé et d'attendre le printemps pour reprendre le combat, mais, accusé de lâcheté par certains de ses hommes, il doit se résoudre à reprendre prématurément la lutte. Attaqué par les Républicains de la garnison du château d'Aux sous les ordres de l'adjudant-général Muscar, La Cathelinière est capturé le 28 février et est guillotiné le 2 mars à Nantes.Louis Guérin lui succède à la tête desPaydrets et reconnaît Charette pour chef[246]. Le 28 février, celui-ci bat péniblement les colonnes des générauxCordellier etCrouzat auxLucs-sur-Boulogne, mais, en représailles, les Républicainsmassacrent les habitants de la paroisse. Charette n'a plus qu'un millier d'hommes et, le 5 mars, il repousseHaxo à la Viventière enBeaufou. Il tente ensuite de prendreLa Roche-sur-Yon qu'il croit sans défense mais est repoussé.
Haxo n'a de cesse de détruire la petite armée de Charette et, le 21 mars, à la tête d'une avant-garde de seulement 300 hommes, il l'atteint auxClouzeaux. Mais Charette, renforcé par les forces deJoly, a 1 500 hommes, l'attaque est repoussée etHaxo est tué lors du combat ainsi qu'une vingtaine de ses hommes. La mort du général républicain porte un coup au moral des Bleus, Charette en profite, il attaqueChallans le 7 avril, mais est néanmoins repoussé[247],[248]. Charette attaque alorsMoutiers-les-Mauxfaits le 19 avril, qui est livrée au pillage. Environ 80 soldats républicains sont tués et 92 patriotes sont massacrés[249],[250].
Le, mis en déroute à labataille du Mans, les Vendéens sont àAncenis dans le but de traverser la Loire, afin de regagner la Vendée. Le généralissimeLa Rochejaquelein et le major-généralStofflet traversent le fleuve les premiers avec seulement 18 hommes, mais, sitôt débarqués, ils sont surpris par une patrouille républicaine et prennent la fuite[251]. Puis, malgré l'arrivée dechaloupes canonnières républicaines, d'autres soldats vendéens construisent deux grands radeaux et tentent la traversée ; 400 réussissent mais 400 autres périssent noyés[252]. Le reste de l'armée, attaqué parWestermann, doit se replier sur les terres et l'Armée catholique et royale est finalement écrasée à labataille de Savenay, le 23 décembre 1793. Apprenant queCharette est àMaulévrier,La Rochejaquelein l'y rejoint le 21 décembre. Mais l'entrevue est un échec, et les deux chefs se séparent. Néanmoins, les 600[253] à 900[254] Angevins et Haut-Poitevins qui avaient rallié Charette l'abandonnent aussitôt pour se joindre à La Rochejaquelein. Cependant la petite troupe est battue et dispersée dès le 3 janvier auxCerqueux, par les troupes du généralGrignon[113].
Pendant quelques jours, La Rochejaquelein se cache seul àCombrand puis dans les ruines duchâteau de la Durbelière, avant de se résoudre à reprendre le combat. Le 15 janvier, il rejointStofflet àSaint-Paul-du-Bois où plusieurs centaines de soldats sont rassemblés et parmi lesquels se trouveRenée Bordereau. Le 22 janvier, il s'empare deVihiers, et, deux jours plus tard, sa troupe est renforcée près deJallais par celles de Pierre Cathelineau et du comte de La Bouëre qui portent donc sa petite armée à 1 200 hommes. Le même jour, il repousse une attaque deCordellier àNeuvy-en-Mauges. Puis le 26 janvier, il s'empare deChemillé et deVezins défendues respectivement par seulement 200 et 120 hommes. Après s'être cachés deux jours dans la forêt de Vezins à cause du mauvais temps, les cavaliers vendéens attaquent un faible groupe de Républicains qui se livraient au pillage àNuaillé. Ces derniers prennent aussitôt la fuite, mais au cours de la poursuiteLa Rochejaquelein est tué par un soldat qui s'était caché derrière une haie[255],[256].

Stofflet succède àLa Rochejaquelein le1er février 1794. À la tête de 1 000 hommes, il attaqueCrouzat àGesté. Grâce au renfort de 800 hommes commandés par le comte du Bruc, les Républicains prennent la fuite sans combattre et certaines troupes se sauvent jusqu'à Nantes, oùCarrier refuse de les laisser entrer. Galvanisés par ce succès, les Vendéens s'emparent ensuite deBeaupréau puis marchent surChemillé. Sur le chemin, des paysans toujours plus nombreux se joignent à eux[257]. Le 6 février,Chemillé, faiblement défendue, est prise. Puis, le 8 février, au nombre de 4 000 à 7 000, les insurgés attaquent Cholet, défendue par 3 000 hommes sous les ordres des générauxMoulin etCaffin. La place est prise d'assaut, Caffin est grièvement blessé et Moulin se suicide pendant le combat. Peu de temps après, le généralCordellier contre-attaque avec 3 000 hommes et reprend la ville. Cholet n'est resté que deux heures aux mains des Vendéens, néanmoins l'évènement a un retentissement jusqu'à Paris où il provoque la colère duComité de salut public qui menaceTurreau. Stofflet ne renonce pas et, le 14 février, il ré-attaqueCordellier àBeaupréau, que les Vendéens avaient abandonné. Mais cette fois-ci, ces derniers sont repoussés au terme d'un long combat[258].
Le 24 février,Stofflet se joint à un chef duHaut-Poitou : le général Richard, qui a levé 2 000 hommes puis il attaqueBressuire.Grignon, qui l'occupe, ne cherche même pas à défendre la place et ordonne la retraite qui se transforme en déroute. Les Vendéens s'emparent de la ville, achèvent les blessés, massacrent les prisonniers et les malades républicains. Puis c'estArgenton qui est prise deux jours plus tard et dont le château est brûlé. L'armée catholique et royale d'Anjou et du Haut-Poitou est reconstituée avec un Conseil supérieur fort de 7 membres :Stofflet, du Bruc, La Bouëre, Beaurepaire, Baugé, Bérard etPoirier de Beauvais. Cholet, incendiée et abandonnée par les Républicains, est reprise sans combat par les forces de Stofflet qui pillent ce que les Bleus ont épargné. MaisHuché, en poste àMortagne-sur-Sèvre, attaque et met les Vendéens en fuite[259].
Cependant, l'unité de l'armée d'Anjou ne dure pas.Gaspard de Bernard de Marigny etCharles Sapinaud de La Rairie regagnent laVendée militaire à cette période et Marigny établit son quartier général àCerizay. Il est reconnu chef du Haut-Poitou tandis que Sapinaud reconstitue l'armée catholique et royale du Centre. Cependant, les deux chefs s'entendent avec Stofflet pour marcher surMortagne-sur-Sèvre le 25 mars. Attaqués, les Républicains et la population évacuent la ville et gagnent Nantes pendant la nuit. La ville est prise, mais les Vendéens s'enivrent et l'incendient. Le même jour,Joseph Crouzat s'emparent de la forêt deVezins, refuge de Stofflet, et y massacre les femmes et les enfants qui s'y trouvent. Les Vendéens crient vengeance et battent les forces de Crouzat trois jours plus tard à labataille des Ouleries[260].


Le, les généraux vendéens se réunissent au château de La Boulaye, àChâtillon-sur-Sèvre.Charette propose d'élire un généralissime.Stofflet semble d'abord approuver, puis il change d'avis sur les conseils de l'abbé Bernier. Finalement, les quatre principaux généraux s'entendent pour agir de concert. Charette,Stofflet,Sapinaud etMarigny prêtent serment, le sabre haut, de s'assister mutuellement, sous peine de mort. Les Vendéens décident ensuite de marcher surSaint-Florent-le-Vieil. En chemin, le 24 avril, ils chassent les troupes républicaines de Dusirat deChaudron-en-Mauges. Mais Marigny n'arrive qu'une fois la bataille finie et les généraux se disputent. Ils gagnent ensuiteJallais où ils destituent Marigny, le reléguant au commandement de l'artillerie de l'armée du Centre qui n'a pas le moindre canon. Furieux, ce dernier quitte l'armée.Prudent de La Robrie, qui le rattrape pour l'arrêter, est menacé par les soldats haut-poitevins. Marigny regagne le Haut-Poitou, où il tente, mais sans succès, de prendreChantonnay. Le 29 avril, les généraux tiennent un conseil de guerre : 22 officiers, dont Charette et Stofflet votent la mort de Marigny par contumace, contre 11 autres officiers, dont Sapinaud. Malade, Marigny est capturé par des soldats de Stofflet àCombrand le 10 juillet. Il est ensuite fusillé ; sa mort n'est pas un avantage pour la cause vendéenne puisqu'elle met fin à la guerre dans le Haut-Poitou. En effet, mis à part quelques hommes qui rejoignent Sapinaud, la plupart de ses soldats regagnent leurs foyers et ne reprennent pas les combats[261].
Le 6 mai, Dusirat s'empare de la forêt deVezins, refuge de Stofflet, que les Vendéens ont juste le temps d'évacuer. À la fin du mois de mai, les forces vendéennes deCharette,Stofflet,Sapinaud se réunissent àLegé. La troupe compte alors 8 000 hommes, et elle est réunie sur la demande du premier. Le 30 mai, ils écrasent un bataillon puis marchent surChallans qui est attaquée le 6 juin. Mais l'attaque est repoussée par les troupes de Dutry et Boussard pourtant bien moins nombreuses et les généraux vendéens se séparent définitivement. Le 17 juillet, Charette est chassé deLegé par les troupes de Huché[262]. Cependant, Turreau a été suspendu le 17 mai. D'autre part, laTerreur prend fin et les opérations militaires diminuent. Les Républicains abandonnent les campagnes et se retranchent dans des camps tandis que les soldats-paysans vendéens posent leurs armes pour s'occuper desmoissons. À la guerre, succède une sorte de trêve.
Bien avant les colonnes infernales, dès le début de la guerre de Vendée, des milliers de patriotes désertent les zones de guerre pour se réfugier dans les villes, en particulier à Nantes, Angers et Niort. C'est surtout après la loi du1er août que les exodes se font de plus en plus nombreux. Les réfugiés sont pour la plupart des femmes et des enfants. Ils suscitent néanmoins la méfiance des autorités qui craignent les espions, et ils doivent se présenter aux appels sous peine d'être emprisonnés. Beaucoup vivent dans la pauvreté, sont victimes des maladies et sont parfois expulsés. Pour subvenir à leurs besoins et afin de pouvoir rentrer chez eux, quelques hommes s'engagent dans l'armée républicaine, d'autres sont tout simplement mobilisés de force. Pour les autres, les conditions de vie sont très dures. À Nantes, qui compte 10 000 réfugiés pour 80 000 habitants, le pain manque et des épidémies detyphus se déclarent. ÀFontenay-le-Comte, où la population augmente de moitié, les réfugiés sont victimes de la famine. De nombreuses femmes sont contraintes de se prostituer[263].
Dès le, le comité militaire administratif vote un secours de 20 sols par jour pour chaque réfugié mais l'argent manque et tarde à être versé, aussi les départements demandent de l'aide à Paris. LaConvention nationale vote un secours de300 000 livres, à partir de septembre 1793. La situation des réfugiés s'améliore, bien que restant très précaire. De plus, ces derniers doivent travailler pour toucher leurs allocations[264].
Le, les représentantsFrancastel,Hentz etGarrau arrivent à Angers maisHentz n'a aucune considération pour les réfugiés[A 23].
Dès le lendemain de leur arrivée, les trois représentants font paraître unarrêté qui ordonnent aux réfugiés de s'éloigner de vingt lieues (environ 90 kilomètres) des départements insurgés ; ils doivent aussi déclarer leur identité dans les trois jours et choisir un département où s'établir. L'arrêté provoque les protestations vaines des patriotes locaux. Le1er mars, un arrêté rectificatif exempte de l'évacuation forcée les vieillards, les malades, les enfants de moins de 10 ans, les fonctionnaires, les ouvriers et les soldats[266]. Finalement, à la suite du 9 thermidor, et du départ des représentants, le, les réfugiés obtiennent le droit de se rapprocher de deux lieues de Paris et de dix lieues des frontières et des villes maritimes. Petit à petit, entre 1795 et 1797, ils peuvent regagner leurs foyers[267].

La situation politique à Paris change et les opposants auComité de salut public ainsi qu'auComité de sûreté générale sont éliminés. Le,Hébert et lesHébertistes sont exécutés, suivis le 5 avril par lesdantonistes.
Avant même la fin des colonnes infernales, certains officiers ont à répondre de leur conduite. Ainsi, le généralHuché, que des témoignages dépeignent comme un général brutal, en permanence ivre[268] et n'hésitant pas à tuer ou blesser de simples paysans ou ses propres soldats pour la moindre contradiction[269], est arrêté le 9 avril par le Comité de surveillance deLuçon qui dénonce ses exactions. Le 11 avril, la commission militaire deFontenay-le-Comte, présidée par l'adjudant-général Cortez condamne à mort et fait fusiller l'adjudant-général Goy-Martinière, l'adjoint de Huché, coupable de massacres, viols et pillages sur des territoires républicains[91]. Cependant,Hentz déplore l'arrestation de Huché et la mort de Goy-Martinière, qu'il qualifie de« bons sans-culottes ». Il dissout le Comité de surveillance deLuçon le 13 avril ; Cortez est destitué, tandis que Huché, jugé àRochefort, est acquitté et promu au garde degénéral de division[270].
Le 13 mai, la Convention nationale suspend Turreau qui quitte son poste le 17. Les généraux Robert,Cordellier, Duval, Bard, Joba et Carpantier sont également suspendus[92]. Après Turreau, des généraux plus modérés se succèdent.Vimeux prend la tête de l'armée de l'Ouest, puis le 16 août il est remplacé parThomas Alexandre Dumas qui dénonce et tente d'empêcher les massacres[A 24].
Le 27 juillet, c'est lachute de Robespierre et, dans les semaines qui suivent, le gouvernement révolutionnaire est démantelé. Cet évènement ne provoque pas de changements immédiats en Vendée, ainsi le chef vendéenPierre-Suzanne Lucas de La Championnière écrit dans ses mémoires :« Qu'on ne croie pas que la chute de Robespierre fût pour nous un évènement important. Son existence nous était à peu près inconnue. Les différents partis qui avaient régné tour à tour dans la République étaient également nos ennemis[273]. »
Par la suite les récits des exactions dans l'Ouest finissent par parvenir à Paris, et de nombreux conventionnels se mettent à dénoncer des mesures qu'ils avaient eux-mêmes approuvées[274]. Un premier débat est organisé à la Convention. Le député vendéen Maignen s'étonne que les généraux accusés d'avoir le plus massacré soient encore en liberté. Carrier lui-même est témoin à charge contre Turreau et les généraux.Carnot les condamne tandis queBillaud-Varenne justifie la répression[275].
Les 29 et 30 septembre 1794,Turreau, Carpentier, Huché etGrignon sont décrétés d'accusation et emprisonnés[276]. Le, abandonné par les autres représentants en mission,Jean-Baptiste Carrier et une trentaine de terroristes nantais passent en jugement devant letribunal révolutionnaire, où ils ont à répondre desnoyades et desfusillades de Nantes. Carrier nie les avoir ordonnées et, selon lui, il a agi conformément aux ordres de la Convention. Il est cependant condamné à mort à l'issue du jugement alors que les autres accusés, sauf deux, sont acquittés à la surprise indignée des assistants. Carrier,Pinard etGrandmaison sontguillotinés le[277].
Le, les représentantsHentz etFrancastel sont emprisonnés[278]. Ils sont suivis le 9 août 1794 de neuf autres représentants en mission dontLequinio etLaignelot qui sont à leur tour inculpés[279]. Accusés de cruauté par certains journalistes et députés, les généraux Grignon et Cordellier ne nient pas les exactions mais affirment n'avoir fait qu'obéir aux ordres de Turreau[280].
Les généraux ne font l'objet d'aucune poursuite, seulsGrignon,Huché et Carpentier, puisDuquesnoy,Cordellier etCrouzat sont brièvement emprisonnés[281], cependant le service en Vendée pendant les colonnes infernales n'est pas des plus valorisants et peu de généraux feront carrière. Mis à partHaxo etDuquesnoy, les généraux qui servent dans les colonnes incendiaires sont de médiocres officiers. Bonnaire et Rademacher sont exclus de l'armée en 1794 et 1795 pour ivrognerie, de même que Huché en 1797.Bard est réformé en 1795, pour blessure alors queGrignon,Caffin etLegros le sont en 1796, Boucret en 1797 etCordellier, qualifié« père de famille, mal noté, immoral, besogneux, emprisonné pour dettes », en 1800. En revanche,Amey etDufour se distinguent pendant lesguerres napoléoniennes, reçoivent laLégion d'honneur et leurs noms sont même inscrits sur l'Arc de triomphe[282].
De son côté, legénéralTurreau passe une année en prison à Paris. En août 1795, il publie sesMémoires pour servir à l'histoire de la guerre de Vendée dans lesquelles il tente de se justifier et se présente comme un simple exécutant des ordres de laConvention nationale[279]. Cependant, en octobre 1795, la progression de ladroite, au cours des élections, provoque un revirement àgauche de la Convention qui amnistie et réintègre les jacobins pour combattre les offensives royalistes, à la suite de l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV et dudébarquement des émigrés à Quiberon[283]. Le, la Convention vote donc une amnistie générale pour les« faits proprement relatifs à la Révolution », à l'exception de ceux perpétrés par les contre-révolutionnaires, et, le 4 novembre, les révolutionnaires emprisonnés pour exactions en Vendée sont libérés. Ce nouveau climat profite à Hentz, Francastel, Lequinio et aux généraux des colonnes emprisonnés. Turreau en revanche refuse cette amnistie et réclame un jugement[284]. Il comparaît devant une commission militaire présidée par le généralBerruyer et déclare n'avoir fait qu'obéir aux ordres de laConvention nationale, imputant les exactions à ses subordonnés. Turreau est acquitté le. En 1797, il est réintégré dans l'armée grâce au soutien deNapoléon Bonaparte qui reporte sur lui la reconnaissance qu'il doit àLouis Turreau, cousin du général. Turreau commet de nouvelles dévastations dans leValais en 1800. En 1803, il est nommé ambassadeur auxÉtats-Unis, poste qu'il occupe jusqu'en 1811. En 1813, il combat enBavière et se rallie à laRestauration un an plus tard. Le 30 juin, à la suite d'une promotion automatique, leduc de Berry le décore de lacroix de Saint-Louis, mais sans ordonnance. Cependant, contrairement à une rumeur, Turreau n'a jamais participé à un voyage en Vendée au côté duduc d'Angoulême[285]. Au cours desCent-Jours, il se montre dans un premier temps partisan desBourbons avant de se rallier à Napoléon dès à son entrée dans Paris. Cependant, le maréchalDavout refuse de l'employer à la suite de ses écrits royalistes. Cette disgrâce l'empêche d'être poursuivi lors de la seconde Restauration. Turreau meurt en 1816 ; son nom est inscrit sur l'Arc de triomphe[286].
Les archives de la Commission administrative permettent de dresser un état de la saisie des subsistances par les républicains[287] :
En 1794, sous laConvention thermidorienne,Gracchus Babeuf, alors adversaire desJacobins, écrit un pamphlet pour dénoncerJean-Baptiste Carrier, et dans lequel il crée le terme de « populicide », terme renvoyant à l'ampleur de la dépopulation de la Vendée militaire.
En 1806, le premier historien de la guerre de Vendée,Alphonse de Beauchamp, républicain modéré, écrit dans sonHistoire de la guerre de Vendée que les troupes de Turreau font disparaître le quart de la population vendéenne. En 1814 et 1815,Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, veuve du général vendéenLouis de Lescure, publie sesMémoires, dans lesquelles cependant elle ne fait pas mention de Turreau[288]. Puis, en 1821 et 1826,Charles de Lacretelle publie sonHistoire de la Révolution française. Bien qu'historien officiel de laRestauration, il fait à peine mention des colonnes infernales[289].
En 1824 et 1827, l'adjudant-général républicainJean-Julien Savary publie laGuerre des Vendéens et des Chouans contre la République française ; selon lui laConvention nationale n'est pas responsable des dévastations de la Vendée qu'il attribue aux cruautés de Turreau et à la folie de Carrier[290]. En 1823 et 1827, dans l'Histoire de la Révolution, l'orléanisteAdolphe Thiers, qui penche pour la Révolution, condamne la Terreur et Carrier mais évoque les colonnes infernales en termes neutres[291]. En 1828, Alexandre Fursy Guesdon, dit Morteval,monarchiste constitutionnel etvoltairien, n'a aucune sympathie pour les Vendéens ; il déplore la répression républicaine mais tient Turreau pour seul responsable, et pour lui la Convention met fin aux colonnes une fois la réalité connue[292].
Étienne Cabet,socialistepopuliste etpaternaliste publie en 1839-1840 sonHistoire populaire de la Révolution française dans laquelle il condamne les nobles qui ont manipulé les paysans naïfs et estime la répression justifiée face aux massacres commis par les Vendéens. Il dénonce Carrier mais ignore Turreau[293]. LelégitimisteJean-Joseph-François Poujoulat publie en 1848 sonHistoire de la Révolution française dans laquelle il présente un nombre de morts causés par Carrier estimé à 32 000 mais ne mentionne pas Turreau et les colonnes[289]. Au cours des années 1840 et 1850, plusieurs ouvrages sur la guerre de Vendée sont publiés par les historiens « blancs »Théodore Muret,Pitre-Chevalier,Eugène Veuillot et Claude Despez, mais c'est l'historienlégitimisteJacques Crétineau-Joly qui domine largement l'historiographie contre-révolutionnaire. Il publie en 1841-1842, l'Histoire de la Vendée militaire. Les massacres commis par les républicains et les exécutions ordonnées par Carrier et Francastel y sont longuement décrites. Il estime que les colonnes infernales ont causé la mort d'un quart de la population vendéenne[294].
L'œuvre deJacques Crétineau-Joly est saluée par les vétérans vendéens, ainsi que parFrançois-René de Chateaubriand, lamarquise de La Rochejaquelein et lesBourbons en exil. En réaction, en 1847-1853,Jules Michelet, républicain admirateur deDanton, publie sonHistoire de la Révolution française dans laquelle il dénonce la Terreur et Carrier mais alors que lesmassacres de Machecoul sont décrits sur plusieurs pages, Turreau n'est mentionné qu'en une seule ligne ; les colonnes infernales ne sont pas évoquées[295]. En 1847-1862, lesocialisteLouis Blanc écrit l'Histoire de la Révolution française. Il y défend la Terreur et Robespierre, trouve des circonstances atténuantes à Carrier et déclare que finalement les massacres commis par les Vendéens ont fait plus de victimes que ceux commis par les Républicains[296]. En 1865, le républicainEdgar Quinet, ami de Michelet, considère que la guerre oppose deux fanatismes et met dos à dos les massacres vendéens et républicains. Il condamne la Terreur et estime que Turreau et Carrier ont agi conformément aux consignes de la Convention. Après ces écrits, Quinet est désavoué par son propre camp[297].
Sous laIIIe République, l'historiographie républicaine domine largement. Ladroite se rallie à laRépublique et la répression de laCommune de Paris lors de laSemaine sanglante décuple l'engagement des historiens degauche. Dans leGrand dictionnaire universel duXIXe siècle dePierre Larousse,Louis Combes, ami deLéon Gambetta, publie les articles sur la Révolution. Il se montre très hostile aux Blancs, traite Carrier de demi-fou mais atténue ses exactions en comparaison de celles des Vendéens. Les colonnes infernales ne sont pas mentionnées et Turreau est décrit comme un« soldat brave et modeste, taillé à l'antique[298]. »
En 1892-1900,Charles-Louis Chassin traite des colonnes dansLa Vendée patriote. Pour lui, les patriotes vendéens font cesser les exactions de Turreau et Carrier en les révélant à la Convention mais il dénonce surtout les massacres commis par les Vendéens et de ce fait atténue les ravages des colonnes[299]. En 1896,Ernest Lavisse etAlfred Nicolas Rambaud publient le tome de sonHistoire générale duIVe siècle à nos jours consacré à la Révolution ; Carrier y est qualifié de« fou furieux » mais Turreau est ignoré. En 1901,Alphonse Aulard,radical-socialiste et défenseur deDanton, publie sonHistoire politique de la Révolution française dans laquelle la guerre de Vendée est traitée en quatre pages sur plus de huit cents. Les colonnes infernales, Turreau, Carrier et Francastel ne sont pas évoqués[300]. De 1898 à 1902,Jean Jaurès écrit l'Histoire socialiste de la Révolution française. Pour lui, les Vendéens doivent être jetés dans« les poubelles de l'Histoire ». Il traite aussi longtemps desmassacres de Machecoul mais se cantonne à l'année 1793 et les colonnes infernales ne sont pas mentionnées, pas plus que les noyades et fusillades de Nantes et Angers[301]. En 1909,Pierre Kropotkine, prince russe etanarchiste, publie à ParisLa Grande Révolution dans laquelle, s'il dénonce les Vendéens et les massacres de Machecoul, il condamne aussi lesJacobins assimilés auxBolcheviks et considère leComité de salut public comme responsable de la politique d'extermination menée par Turreau[302].
Quant à l'historiographie blanche, elle subsiste sous la plume des quelques prêtres : les abbés Félix Deniau,François-Constant Uzureau etFernand Mourret. Le premier reprend l'estimation d'un quart de la population vendéenne massacrée par les colonnes et porte à 32 000 le nombre de personnes exécutées sur ordre de Carrier alors que le second le réduit à 13 000[303]. En 1911,La Révolution, dunationalisteLouis Madelin, fait à peine mention de la guerre de Vendée et la répression n'est pas évoquée[304].Georges Pariset rompt avec l'historiographie bleue en 1920, en traitant de la Terreur et des colonnes infernales. En 1922-1927, dansLa Révolution française, lesocialisteAlbert Mathiez, défenseur deRobespierre, accorde une large part auxmassacres de Machecoul. Pour lui, les actions des Révolutionnaires durant la Terreur relèvent de la légitime défense, les noyades ordonnées par Carrier sont citées mais Hentz, Francastel, Turreau et les colonnes incendiaires ne font l'objet d'aucune mention[305].Émile Gabory publieLa Révolution et la Vendée en 1925-1926, selon lui Turreau et Carrier ont appliqué les consignes de la Convention et ne sont pas plus coupables que d'autres[306]. En 1928, lemaurrassienPierre Gaxotte publie saRévolution française, mais alors que l'Action française organise des rassemblements en Vendée, les noyades de Nantes, les colonnes infernales et la guerre de Vendée, de manière générale, sont à peine évoquées[307]. Dans la collectionPeuples et civilisations, publiée en 1930,Georges Lefebvre évoque à peine Turreau et les colonnes. Léon Dubreuil, en 1929 et 1930, condamne l'insurrection vendéenne mais s'il estime la Convention comme étant en état de légitime défense il la considère néanmoins responsable de la répression[308].
L'association duSouvenir vendéen est créée en 1932. Elle tire profit de la condamnation de l'Action française par l'Église et relance l'historiographie blanche au travers d'auteurs commeEdmond Loutil dit Pierre L'Ermite,Auguste Billaud ou Charles Coubard qui qualifie la Révolution française de« satanique ». L'association organise de nombreux rassemblements et fait placer nombre de plaques commémoratives[309]. Admirateur deRobespierre, deGracchus Babeuf et deJules Michelet,Gérard Walter, en 1953, consacre un demi-chapitre pour les massacres de Machecoul mais ne cite pas les actions de Carrier, Hentz ou Francastel. Les colonnes infernales sont également peu évoquées et le bilan des massacres est réduit à 2 000 morts ; Turreau est considéré comme seul coupable[310].
DansLa Contre-Révolution parue en 1961,Jacques Godechot ne caricature ni n'occulte les événements de la guerre de Vendée[311]. En 1962, l'historiencommunisteAlbert Soboul, héritier spirituel de Mathiez, publie lePrécis d'histoire de la Révolution française dans lequel estime le nombre de victimes de la Terreur entre 35 000 et 40 000. La guerre de Vendée y est peu traitée (cinq pages seulement) et les colonnes infernales sont occultées, de même que les noyades et les fusillades de Nantes et d'Angers. À sa suite,Claude Mazauric condamne en 1978 le soulèvement vendéen qu'il juge« réactionnaire et cupide ». Il reprend le bilan de Soboul et y inclut les noyades de Nantes, mais il fait silence des victimes de la guerre de Vendée[312].
En réaction, au cours des années 1960 et 1970, certains historiens commeClaude Petitfrère,Paul Bois,Marcel Faucheux etCharles Tilly entendent mettre fin au manichéisme des historiographies bleues et blanches[313]. D'autres historiens commeGeorges Bordonove, André Montagnon etArmel de Wismes se font les défenseurs de la cause vendéenne[314]. En 1969, le médecin-général Adrien Carré fait une comparaison entre lemassacre des Lucs-sur-Boulogne et lemassacre d'Oradour-sur-Glane et introduit les termes modernes de « crimes de guerre » et de « crimes contre l'humanité »[315]. Toutes les colonnes n'ont pas commis les mêmes ravages, Adrien Carré fait la distinction entre différents généraux. Selon lui, certains ne commettent pas d'exactions (Haxo,Cambray,Vimeux etDutruy), d'autres ont des scrupules, obéissent à regret, parfois même refusent d'appliquer les ordres, et contestent le plan de Turreau (Duquesnoy,Bard etDuval). Plusieurs autres exécutent les ordres sans discussion (Bonnaire,Caffin,Boucret,Dufour,Rademacher etLegros), enfin certains les outrepassent et pourraient être accusés, selon les critères modernes, decrimes contre l'humanité (Grignon,Cordellier,Huché etAmey)[316].
En 1983-1985, peu avant le bicentenaire de la Révolution française, les historiensconservateursPierre Chaunu etReynald Secher accusent la République degénocide en Vendée[317].
Ces travaux divisent mais la notion de génocide est rejetée par la majorité des historiens commeJean-Clément Martin,François Lebrun,Claude Petitfrère, Jacques Hussenet, Louis-Marie Clénet. Cependant, les dévastations de la Vendée ne sont plus occultées et la guerre de Vendée et les colonnes infernales sont désormais traitées parAlbert Soboul dans leDictionnaire historique de la Révolution française de même que parAntoine Casanova etClaude Mazauric dansVive la Révolution publiées en 1989[318].
Pour Jean-Clément Martin, Turreau, proche des ultra-révolutionnaireshébertistes, relance la guerre en privilégiant la répression aux dépens de la pacification ; il considère que Turreau peut être qualifié decriminel de guerre mais rejette le terme decrime contre l'humanité[319],[320]. De son côté,Patrice Gueniffey considère que les actions des colonnes infernales relèvent ducrime contre l'humanité[321].
En 2017,Jacques Villemain, diplomate et juriste ayant notamment travaillé pour laCour internationale de justice àLa Haye, publie un livre[322] dans lequel il estime que si les massacres de la guerre de Vendée avaient lieu « aujourd'hui », le droit pénal international les qualifierait de « génocide »[323].
La spécificité des actions de Turreau est vue de manière différente selon les historiens. Pour Patrice Leclercq, rien ne permet d'affirmer que Turreau souhaitait les massacres des populations ; selon lui, les méthodes employées sont classiques auxXVIIe et XVIIIe siècles pour mater les révoltes paysannes et ses ordres visent uniquement les combattants armés. De plus, ils auraient été outrepassés par plusieurs de ses officiers[319].
PourYves Gras, le plan de Turreau est bien plus répressif que la tactique du « dégât », employée sous l'Ancien Régime pour réprimer lesrévoltes paysannes ; en outre, il citeJean de Lattre de Tassigny, général d'origine vendéenne, lequel compare les exactions des colonnes infernales enVendée àcelles des Waffen SS en France, durant l'Occupation[184].
Les dévastations des colonnes infernales ont parfois été rapprochées par certains historiens, commeMichel Vovelle ou Louis-Marie Clénet, dusac du Palatinat survenu en 1689 ou dubrûlement des Cévennes, en 1703, mené par les armées deLouis XIV[324]. Cependant, selon Adrien Carré, citantAndré Corvisier, les populations avaient eu une semaine pour évacuer les lieux avant le brûlement du Palatinat, tandis que des chariots avaient été mis à la disposition de ceux qui souhaitaient se réfugier enAlsace[325],[326]. Selon Jean-Philippe Cénat, les destructions dans le Palatinat ne s'accompagnent pas d'un massacre de la population civile[327]. Pour Adrien Carré, les atrocités de laguerre de Vendée sont sans équivalent en Europe depuis laguerre de Trente Ans, achevée en 1648[328].
SelonJean-Clément Martin, les violences de la guerre de Vendée sont proches de celles commises lors de la conquête de laCorse en 1769 ou lors desguerres des Antilles, menées de 1791 à 1802, mais sans contexte politique spécifique et de moindre ampleur, elles ne soulèvent pas autant l'indignation de l'opinion française. Il rapproche également les dévastations de la Vendée des exactions commises par lesarmées napoléoniennes enAragon et auPays basque en 1808 durant laGuerre d'indépendance espagnole et des massacres etenfumades perpétrés par les troupes du maréchalBugeaud en 1845, durant laconquête de l'Algérie[329].
Jean-Clément Martin estime également que cette« violence de la soldatesque, dévastations, viols, pillages, voire enlèvements des femmes et des filles » n'est pas spécifique à la Révolution, et est pratiqué à la même époque par les troupesrusses enPologne, lors de l'insurrection de Kościuszko, lesTurcs dans le sud de l'Europe et partiellement par l'armée britannique lorsqu'elle réprime larébellion irlandaise de 1798[330]. Cependant pourFrançois Crouzet, contrairement à la Vendée, la répression en Irlande ne fut pas planifiée par le gouvernement :« la répression fut impitoyable, y compris parfois à l'encontre de blessés, de femmes ou d'enfants, il faut cependant reconnaître que ces atrocités ne furent pas le fait du gouvernement, mais de militaires indisciplinés, et s'expliquent largement par la mentalité obsidionale des extrémistes protestants[331]. »
En considérant l'ensemble desguerres révolutionnaires etnapoléoniennes, Patrice Gueniffey rapproche les violences commises en Vendée à celles des campagnes d'Égypte, deRussie et d'Espagne[332] :
« Le parallèle qui revient le plus souvent dans la correspondance des soldats qui ont participé à l'expédition d’Égypte, c'est l'assimilation entre les Ottomans ou les populations autochtones en général et les Vendéens. Tous le disent : « en Égypte on s'est retrouvés comme en Vendée ». Et il n'y aura uniquement que deux autres cas où l'assimilation sera faite, c'est quand les Français interviendront en Espagne face à des guérillas et lorsque les Français envahiront la Russie. Paysans russes, guérilleros espagnols et les Égyptiens en général, les Turcs comme on disait, sont perçus comme de nouveaux Vendéens, c'est-à-dire comme des gens existant en dehors de la société et donc n'étant pas justiciables de la protection des lois[332]. »
SelonJean-Pierre Poussou,« à la différence des paysans révoltés desXVIe et XVIIe siècles, qui obtenaient à chaque fois des succès partiels de leurs revendications », les insurgéscontre-révolutionnaires desXVIIIe et XIXe siècles« ne rencontrèrent qu'un écrasement sans pitié et aboutirent, malgré leurs exploits, leur héroïsme et leurs premiers succès, à un échec total. » Mais selon lui, ce sont les exactions commises en particulier contre les Vendéens et lesCristeros qui se caractérisent« par les pires atrocités[333] », encore que« la Vendée continue à l'emporter, et de loin, quant à l'ampleur de la répression et des pertes »[331]. Il affirme également que ni dans laconquête cromwellienne de l'Irlande, ni dans les répressions desrébellions jacobites,« on n'atteignit les horreurs vendéennes et mexicaines »[331].
PourReynald Secher, enVendée militaire, 117 257 personnes au moins sur un total de 815 029 habitants ont disparu durant la guerre[334] soit 14,38 % de la population du territoire délimité. D'aprèsJean-Clément Martin, qui a analysé les recensements de 1790 et de 1801, un manque d'environ 220 000 à 250 000 habitants est à noter dans l'accroissement démographique normal qu'aurait dû connaître la Vendée sans la guerre civile[335]. Les bilans varient, entre les morts au combat, les morts indirects du fait des mauvaises conditions de vie, les exils. Selon le dernier décompte de Jacques Hussenet, 170 000 habitants de laVendée militaire, sur 755 000, soit plus de 22 %, ont péri durant la guerre, dont un quart à un cinquième étaient républicains[336].
Concernant les colonnes infernales, lesMauges et lePays nantais ont été les plus dévastés. Le bilan des victimes ne peut être chiffré avec précision. L'estimation la plus faible, donnée en 1953 parGérard Walter, fait état de 2 000 morts, la plus élevée, de 180 000 tués d'après Simone Loidreau en 1994[337]. Cependant, les dernières estimations des historiens ont resserré le bilan. En 1993, Louis-Marie Clénet estime que 40 000 des 200 000 morts vendéennes des guerres de Vendée pourraient être imputables aux colonnes infernales[338]. En 2005, pourRoger Dupuy, la fourchette est de 20 000 à 40 000 morts[2]. SelonPierre Marambaud en 1996 et Jacques Hussenet en 2007 les pertes sont, de janvier à juillet 1794, pour les estimations les plus probables, de quelques dizaines de milliers à 50 000 morts sans compter les décès dus aux combats ou aux maladies[3]. En 2023,Antoine Boulant fait quant à lui état de 40 000 morts[339]. Enfin, les nombreux viols commis par les soldats provoquent l'apparition demaladies vénériennes qui font encore des victimes dans les années qui suivent les massacres[340].
,[5],[6].« L'inexplicable Vendée existe encore. Elle menace de devenir un volcan dangereux [...]. Le Comité de Salut Public a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle, à faire disparaître leurs repaires, à incendier leurs forêts, à couper leurs récoltes. C'est dans les plaies gangrénantes que la médecine porte le fer et le feu [...]. La Vendée est l'espoir des ennemis du dehors et le ralliement de ceux de l'intérieur [...]. C'est là qu'il faut viser pour les frapper du même coup. Détruisez la Vendée ! Valenciennes et Condé ne seront plus au pouvoir de l'Autrichien ; l'Anglais ne s'occupera plus de Dunkerque ; le Rhin sera délivré des Prussiens; l'Espagne se verra morcelée, conquise par les Méridionaux. Détruisez la Vendée ! et Lyon ne résistera plus, Toulon s'insurgera contre les Espagnols et les Anglais, et l'esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la révolution républicaine [...]. La Vendée et encore la Vendée, voilà le charbon politique qui dévore le cœur de la République française ; c'est là qu'il faut frapper »
.« J'ai fait donner aux femmes, aux enfants et vieillards deThouarcé tous les secours dus à l'humanité. Je les ai logés et mis en subsistance provisoirement jusqu'à ce que le Comité de salut public ait tracé la conduite que je dois tenir à cet effet. Ces deux journées ont produit un bon effet et jeté la terreur et l'épouvante chez l'ennemi, en le mettant en garde contre ceux des autres communes et en les faisant partager notre haine[10]. »
« Il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin d'octobre, le salut de la patrie l'exige ; l'impatience du peuple français le commande ; son courage doit l'accomplir. La reconnaissance nationale attend à cette époque tous ceux dont la valeur et le patriotisme auront affermi sans retour la liberté et la République[13]. »
— Proclamation de laConvention nationale aux « soldats de la liberté »,.
.« La Vendée est si peu détruite qu'il faut des armées pour accompagner les représentants en mission dans ce pays où l'on a point encore assez incendié. Envoyons-y une armée incendiaire pour que, pendant un an au moins, nul homme, nul animal, n'y puisse trouver sa subsistance[17]. »
— Joseph-Pierre-Marie Fayau, à laConvention nationale, le.
.« Je suis aussi intéressé que vous à la prompte extermination des brigands... Vous pouvez, vous devez même compter sur moi. J'entends, oui, j'entends aujourd'hui le métier de la guerre; je suis sur les lieux. Restez donc tranquilles et laissez-moi faire. Aussitôt que la nouvelle de la prise deNoirmoutier me sera parvenue, j'enverrai sur-le-champ un ordre impératif aux générauxDutruy etHaxo de mettre à mort, dans tous les pays insurgés, tous les individus de tout sexe qui s'y trouveront, indistinctement, et d'achever de tout incendier. Car il est bon que vous sachiez que ce sont les femmes qui, avec les prêtres, ont fomenté et soutenu la guerre de la Vendée; que ce sont elles qui ont fait fusiller nos malheureux prisonniers, qui en ont égorgé beaucoup, qui combattent avec les brigands et qui tuent impitoyablement nos volontaires, quand elles en rencontrent quelques-uns détachés dans les villages; c'est une engeance proscrite, ainsi que tous les paysans, car il n'en est pas un seul qui n'ait porté les armes contre la République; il en faut absolument et totalement purger le sol[18],[19]. »
— Lettre deJean-Baptiste Carrier auComité de salut public, le 11 décembre 1793.
« Il est bien étonnant que la Vendée ose réclamer des subsides, après avoir déchiré la patrie par la guerre la plus sanglante et la plus cruelle. Il entre dans mes projets, et ce sont les ordres de la Convention nationale, d'enlever toutes les subsistances, les denrées, les fourrages, tout en un mot dans ce maudit pays, de livrer aux flammes tous les bâtiments, d'en exterminer les habitants ; car je vais incessamment t'en faire passer l'ordre[20]. »
— Jean-Baptiste Carrier, lettre au général Haxo,.
.« Des mines !... Des mines à forces... des fumées soporatives et empoisonnées, puis tomber dessus ... Je vous prie de communiquer cette lettre au comité de Salut public ; cela pourra lui fournir quelques idées [...]. Par des mines, des fumigations ou autres moyens, on pourrait détruire, endormir, asphyxier l'armée ennemie[22]. »
— Antoine Joseph Santerre, lettre àJean-Baptiste Bouchotte, ministre de la guerre,.
.« Des mines dans la Vendée ! Des fumées soporatives ! Il n'y avait point pas à cette époque de rêveries qu'on ne fut tenté d'essayer contre la Vendée. Je me rappelle qu'un adepte, se prétendant physicien et alchimiste, présenta aux députés qui se trouvaient à Angers, une boule de cuir remplie, dit-il, d'une composition dont la vapeur dégagée par le feu, devait asphyxier tout être vivant fort loin à la ronde. On en fit l'essai dans une prairie où se trouvaient quelques moutons, en présence de quelques personnes que la curiosité attira vers le lieu de l'expérience et personne n'en fut incommodé[24]. »
« La désertion considérable qui commence à se manifester parmi les rebelles en deçà de la Loire prouve assez que le bandeau de l'erreur se déchire ; que les prêtres qui dirigeaient leurs pas n'ont plus le même empire sur leurs opinions. Le moment serait-il donc arrivé de proclamer au milieu de ces fanatiques les vérités qu'on leur a dénaturées jusqu'alors ? [...] On craint qu'en agissant ainsi avec la même rigueur à l'égard des nombreux déserteurs, on ne réduise les autres au désespoir. »
« Tu te plains de n'avoir pas reçu du Comité l'approbation formelle de tes mesures. Elles lui paraissent bonnes et tes intentions pures ; mais éloigné du théâtre de tes opérations, il attend les grands résultats pour prononcer dans une matière sur laquelle on l'a déjà trompé tant de fois, aussi bien que la Convention nationale. Les intentions du Comité ont dû t'être transmises par le ministre de la Guerre. Nous nous plaignions nous-mêmes de recevoir trop rarement de tes nouvelles. Extermine les brigands jusqu'au dernier, voilà ton devoir ; nous te prescrivons surtout ne pas laisser une seule arme à feu dans les départements qui ont participé à la révolte et qui pourraient s'en servir encore. Armes-en les soldats de la Liberté. Nous regarderons comme traîtres tous les généraux, tous les individus qui songeraient au repos, avant que la destruction des révoltés soit entièrement consommée. Encore une fois, recueille toutes les armes et fais passer ici sans délai toutes celles qui ont besoin de réparations. Nous t'envoyons un arrêté qui paraît propre à seconder tes vues[62]. »
— Lazare Carnot, lettre au général Turreau, le.
« Le comité délibérant sur la situation actuelle de la Vendée arrête :
Article Ier. Il sera proposé à la Convention nationale de décréter que tous les citoyens qui ont participé à la révolte de la Vendée, seront tenus de déposer, sous vingt-quatre heures, leurs armes à feu de quelque espèce qu'elles soient, et qui ne font point partie des troupes soldées, entre les mains des agents nationaux, et ceux-ci entre celles de l'autorité militaire, dans l'espace d'une décade ; les citoyens ou agents nationaux, réfractaires à cette loi, seront punis de mort par une commission militaire.
II. Chaque bataillon conservera une seule pièce de canon, on fera passer toutes les autres dans les places fortes. Il sera réservé seulement un quart au plus de l'artillerie légère et de celle de position ; un autre quart sera renvoyé sur les derrières de l'armée, dans les places fortes et tout le reste sera envoyé sans délai à l'Armée des Pyrénées occidentales.
III. Les ennemis seront poursuivis sans relâche jusqu'à leur entière destruction. Les généraux qui ne mettraient pas dans cette expédition toute l'activité possible, seront dénoncés comme ennemis de la patrie. Les subsistances seront saisies partout et envoyées aux armées et dans les places fortes ; il en sera de même des bestiaux et des chevaux propres au service des troupes et de tout ce qui peut être utile à leur entretien.
IV. Il sera proposé à la Convention nationale de faire remplacerCarrier qui demande son rappel, par un autre représentant.Prieur de la Marne sera chargé de le remplacer. Le rapport de la conduite deWestermann sera fait dans le plus court délai.
Pour copie conforme : le général chef de l'état major général, signé Robert[62]. »
« Le Comité de salut public a été trompé, les traîtres pullulent dans nos armées, il faut de prompts remèdes pour arrêter le mal. Il est prouvé que très souvent nos généraux ont concouru à leurs défaites mutuelles en refusant par jalousie ou tout autre motif de se seconder. [...] Il est prouvé que les généraux connaissent parfaitement la force de l'ennemi et, pouvant sans peine le détruire, lui ont toujours opposé des forces inférieures. Il est prouvé que la guerre de Vendée n'existerait plus si les généraux l'avaient voulu de bonne foi. Vous avez ordonné qu'on brûlât les repaires des brigands... On a brûlé des communes entières, dont les habitants s'armaient de fourches, de faux, de fusils et arrêtaient eux-mêmes les brigands pour les livrer à l'armée républicaine. Croiriez-vous que, sous prétexte de suivre vos ordres, on égorge les enfants, les femmes, les municipaux en écharpe, à la suite d'un banquet civique donné par eux à une division de l'armée? J'ai vu des malheureux abandonnés au désespoir, n'ayant d'autres perspectives que la mort de la part de l'armée républicaine et de la part de la horde royale! Tout est livré au pillage et à l'incendie[64]. »
— Marc Antoine Jullien, lettre au Comité de salut public, le
« Le Comité de Salut Public se reposait sur les mesures à prendre à l'intérieur de la Vendée sur l'esprit et le texte des décrets qui ordonnent de détruire et d'incendier les repaires de brigands, et non pas les fermes ni les demeures des bons citoyens. Il espérait surtout que l'Armée de l'Ouest s'occuperait plutôt de détruire le noyau des rebelles que de sacrifier les habitations isolées et les bourgs et villages fidèles, et non dangereux. Mais, lorsque le Comité a voulu vérifier les faits et connaître quelle était l'exécution donnée à ces arrêtés, quel a été son étonnement de voir les forces morcelées dans la Vendée, des rassemblements de rebelles se former de nouveau, se grossir de tous les mécontents que la barbare et exagérée exécution des décrets avait faits de nouveau dans ce pays, qu'il ne fallait que désarmer, repeupler d'habitants fidèles et administrer avec l'énergie républicaine convenablement dirigée[65]. »
— Bertrand Barère de Vieuzac à laConvention nationale, le.
« Nous avons eu hier au soir une première entrevue avec le général en chef de l'armée de l'Ouest. Cet homme nous paraît avoir du mérite et de la franchise. Il est sûr que tous les malveillants le décrient, et ce qu'il y a de singulier, c'est qu'ils ne disent rien que de vague contre lui. Le résultat de notre entretien avec lui sur la guerre de la Vendée est parfaitement conforme aux données qui nous parviennent de tous les militaires, c'est que les rebelles n'ont plus aucune consistance politique, qu'ils sont totalement dissous, mais qu'il reste encore beaucoup d'hommes qui se tiennent épars quand ils voient une force supérieure et qu'ils se rassemblent très facilement pour se jeter sur parties faibles.
Le général en chef nous a promis de les détruire tous, mais il faut se faire une autre idée des rebelles que celle que l'on a eue jusqu'ici ; c'est que tous les habitants qui sont à présent dans la Vendée sont des rebelles tous acharnés ; c'est que les femmes et les filles, les garçons au-dessus de douze ans sont les plus cruels. Ils exercent une cruauté inouïe sur nos volontaires, les uns sont coupés par morceaux et les autres brûlés, et ce sont des femmes qui commettent des atrocités[67]. »
— Lettre des représentantsFrancastel,Hentz etGarrau au Comité de salut public, le.
« La race d'hommes qui habitent la Vendée est mauvaise, elle est composée d'hommes fanatiques qui sont le peuple ou de fédéralistes qui sont les Messieurs. [...] Il faut un grand exemple, il faut apprendre aux malveillants que la vengeance nationale est sévère, et qu'un pays qui a coûté le sang de tant de milliers de patriotes ne doit plus servir d'asile à ceux qui se sont révoltés contre le gouvernement ou qui s'y sont opposés. [...] Jamais les femmes de ce pays ne deviendront raisonnables, ce sont surtout elles qu'il faut expatrier. L'égoïsme, le fanatisme, la rage contre les patriotes sont au comble dans ce pays ; quand ils tiennent un volontaire, ils le coupent en morceaux ou ils le brûlent à un arbre[69],[70]. »
— Lettre des représentantsFrancastel,Hentz etGarrau au Comité de salut public, le.
« Se concerter avec Turreau, et combiner un nouveau système de guerre ferme et exécutable. Il faut tuer les brigands et non pas brûler les fermes ; faire punir les fuyards et les lâches, enfin écraser totalement cette horrible Vendée. Le comité te confie le soin de combiner avec Turreau les moyens les plus assurés d'exterminer toute cette race de brigands. Est-il possible, quand nous battons toutes les armées de l'Europe, que nous soyons sans cesse tourmentés par des brigands et des rebelles sans moyens[73] ? »
— Ordres du Comité de salut public au généralJean Dembarrère.
« Le meilleur moyen pour anéantir les chouans est de dépeupler les communes qui leur donne asile ; mais il faudrait sur les lieux un représentant investi de grand pouvoirs. Il faudrait faire revivre le décret du1er août relatif à la Vendée[86]. »
« Le pillage a été porté à son comble. Les militaires, au lieu de songer à ce qu'ils avaient à faire, n'ont pensé qu'à remplir leurs sacs et à voir se perpétuer une guerre aussi avantageuse à leur intérêt [...]. Les délits ne se sont pas bornés au pillage. Le viol et la barbarie la plus outrée se sont représentés dans tous les coins. On a vu des militaires républicains violer des femmes rebelles sur des pierres amoncelées le long des grandes routes, et les fusiller ou les poignarder en sortant de leurs bras ; on en a vu d'autres porter des enfants à la mamelle au bout de la baïonnette ou de la pique qui avait percé du même coup et la mère et l'enfant. Les rebelles n'ont pas été les seules victimes de la brutalité des soldats et des officiers. Les filles et les femmes des patriotes même ont été souvent « mises en réquisition » ; c'est le terme.
Toutes ces horreurs ont aigri les esprits et grossi le nombre des mécontents, forcés de reconnaître souvent moins de vertus à nos troupes qu'aux brigands dont plusieurs, il est vrai, ont commis des massacres, mais dont les chefs ont toujours eu la politique de prêcher les vertus, et d'affecter souvent une sorte d'indulgence et de générosité envers nos prisonniers.
La durabilité de cette guerre, prolongée par les causes énoncées ci-dessus, a forcé la Convention à déterminer des mesures de rigueur. Elles ont été employées sans discernement, et elles ont produit un effet tout contraire à celui qu'on attendait. On s'est déterminer à fusiller et l'on a fusillé indistinctement tout ce que l'on rencontrait ou tout ce qui se présentait. Des communes venant se livrer, leurs officiers municipaux en écharpe à leur tête, ont été reçues avec une apparence fraternelle et fusillés sur l'heure. Des cavaliers armés et équipés, venus d'eux-mêmes se rendre au milieu de nous et après avoir fait plusieurs lieues pour cela, ont été fusillés sans miséricorde [...].
Si la population qui reste n'était que de 30 000 à 40 000 âmes, le plus court sans doute serait de tout égorger, ainsi que je le croyais d'abord ; mais cette population est immense ; elle s'élève encore à 400 000 hommes, et cela dans un pays ou les ravins et les vallons, les montagnes et les bois diminuent nos moyens d'attaque, en même temps qu'ils multiplient les moyens de défense des habitants. S'il n'y avait nul espoir de succès par un autre mode, sans doute encore qu'il faudrait tout égorger, y eût-il 500 000 hommes ; mais je suis loin de le croire. Le peuple du pays est bon là comme ailleurs, et quand on prendra les mesures nécessaires on l’amènera, malgré son fanatisme actuel et malgré toutes les fautes que nous avons commises, à entendre la raison et à s'en servir. [...]
Toute la difficulté qui se présente est de savoir si l'on prendra le parti de l'indulgence, ou s'il est plus avantageux de continuer le plan de destruction totale[88]. »
— Joseph Lequinio, rapport auComité de salut public,.
« Hâtez-vous au contraire chers collègues de livrer au glaive vengeur tous les promoteurs et chefs de cette guerre cruelle et que les scélérats qui ont déchiré si longtemps les entrailles de leurs patries reçoivent enfin le prix de leurs forfaits. Les femmes, les enfants et les vieillards, les individus entraînés par la violence ne méritent pas sans doute le même sort que les monstres qui ont ourdi la révolte, qui l'ont servie de leurs volontés comme de leurs bras, et l'on pourrait prendre à leur égard des mesures de sûreté moins rigoureuses, mais ce serait abandonner le pays aux horreurs d'une guerre nouvelle et la vie des patriotes à la merci des brigands que d'user envers ceux-ci d'une indulgence absurde et meurtrière. Vous voudrez donc bien sans perdre un moment, chers collègues, ordonner que la justice révolutionnaire reprendra son cours et ne pas perdre de vue que nous n'avons qu'un seul but : celui de terminer enfin l'horrible guerre de la Vendée[95]. »
— Lazare Carnot, le Comité de Salut Public aux représentants du peuple près l'armée de l'ouest à Niort, le.
.« Le soussigné déclare qu'en suivant l'armée dont je fais partie j'ai vu entre Venansault et Aizenay à l'époque où l'armée du Nord est allée de La Roche à Aizenay, au moins cent personnes, toutes femmes et enfants, massacrés et coupés en morceaux, dans le nombre était un enfant, qu'il palpitait encore auprès de sa mère, que pendant que j'ai été en campagne j'ai vu incendier des grains, des fourrages et nombre de maisons appartenant à des patriotes}[174]. »
Un volontaire témoigne également :
« Le jour qu'on mit le feu à Venansault, il vit tuer sept femmes, seules trouvées dans ladite commune, que l'une d'elles tenait son nourrisson dans les bras et qu'on eut le raffinement et la barbarie de percer du même coup de sabre la mère et l'enfant. Et ce qui révolta le plus le volontaire, c'est que cette infâme action reçut des applaudissements du commandant[174]. »
« Dans la marche des différentes colonnes, tu ordonnes de tout tuer et incendier. Pour ma part, j'estime que j'ai détruit 3 000 hommes, savoir : 2 000 pris sans armes et 1 000 tués dans l'affaire du Pont-James. Les autres ont aussi purgé le pays, de manière que tout ce qui reste aujourd'hui dans le sein de la Vendée est levé contre la République. Cette population n'ayant d'autres perspectives que la famine et la mort se défendra encore longtemps [...]. Mes bataillons sont réduits à 250 hommes, dont un quart est sans armes et les trois quarts sans souliers. Chaque jour, une vingtaine part pour les hôpitaux[174]. »
— Florent Joseph Duquesnoy, lettre au général Turreau.
« Nous allâmes à La Jumellière ; on nous dit que les Bleus y étaient et massacraient tout. Nous y arrivâmes mais les Bleus étaient retirés à Chemillé. Nous y marchâmes ; je fus en avant avec deux cavaliers qui connaissaient bien la route. À un quart de lieue de La Jumellière, j'aperçois, dans un coin du chemin, un monceau de victimes, amoncelées comme unecorde de bois, entre un chêne et un grand piquet. Il y en avait à la hauteur d'un homme et plus de quinzepas de long, tête à pied. Ce spectacle m'effraya. Mais c'était comme rien. À cinquante pas plus loin, j'aperçois un homme, dans le coin d'un champ de genêts, qui baissait la tête et la relevait ; je crus que c'était l'ennemi qui était dans le champ de genêts. Je fais filer mes deux cavaliers derrière moi, au bout du champ, pour bien regarder s'ils ne voyaient rien. Ce malheureux m'aperçut et se sauva. Je lui criait « Arrête ! ou tu es mort ». Il vint à moi ; je lui dis « Que fais-tu là? » Il avait une pelle sur son épaule ; il me dit « Ah ! j'ai eu grand'peur ». Il se mit à pleurer. « Voyez, me dit-il, dans le milieu du chemin, ma femme égorgée, mes cinq enfants avec, et je suis à faire une fosse pour les mettre. » Je fis dix pas ; j'aperçus une femme étendue dans la boue, un enfant sur le bras gauche, un sur le bras droit, un autre sur la jambe gauche, un autre sur la droite, et le cinquième au sein de sa mère ; tous avaient la tête ouverte, le cerveau ôté et mis dans la poche de tablier de la mère. Jamais aucun homme ne pourra croire une barbarie pareille. Cependant, le fait est constant, je l'ai vu de mes yeux et j'en ai pris note[180]. »
— Mémoires de Louis Monnier, témoignage sur le massacre de La Jumellière, le.
« Là c'était de pauvres jeunes filles toutes nues suspendues à des branches d'arbres, les mains attachées derrière le dos après avoir été violées. Heureux encore quand, en l'absence des Bleus, quelques passants charitables venaient les délivrer de ce honteux supplice. Ici, par un raffinement de barbarie, peut-être sans exemple, des femmes enceintes étaient étendues et écrasées sous des pressoirs. Une pauvre femme, qui se trouvait dans ce cas, fut ouverte vivante au Bois-Chapelet, près Le Maillon. Le nommé Jean Lainé, de La Croix-de-Beauchêne, fut brûlé vif dans son lit où il était retenu pour cause de maladie. La femme Sanson, du Pé-Bardou, eut le même sort, après avoir été à moitié massacrée. Des membres sanglants et des enfants à la mamelle étaient portés en triomphe au bout des baïonnettes[193]. »
« Une jeune fille de La Chapelle fut prise par des bourreaux, qui après l'avoir violée la suspendirent à un chêne, les pieds en haut. Chaque jambe était attachée séparément à une branche de l'arbre et écartée le plus loin possible l'une de l'autre. C'est dans cette position qu'ils lui fendirent le corps avec leur sabre jusqu'à la tête et la séparèrent en deux[193]. »
— Peigné et l'abbé Robin, témoignages sur le massacre de La Chapelle-Basse-Mer, le.
« Le 12 (pluviôse), la scène augmente d'horreurs. Le général Amey part avec sa colonne et incendie toutes les métairies depuis La Rochelle jusqu'aux Herbiers. Sur une distance de trois lieues, rien n'est épargné. Les hommes, les femmes, même les enfants à la mamelle, les femmes enceintes, tout périt par les mains de sa colonne. En vain de malheureux patriotes, les certificats de civisme à la main, demandèrent la vie à ces forcenés ; ils ne sont pas écoutés ; on les égorgea. Pour achever de peindre les forfaits de ce jour, il faut dire que les foins ont été brûlés dans les granges, les grains dans les greniers, les bestiaux dans les étables et quand de malheureux cultivateurs connus de nous pour leur civisme, ont le malheur d'être trouvés à délier leur bœufs, il n'en a pas fallu davantage pour les fusiller. On a même tiré et frappé à coups de salve les bestiaux qui s'échappaient[222]. »
— Mariteau, maire deFontenay-le-Comte, procès verbal de la mission des officiers municipaux de la commune des Herbiers, p.103.
« Il n'y a rien de bon dans la Vendée, la race est mauvaise. Il faut y transporter une peuplade de républicains qui cultiveront ce pays, le plus fertile de la République [...] Ces réfugiés ne valent rien, ce sont des lâches en général. Il n'y a de réfugiés dignes d'intérêt que ceux qui sont mis dans nos bataillons[265]. »
« Le mal est surtout dans l’esprit d’indiscipline et de pillage qui règne à l’armée, esprit produit par l’habitude et nourri par l’impunité. Cet esprit est porté à un tel point, que j’ose vous dénoncer l’impossibilité de le réprimer, à moins d’envoyer les corps qui sont ici à d’autres armées et de les remplacer dans celle-ci par des troupes dressés à la subordination […] il vous suffira d’apprendre que des chefs ont été menacés d’être fusillés par leurs soldats pour avoir voulu, d’après sur mon ordre, empêcher le pillage […]. La Vendée a été traitée comme une ville prise d’assaut. Tout y a été saccagé, pillé, brûlé. Les soldats ne comprennent pas pourquoi cette défense de continuer aujourd’hui de faire ce qu’ils faisaient hier […] le moyen de rappeler dans les rangs des soldats, l’amour de la justice et des bonnes mœurs […] et cependant jamais les vertus militaires ne sont plus nécessaires que dans les guerres civiles […] je me serais mal expliqué si vous pouviez induire de mon rapport que la Vendée est encore dangereuse pour la république et qu’elle menace sa liberté […] je crois même que la guerre peut être promptement terminée. »
« les Vendéens n’avaient plus besoin du prétexte de la religion et de la royauté pour prendre les armes ; ils étaient forcés de défendre leurs chaumières, leurs femmes qu’on violait, les enfants qu’on passait au fil de l’épée […] Je voulus discipliner l’armée, et mettre à l’ordre du jour la justice et l’humanité. Des scélérats, dont la puissance a fini avec l’anarchie, me dénoncèrent : on calomnia le dessein que j’eus d’arrêter le sang qui coulait, on m’accusa de manquer d’énergie[271],[272]. »
— Thomas Alexandre Dumas,mémoires.
« Les détails qui vont suivre, je les tiens d'un témoin oculaire, âgé alors de huit ans; il s'appelait Merit, et il est mort [...] au village de Boisgoyer, à un kilomètre de chez moi. Je traduis son terrible récit :
« Nous étions, mon frère et moi, à pêcher des verdons sur les bords du Lay, quand nous fûmes saisis par des soldats. On nous mena au milieu d'une troupe de pauvres gens de tout âge, marchant deux à deux, comme des moutons. Je reconnus beaucoup de mes parents et de mes amis, entre autres ma cousine [...] Arrivé dans la cour du Parc (château du Parc-Soubise), je vis des bleus mettre le feu au château. Pendant que le château brûlait, les soldats nous placèrent sur deux rangs, et tirèrent sur tout le monde à bout portant. Ma cousine tomba près de moi et quand il ne resta plus que deux ou trois enfants qui avaient été manqués, le chef cria :« C'est assez » –Comte de Chabot inPaysans Vendéens » »
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