Decimus Clodius Albinus, puisDecimus Clodius Septimius Albinus ( -) était un usurpateur romain d'origine possiblement africaine[1]. Il fut l'un des principaux prétendants aupouvoir impérial après la mort dePertinax, éphémère successeur deCommode, en avril193. D'abord allié àSeptime Sévère, il en fut ensuite l'ennemi et fut vaincu en 197 à proximité deLyon. C'est en raison de cette défaite que nos connaissances sur ce personnage sont peu nombreuses et souvent suspectes. Elles reflètent sans doute d'une part les calomnies de la propagande de Septime Sévère et d'autre part les déformations des historienssénatoriaux. Cela est particulièrement vrai de sa biographie dans le recueil anonyme dit de l'Histoire Auguste, réputé pour ses impostures et ses inventions.
Clodius Albinus serait né le àHadrumète (actuelleSousse), lieu de naissance indiqué par l'Histoire Auguste[2],[3],[4] enAfrique romaine. En raison du caractère peu fiable de cette source, l'historienAndré Chastagnol a fait remarquer que cette origine ne pouvait pas être tenue pour totalement sûre[5]. Toutefois elle a longtemps été tenue pour certaine et on a pu voir dans Albinus un Africain romanisé[6].François Chausson remarque que l'Histoire Auguste attribue aussi àDidius Julianus une origine à Hadrumète[7]. L'examen de la nomenclature de Clodius Albinus l'amène à le rapprocher d'un réseau familial et sénatorial attaché à l'Italie du Nord[8].
Sa biographie dans l'Histoire Auguste détaille ensuite divers épisodes de sa carrière : le commandement detroupes auxiliaires, puis d'unelégion sousMarc Aurèle. À ce titre, il aurait participé en175 enBithynie à la répression de la révolte d'Avidius Cassius. Ces informations doivent être tenues comme suspectes, car elles ne reflètent pas le déroulement ordinaire des carrières de l'époque et s'appuient sur des documents apocryphes probablement inventés par le biographe anonyme. Il s'agissait sans doute pour ce dernier de pallier son manque d'information en construisant un portrait correspondant à ses préjugés et options politiques et historiques. Il y glissa vraisemblablement aussi des allusions aux enjeux politiques de sa propre époque (l'extrême fin duIVe siècle).
Lorsque Clodius Albinus apprend début 193 l'usurpation àRome deDidius Julianus, il se révolte, tout en refusant le titre impérial que lui proposent ses troupes.Septime Sévère, révolté avec l'armée duDanube, est reconnu empereur par leSénat romain. Septime Sévère veut d'abord se débarrasser dePescennius Niger, également révolté enSyrie. Il s'entend donc avec Clodius Albinus, resté en Bretagne, lui accorde le titre deCésar et le nom de Septimius en avril194, puis le prend comme collègue pour le consulat de l'année 194. À Rome des monnaies sont frappées qui témoigne de son association à l'Empire (voir figure 1).
Une fois débarrassé de Pescennius Niger, Septime Sévère change d'attitude : en, il fait déclarer Clodius Albinus ennemi public par le Sénat. Forcé de réagir, Clodius Albinus se fait proclamerAuguste par ses troupes en, et débarque enGaule. Il s'installe àLugdunum (Lyon), contrôlant la Bretagne, les Gaules et l'Espagne. L'armée de Septime Sévère pénètre en Gaule par leJura. Clodius Albinus est battu àTournus puis une seconde fois à laBataille de Lugdunum en février 197. Il se suicide pour ne pas être capturé. Les trésors monétaires découverts fortuitement ou par la recherche archéologique dans la région de Lyon attestent la violence des combats et l'effondrement des troupes de Clodius Albinus (trésor deGenas trouvé en1826 et constitué d'environ 2 000 deniers d'Albinus, trésor deSaint-Didier-au-Mont-d'Or trouvé en1844 avec les squelettes de soldats)[??? ref manquante].
N'ayant pas été reconnu par le Sénat romain, Clodius Albinus ne figure pas dans la liste des empereurs légitimes.
Comme nous l'avons vu, le monnayage d'Albinus est double. Tout d'abord des pièces frappées à Rome en association avec Septime Sévère, le légitimant en tant que César où il est associé aux thèmes numismatiques propres à Septime Sévère. Ici (figure 1) lesæculum frugiferum[9] annonce l'arrivée d'un siècle d'abondance et de fécondité, une période de renouveau prospère. Il n'est pas nécessaire d'y voir une référence à ses supposées origines africaines et à la titulature d'Hadrumète, car le thème du siècle fructueux n'est ni nouveau ni original. Des monnaies de la cité dePautalia enThrace (Varbanov,no 2 971) ont aussi été frappées avec le portrait de Clodius Albinus césar, parfois associé à celui de Septime Sévère. Au revers on voit un dieu serpent que l'on a pu identifier àGlycon. Quoi qu'il en soit il n'y a pas de rapport nécessaire entre ce thème de revers et Albinus car il était déjà utilisé à Pautalia sous Commode.
Dans un second temps des monnaies frappées pour son propre compte après la rupture avec Sévère, pour beaucoup à Lyon, en général desdeniers (figure 2). Il y porte le titre d'Auguste. Les thèmes abordés aux revers reflètent bien sa position. Le thème de l'Æquitas[10] reprend un thème de Pertinax, mais peut sembler aussi un appel en direction du sénat et une attaque contre le changement d'attitude de Sévère. La fidélité des légions (Fides)[11], avec des mains jointes devant une aigle légionnaire convient bien à une période de guerre civile, où il faut d'abord s'appuyer sur ses soldats et prévenir les trahisons. Le type dugénie de Lugdunum, avec le génie de la ville couronné de tours, se tenant debout avec un sceptre et une corne d'abondance[12], illustre bien la place importante qu'avait pris la capitale des Gaules dans sa partie de l'Empire et son utilisation commeatelier monétaire. Clodius Albinus y fit même frapper desas.
Hérodien, traduction de Denis Roques,Histoire des empereurs romains de Marc-Aurèle à Gordien III, Les Belles Lettres, Collection la Roue à livres, Paris, 1990(ISBN2251339035), livre II, 15 – livre III, 8.
C. Brenot, X. Loriot, D. Nony,Aspects d'histoire économique et monétaire de Marc Aurèle à Constantin, Paris, 1999.