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Classe sociale

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Pour les articles homonymes, voirCaste (homonymie).

Représentation de la pyramide sociale dans la société capitaliste selon le syndicatIWW, en 1911.

Uneclasse sociale est, dans son sens le plus large, ungroupe social de grande dimension, ce qui le distingue des simples professions, pris dans une hiérarchie sociale de fait et non dedroit, ce qui le distingue desordres et descastes.

Cette notion est au centre des critiquesanarchiste etmarxiste ducapitalisme, toutes deux voulant unesociété sans classes, mais ne leur est pas spécifique, elle fait même partie du lexiquesociologique courant.

Le concept de « lutte des classes » émerge chez des historiens libéraux bourgeois commeFrançois Guizot,Augustin Thierry ouAdolphe Thiers auXIXe siècle.

Au milieu du même siècle,Karl Marx innove en posant la classe sociale comme définie par desrapports de production d’où découle une mobilisation politique pour des intérêts objectivement ou subjectivement partagés, y compris au quotidien, ce que les marxistes évoquent aussi par "comportement de classe". De la lutte de classes peut découler ainsi également la "conscience de classe".

Bien après lui, les débats portent encore sur la nature des rapports entre classes sociales, sur le critère de leur différenciation, et sur la pertinence même du concept, ses opposants évoquant les transformations sociologiques qu'ont connu les sociétés industrielles et post-industrielles.

Histoire

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SelonMarcel Conche,Montaigne dans sa relecture d'Épicure, « naturalise » les différences de classes sociales[1]. Christophe Bardyn note que Montaigne tient compte des différences de classes sociales dans ses propositions contre les injustes répartitions des taxes et impôts[2].

Les classes sociales relevant d'un rapport antagoniste

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Karl Marx, dans ses analyses de la société industrialisée, a mis en évidence l’existence de classes sociales, groupements d'individus partageant des intérêts communs[3]. Le nombre de ces classes sociales ne fut pas strictement défini. Cela dépend de ses ouvrages et de l'époque de leur rédaction. Le nombre considéré variait de trois à sept. Dans son ouvrageLes Luttes de classes en France, il définit sept classes sociales[4] :

Mais Marx a toujours considéré que les deux classes les plus importantes étaient le prolétariat et labourgeoisiecapitaliste (propriétaire des moyens de production), qui sont les deux pôles antagonistes acteurs de lalutte des classes dans lasociété industrialisée. Il distingue laclasse en soi (liée à une organisation objective) et laclasse pour soi (liée à la conscience collective)[5]. Sa conception de lasociété a été inspirée par l’étude de l’histoire selon une méthodologie particulière : laconception matérialiste de l'histoire. Ces rapports dedomination/soumission traversent les âges grâce à la transmission de la position sociale par héritage. Eninteractionnisme structural une classe sociale est vue comme « uneclasse d'équivalence, unestructure pour unerelationsociale ». Par exemple, la relation « faire partie de lacatégorie socio-professionnelle des ouvriers » définit la classe sociale des ouvriers comme un des éléments du quotient de la population (l'ensemble des individus) par la relation sociale (avoir la même catégorie socio-professionnelle).

Le philosopheLouis Althusser approfondira l'idée de Marx[6] estimant que la formation sociale génère un invariant structural qui la sur-détermine par le fait qu'en tant que hiérarchie de concept, elle procure la définition et l'ordre d'apparition des concepts (ce qui dénote une approchestructuraliste de la notion de classe sociale). Il indiquait cependant que les membres des classes supérieurs étaient nécessairement supérieurs intellectuellement parlant[7].

PourJean Jaurès, qui suit Marx sur ce point, « le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d'un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre côté ceux qui, n'ayant, ne possédant que leur force-travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. Entre les deux classes, entre les deux groupes d'intérêts, c'est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance »[8].

PourNicos Poulantzas, l'État fait perdurer ces structures sociales par le fait que laclasse dirigeante favorise les intérêts de laclasse dominante. L'État est alors la condensation matérielle de rapports de forces entre classes[9].

Les classes sociales analysées comme ne relevant pas automatiquement d'un rapport antagoniste

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Joseph Schumpeter estime que la classe sociale naît de la fonction exercée[10] (on retrouve déjà cette idée chezPlaton[11] comme idéal social).

Auto-conscience, conscience de classe

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Article détaillé :conscience de classe.

C’esr un concept utilisé dans les champs de lasociologie, de lapsychologie et dumilitantisme. Il tire son origine de lathéorie marxiste, qui en fait une pierre angulaire de lalutte des classes.

L'existence même de classes sociales est contestée par certains auteurs, au motif qu'une classe sociale nécessiterait uneconscience de classe pour être définie[12].

De son côté, Marx avait précisé que laconscience de classe est souvent ignorée ou souterraine, chez l’individu, voire dissimuléee ou même refoulée, en analysant le processus de "prise de conscience".

Sociologie

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PourMax Weber, les classes sont d'ordre économique, c'est-à-dire fonction du mode de distribution des revenus et du patrimoine[13], mais également d'ordre social (fonction du prestige), et d'ordre politique (fonction du mode de contrôle de l'État).

PourMaurice Halbwachs, les classes sociales ne sont pas automatiquement antagonistes mais forment des cercles concentriques selon sa théorie du feu de camp par la domination d'un modèle culturel orthodoxe[14]. L'instruction, la richesse et le niveau d'intégration forment des cercles concentriques générant des classes qui n'impliquent pas automatiquement des intérêts divergents[15].[source insuffisante]

PourVilfredo Pareto, les classes sociales naissent de l'opposition de masse d'individus et des élites gouvernementales au pouvoir. Ainsi, tout pouvoir implique cette séparationantagoniste[16]. Cependant, il estime que les groupes sont hétérogènes, notamment parce que les individus adhèrent à des valeurs différentes, et qu'ils sont évolutifs : les élites changent, ainsi que les limites de cette séparation antagoniste.

PourRalf Gustav Dahrendorf[17], les classes sociales ne relèvent pas automatiquement de rapports antagonistes ouverts. Les conflits d'intérêts génèrent une grande diversité de classes sociales. Le niveau de mobilité sociale qui entraîne une liberté de manœuvre rend les classes sociales traditionnelles plus diffuses et diverses. Les conflits raciaux et de religion peuvent aussi générer des changements sociaux. Il part des principes de changements exogènes de l'histoire et de possibles renégociations au sein de la société.

Henri Mendras décrit la société comme une « toupie » composée de « constellations » : la majorité de la population s'agrège dans une « constellation populaire » (50 % de la population) et une « constellation centrale » (25 %), qui constituent, avec les indépendants (15 %), le « ventre » de la toupie ; en dessous et au-dessus, la « pauvreté » (7 %) et « l'élite » (3 %), minoritaires, en constituent les pointes[18]. Dans cette modélisation, les groupes sociaux sont fluctuants, les frontières sociales sont poreuses, et la stratification sociale tend vers lamoyennisation et la structuration par classe d'âge. La diminution des capacités d'action autonome pousse en effet à la moyennisation des classes sociales. La classe moyenne devient une réalité sociologique (conscience degroupe) lorsqu'elle est animée par un sentiment d'appartenance à ladite classe et la volonté de faire survivre cette classe.

« Dans ses travaux,Pierre Bourdieu a tenté de combiner ces approches en délimitant les fractions de classes en fonction de leur possession de capital économique etculturel »[19].

Pour l'Allemagne,Andreas Reckwitz parle en 2017 de quatre classes qui se distinguent par leur position, leur pouvoir et leur importance: il y a une petiteclasse supérieure, dont deuxclasses moyennes et uneclasse populaire. Parmi les classes moyennes, il distingue la nouvelle classe moyenne et l'ancienne classe moyenne. La nouvelle classe moyenne se compose en premier lieu de « diplômés hautement qualifiés dans les grandes villes avec de bonnes perspectives de carrière, surtout dans l'économie du savoir ». L'ancienne classe moyenne est constituée de « personnes ayant un niveau d'éducation moyen, souvent vivant dans des régions rurales de petites villes, dont l'attitude et le mode de vie sont plutôt conservateurs et traditionnels»[20],[21].

Max Weber
Maurice Halbwachs
Vilfredo Pareto
Ralf Dahrendorf
Pierre Bourdieu

Les classes sociales en France

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Cette section doit êtreactualisée.(mars 2023)
Il manque des informations récentespertinentes etvérifiables, et certains passages peuvent annoncer des événements désormais passés, ou des faits anciens sont présentés comme actuels.Mettez à jour oudiscutez-en.

Point de vue du sociologue Louis Chauvel

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Selon le sociologueLouis Chauvel, les classes sociales en France se présentent de cette façon[22] :

  • les classes populaires qui représentent 60 % de la population, regroupant 20 % « situés hors de l'emploi stable et valorisé », et 40 % constituant une « classe populaire salariée stable » ;
  • les « classes moyennes salariées », qui représentent 25 % de la population ;
  • une « classe de confort », qui représente 15 % de la population ;
  • enfin, une « classe titulée » de moins de 1 % de la population, qui peut être assimilée à une « classe possédante », « à condition de comprendre que cette possession n'est pas seulement économique », correspondant à la « haute bourgeoisie ».

Il existe dans la société française des écarts de revenus importants, mais concernant le patrimoine, « l’espace entre les ouvriers et les cadres est béant »[23], le ratio entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres étant de 1 à 70[24]. Selon Louis Chauvel, « l’imperméabilité des classes » reste « un phénomène central »[25].

Sondage de 2004

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Sentiment d’appartenir à une classe sociale et situation par rapport à l’emploi[26]
À quelle classe avez vous le sentiment d'appartenir ?
Classe socialeActifs ayant un emploiRetraitésEnsemble des adultes
Classe moyenne42 %36 %40 %
Classe ouvrière24 %24 %23 %
Bourgeoisie3 %7 %4 %
Classe défavorisée7 %7 %8 %
Classeprivilégiée8 %5 %8 %
Un groupe professionnel11 %11 %9 %
Ungroupe social2 %3 %2 %
Autre3 %7 %6 %

Classes sociales et espérance de vie en France

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En 2018 une étude de l'INSEE établit que la différence d'espérance de vie en France entre les 5 % des Français les plus aisés, et les 5 % les plus pauvres, est de 13 ans pour les hommes et 8 ans pour les femmes[27].

Notes et références

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  1. Marcel Conche, « Montaigne et la philosophie »,Presses universitaires de France, 2007.
  2. Christophe Bardyn,Montaigne : La splendeur de la liberté, Flammarion.
  3. Karl Marx,Manifeste du parti communiste, 1848.
  4. Michel De Coster,Introduction à la sociologie, 1992,p. 188 : « L'explication de Marx ».
  5. « Les classes sociales : cours Terminale SES », surschoolmouv.fr(consulté le).
  6. Louis Althusser,Pour Marx, 1965
  7. Louis Althusser,Écrits philosophiques et politiques,t. 1
  8. Jean Jaurès, "Les deux méthodes", 26 novembre 1900.
  9. Nicos Poulantzas,L'État, le pouvoir, le socialisme, 1978
  10. Joseph Schumpeter, Impérialisme et classes sociales, 1951
  11. Platon, La république, livre III
  12. Voir, plus généralement, « Middle-class : confusion de terme, confusion de concept »,Futur Antérieur,no 22, 1994 parChristian Marazzi.
  13. Max Weber,L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1905
  14. Maurice Halbwachs,L’évolution des besoins de la classe ouvrière, 1933
  15. Maurice Halbwachs,La classe ouvrière et les niveaux de vie, 1913
  16. Vilfredo Pareto,trattato di sociologia generale, 1916
  17. Ralf Gustav Dahrendorf,Classes et conflits de classes dans la société industrielle, 1973
  18. Henri Mendras,La seconde révolution française 1965-1984, Gallimard (Folio), 1994 (1988).
  19. « Les Classes sociales en Europe: Tableau des nouvelles inégalités sur le vieux continent » de Alexis Spire, Étienne Penissat, Cédric Hugrée,éditions Agone, 2017
  20. https://journals.openedition.org/lectures/64232
  21. https://www.laprocure.com/product/1446224/reckwitz-andreas-la-fin-des-illusions-politique-economie-et-culture-dans-la-modernite-tardive
  22. Louis Chauvel, « Le renouveau d'une société de classes », dans Paul Bouffartigue (dir.),Le Retour des classes sociales, Paris, La Dispute, 2004,p. 62-65.
  23. Louis Chauvel, « Le retour des classes sociales ? », Revue de l'OFCE, octobre 2001,p. 331.
  24. Louis Chauvel, « Le renouveau d'une société de classes », dans Paul Bouffartigue (dir.),Le Retour des classes sociales, Paris, La Dispute, 2004,p. 62.
  25. Louis Chauvel, « Le retour des classes sociales ? », Revue de l'OFCE, octobre 2001,p. 344.
  26. Source,Insee Premièreno 979, juillet 2004,p. 4
  27. « L’espérance de vie par niveau de vie : chez les hommes, 13 ans d’écart entre les plus aisés et les plus modestes - Insee Première - 1687 », surinsee.fr(consulté le)

Voir aussi

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Bibliographie

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Liens externes

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Articles connexes

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