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À l'échelle de l'histoire de la musique, laclarinette est un instrument jeune inventé au début duXVIIIe siècle. Les expressions « clarinette ancienne », « clarinette historique » ou « clarinette baroque » regroupent à la fois l'ensemble des instruments créés sur la période débutant par l'invention de la clarinette à 2 clés et se terminant en1839 par son aboutissement, la clarinette « moderne » à 17 clés et 6 anneaux (système Boehm), et également le mouvement d'interprétation historiquement informée de musique ancienne consistant à jouer des œuvres baroques ou classiques sur des instruments d'époque (ou des reproductions)[1].
Les nombreuses améliorations apportées à la clarinette ont consisté à gommer ses défauts et à rendretempéré etchromatique un instrument tonal. Les principales évolutions sont l'association d'une anche battante ligaturée par une cordelette sur le dessus d'un bec en contact avec les lèvres au lieu d'une anche vibrant dans une boîte (capsule), la création et l'amélioration des registres, et l'introduction de nouvellesclés.
De nombreux collectionneurs et historiens s'attachent à établir l'histoire de la famille des clarinettes historiques[2],[3],[4].
Les premières clarinettes sont fabriquées enbuis ou en bois d'arbres fruitiers tendres, et leurs clefs sont en laiton.
La clarinette consiste en une amélioration d'uninstrument de musique à anche simple, lechalumeau, qui existe au moins depuis leMoyen Âge et qui est décrit parMarin Mersenne dans son traitéHarmonie universelle, contenant la théorie, l'organologie et la pratique de la musique de son époque (). Le chalumeau définit les caractéristiques principales de la clarinette : un tuyau cylindrique en roseau ou en buis percé de trous d'harmonie et un excitateur àanche battante en roseau. Le chalumeau ne pouvait produire que les sons fondamentaux.
Le mot « chalumeau » provient dulatin classiquecalamus qui signifieroseau.
Au début duXVIIIe siècle, le facteurJohann Christoph Denner, de la guilde nurembergeoise desWildruf- & Horndreher (tourneurs d'appeaux et de cors), effectue dans son atelier deNuremberg pendant une dizaine d'années des recherches pour améliorer le chalumeau:
Cet instrument dispose d'unambitus de deux octaves et une quinte, avec des notes manquantes dans l'échelle. Certaines notes nécessitent des doigtés particuliers, dits aussi « fourchus », ou un jeu particulier sur l'embouchure au niveau du bec notamment pour produire lesi bécarre dans le médium. Le registre grave garde le nom de « chalumeau ».
Il existe une controverse portant sur le fait qu'il n'existe aucune preuve contemporaine que Johann Christoph Denner ait fabriqué une clarinette en1690 mais plutôt une commande posthume attribuée à son filsJacob Denner en[5]. La première trace écrite du terme« clarinette » se trouve dans le registre de l'achat de quatre clarinettes à Jacob Denner par la fanfare de la ville de Nuremberg. Néanmoins il est communément affirmé dans les préambules de méthode de clarinette que Johann Christoph Denner a inventé la clarinette vers 1698 en modifiant le chalumeau sur la base d'une déclaration deJohann Gabriel Doppelmayr datant de 1730 dans son ouvrageHistorische Nachricht von den Nürnbergischen Mathematicis und Künstlern.
Les premières clarinettes connues qui nous sont parvenues sont celles de son fils, Jacob Denner (1681-1735). Deux des contemporains de Jacob Denner, Klenig et Oberlender, ont également fabriqué des clarinettes. Différentes tailles de clarinette ont été fabriquées par les Denner, père et fils. Il reste au moins 68 instruments de toutes sortes fabriqués par Johann Christoph Denner et au moins 40 de son fils Jacob, tous deux de Nuremberg. Les premières mentions de clarinettes à Nuremberg datent de 1710, trois ans après la mort de J. C. Denner.
À cette époque, le positionnement de la clé de douzième désormais placée sur le dessous de l'instrument et de la clé dela en dessous varient fréquemment. La clé du dessus produisait probablement la notela et l'ajout de la clé au pouce produisait la notesi bémol comme sur la clarinette moderne. Certaines sources affirment que la clé de pouce seule produisait lesol ou lela.Albert Rice affirme dans son livreThe Baroque Clarinet que sur la majorité des clarinettes baroques existantes testées par Eric Hoeprich et Marie Ross, la clé de registre produisait effectivement lela, lesi bémol étant produit par la clé du dessus et lesi par les deux clés ensemble. Marie Ross n'a trouvé qu'une seule clarinette qui produisait unsi bémol lorsque les deux clefs étaient enfoncées. Cette disposition des doigtés de l'époque baroque citée par Rice pourrait avoir été le cas sur les premières clarinettes avant que Jacob Denner ne déplace le trou de la clef de pouce plus haut et ne le réduise. Dans les deux cas, la clef de pouce servait également de clef de registre qui, lorsqu'elle était enfoncée, produisait une note plus aiguë d'une douzième. Le trou de la clef de registre était équipé d'un tube métallique plongeur pour éviter que l'humidité ne l'obstrue.
Les clefs étant positionnées au milieu de l’instrument, le clarinettiste pouvait jouer avec la main gauche en haut et la main droite en bas ou inversément. Pour le trou du fa grave utilisé par le petit doigt, le facteur pouvait soit faire un trou de chaque côté, et le clarinettiste bouchait avec de la cire le trou inutile, soit le trou était sur le pavillon, et le clarinettiste le positionnait du côté de son choix.
La clarinette baroque était généralement fabriquée en buis européen, parfois en ivoire, en prunier, en ébène ou en poirier. Les clarinettes varient en taille et sont fabriquées en trois ou quatre sections. Les clés sont en laiton, parfois en argent, et les ressorts sont en laiton. Les coupoles des trous d'harmonie étaient généralement carrées, bien que des instruments avec des coupoles rondes aient survécu. Dans les deux cas, un morceau de cuir était fixé pour former le tampon étanche.
Les becs varient en fonction de l'angle de la conicité du bec et des dimensions intérieures. Les premiers becs de clarinette de Jacob Denner avaient de très longues ouvertures de 40 à 50 mm. La longueur de la fenêtre était presque égale à celle de l'anche. La lèvre supérieure de l'instrument entrait en contact avec l'anche.
Une autre amélioration utilisée par Jacob Denner, que l'on retrouve également dans les hautbois contemporains et les hautbois d'amour, était le trou d'accord situé à mi-chemin du pavillon de la clarinette. Les clarinettes de Denner dotées d'un trou d'accord sont beaucoup mieux accordées (à la= 415 Hz environ) que les clarinettes de Denner sans trou d'accord.
La note la plus grave de la clarinette à deux clés était lefa. Avec une "embouchure" généreuse et des doigtés en fourche, il était possible de jouer chromatiquement jusqu'à l'ouverture dusol. À partir dudo clairon, la séquence chromatique pouvait être répétée avec la clé de registre ouverte. Les notes du registre de la clarinette étaient mieux accordées que celles du registre du chalumeau. Les clarinettes à deux clés pouvaient raisonnablement être jouées jusqu'ausol suraigu, une note demandée dans lesConcertos de J. M. Molter. Lesi entre le registre du chalumeau et celui du clairon n'a pas été utilisé par Molter parce que cette note, selon certains auteurs, devait être produite soit en variant l'embouchure dudo vers le bas, soit en variant l'embouchure dusi bémol vers le haut. Comme nous l'avons mentionné plus haut, certaines clarinettes anciennes pouvaient produire lesi en appuyant sur les deux clefs. Un autre doigté possible, qui apparaît dans le plus ancien tableau de doigtés existant, celui de J.F.B.C. Majer datant de 1732, estsi avec les deux clés enfoncées et les trois trous de la main gauche et les quatre trous de la main droite fermés.
En dépit de ces défauts (manque d'homogénéité des registres, discontinuité dans l'échelle sonore, certaines tonalités indisponibles… ), la clarinette à deux clefs se répand en Europe :
Pour jouer dans les différentestonalités, le musicien doit disposer de plusieurs clarinettes de longueur différentes. Au début, les petits modèles de clarinette, notamment enré[13], étaient usuellement construits par facilité de fabrication, puis les modèles dans les trois tonalités enla,si etut s'imposèrent; certains musiciens pouvaient utiliser jusqu'à sept modèles à l'orchestre.
La première méthode pour clarinette est écrite par Joseph Friedrich Bernhard Caspar Majer[14] en 1732 dans le traité « Museum Musicum »[15].
« À partir du milieu des années 1740, certains princes accueillent chez eux des musiciens de Bohême de passage à Paris. Des cornistes et des clarinettistes, qui sont bientôt invités à jouer dans des institutions comme l’Académie royale de musique ou leConcert spirituel, et donnent à entendre des sonorités nouvelles. »
En 1754[16], Johann David Denner (1691-1764), un des fils de Johann Christoph Denner, ajoute une troisième clef autorisant à jouer lemi grave et sa 12e, lesi dans le bas du registre du clairon, ce qui lui a nécessité d'allonger également le corps de l'instrument ; cette clef est actionnée par le pouce gauche ou droit. Il dote l'instrument d'un pavillon qui le fait ressembler à unclarino (petite trompette baroque) : le nom de clarinette, qui apparaît auXVIIIe siècle, pourrait être lié à cette trompette baroque, extrêmement difficile à maîtriser, que la clarinette pouvait remplacer dans le registre du clairon.
Cette nouvelle clef permettait d'allonger la clarinette et de combler l'écart de hauteur entre le chalumeau et les registres aigus. Elle était actionnée par le pouce de la main inférieure. Les clarinettes de cette époque pouvaient être jouées avec la main gauche ou la main droite sur le corps inférieur. Il existait une paire de trous pour le cinquième doigt de la main inférieure. Le trou gauche ou droit pouvait être bouché, le trou restant étant ouvert ou fermé par le cinquième doigt. Plus tard, quelques clarinettes ont été fabriquées avec la clef mi grave/si sur le côté gauche de l'instrument et actionnée par le cinquième doigt de la main gauche.
A cette époque, la clarinette en buis reste légère et ne dispose pas derepose-pouce pour aider à porter et stabiliser l'instrument et dont l'usage se généralisera un siècle plus tard parHyacinthe Klosé avec la clarinette moderne, dont le poids est accru par le nombre de clefs supplémentaires.
La fabrication des clarinettes n'est pas encore standardisée durant cette période. En 1973, Kurt Birsak a effectué des tests de jeu sur plusieurs instruments à deux et trois clés construits en 1760 par G. Walch deSalzbourg. À l'aide d'un accordeur électronique, il a constaté que les deux notes les plus graves étaient plus souventfa etfa dièse au lieu demi etfa. Lorsque la clé de registre est ajoutée à la note la plus grave de ces instruments, ils produisent lesi attendu dans le registre clairon de la clarinette. Les clarinettes de Walch présentent davantage de problèmes d'intonation que les autres clarinettes baroques qui ont été testées, de sorte qu'il n'est pas possible de déterminer avec certitude quels doigtés étaient la norme.
Les premières clarinettes, comme celles des Denners, avaient des perces et des becs un peu plus larges que ceux des clarinettes modernes. Les trous pour les doigts étaient également larges. Au milieu duXVIIIe siècle, les clarinettes avaient des perces plus petites qui favorisaient les aigus, un bec beaucoup plus étroit et des trous de doigts plus petits.
Les clarinettes à deux clés étaient généralement enré ou endo, plus rarement enmi bémol, enfa ou ensol. Il existe une clarinette ensi bémol de Gerard Willems. Les instruments à trois clés étaient disponibles dans une plus grande variété de tonalité, ajoutant lela à la liste ci-dessus, mais la plupart étaient encore enré ou enut. L'ambitus de cette clarinette s'étend dumi ou dufa grave jusqu'auré suraigu ou plus. Elle nécessite de nombreux doigtés en fourche pour jouer sur l'échelle chromatique.
La résistance au souffle se situait entre celle d'une flûte à bec et celle d'une clarinette moderne.
« Comme pour lesbassons, la grande chance de la Clarinette fut l'édit deLouis XV en transformant la composition des musiques militaires. Désormais, leshautbois étaient remplacés par les Clarinettes. Les musiques ne comportèrent plus, désormais, que des Clarinettes, descors et des bassons, auxquels pouvaient s'ajouter éventuellement des petitesflûtes. Cet ensemble, automatiquement adopté par lesloges maçonniques françaises, où la musique militaire était de rigueur, allait bientôt s'y voir confier l'interprétation non seulement de marches, mais aussi de musiques plus ambitieuses, essentiellement des arrangements de fragments d'Opéras, ou des symphonies spécialement écrites pour eux.Beethoven, qui fut un maçon fervent, sinon assidu, l'utilise pour une petite marche d'allure maçonnique et surtout pour l'accompagnement de sonBundeslied op. 122, chant maçonnique rituel écrit sur un texte de F. Goethe. »[17]
À Paris et à Londres, dans les années 1750 et 1760, la clarinette est jouée dans les fanfares militaires ou en combinaison avec d'autres instruments à vent[18]. La sonorité percante du registre clairon lui permet de se faire entendre en plein air à la fois comme instrument champêtre et comme instrument militaire pour remplacer la petite trompette.
« La clarinette est considérée comme l'élément vital de chaque orchestre militaire et comme un instrument indispensable [sic.] aux autres instruments à vent dans les concerts, où ses sons, judicieusement gérés, sont plus exaltants et animateurs que n'importe quel autre instrument. »
— Ouvrage anonyme « Compleat Instuctions (sic.) for the Clarinet » (ca. 1781)[18]
À partir des années 1740, on voit apparaître une clarinette à la tessiture plus grave, appelée« clarinette d'amour » dotée d'unpavillon d'amour, de trois clefs et d'un bocal courbe. Ce pavillon est piriforme le plus souvent et sert de résonateur. Elle ne perdurera pas après l'invention de la clarinette moderne. Elle est accordée le plus souvent ensol. Sa perce est plus petite, lui conférant une sonorité plus chaude et retenue.
Vers 1760-1765, il est ajouté une quatrième clef qui permet de jouer lesol grave et sa 12e, leré
, inventée probablement en Allemagne[19],[20]. Cette innovation est généralement attribuée au facteur d'orgue de Brunswick, Barthold Fritze (1697-1766).
Le facteur allemand Johann Godfried Geist (naissance vers 1710/1720 — 1775) installé à Paris en 1750 est reconnu pour avoir fabriqué une clarinette « française » enré à quatre clefs vers 1765 puis des clarinettes à 5 clés[19].
Valentin Roeser donne quelques conseils aux compositeurs pour exploiter la clarinette à quatre clefs dans son « Essai d'instruction à l'usage de ceux qui composent pour la clarinette et le cor » en[21] mais cet ouvrage ne constitue pas une méthode d'enseignement[22].
La clef desol dièse /ré dièse était actionnée par le cinquième doigt de la main droite (désormais toujours la plus basse des deux mains).
L'invention ducor de basset est attribuée àAnton etJohan Stadler vers 1770. Néanmoins les Mayrhofer dePassau, « inventeurs » autoproclamés, ont construit quatre instruments de type cors de basset courbes vers 1760 et n’étaient pas officiellement des facteurs d’instruments à vent (c'est-à-dire des tourneurs)[23].
Le cor de basset est la première clarinette « non droite » qui bénéficie du système de pavillon en métal (droit ou courbé). Les premiers modèles étaient de forme courbe et de tonalité mi, mi bémol ou ré. On retrouve ensuite des modèles en sol et en la. Sonnant une tierce en dessous de la clarinette enla, il est un instrument transpositeur enfa qui est la tonalité qui s'imposera auXIXe siècle.
En 1808,Heinrich Grenser améliore le cor de basset, très populaire à l'époque, en le rendant droit au lieu d'être courbé, comme c'était la coutume jusqu'alors, et l'équipe également de 16 clés, ce qui permet, entre autres, de jouer de façon chromatique jusqu'audo grave[24]. Cette amélioration du cor de basset signe l'invention de laclarinette alto (enfa) attribuée aux travaux communs d'Iwan Müller et d'Heinrich Grenser[25],[26],[27]. Müller jouait sur une clarinette alto enfa en 1809 avec seize clefs.
Vers 1775,Johann Joseph Beer ajoute une cinquième clef[28],[29] qui permet de jouer lefa et sa 12e, ledo
. Cette clef était actionnée par le cinquième doigt de la main gauche. Un passage chromatique typique de l'époque dans le registre du clairon, defa dièse àdo nécessitait des doigtés en fourche pourfa dièse,sol dièse etla dièse.
Toujours vers 1775, il est admis que le facteur parisienMichel Amlingue (1744-1816)[30] invente un système de corps de rechange avec destenons, permettant au musicien d'orchestre de n’avoir plus besoin que de quatre tailles d’instruments (au lieu de sept) pour pouvoir jouer dans toutes les tonalités[31]. Par exemple, à partir d'une clarinette ensi , il est possible de «transformer» l'instrument enla en utilisant un corps de rechange s'adaptant au pavillon. On retrouve des systèmes analogues pour la famille des flûtes, et plus généralement la famille desbois.
Dans les années 1780, les concertos pour clarinette composés parCarl Stamitz et deGeorg Friedrich Fuchs indiquent que cet instrument est devenu virtuose grâce aux améliorations apportées par les facteurs artisans (justesse, perce, trous d'harmonie, clétage…) et qu’il passe aisément du registre grave au registre aigu, sans pouvoir pour autant intégrer des passages chromatiques ou jouer dans toutes les tonalités.
Le déploiement des musiques militaires au temps de laRévolution française généralise l'emploi de l'expression « les Clarinettes » pour désigner les formations musicales militaires.
« Lechamp de Mars fut construit au son des Clarinettes. »
— Un auteur au temps de laRévolution.
Les clarinettes à cinq clés ont continué à être fabriquées en France pour les armées et en Allemagne en raison de leur coût réduit et leur simplicité d'apprentissage au début deXIXe siècle.
Amand Vanderhagen est considéré comme le pédagogue ayant posé les bases de l'enseignement de la clarinette en éditant plusieurs versions de saméthode de clarinette d'abord pour le modèle à cinq clefs (1785, 1799[32], 1819)[22].
La plupart des clarinettes des années 1770-1780 étaient fabriquées endo et ensi bémol. Certaines possédaient une pièce de rechange qui, lorsqu'elle était utilisée, permettait d'obtenir une clarinette enla. L'instrument qui n'était qu'une clarinette enla était rare. Les diamètres de perce varient de 13 à 14 mm. Les clarinettes endo et enmi bémol étaient munies de corps de rechange lorsque des clarinettes ensi bémol ou enré étaient nécessaires. Les anches étaient courtes, étroites et dures. À partir de la fin des années 1770, beaucoup d'anches étaient fabriquées en pin ou en sapin, d'autres en roseau.
En Angleterre, vers 1785, le bec est séparé dubarillet et le corps du haut était pourvu d'un longtenon qui servait de coulisse d'accord. La séparation du bec du barillet a pu se produire en dehors de l'Angleterre à peu près à la même période, mais comme le tenon était court, l'accord n'était pas possible.
Juste avant 1790, et uniquement en Angleterre, une clé de trille entre lela et lesi a été ajoutée. En général, les clarinettes anglaises de cette époque n'étaient pas aussi développées que les instruments continentaux. Les clarinettes continentales avaient des trous d'harmonie plus grands et une sonorité toujours meilleure dans le registre du chalumeau. Cela a été d'une grande importance pour les œuvres de Mozart, car il a commencé à écrire des passages solos pour la clarinette dans le registre du chalumeau.
LeConcerto pour clarinette deMozart, pièce référence pour la clarinette, est composé en pour un prototype enla dérivé d'un modèle de clarinette à cinq clefs modifié descendant d'une extension d'une tierce chromatique jusqu’audo grave et conçu par le clarinettiste et amiAnton Stadler de la même loge maçonnique. Cet instrument désigné désormais comme« clarinette de basset » a été inventé en 1788 par le facteur d'instruments Theodor Lotz (1746-1792) et Anton Stadler.
Jean-Xavier Lefèvre, premier professeur auConservatoire de Paris, ajoute une sixième clef[33] permettant de jouer ledo et sa 12e, lesol
en. Cette sixième clef permet d'obtenir une échelle sonore complète pour la clarinette.
SaMéthode de clarinette[34], parue en, a beaucoup de succès et est traduite en allemand et en italien.
Ce système à six clefs reste difficile à jouer dans les tonalités comportant de nombreux dièses ou bémols, car il nécessite d'employer des doigtés en fourche. Il sera très employé pendant plus de vingt ans jusqu'à l'irruption de nouvelles innovations.
Le premier instrument assimilable à laclarinette basse apparait vers la fin duXVIIIe siècle avec un instrument en forme debasson construit parHeinrich Grenser (1793)[35].
L'invention de la clarinette alto (enfa) a été attribuée aux travaux communs d'Iwan Müller et d'Heinrich Grenser[27]. Müller jouait sur une clarinette alto enfa en 1809, avec seize clefs alors que les clarinettes soprano avaient moins de clefs à cette période.
Plus tard, avec la réforme des orchestres militaires entrepris parAdolphe Sax vers le milieu duXIXe siècle, la clarinette alto évoluera vers un instrument en mi bémol.
La famille des clarinettes continue à s'élargir : une clarinette contrebasse en si♭, appeléecontrebasse guerrière, est inventée par l'orfèvre Dumas, deSommières, au début duXIXe siècle. Il est discuté en 1811 à l'Académie des Beaux-arts de son usage dans les orchestres militaires en France pour des raisons esthétiques en réaction à l'introduction de lacontrebasse à cordes à l'Opéra en1732 par Montéclair et dutrombone en 1773 parFrançois-Joseph Gossec[36].
Pour augmenter la vélocité de l'instrument, le facteur lyonnaisJacques François Simiot[37],[38] élabore une clarinette à huit clés et il lui ajoute un tuyau en métal dans le trou de la clé de douzième pour empêcher le bouchage et l’écoulement par le trou de lacondensation de vapeur d’eau[39]; En 1803, il invente une clarinette révolutionnaire à 12 clés; en 1808, il publie le «Tableau explicatif des innovations et changements faits à la clarinette».
« Parmi les inconvénients inhérents à la construction de la clarinette, l'écoulement de la salive par le trou du pouce gauche est des plus désagréables; Simiot tenta d'y obvier par l'adjonction d'un tuyau saillant à l'intérieur. De même la clé de si b ou de clairon se trouvait facilement obstruée par la salive, à cause de la petitesse du trou. Notre ingénieux facteur y remédia par un mécanisme qui, en conservant au pouce la branche ou spatule actionnant cette clé, la faisait ouvrir en dessus du corps de l'instrument, tandis qu'elle ne s'ouvrait ordinairement qu'en dessous. Ce système qu'un facteur belge nomméAlbert a cru inventer longtemps après, donnait un si b plus sonore et une grande pureté à toute l'octave du clairon, en rendant impossible l'obturation accidentelle du tuyau d'âme. A la même époque Simiot construisait des clarinettes en ut avec corps de si b portant 10 coulisses et dont le corps des grandes clés se graduait dans tous les tons par une charnière mécanique. (Tableau explicatif des innovations et changements faits à la clarinette, par Simiot, facteur à Lyon in-f, enregistré à la bibliothèque impériale, 1808) »
— Constant Pierre, Les facteurs d'instruments de musique, p.302 (1893)[40]
Selon une correspondance avec lefacteur françaisJacques François Simiot,Iwan Müller a également fabriqué une clarinette à 8 clefs en Russie en 1803. À l'époque, la clarinette standard utilisait des clefs enlaiton plates recouvertes de cuir souple ou de feutre pour boucher les trous d'harmonie. Comme ces clefs plates laissaient passer l'air, leur nombre devait être réduit au minimum, ce qui signifiait que les notes en dehors de la tonalité principale de la clarinette devaient être obtenues par des doigtés compliqués (« fourchés »), difficiles à jouer rapidement et rarement justes.
En,Carl Maria von Weber vient à Munich et fait la connaissance deHeinrich Bärmann et écrit pour lui leConcertino en mi bémol majeur, sa première œuvre pour la clarinette. Bärmann le joue avec un grand succès, ce qui incite Weber à créer deux autres grands concertos. Pendant l'hiver 1811―1812, Bärmann et Weber (comme pianiste) donnent plusieurs concerts àBerlin puis dans le reste de l'Europe.
Cette pièce était jouée par Bärmann avec une clarinette à dix clefs, acquise deux ans plus tôt et construite parGriessling & Schlott à Berlin selon son filsCarl Baermann dans sa méthodeVollständige Clarinett Schule (1864)[41],[42],[43]. La clarinette polytonale à treize clefs inventée parIwan Müller n'apparaît qu'en 1812.
La clarinette à dix clés fait partie des clarinettes de transition du début du XIXème siècle qui voit apparaître lamusique romantique avec une nouvelle écriture musicale intégrantchromatisme et virtuosité[43]. Les limitations de la clarinette à cinq ou à six clefs sont en partie levées par l'ajout de nouvelles clefs permettant aux meilleurs virtuoses de la clarinette de rivaliser avec les violonistes et les pianistes de cette période (Niccolò Paganini...).
Heinrich Bärmann a également été proche de plusieurs compositeurs qu'il a inspiré :Peter von Winter (1754-1825),Giacomo Meyerbeer (1791-1864) avec un quintette, des duos et la cantateGli amori di Teolinda (1816),Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) qui a composé lesKonzertstücke pour clarinette, cor de basset et piano (1832-1833) pour lui et son filsCarl Baermann (1811-1885).
Le clarinettiste estonienIwan Müller invente à Vienne en 1809 une clarinette à treize clefs offrant une meilleure justesse et permettant d'accéder plus facilement au registre suraigu et de passer avec moins de difficultés d'un registre à l'autre. Müller qualifie la clarinette à treize clés d' « omnitonique », en proposant de ne garder que le modèle ensi , afin que le musicien puisse jouer dans toutes les tonalités sans nécessité de changer d’instrument.
À la base de son invention, Iwan Müller étudie dès 1806 à repositionner les différents trous d'harmonie, en les perçant plus ou moins haut sur le corps, ce qui influence la qualité de la sonorité de l'instrument puis adjoint un système ingénieux de clés pour accéder à certains trous inaccessibles aux doigts qui peuvent être bouchés ou ouverts par des clefs munies detampons. Les tampons sont améliorés et composés de laine recouverte le plus souvent de cuir alors qu’auparavant ils étaient enfeutre. Ces nouveaux tampons étaient plus résistants et imperméables.
En dépit du refus du comité (comprenant entre autres Lefèvre,Méhul etGossec) duconservatoire de Paris d'adopter cet instrument innovant en 1812 tout en reconnaissant que la clarinette à six clefs a besoin d'améliorations et également de la réticence des musiciens militaires[44], des musiciens commeJean-Baptiste Gambaro en feront la promotion et cette clarinette sera adoptée par les solistes majeurs de Paris et les compositeurs commeHector Berlioz dans saSymphonie fantastique (1830) jusqu'à l'invention de la clarinette système Boehm à anneaux mobiles en 1839 parHyacinthe Klosé etLouis Auguste Buffet.
« Grâce à la perfection de quelques mécanismes actuels, on peut exécuter aujourd’hui sur cet instrument presque toutes les trilles, presque tous les passages, et cela dans n’importe quel ton. C’est cette dernière faculté qui leur a valu le nom d’omnitonique. La clarinette ensi bémol, par exemple, peut jouer dans tel ton que ce soit, bien que naturellement certains tons lui soient plus favorables. »
— Georges Kastner, Manuel général de musique militaire, Paris 1848, p. 375[45]
Des méthodes seront publiées pour accompagner l'apprentissage de la clarinette de Müller:
En 1840, le facteur belgeEugène Albert améliore cette clarinette qui connaîtra un certain succès en Angleterre et aux États-Unis jusqu'à laseconde Guerre mondiale.
Amand Vanderhagen publie en 1819 en France une mise à jour de sa méthode de clarinette,nouvelle méthode pour la clarinette moderne à 12 clefs[47] et y indique queHeinrich Baermann aurait joué à Paris lors d'une de ses tournées (en 1808 probablement) un modèle à 12 clefs avec unbarillet réglable à pompe pour accorder la clarinette. Cette indication est en écart avec les propos de Carl Baermann indiquant que son père a joué pendant toute sa carrière une clarinette à 10 clefs acquise en 1809 à Berlin. Cette clarinette à 12 clés est donc en concurrence avec la clarinette de Müller à 13 clés sur la période 1812-1830. La méthode indique comment exploiter au mieux l'ajout des sept clefs supplémentaires à la clarinette à cinq clefs notamment les clefs decadence utiles pour jouerornements ettrilles[48].
En Allemagne du Nord et en Scandinavie, la clarinette à douze clés était plus populaire au dela des années 1830 que la clarinette d'Iwan Müller à treize clés qui, elle, se diffuse largement en France après 1820[49]. Un des facteurs les plus célèbres de ces clarinettes à 12 clés est Heinrich Friedrich Kayser (1809-1890) installé àHambourg avec des guides pour clés d'une grande finesse[50].
La clarinette a continué à évoluer auXIXe siècle etXXe siècle; de nombreuses innovations ont été apportées par les facteurs, musiciens et inventeurs qui soit ont été intégrées aux modèles prédominants ou soit n'ont pas rencontré l'adhésion des musiciens (coûts, poids, complexité, fragilité, matériau).
La clarinette en métal apparait probablement en France avant[51] fabriquée par M. Asté, dit Hallari, sous le nom de Clairon-Métallique et qu'il brevète en 1821.
Néanmoins la clarinette à six clés reste courante sous lePremier Empire (on dénombre 1000 clarinettes dans les armées deNapoléon) et sera fabriquée longtemps car elle est meilleur marché que celle à treize clefs; les clarinettistes militaires resteront longtemps formés avec la clarinette à 6 clés dans la première moitié duXIXe siècle, la pratique de la clarinette omnitonique à treize clés d’Iwan Müller n’étant pas encore très répandue.
En 1847, un nombre suffisant de clés a été ajouté à l'instrument pour qu'il n'y ait plus besoin de plusieurs dimensions de clarinettes pour jouer dans un orchestre symphonique. L'augmentation du nombre de clés sur l'instrument signifie que toutes les altérations et les trilles peuvent être jouées sur un seul instrument avec une relative facilité. Cela a conduit à l'abandon de la clarinette endo, mais la clarinette enla demeure couramment utilisée dans les orchestres symphoniques, en raison de son timbre ou pour faciliter le jeu de certains traits dans des tonalités particulières.
Juste avant 1800, certains clarinettistes, d'abord en Allemagne et en Autriche, s'essaient à retourner le bec de manière que l’anche se pose sur la lèvre inférieure. Il en résulte une meilleure stabilité sonore et un meilleur contrôle de l'embouchure, notamment au niveau du détaché. Ce changement s'opère lentement à travers l'Europe en fonction des voyages des musiciens et de la résistance à évoluer. En 1831,Frédéric Berr est nommé professeur de clarinette au Conservatoire de Paris, où il impose l'usage allemand de l'anche en dessous.
Parmi ses innovations, Iwan Müller propose de fixer l’anche sur le bec à l’aide d’uneligature en métal plus pratique que la cordelette.
Les rouleaux pour faciliter le glissement du petit doigt d’une clé à l’autre sont le fruit d'une invention du clarinettiste françaisCésar Janssen vers et ont été présentés à l'exposition de Paris en. Cette invention a été assez rapidement adaptée à la clarinette à treize clés de Müller. Cette invention a ensuite été abandonnée sur les clarinettes en système Boehm mais s'est maintenue sur celles en système allemand (système Oehler,système Boehm réformé …) et également sur d'autres instruments comme lesaxophone ou lebasson.
À partir de 1828, les facteurs passeront progressivement à la fabrication de clarinette en bois de buis (ou en bois de fruitier comme le poirier, ou en cèdre) à celle en bois d'ébène et plus rarement de palissandre, bois exotiques dont les propriétés mécaniques correspondent à cet instrument et qui sont moins sujets à la fente. À partir de 1830, l'accroissement significatif du poids de l'instrument lié à la densité de l'ébène et au nombre accru de clés nécessitera l'usage d'unrepose-pouce taillé dans la masse ou vissé sur le corps du bas, jusqu'alors d'usage confidentiel et réservé aux clarinettes en buis de qualité[52]. L'emploi du repose-pouce en bois a d'abord percé en Allemagne et en Angleterre vers 1830, bien qu'Iwan Müller proposait déjà un repose-pouce métallique vissé avec sa clarinette à 13 clefs en 1812.Hyacinthe Klosé généralisera plus tard son emploi en France avec la clarinette système Boehm 17 clés-6 anneaux en ébène.
La clarinette en ébène représente alors les signes de la modernité et de l'aboutissement de cet instrument. Son prix élevé la réservera aux musiciens professionnels ou fortunés et aux militaires. Par opposition, la clarinette en buis restera employée par les musiciens populaires jusqu’en 1914[52].
« La période la plus significative et la plus importante de l'activité musicale pour la clarinette se situe entre 1760 et 1830, au cours de laquelle trois développements importants se sont produits. Premièrement, les styles de composition classique et romantique précoce se sont développés ; deuxièmement, un langage orchestral moderne est apparu ; et troisièmement, les compositeurs, les interprètes et les facteurs ont cultivé les capacités techniques et tonales de la clarinette. Des interprètes exceptionnels ont souvent stimulé l'imagination musicale des compositeurs, commeGaspard Procksch etJohann Stamitz ;Josef Beer etCarl Stamitz ;Anton Stadler etMozart ;Johann Hermstedt etSpohr ;Heinrich Baermann etWeber ; etJoseph Bähr ouJoseph Friedlowsky etBeethoven. À leur tour, les facteurs et les musiciens ont apporté des clés supplémentaires, des modifications de conception et des changements de facture à la clarinette. »
— Albert R. Rice, The Clarinet in theClassical Period (2003), p.197[53]
« La plus grande contribution deBeethoven à la littérature pour clarinette est sa musique orchestrale.Dans ses neuf symphonies, il a donné à l'instrument des solos lyriques mémorables et des passages techniquement habiles, et l'a associé, généralement avec le basson ou le cor, pour former des couleurs sonores orchestrales distinctives. Les solos sont devenus plus fréquents et plus importants à partir de latroisième symphonie en mi bémol majeur, "Eroica" (1804), avec des parties pour la clarinette en si bémol. Le mouvement lent de laQuatrième Symphonie (1806) comporte de longs solos cantabile - une nouvelle texture.Les œuvres précédentes comportaient des clarinettes par paires. Dans les symphonies ultérieures, telles que laSixième (1809) et laHuitième (1812), Beethoven exige un plus grand contrôle des ressources dynamiques et tonales, en particulier dans le registre de la clarinette. L'écriture de Beethoven dans le Menuet de laHuitième Symphonie témoigne de sa familiarité avec la clarinette. Ici, la clarinette flotte au-dessus d'un accompagnement de cors et de cordes sur une mélodie cantabile dans le deuxième registre, atteignant un sol aigu (sol5) pianissimo à la fin du solo.La flexibilité, l'étendue de la dynamique et la limite supérieure de sol aigu dans cette partie suggèrent l'influence du clarinettiste accompliJoseph Friedlowsky.Même avec cet exemple dans laHuitième Symphonie, des auteurs tels queGottfried Weber en 1829 recommandaient encore une limite supérieure de do (do5) ou de ré (ré5) aigu pour les musiciens d'orchestre[54]. »
Bien qu'il soit possible de jouer et restaurer des instruments anciens[55],[56], il s'avère souvent déconseillé de les utiliser pour des raisons de préservation (corrosion de la salive…), en particulier pour les modèles rares ou uniques.Il existe des facteurs de clarinettes qui proposent des copies d'instruments historiques, souvent présents uniquement dans des musées ou des collections privées. On citera:
Il existe des classes de clarinette ancienne comme celles de:
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
.« Le facteur d'instruments Fritz à Brunswick, Lefevre à Paris, le musicien de la cour Stadler à Vienne et la fabrique d'instruments Kriesling et Schlott à Berlin, importante à l'époque, travaillèrent sans relâche à l'amélioration et au perfectionnement de cet instrument, si bien que mon père (Heinrich Baermann) jouait déjà en 1809 une clarinette à 10 clés provenant de cette dernière fabrique. »
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