Le Ciron tire son origine dulatinSirio ouSirione. AuMoyen Âge, il se jetait dans la Garonne plus au nord ; au niveau deCérons[2] auquel il a donné son nom qui estSiron engascon.
La longueur de son cours est de 96,9 km[1].Sa pente est de 1,8 % en moyenne et seulement de 1 % en fin de parcours. En période de hautes-eaux, son débit dépasse les 10 voire 12 mètres cubes à la seconde (m3/s).Sonbassin versant couvre 1 311 km2.
Dans le tableau ci-dessous se trouvent : le nom de l'affluent ou sous-affluent, la longueur du cours d'eau, son code SANDRE, des liens vers les fiches SANDRE, SIEAG et vers une carte dynamique d'OpenStreetMap qui trace le cours d'eau.
Le climat locorégional est un climat aux hivers doux et aux étés modérément chauds grâce à l'influence atlantique, mais localement influencé par les cours d'eau dont le Ciron et sa forêt galerie qui assurent une température constamment très fraiche au Ciron.
L'humidité ambiante apportée par le Ciron favorise l'apparition de brumes matinales favorables au développement sur la vigne deBotrytis cinerea, avant que cette rivière ne se jette dans laGaronne qui reste plus chaude. La différence de la température entre ces deux favorise, en automne, ce phénomène. C'est aux bienfaits de ce champignon que levignoble duSauternes et levignoble de Barsac doivent leur qualité et leur réputation[3].
Cette particularité, température très basse (au moyen 13°C et en hiver 3 ou 4°C), peut être menacée par leschangements climatiques. En été 2019, elle augmenta déjà jusqu'à 21 ou 22°C[4].
De surcroît, le projet d’implantation de laLGV Bordeaux-Toulouse,Bordeaux-Dax fait craindre des perturbations du microclimat local et ainsi la mise en péril des vignobles du Sauternais et de la hêtraie relictuelle[5].
La région connait une occupation préhistorique, puis gauloise et gallo-romaine.
Le Ciron est une ancienne voie de navigation (sur une partie de son cours) mais aussi deflottage de bois ; On y a ainsi transporté du bois de forge et de chauffage, dont pour la ville de Bordeaux, puis deséchalas de pin pour lavigne, et même comme en 1865 de « poteaux de mines » en trains de radeaux flottants récupérés à Barsac ou plus loin et chargés sur des bateaux vers Bordeaux puis l'Angleterre[6]. Le flottage était rendu praticable depuis le moulin de la Trave jusqu'à celui de Pernaud, sur une longueur de 24.000 mètres. Un arrêt du conseil de 1780 ordonna les travaux nécessaires pour l'étendre du moulin de Beaulac jusqu'à la Garonne, afin que les radeaux pussent arriver jusqu'à la rivière, et qu'on ne fut plus obligé de les défaire près du moulin de Pernaud. Les radeaux étaient divisés en six on huit travées, attachées les unes aux autres de manière à former une espèce de charnière au point de réunion ; ainsi, chaque travée pouvait se plier en contre-haut ou en contrebas, et suivre les différentes inflexions de la surface des eaux. Au passage despertuis, ces travées, composées tantôt de planches, tantôt de merrains, de bois à brûler ou d'échalas, équivalent chacune à un peu plus d'une charretée. Les radeliers étaient des hommes venant deNoaillan,Villandraut,Bommes,Sauternes etBarsac qui, une fois leur travail accompli, rentraient à pied[7]. En 1923, ce sont 900 000 tonnes de bois qui ont ainsi été transportées ; ce mode de transport de marchandises n'a cessé qu'en1930[6].
AuMoyen Âge, Lechâteau de la Trave (château fort terminé vers1310) verrouille la vallée et une passerelle de bois traversait le Ciron à La Salle; il fut construit par le neveu dupape Clément (qui a fait construire d'autres châteaux de la région, àBudos etVillandraut dans un style dit« style clémentin »[6]). Le cours d'eau est peu à peu maitrisé et les gués remplacés par quelques ponts. Dans la région du Sauternais, seul le « pont d’Aulan » permet (à Bommes) de traverser le Ciron à pied sec ; il a été construit enchâtaignier par le seigneur de Budos vers leXIIIe siècle puis reconstruit en pin en1793 puis remplacé par une passerelle. D'autres ponts existaient à Cazeneuve (pont détruit par la crue de 1735), Villandraut (pont détruit lors desguerres de Religion et non reconstruit durant 170 ans), et Barsac et un Pont des Chartreux était cité en1568[6].
Plusieurs châteaux bordent le Ciron, dont lechâteau de Cazeneuve, dit« château de laReine Margot » car elle y a été assignée à résidence parHenri IV son mari (avant que ce dernier ne le vende à Raymond de Vicose)[6].
L'économie de la vallée a longtemps été essentiellement rurale.
Une forêt de pins est artificiellement plantée dans les landes à l'époque napoléonienne, ce qui explique l'apparition dugemmage dans une partie du bassin versant du Ciron, encouragé par une forte hausse du prix de la résine après laPremière Guerre mondiale (hausse de courte durée, suivie d'une baisse régulière notamment à partir de lacrise de 1929[8]. Selon Icre (1954), dans la vallée du Ciron, les sols plus acides des landes ont longtemps favorisé le« système de culture landais seigle-millet » puis« les influences garonnaises ont fini par se faire sentir jusqu'au Ciron : le blé, les plantes fourragères ont pénétré partout, le tabac a progressé. Mais la forêt occupe la plus grande part du sol, elle tient à la fois une place importante dans le paysage et dans le genre de vie des habitants » (le polyculteur-éleveur-résinier est selon lui encore prépondérant au début duXXe siècle et jusque dans les années 1930) et« le gemmage n'a gardéquelque importance que sur le versant du Ciron, où la proportion desrésiniers par rapport au nombre total des exploitations varie entre 30 et 80 % selon les communes »[8]
Laforêt galerie ou lesripisylves installées sur les flancs des gorgeskarstiques du Ciron et l'ensemble de la hêtraie relique (ou « cryptique ») de lavallée du Ciron forment un ensemble écologique et hydrographique atypique pour le plateau landais. La hêtraie semble proche des forêts mixtes pyrénéennes de pente et de ravin, à tilleuls et à érables dites du Tilio‑Acerion (de Tilia, le tilleul, et Acer, lʼérable)[9],[10], tout en s'en différenciant car ici le hêtre est dominant et non une espèce compagne ; de plus,« la présence du hêtre à basse altitude sous climat landais peu favorable à cette essenceombrophile, et sur sablescalcaires, est unique » ; elle explique« un cortège d’espècesfongiques tout à fait remarquables »[11].
Durant ladernière glaciation, alors que lerivage atlantique était bien plus bas et éloigné à l'ouest, le plateau landais était couvert d'une maigre végétation polaire, mais les gorges du Ciron ont constitué un refuge pour une forêt de hêtre et d'autres espèces. Depuis 10 000 ans, la température est remontée, mais la vallée et ses petites gorges continuent à jouer un rôle de refuge et ses hêtres sont toujours là[12]. Selon les données issues dedatations au carbone 14 faites par l'INRA[13], lahêtraie de la forêt de la Vallée du Ciron est une« forêt relicte », qui existe depuis 43 000 ans au moins et qui a persisté durant toute ladernière glaciation[14]. Elle est d'une lignée génétique différente de celles des Landes ou des Pyrénées[15].
Une partie deshêtres comptabilisés en2006 par uninventaire naturaliste de laSEPANSO a été abattue par latempête Klaus au début de2009, mais les inventaires de2013 et2014 ont montré que 7 095 hêtres de tous âges persistaient, dont 756 grands hêtres adultes[14]. Bien qu'elle soit en partie détruite ou dégradée, on y trouve encore descortèges delichens et demycocénoses particulières. Ces communautés incluent notamment champignons mycorhiziensfageticoles (mycorhiziens obligatoires duhêtre ou fortement associés à cette essence, tels quecortinaires,inocybes,lactaires,russules,amanites[11]). Ces hêtres-reliques comptent parmi les derniers témoignages de la présence de l'espèce en Gironde et dans les Landes où les pratiques agricoles et sylvicoles l'ont éliminé[17]. En tant que population ancienne et marginale (en limite d'aire actuelle de répartition) ces hêtres pourraient avoir une grande valeur pour ladiversité génétique de l'espèce qui doit maintenant affronter les conséquences thermiques, écologiques et sanitaires dudérèglement climatique. Elle a en outre récemment beaucoup pâti de l'exploitation forestière et d'aménagements : elle a régressé de 35 km de vallée en 1993, à seulement 4,4 km en 2006[16].
Un programme de recherche porte sur la hêtraie, visant à restaurer et protéger ce patrimoine unique au monde, avec l'aide d'unsyndicat mixte d'aménagement du bassin versant du Ciron chargé de restaurer la rivière[18].
Pour lephytosociologue, la hêtraie du Ciron relève de lʼalliance phytosociologique duPolysticho setiferi‑Fraxinion (dePolystichum setiferum, Polystic à soies et une seconde fougère :Phyllitis scolopendrium, Scolopendre officinale) (communautés végétales spécialisées de ravins ou de versants pentus frais, à sol neutrophile, des régions atlantiques), plutôt que du Tilio‑Acerion (de Tilia, le tilleul, et Acer, lʼérable) où le hêtre ne serait qu'une essence d'accompagnement[16].
Étant donné son contexte biologique et historique (refuge glaciaire), une partie ducompartiment sous-fluvial du Ciron, et certaines de ses annexes karstiques pourraient également s'avérer d'une grande richesse écologique. Ce compartiment n'a pas encore pu êtreinventorié. Il pourrait l'être avec un minimum d'effets négatifs pour le milieu par exemple avec unepompe Bou-Rouch, un matériel inventé en 1967 par deux naturalistes (Bou et Rouch) pour prélever des espèces de l'eau interstitielle des galets et gros graviers, qui a déjà permis de découvrir de nombreuses espèces d'une faunule jusqu'alors inconnue, composée principalement de vers, de mollusques et de crustacés vivant dans les interstices du lit caillouteux des rivières[19].
↑abcdef etgPlans avec position des moulins, sur le site [Petite Histoire de l'Aquitaine et de la Gironde] de Serge Bancheraud ; publié en 2004, consulté le 2016-04-17
↑a etbIcre L (1954)L'économie rurale du Bazadais. Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 25(3), 221-242.
↑Bon M & Géhu J-M (971)Unités supérieures de végétation et récoltes mycologiques. Documents mycologiques, 6,p. 1‑41.
↑Darimont F (1973)Recherches mycosociologiques dans les forêts de Haute Belgique ; essai sur les fondements de la sociologie des champignons supérieurs. Institut royal des sciences naturelles de Belgique, mémoireno 170, tome 1, 220 p.
↑de Lafontaine G, Amasifuen Guerra CA, Ducousso A et Petit RJ (2014)Cryptic no more: soil macrofossils uncover Pleistocene forest microrefugia within a periglacial desert. New Phytologist 204: 715-729.
↑Interview d'Alexis Ducousso et Rémy Petit, chercheurs de l'Inra Bordeaux, propos recueillis par Alexandre Marsat, « Cette forêt appartient à une lignée génétique unique »,Le Magno 351, supplément àSud Ouest, 22 décembre 2018,p. 30-31.
↑ab etcGuinberteau J(2011)Contribution à la connaissance de la mycoflore de la hêtraie relique du Ciron, sous climat landais ; Bull. mycol. bot. Dauphiné-Savoie, 203p. 23-38
↑COMPS, B. 1972. ̶ Essai sur le déterminisme écologique du hêtre (Fagus sylvatica L.) en Aquitaine. Thèse dʼÉtat, université de Bordeaux 1, 272 p., 64 fig., 22 tabl., 1 carte.
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Guinberteau J.,Diversité fongique du boisement de Martillac liée à la présence dʼune hêtraie aux portes de Bordeaux : argumentaire scientifique en vue dʼune protection (Rapport dʼétude),.
Guinberteau J. et Cochet A.,Les champignons de la hêtraie relique du Ciron,(lire en ligne).
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Michel Laville,Les maîtres du Ciron, Podensac, Éditions Siriona,.
Pierre Bardou et Philippe Roudié,Pays du Ciron, éditions de l'Entre-deux-Mers,.