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Chute de l'Empire aztèque

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Chute de l'Empire aztèque
Description de cette image, également commentée ci-après
Tenochtitlan, fresque murale deDiego Rivera
Informations générales
Date -
LieuCentre du Mexique
IssueVictoire espagnole
Changements territoriauxAnnexion des territoires dominés par lesAztèques par les Espagnols et lesTlaxcaltèques.
Belligérants
Espagne
Tlaxcala
Triple alliance (Tenochtitlan, Texcoco et Tlacopan)
Commandants
Espagne :Hernán Cortés
Pedro de Alvarado
Cristóbal de Olid
Gonzalo de Sandoval
Tenochtitlan :

Moctezuma II
Cuitláhuac
Cuauhtémoc
Juan Velázquez

Texcoco :
Cacamatzin

Tlacopan :
Tetlepanquetzal
Forces en présence
Espagnols (total) :
  • Infanterie : entre 2500 et 3000 conquistadors[1]
  • Cavalerie : entre 90 et 100 conquistadors
  • 32 canons

Tlaxcaltèques et autres alliés indigènes : entre 80 000 et 200 000 combattants

Cempoala : 400
Aztèques : 300 000

Batailles

Bataille de Tehuacacinco -Massacre de Cholula -Massacre du Templo Mayor -Noche Triste -Bataille d'Otumba -Siège de Tenochtitlan

Données clés

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Lachute de l'Empire aztèque s’est produite entre1519 et 1521 lors du conflit qui a opposé l'Empire aztèque (composé des membres de laTriple Alliance qui dominait lecentre du Mexique et des peuplesmésoaméricains qui en étaienttributaires) aux troupes armées d'Hernán Cortés (composées au départ d'un demi-millier deconquistadorsespagnols auxquels se sont alliés un nombre variable d'indigènes amérindiens finissant par regrouper plusieurs dizaines de milliers de combattants).

Sources

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Les principales sources primaires sur ce sujet sont l’Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne (Historia verdadera de la conquista de la Nueva España) du chroniqueurBernal Díaz del Castillo, qui participa à toutes les expéditions d'Hernán Cortés, et les lettres personnelles de Cortès lui-même.

Récit des événements

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Conquistadors et porteurs indigènes dans leCodex Azcatitlan.

Principaux repères chronologiques

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  • 1511 : la tempête jette une caravelle sur les côtes duYucatán. L'un des survivants,Aguilar, devenu l'esclave d'un chefmaya, sera libéré parHernán Cortés huit ans plus tard. Le second, Guerrero, épouse une aristocrate maya et s'intègre.
  • 1517 : trois navires sous le commandement deCórdoba sont repoussés par les Mayas du Yucatán et deCampeche. Apprenant la venue d'étranges visiteurs, l'empereurMoctezuma, fait placer des vigies le long des côtes.
  • 1518 :Grijalva longe les côtes duYucatán et dugolfe du Mexique jusqu'àTuxpan où il reçoit un accueil amical.
  • Hiver 1518 - 1519 : Cortès qui projette depuis des années de partir à la découverte de nouvelles terres est choisi par le gouverneur de Cuba pour préparer une expédition. Après avoir préparé sa flotte et son armée, il est sur le point d'être évincé. Aussi, il précipite son départ de Santiago et s'éloigne du gouverneur Velasquez. Pendant plusieurs semaines la flotte reste autour de Cuba. Cortès entraîne ses soldats, notamment à tirer et recharger rapidement, et renforce son armée. Cortès soigne les détails et le ravitaillement. Le, il appareille à destination du continent avec onze vaisseaux, cent neuf marins, cinq cent huit soldats, dix canons, quatre couleuvrines, trente-deux arbalètes, treize arquebuses, seize chevaux, un notaire pour le droit, un moine pour Dieu. Après une navigation sans soucis, Cortès débarque pour faire de l'eau près du fleuve Tabasco, déjà exploré par Grijalva. Toutefois, au lieu d'un accueil amical, lesEspagnols sont attaqués rapidement. Cortès très prévoyant fait toujours sortir ses hommes et cavaliers prêts à combattre si bien qu'il écrase les Indiens. Moctezuma en est rapidement informé. Les Indiens vaincus remettent un tribut fantastique aux Espagnols. Outre l'or et les pierres précieuses, les Espagnols reçoivent 20 femmes. Parmi celles-ci, une certaineMalinalli aura un rôle déterminant dans l'aventure.
  • Pâques 1519 : le lundi de la semaine sainte, Cortes appareille vers l'Ouest avec une idée en tête : atteindre Tenochtitlan, dont les Indiens ont vanté les richesses fabuleuses. Après quelques jours de mer, le Jeudi Saint, Cortès débarque dans une baie abritée, San Juan de Ulua, à proximité d'une ville nommée Cempoala.
  •  : Cortes reçoit un envoyé (calpixque) qui lui fait don, au nom deMoctezuma, de vivres, de vêtements en coton de plumes, de bijoux. Ces émissaires rapportèrent à Moctezuma des descriptions des arrivants. Cortés, grâce à Malinalli, plus connue sous le nom de Malinche qui était une princesse aztèque réduite en esclavage, prend connaissance de ces légendes. Malinche, qui assure les traductions entre les émissaires et Cortès, permet à Cortes de prendre l'ascendant sur l'empereur Moctezuma. Les Aztèques hésitent sur la conduite à tenir.
  •  : Cortés fait saborder les navires pour couper court à toute envie de fuite à ses hommes. Il quitte la zone côtière. Pour explorer les terres, et se diriger, lentement mais sûrement vers la capitale et son Empereur Moctezuma.
  •  : premiers engagements avec lesTlaxcaltèques. Les chefs sont divisés sur la conduite à tenir. Pourtant en conflit avec les Aztèques, les Tlaxcaltèques attaquent finalement la colonne espagnole en terrain découvert. À 1 contre 50 les Espagnols résistent grâce à la cavalerie lourde, aux armures de fer et aux armes à feu.
  •  : après une résistance acharnée, Cortés entre dansTlaxcala.
  •  : Cortès et ses alliés indigènes se dirigent tous vers la vallée centrale, malgré les émissaires de Moctezuma qui tentent de le dissuader de se rendre dans leur capitale.
  • Arrivé àCholula, ville alliée desAztèques, Cortés y apprend que ses habitants conspirent contre lui. Grâce à Malinche, il peut prouver le complot et décide d'attaquer le premier avant que le piège ne se referme sur lui. Divisant les guerriers par ruse, il les anéantit puis fait détruire les idoles.
  •  : Moctezuma voit que ni ses présents ni les incantations n'arrêtent l'avancée espagnole. Il essaie de s'enfuir. Les prêtres l'obligent à rester. Se croyant à l'article de la mort il fait même un discours d'adieux en public.
  •  : au petit matin, les Espagnols s'engagent sur la chaussée partant d'Iztapalapan. Cortés est accueilli par Moctezuma et de nombreux dignitaires le, et les Espagnols s'installent alors dans l'ancien palais d'Axayacatl.
  •  : Moctezuma est fait prisonnier par ses invités. Cortes fait construire deux navires sur le lac de Tenochtitlan et démontre la puissance espagnole avec ses voiles et ses canons.
  • Après plusieurs semaines à tenochtitlan, Cortes ne supporte plus les sacrifices humains. Il monte lui-même sur la grande pyramide et profane le temple. Il fait poser une croix. La foule commence à gronder. Moctezuma et la noblesse aztèque ne peuvent plus accepter cette situation. La population commence à préparer la révolte. Cortes avec moins de 500 hommes est confiné dans un palais, au sein d'une cité de 500 000 habitants et d'une vallée peuplée de millions d'Aztèques.
  •  :Narváez débarque àSan Juan de Ulúa. Cortès n'a d'autre choix que de quitter Tenochtitlan pour s'expliquer avec les nouveaux venus. Pendant l'absence de Cortés, le 10 mai 1520, ses hommes dirigés par Pedro de Alvarado ordonnentle Massacre du Templo Mayor: pendant les fêtes rituelles agrémentées de danse et de musique, ils massacrent les prêtres et toute l'aristocratie réunie pacifiquement dans le temple. Le peuple se soulève.
  •  : Cortés attaque par surprise, de nuit, les troupes deNarváez retranchées dans un fort établi par Cortes l'année précédente. Capturant leur chef, il englobe ces soldats dans son armée, qui dépasse désormais 1 000 hommes. Il dispose de près de 100 cavaliers et se dirige vers Tenochtitlan pour récupérer la centaine d'hommes laissés pour garder Moctezuma et le trésor formidable découvert dans le palais.
  •  : Cortés rentre àTenochtitlan. Les rues sont désertes. Une guerre se prépare. À peine arrivés dans la ville au milieu du lac, les Espagnols sont encerclés. Les ponts sont coupés. Ils sont pris au piège dans la ville. Les Aztèques attaquent, par milliers, mais avec des armes de pierre.
  •  : Cortés fait intervenirMoctezuma pour tenter de calmer la population, sans succès. Moctezuma est lapidé. Un nouveau chef avait été désigné par les Aztèques pour remplacer Moctezuma considéré comme un prisonnier.
  •  : assaillis de toutes parts, les Espagnols et leurs alliés s'enfuient à grand-peine en subissant de lourdes pertes. C'est laNoche Triste. Les pont coupés, les hommes de Cortes avaient fabriqué un pont mobile. De nombreux Espagnols tentant de fuir, chargés d'or, se noient.
  •  :bataille d'Otumba, remportée lorsque la cavalerie espagnole atteint et tue le général aztèque.
  •  : les Espagnols trouvent refuge àTlaxcala et se renforcent.
  •  :Cuitlahuac devient le dixièmetlatoani aztèque.
  •  : lavariole atteint Tenochtitlan.
  •  : Cuitlahuac est victime de l'épidémie de variole.
  •  : Cortés quitte Tlaxcala en direction de Tenochtitlan. Il a reçu des renforts par la mer et est bien décidé à reprendre la capitale.
  •  :Cuauhtémoc devient le onzième tlatoani aztèque.
  •  : Cortés atteintTexcoco.
  •  : Cortés lance ses brigantins sur le lac de Texcoco.
  •  : Tenochtitlan est encerclée par les forces espagnoles ; début du siège.
  •  : journée noire pour les Espagnols : ils perdent une soixantaine d'hommes.
  • (1-serpent de l'année 3-maison) : après 75 jours de siège,Cuauhtémoc est capturé par Cortés. Il sera pendu en1525 sous prétexte de complot.

1492 – 1518 : prologue

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Article détaillé :Découverte et exploration de l'Amérique.

Il est difficile d'imaginer que l'arrivée des Espagnols dans lesAntilles en1492, leur établissement progressif dans ces îles ainsi que le trafic maritime qui l'accompagnait, aient complètement échappé aux Aztèques sur le continent[2]. S'il faut en croire le chroniqueurMotolinia, une malle contenant des vêtements ainsi qu'une épée européenne se seraient échouées sur les rivages dugolfe du Mexique. L'empereurMoctezuma II en aurait réparti le contenu entre les souverains de Texcoco et de Tlacopan[3]. De leur côté, les Espagnols, après avoir coloniséCuba en1511, souhaitaient savoir ce qui se trouvait au-delà de cette île vers l'ouest. En1517,Francisco Hernández de Córdoba monta une expédition qui atteignit les côtes duYucatán, que les Espagnols considérèrent d'abord comme une île[4]. Córdoba contourna la péninsule par l'ouest jusqu'à la villemaya deChampotón. L'expédition fut un désastre : les Espagnols perdirent quelque soixante-dix hommes[5] etCórdoba lui-même mourut de ses blessures après le retour à Cuba. Les Espagnols ramenèrent néanmoins quelques objets enor. Ce « maigre butin », selon les mots deBernal Díaz del Castillo[6] excita tellement l'imagination des Espagnols que le gouverneur de Cuba,Diego Velázquez, organisa une seconde expédition en1518. Il en confia le commandement àJuan de Grijalva. Après avoir débarqué àCozumel, celui-ci suivit la même route que son prédécesseur. À l'embouchure duRío Grijalva, alors que les Espagnols cherchaient à troquer de la pacotille contre de l'or, au bout d'un moment, selon Bernal Díaz del Castillo, les indigènes leur dirent qu'« ils n'avaient plus d'or à nous offrir, mais que, plus loin, dans la direction du soleil couchant, il en existait beaucoup ; et ils ajoutaient : « Culua, Culua, Mexico, Mexico, sans que nous sussions encore ce qu'était Culua ni même Mexico. »[7] C'est la première fois que les Espagnols entendaient parler deMexico-Tenochtitlan et ceci d'une manière qui les incitera à en savoir plus. En longeant la côte, ils atteignirent le territoire desTotonaques, avec lesquels ils établirent des relations cordiales. Ils appelèrent l'endroit où ils avaient débarquéSan Juan de Ulúa. Après avoir atteint leRío Pánuco, où de durs combats opposèrent les Espagnols aux indigènes,Grijalva décida prudemment de regagner Cuba.

Février 1519 – novembre 1519 : sur la route de Tenochtitlan

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Le gouverneur de Cuba décida alors de monter une troisième expédition dont il confia la direction àHernán Cortés, secondé parPedro de Alvarado etCristóbal de Olid. Un climat de méfiance s'installa rapidement entre le gouverneur et Cortés.Vélazquez soupçonnait Cortés de velléités d'indépendance. Cortés quitta donc précipitamment Cuba le, avant que le gouverneur ne puisse le relever de son commandement.

De Cuba à San Juan de Ulúa

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Route suivie par Cortés de Cuba à Tenochtitlan (en rouge de Cuba à San Juan de Ulúa ; en bleu de San Juan de Ulúa à Tenochtitlan).

Les Espagnols (11 vaisseaux, 553 soldats, 16 chevaux, 110 marins, 14 canons), guidés par le piloteAntón de Alaminos, qui avait participé aux deux expéditions précédentes, débarquèrent à l’île deCozumel () au Yucatán. Cortés y apprit que deux Espagnols, rescapés d'un naufrage en 1511, se trouvaient dans la région. L'un des deux,Gerónimo de Aguilar, le rejoignit et lui servit d'interprète. La flotte espagnole contourna ensuite le Yucatán par l'ouest.

Entrée de Cortés à Tabasco.

En arrivant à l'embouchure du Río Grijalva, Cortés, croyant être bien accueilli comme l'avait étéGrijalva, remonta la rivière pour s'approvisionner en eau et en vivres àTabasco. Contrairement à ses attentes, les Mayas attaquèrent les Espagnols qui faillirent être submergés[8]. L'intervention de la cavalerie les tira d'affaire. Après que Cortés leur eut fait des offres de paix, les chefs mayas firent don à Cortés de vingt femmes, dont l'une, passée à la postérité sous le nom deLa Malinche, deviendrait l'interprète de l'expédition et la maîtresse de Cortés.

Premiers contacts avec les Aztèques

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Le, Cortés atteignit l'endroit queGrijalva avait baptiséSan Juan de Ulúa, sur la côte de l'actuelÉtat de Veracruz au Mexique. La région était habitée par le peuple totonaque, mais se trouvait sous domination aztèque. Des officiels aztèques vinrent au-devant des étrangers, et leur réservèrent un accueil cordial. Les Espagnols se virent offrir nourriture et logement et des cadeaux furent échangés. Pour impressionner ses visiteurs aztèques, Cortés fit procéder à une démonstration militaire, qui, selon lui dans son récit, atteignit son but : « Les gouverneurs et les Indiens furent stupéfaits de choses si nouvelles pour eux… »[9]. Cortés se présenta au gouverneur local, Tentlil, comme l'«ambassadeur» du roi d'Espagne et prétendit que son souverain l'avait chargé de rencontrer l'empereurMoctezuma. Ce dernier suivait les événements depuisTenochtitlán et l'arrivée des Espagnols semble avoir plongé ce souverain énergique dans un profond désarroi. Tentlil offrit à Cortés des objets de valeur, dont deux disques, l'un en or, l'autre enargent. Les Aztèques, qui accordaient plus de valeur aujade qu'à l'or, ne se doutaient pas qu'ils venaient de commettre là une erreur en alimentant la cupidité des Espagnols. Leurs efforts de dissuader Cortés de se rendre àTenochtitlan s'étant révélés vains, les Aztèques cessèrent de ravitailler les Espagnols et s'en allèrent. Après leur départ, Cortés reçut la visite deTotonaques habitant dans le voisinage de son camp. Ils lui firent part de leurs doléances à propos des lourds tributs exigés par les Aztèques. Cortés venait de faire une découverte capitale : il n'avait pas affaire à un empire uni et les peuples soumis aspiraient à se libérer du joug de leurs maîtres.

Comme le site de San Juan de Ulúa était malsain, Cortés envoyaFrancisco de Montejo et le pilote Alaminos avec deux navires chercher un endroit plus approprié. Ils trouvèrent une petite rade près du village totonaque deQuiahuiztlan (es). En s'y rendant par voie de terre, les Espagnols passèrent par la ville deCempoala, dont le chef, un individu corpulent que les Espagnols surnommèrent « le Gros Cacique[10] », les accueillit cordialement. Il se plaignit amèrement auprès de Cortés de latyrannie aztèque et lui fournit de nouvelles informations sur la puissance de l'Empire aztèque, mais aussi sur ses ennemis[11]. Lorsque Cortés arriva à Quiahuitzlan, cinq percepteurs d'impôts aztèques se présentèrent et reprochèrent aux Totonaques de porter assistance aux Espagnols. Face à cette situation, Cortés agit avec duplicité : il incita les Totonaques à se saisir des percepteurs et à les emprisonner. Ensuite, il les libéra en les assurant qu'il n'était pour rien dans l'affaire. Les Totonaques, effrayés par la perspective de représailles aztèques, acceptèrent de se déclarer sujets duroi d'Espagne et fournirent à Cortés une précieuse aide logistique sous forme de porteurs.

Cortés et les vélazquistes

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Parallèlement à ses tractations avec les indigènes, Cortés dut faire face parmi ses propres hommes à une opposition qui ne se démentit jamais complètement. Certains membres de l'expédition estimaient que leur chef outrepassait les instructions du gouverneur Vélazquez. Afin de donner un cadre juridique à son projet de conquête, Cortés tint une réunion au cours de laquelle ses partisans décidèrent de fonder une ville,Villa Rica de Vera Cruz, dotée d'un conseil municipal. Ce dernier désigna ensuite Cortés comme Capitaine des armées royales, le déchargeant ainsi de toute obligation vis-à-vis de Vélazquez. Il envoya également deux procureurs en Espagne plaider la cause des rebelles auprès du roi. Par ce tour de passe-passe juridique, Cortés avait les mains libres pour agir et réduire au silence les vélazquistes[12]. Ceux-ci ourdirent cependant une conspiration pour saisir un navire, rejoindre Cuba et avertir le gouverneur des intentions de Cortés. Le complot fut déjoué et ses chefs sévèrement punis (Cermeño et Escudero furent pendus, le père Diaz banni).

Avant de s'enfoncer dans l'intérieur du pays, Cortés prit par précaution la mesure radicale d'échouer ses navires. Il s'en explique dans sa Deuxième Lettre :

« Craignant donc que si les navires restaient à l'ancre, tous ceux qui voulaient me quitter me soulevassent et ne me laissassent à peu près seul… j'imaginai que les navires n'étaient plus en état de naviguer et, sous ce prétexte, je les fis jeter à la côte. »[13].

Il tint ensuite à ses hommes un discours destiné à affermir leur moral. Cortés laissa à Villa Rica de Vera Cruz une garnison de 150 hommes, commandés parJuan de Escalante pour assurer ses arrières[14]. Sur le point de partir, il apprit l'arrivée de navires commandés par Alonzo de Pineda, que le gouverneur de laJamaïque,Francisco de Garay (es), avait envoyé faire valoir les droits sur la nouvelle colonie. Les nouveaux venus se retirèrent sans que Cortés puisse les retenir[15].

Cortés à Tlaxcala

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Carte de la route de Cortés jusqu'à Mexico-Tenochtitlan.

Le, les Espagnols prirent le chemin de Tenochtitlán. Sur le conseil des Cempoaltèques, ils comptaient passer par Tlaxcala, hostile aux Aztèques. Cortés envoya des émissaires totonaques aux Tlaxcatèques pour leur faire part de ses intentions amicales. Ne les voyant pas revenir, il franchit la muraille qui servait de frontière à Tlaxcala ()[16]. Les Espagnols durent aussitôt repousser l'attaque d'un détachementotomi au service des Tlaxcaltèques. La même chose se produisit le lendemain. Cortés se retrancha alors sur une colline proche et fit des propositions de paix aux Tlaxcatèques, mais elles furent repoussées. Le, l'armée tlaxcaltèque lança contre les Espagnols une attaque générale — Cortés parle de 149 000 ennemis[17], un chiffre qui laisse les auteurs modernes sceptiques[18]. Les Espagnols furent ce jour-là à deux doigts de la défaite face à la fougue des Tlaxclatèques :

« Aussitôt qu'ils commencèrent l'attaque, quelle grêle de pierres leurs frondes nous envoyèrent ! et les flèches !… l'ennemi nous pressait sans relâche ! Et de quelle bravoure il faisait preuve en courant à la mêlée ! », raconte Bernal Díaz del Castillo[19].

Les Espagnols durent leur salut à leur supériorité technique, mais profitèrent également des dissensions entre deux généraux tlaxcaltèques[20]. Ces combats devaient se dérouler selon un schéma qui se répéterait souvent par la suite : les indigènes subissant de lourdes pertes, tandis qu'il y avait peu de morts, mais de nombreux blessés parmi les Espagnols. Cortés lançait chaque jour des raids contre les villages des environs. Leurs adversaires tentèrent en vain une dernière attaque de nuit. Un débat difficile agita les chefs tlaxcaltèques. Ils pesèrent le pour et le contre de la poursuite des combats : ils pouvaient remporter unevictoire à la Pyrrhus qui les laisserait affaiblis face aux Aztèques[21] ou conclure une alliance avec les Espagnols. Les principaux dirigeants, Maxixcatzin et Xicotencatl l'Ancien étaient en faveur d'un accord avec les nouveaux venus. Xicotencatl le Jeune, en revanche, s'y opposait. Le camp de l'alliance avec les Espagnols l'emporta. Les Espagnols entrèrent à Tlaxcala le.

Cortés venait de gagner des alliés bien plus puissants que lesTotonaques et qui lui fourniraient en abondance des porteurs et des soldats auxiliaires. Il n'en garda pas moins un deuxième fer au feu, continuant à entretenir des rapports avec les émissaires aztèques alors même que les Tlaxcaltèques se déclaraient vassaux du roi d'Espagne. Il s'en explique dans sa Deuxième Lettre àCharles Quint :

« Voyant la contradiction des uns et des autres, j'en éprouvai un grand plaisir, car ils me paraissaient tellement tenir à mon alliance, qu'il me serait plus facile de les subjuguer ; et je me rappelai cette parole évangélique qui dit que tout royaume divisé sera détruit… Je négociais donc avec les uns et les autres et je remerciais chacun en secret de l'avis qu'il me donnait, en les assurant tous les deux de mon amitié. »[22].

Massacre de Cholula

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Massacre de Cholula (Lienzo de Tlaxcala).
Article détaillé :Massacre de Cholula.

Faisant fi de l'avis desTlaxcaltèques, Cortés décida de gagner la capitale aztèque en passant parCholula. Cette cité, longtemps alliée à Tlaxcala, venait de passer dans le camp aztèque. Une fois les Espagnols entrés dans la ville, l'atmosphère s'alourdit rapidement.Doña Marina fut informée par une vieille femme qui éprouvait de la sympathie pour elle que les Cholultèques comptaient massacrer les Espagnols[23]. Ceux-ci, après en avoir débattu, réagirent avec promptitude. Cortés fit rassembler les notables cholultèques dans l'enceinte du temple deQuetzalcóatl et à un signal donné, les Espagnols les massacrèrent, faisant 3 000 victimes selon Cortés lui-même[24]. Ensuite les Tlaxcaltèques mirent la ville à sac pendant deux jours. Cet épisode fit l'objet de controverses, qui ont duré duXVIe siècle jusqu'à nos jours. Lesconquistadors espagnols ayant relaté l'événement font tous état d'un complot. Bernal Díaz del Castillo rapporte que la chose avait tellement marqué les esprits qu'après la conquête, lesfranciscains menèrent une enquête qui confirma la version desconquistadors[25]. S'il faut en revanche en croire lecodex de Florence, les Tlaxcaltèques, qui détestaient les Cholultèques, persuadèrent les Espagnols de leur tendre un piège. Dans cette versionmexica des événements, il n'est nullement question d'un complot de la part des Cholultèques, mais du massacre pur et simple « par fourberie » d'une foule désarmée[26]. C'est également la thèse deBartolomé de Las Casas, développée avec un détail improbable : « On dit que, comme les Espagnols jouaient dans la basse-cour à ce beau jeu, passant au fil de l'épée les cinq ou six mille hommes, leur capitaine (Cortés) avait le cœur tout réjoui et chantait :Néron du mont Tarpée, contemplait le feu qu'enRome il avait mis… »[27]. Quoi qu'il en soit, que l'on penche ou non pour la thèse du complot, le résultat fut certainement d'inspirer la terreur. Les ambassadeurs deMoctezuma jurèrent à Cortés que leur maître n'avait rien à se reprocher.

Novembre 1519 – août 1521 : la prise de pouvoir

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Cortés et Moctezuma face-à-face

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Le, lesconquistadors prirent la route de Tenochtitlán. Envoyé en reconnaissance,Diego de Ordás fit l'ascension du volcanPopocatépetl (5 450 mètres). En arrivant dans la vallée de Mexico, les Espagnols passèrent par le territoire des Chalcas, un peuple tributaire des Aztèques. Cortés apprit avec intérêt qu'ils supportaient mal la domination des Aztèques et constituaient des alliés potentiels. Moctezuma essaya à nouveau de détourner les Espagnols, en envoyant à leur rencontre un noble appelé Tziuacpopocatzin, qui prétendit être l'empereur, mais lesconquistadors ne s'en laissèrent pas conter. On leur offrit à nouveau de l'or, dont ils s'emparèrent avec avidité : de cet épisode leCodex de Florence rapporte que « c'est comme dessinges à longue queue qu'ils ont saisi de tous côtés l'or. »[28]

La rencontre de Cortés et Moctezuma vue par un peintre anonyme duXVIIe siècle.

Le, Cortés, à la tête son armée, suivit la chaussée d'Iztapalapa qui menait à la capitale aztèque. Moctezuma se porta à sa rencontre à la tête d'un cortège de nobles. La rencontre eut lieu à l'entrée de la ville. L'empereur descendit de sa litière pour saluer Cortés dans une atmosphère d'apparente cordialité. Les deux hommes échangèrent des colliers. Lesconquistadors furent ensuite conduits à leurs quartiers dans le palais d'Axayacatl, un des prédécesseurs de Moctezuma. Après le repas, Moctezuma leur rendit visite et tint un discours crucial pour l'histoire de la conquête, disant selon Bernal Díaz del Castillo que :

«… certainement nous étions ceux-là mêmes que ses aïeux avaient prédits en disant qu'ils viendraient des hommes d'où le soleil se lève pour régner sur ces contrées ; que sans aucun doute il s'agissait bien de nous… »[29].

Cortés, quant à lui, écrit que Moctezuma déclara :

« Vous pouvez commander à toute cette contrée, au moins dans les parties qui dépendent de mon royaume ; vous serez obéi et vous pourrez disposer de mes biens comme des vôtres. »[30].

Pour Cortés, Moctezuma faisait là ni plus ni moins qu'acte de soumission. La chose fait encore l'objet de débats. On peut penser qu'il est difficile de juger de la teneur exacte du discours de l'empereur, passé au prisme de la traduction d'Aguilar et Doña Marina, ou encore que Moctezuma fit simplement preuve de la plus extrême courtoisie[31]. Certains auteurs ont même suggéré que le récit était apocryphe ou qu'il relevait probablement de la fiction ; d'autres en revanche pensent que si Cortés avait inventé la chose, ses nombreux ennemis n'auraient pas manqué de le dénoncer par la suite[32].

Au cours des jours qui suivirent, les Espagnols visitèrent la ville, notamment le célèbre marché deTlatelolco. Cortés tint à ce qu'une chapelle fût construite dans le palais d'Axayacatl. Au cours des travaux, les Espagnols découvrirent un immense trésor caché, qui devait être cause de malheurs par la suite. Lesconquistadors, en visitant la ville, se rendirent compte de la précarité de leur position à Tenochtitlán : quelques centaines d'Espagnols dans une ville densément peuplée qui pouvait se refermer sur eux comme un piège, pour peu que l'on coupât les ponts des chaussées qui reliaient cette agglomération entourée d'eau à la terre ferme.

Coup de force de Cortés

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Le, Cortés, qui avait appris que plusieurs de ses hommes avaient été tués au cours d'un engagement avec des troupes aztèques àNauhtla sur la côte, se saisit de l'incident comme prétexte pour s'assurer de la personne deMoctezuma. Ce dernier nia toute responsabilité dans l'attaque contre la garnison de Villa Rica et refusa d'abord d'accompagner les Espagnols. Comme les capitaines de Cortés menaçaient de le tuer, il finit par céder. Cet événement sans précédent laissa les Aztèques stupéfiés et sans réaction :

« L'épouvante se répandit comme si tous les hommes avaient avalé leur cœur. Et, avant qu'il ne fît nuit, tout le monde fut grandement effrayé, on fut étonné, tout le monde s'épouvanta follement, on fut comme prostré par la peur. » (Codex de Florence)[33]

Pour écraser toute velléité d'opposition et restaurer la confiance de ses alliés indigènes, Cortés recourut à la terreur : il fit amener à Tenochtitlán les chefs aztèques qui avaient pris les armes contre ses hommes à la côte et les fit brûler vifs. Moctezuma, qui avait été mis aux fers, dut assister au supplice. Par la suite, l'empereur semble avoir été bien traité par ses gardiens. Il noua même des relations d'amitié avec certains d'entre eux. En apparence, l'empire continuait à fonctionner normalement. Cortés se renseigna auprès de Moctezuma sur les régions où l'on extrayait de l'or et y envoya des soldats espagnols en reconnaissance.

Vers la fin de l'année 1519, letlatoani de Texcoco,Cacama, aurait ourdi un complot contre les Espagnols. Cortés le fit enchaîner ainsi que plusieurs autres grands personnages. Que ce complot ait réellement eu lieu ou non, au début de l'année 1520, Cortés, qui était animé d'un esprit légaliste, jugea opportun d'exiger de Moctezuma qu'il réunisse tous les plus hauts personnages de l'empire et qu'il se déclare publiquement vassal du roi d'Espagne. Tous les nobles présents en firent de même, chose qui fut dûment enregistrée devant un notaire[34]. Au cours de cette période, les Espagnols s'emparèrent d'importantes quantités d'or. Cortés estime le butin à 160 000piastres, dont un cinquième revenait au roi d'Espagne. Il croyait avoir atteint son but : contrôler l'Empire aztèque par l'intermédiaire de Moctezuma. Les choses tournèrent autrement.

Expédition de Narváez

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Le gouverneur de Cuba,Diego Velásquez, ayant appris le succès de l'entreprise de Cortés, envoyaPánfilo de Narváez au Mexique pour le ramener à l'ordre. Le, Narváez débarqua près deCempoala à la tête de troupes nettement supérieures en nombre à celles de Cortés, convaincu que ce dernier se soumettrait sans combat. Cortés fit preuve en cette affaire d'esprit politique et militaire. Laissant une centaine d'hommes à Tenochtitlán, il prit le chemin de la côte à la tête du reste de sa troupe. Il soudoya certains des hommes de Narváez, puis, par une attaque surprise, s'empara de la personne de son adversaire pratiquement sans verser de sang. La plupart des hommes de Narváez se rallièrent à lui plus ou moins contraints, renforçant considérablement son armée. Cortés reprit le chemin de Tenochtitlán, où des événements graves s'étaient produits.

Rébellion aztèque

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Articles détaillés :Noche Triste etBataille d'Otumba.
Massacre de la fête de Toxcatl (Codex Duran).
Carte représentant le trajet de la fuite des Espagnols après laNoche Triste.

En son absence, Cortés avait confié le commandement à son lieutenantPedro de Alvarado, un homme en qui il avait toute confiance, mais fort impulsif. Le 10 mai 1520, il ordonne lemassacre du Templo Mayor. Soupçonnant les Aztèques de tramer un complot, il frappe préventivement. Lors de la fête deToxcatl (en), la fleur de l'aristocratie aztèque — plusieurs milliers d'hommes — se réunissaient dans la cour devant leTemplo Mayor dans l'enceinte cérémonielle de la ville pour y danser. Les Espagnols bouclèrent les issues et entreprirent de massacrer tous ceux qui étaient présents. Ce fut une boucherie : « Aussitôt, alors, ils ont entouré ceux qui dansaient ; aussitôt, alors, ils sont allés là où étaient les tambourins ; aussitôt ils ont frappé les mains du joueur de tambour ; ils sont venus trancher les paumes de ses mains toutes les deux ; ensuite ils ont tranché son cou… Aussitôt, alors, eux tous ont assailli les gens avec les lances en métal… Certains ont été tailladés par-derrière et aussitôt leurs boyaux se sont dispersés… Et d'autres, ils les ont frappés aux épaules, ils sont venus trouer, ils sont venus fendre les corps… Et c'est en vain qu'alors on courait. On ne faisait que marcher à quatre pattes en traînant ses entrailles… Et le sang des vaillants guerriers courait comme s'il avait été de l'eau comme si cela glissait de partout et une odeur fétide montait du sang… » (Codex de Florence)[35]. Passé le premier moment de surprise, les Aztèques prirent les armes et auraient emporté le palais d'Axayacatl, si Moctezuma n'était intervenu.

Les Aztèques établirent un blocus autour du palais d'Axaycatl où les Espagnols s'étaient retranchés. On ne peut que conjecturer pourquoi ils n'anéantirent pas le petit groupe deconquistadores. Le désarroi causé par la mort de tant de leurs chefs lors du massacre de la fête de Toxcatl pourrait y avoir été pour quelque chose[36].

Vignette duCodex de Florence : les Espagnols se débarrassent des corps de Moctezuma et de Itzquauhtzin, gouverneur deTlatelolco.

Mis au courant des événements, Cortés revint de la côte à la tête d'une troupe renforcée par les hommes de Narváez. Le, il entra dans Tenochtitlán dans un silence de mort, sans opposition de la part des Aztèques. La ville se referma sur lui comme un piège. Lorsqu'il envoya un messager à Vera Cruz, ce dernier revint immédiatement, blessé. Les Aztèques avaient retiré tous les ponts qui reliaient la cité à la terre ferme. Toutes les tentatives de sortie des Espagnols échouèrent : pris sous une pluie de flèches et de pierres, ils durent se replier vers leur camp. À court de vivres, Cortés libéraCuitlahuac, frère de Moctezuma, dans l'espoir qu'il rétablirait l'approvisionnement des Espagnols. Ce fut un mauvais calcul : Cuitlahuac prit la direction de la révolte. Parmi les épisodes controversés de la conquête figure la mort deMoctezuma. Selon la version espagnole, l'empereur, qui s'était rendu sur le toit du palais d'Axayacatl pour haranguer les Aztèques et leur demander de baisser les armes, fut mortellement blessé par une pierre lancée par un de ses compatriotes. Selon la version aztèque, il fut assassiné par les Espagnols. Les deux versions sont plausibles et sa mort reste un mystère.

Les Espagnols construisirent trois machines de guerre, des espèces de tours selon Cortés, pour se protéger lors de leurs sorties. Elles furent rapidement détruites. Lors d'une des sorties, les Espagnols emportèrent d'assaut le grand temple d'Huitzilopochtli, d'où les Aztèques criblaient de projectiles leurs cantonnements et tuèrent un grand nombre de guerriers. Cet acte n'entama en rien la détermination des Mexicas, qui continuaient d'attaquer avec la même impétuosité. À Cortés qui tentait de parlementer, ils répondirent « qu'ils étaient résolus à mourir tous pour en finir avec les Espagnols. Regarde, disaient-ils, ces rues, ces places et ces maisons couvertes de monde : nous avons compté qu'en perdant vingt-cinq mille des nôtres contre un seul d'entre vous, nous viendrions à bout de vous tous ; vous êtes si peu en comparaison de nous autres ! »[37]. Conscients que leur situation était désespérée, lesconquistadores résolurent de s'enfuir à la faveur de l'obscurité. Ils choisirent de partir par la chaussée deTacuba, parce qu'il s'agissait du trajet le plus court. Ils construisirent un pont mobile pour franchir les brèches dans la chaussée. Dans la nuit du au1er juillet, ils quittèrent subrepticement leurs quartiers. Bientôt repérés, ils furent assaillis à la fois par la chaussée et depuis les canoës sur le lac. Le combat tourna au carnage : plusieurs centaines d'Espagnols laissèrent la vie au cours de cet épisode connu sous le nom deNoche Triste.

Les survivants qui avaient réussi à atteindre la terre ferme, se frayèrent un chemin vers le nord en combattant pour contourner le lac de Texcoco et rejoindre Tlaxcala à l'est. Le, dans un ultime effort, les fuyards, épuisés et presque tous blessés, réussirent à vaincre l'immense armée duCihuacoatl aztèque lors de labataille d'Otumba. Cette victoire, remportéein extremis, sauva la troupe de Cortés de l'anéantissement.

Redressement et victoire finale des Espagnols

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Article détaillé :Siège de Tenochtitlan.

Le lendemain de la bataille, les Espagnols atteignirent le territoire de Tlaxcala, incertains de l'accueil qu'on leur réserverait[38]. Cuitlahuac avait envoyé à Tlaxcala des ambassadeurs porteurs de présents et chargés d'offrir une alliance. Après un débat animé, au cours duquel Xicotencatl le Jeune, hostile aux Espagnols, s'était violemment heurté àMaxixca (en), les chefs tlaxcaltèques avaient rejeté la proposition aztèque. Les Tlaxcaltèques réservèrent donc un bon accueil aux Espagnols qui purent refaire leurs forces. Nullement découragé par le revers cinglant qu'il venait de subir, Cortés ne céda pas aux objurgations de certains de ses hommes qui souhaitaient regagner la côte et entreprit de préparer méthodiquement la reconquête de Tenochtitlan. Il ne fut pas peu aidé par une épidémie devariole, à laquelle succomba le[39],Cuitlahuac, frère et successeur de Moctezuma. Son cousin Cuauhtémoc, instigateur de la révolte contre les Espagnols, lui succéda.

Cortés fit le siège deTenochtitlán pendant 75 jours (). Son armée avait été renforcée par de nouvelles troupes, dont deux navires du gouverneur de laJamaïque Garay en escale àVeracruz et un vaisseau marchand réquisitionné. En, il pouvait aligner 86 cavaliers, 700 fantassins, 118 arquebusiers et arbalétriers et 18 pièces d'artillerie[40], ainsi que plusieurs dizaines de milliers d'alliés indigènes, dont le nombre exact est difficile à fixer[41]. Cortés fit exécuter le chef tlaxcaltèque Xicoténcatl le Jeune, qui avait quitté l'armée. La population de Mexico avait été décimée par l'épidémie de variole qui épargnait les Espagnols. Cortés fit monter pièce par pièce une flottille de treize bateaux qu'il disposa sur le lac de Texcoco qui entourait la ville. Il coupa l'aqueduc qui la ravitaillait en eau, détruisit une flottille de canots aztèques et affama la cité. Au cours d'interminables combats corps à corps, la ville fut conquise maison par maison. Lorsque la ville tomba le, elle n'était plus que ruines. Cuauhtémoc, qui tentait de fuir, fut capturé par le capitaineGarcía Holguín.

Il est impossible de connaître avec certitude le chiffre des pertes lors du siège. Pour ce qui est des Aztèques, les estimations des chroniqueurs varient considérablement : de 100 000 sans compter les femmes et les enfants selonLópez de Gómara à 240 000 d'aprèsIxtlilxochitl.Bernal Diaz del Castillo écrivit simplement : « Le nombre d'Indiens guerriers qui disparurent est incalculable…[42] ». Cortés, quant à lui, déplora que ses alliés tlaxcaltèques eussent encore massacré plus de quinze mille personnes après la reddition[43]. Il est encore plus difficile d'évaluer le chiffre des pertes espagnoles : sans doute une centaine[44].

Les débuts de la colonisation

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Article détaillé :Colonisation espagnole des Amériques.

Cortés entreprend la reconstruction deMexico avec au centre laPlaza Mayor, l'église San Francisco, le couvent desfranciscains et le palais du gouverneur sur lequel débouchent de larges artères bordées des maisons de pierres de l’aristocratie. Treize églises sont construites à l’emplacement des ancienstéocallis. Une citadelle monumentale, leMatadero, défend la ville avec 70 canons. Le gouverneur favorise la colonisation en distribuant des terres à des couples d’Espagnols. Lespêchers,oliviers,amandiers etorangers sont acclimatés et voisinent avec lecoton, lacanne à sucre, l’indigo et les cultures traditionnelles, dont l’agave, lemaïs et lecacaoyer.

Devant les plaintes deDiego Vélasquez,Panfilo de Narváez,Juan Rodríguez de Fonseca et d’autres courtisans jaloux,Charles Quint nomme une commission d’enquête dirigée par le grand chancelier deNaples pour juger de la gestion de Cortés, accusé de s’être approprié la flotte de Vélasquez et de l’avoir sabordée, d’avoir usurpé les pouvoirs du gouverneur deCuba, mis à mal son émissaire, dilapidé les revenus des territoires conquis, notamment dans la reconstruction de Mexico. Défendu par son père, don Martin, et leduc de Bejar (es), Cortés est confirmé par la commission et nommé gouverneur et grand juge de laNouvelle-Espagne par l’ordonnance royale du.

Annexes

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Notes et références

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  1. (en) HughThomas,Conquest : Montezuma, Cortés, and the fall of Old Mexico, New York, Simon & Schuster,(ISBN 978-0-671-70518-3),p. 528–529
  2. Gruzinski 1988,p. 76.
  3. Graulich 1994,p. 255.
  4. Thomas 1993,p. 89.
  5. Grunberg 1995,p. 16.
  6. Díaz del Castillo 1991,p. 58.
  7. Díaz del Castillo 1991,p. 74.
  8. Grunberg 1995,p. 35.
  9. Díaz del Castillo 1996,p. 103.
  10. Mottaino par lequel les Espagnols désignaient les chefs indigènes.
  11. Thomas 1993,p. 207.
  12. Partisans du gouverneur de Cuba,Diego Velázquez de Cuéllar.
  13. Cortés 1996,p. 75.
  14. Díaz del Castillo 1996,p. 177.
  15. Grunberg 1995,p. 61.
  16. Grunberg 1995,p. 66.
  17. Cortés 1996,p. 196.
  18. Thomas 1993,p. 244.
  19. Díaz del Castillo 1996,p. 205.
  20. Grunberg 1995,p. 70.
  21. Hassig 1994,p. 75.
  22. Cortés 1996,p. 92.
  23. Cortés 1996,p. 95.
  24. Cortés 1996,p. 96.
  25. Díaz del Castillo 1996,p. 289.
  26. Baudot et Todorov 1983,p. 69.
  27. Las Casas,Très brève relation de la destruction des Indes, Editions mille et une nuits, 2006,p. 47.
  28. Cité dansBaudot et Todorov 1983,p. 71.
  29. Díaz del Castillo 1996,p. 314.
  30. Cortés 1996,p. 109.
  31. Mac Ewan et López Luján 2009,p. 227.
  32. Thomas 1993,p. 284.
  33. Baudot et Todorov 1983,p. 82.
  34. Mac Ewan et López Luján 2009,p. 229.
  35. Baudot et Todorov 1983,p. 91.
  36. Hassig 1994,p. 92.
  37. Cortés 1996,p. 158.
  38. Díaz del Castillo 1996,p. 523.
  39. Hassig 1994,p. 101.
  40. Cortés 1996,p. 229.
  41. Thomas 1993,p. 490.
  42. Díaz del Castillo 1996,p. 745.
  43. Cortés 1996,p. 281.
  44. Thomas 1993,p. 528.

Articles connexes

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Bibliographie

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Sources primaires

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Sources secondaires

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v ·m
Histoire
Chute de l'Empire aztèque
Représentation d'un calendrier solaire aztèque
Culture
Écriture
Religion
Lieux
v ·m
Colonisation
1821-1864
1864-1929
Période contemporaine
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