Lannan Literary Awards(en)() Prix Le roi est nu() Great Immigrants Award(en)() Prix Richard-Dawkins() LennonOno Grant for Peace(en)() Prix PEN/Diamonstein-Spelvogel pour l'art de l'essai(en)
Christopher Eric Hitchens, né le àPortsmouth (Royaume-Uni) et mort le àHouston (États-Unis), est un écrivain et journaliste ayant les nationalités britannique et américaine. Ses livres, ses essais et ses articles de presse ponctuent une carrière longue de 40 années.
Diplômé en philosophie, sciences politiques et sciences économiques duBalliol College d'Oxford, cetAnglo-Américain est successivement rédacteur et critique littéraire pour des journaux prestigieux commeThe Atlantic Monthly,Vanity Fair,Slate,World Affairs, ouThe Nation. Observateur politique etpolémiste, il accède à la notoriété en tant que défenseur des idées degauche en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Il s'en éloigne toutefois à partir de 1989, à cause de ce qu'il considère comme des« réactions tièdes » de la gauche occidentale à l'appel au meurtre deSalman Rushdie par l'ayatollah Khomeiny. Lesattentats du 11 septembre 2001 renforcent sa conviction interventionniste en matière de politique étrangère ; sa critique de ce qu'il appelle le« fascisme à visage islamique » se fait véhémente. Ses prises de positions publiques, ses conférences et ses attaques contreMère Teresa,Bill Clinton etHenry Kissinger font de lui un polémiste engagé célèbre auprès du public anglophone, puis sur le plan international.
Icône dumouvement athée, reconnu comme un intellectuel influent, Christopher Hitchens s'est décrit comme unantithéiste, défenseur des idées desLumières. Il a notamment dénoncé le concept d'un dieu « entité suprême » comme une croyance totalitaire qui détruit laliberté des individus, et souhaitait que la libre expression et le progrès scientifique prennent le pas sur lareligion. Son ouvrage intituléDieu n'est pas grand (God Is Not Great en anglais) sur l'athéisme et la nature des religions a connu un immense succès lors de sa sortie en 2007.
Hitchens est élevé dans la foi chrétienne, et suit une partie de ses études dans des établissements chrétiens, mais refuse progressivement d'assister aux prières communes.
Quelques années plus tard, il apprend que sa grand-mère maternelle est juive, et que ses ancêtres sont originaires dePologne[4]. Il écrit alors un article dans le journalThe Guardian, daté du 14 avril 2002, dans lequel il indique qu'il peut être considéré comme Juif parce que la descendance juive se fonde sur le principe dematrilinéarité[4].
À la fin des années 1960, Hitchens rejoint la gauche politique, notamment du fait de son opposition farouche à laguerre du Viêt Nam, auxarmes nucléaires, auracisme, et à l'« oligarchie ». Il exprime son affinité avec les mouvementscontre-culturels des années 1960, mais déplore l'utilisation de drogues récréatives à cette époque, qu'il décrit commehédoniste. Il s'encarte auparti travailliste en 1965, mais en est expulsé en 1967 par l'organisation étudiante travailliste, à la suite, écrit-il, de ses déclarations sur« le soutien méprisable duPremier ministreHarold Wilson à la guerre du Vietnam »[9]. Sous l'influence de l'écrivainVictor Serge, Hitchens s'intéresse autrotskisme et au socialisme anti-stalinien ; il rejoint alors un parti politique d'extrême gauche trotskiste[10], leSocialist Workers Party (SWP)[11].
Pendant ses études, Hitchens travaille comme correspondant de la revueInternational Socialism[12], publiée par les fondateurs du parti britanniqueParti socialiste des travailleurs. Ce groupe était trotskiste, mais différait des autres groupes de même obédience par son refus de prendre la défense d'États socialistes. Leur slogan était« Neither Washington nor Moscow but International Socialism », ou en français« Ni Washington, ni Moscou, mais le socialisme international »[13].
Hitchens quitte Oxford avec un diplôme « de troisième classe », ce qui correspond à une mention « assez bien » dans le système éducatif français[14]. Il travaille d'abord à Londres pour leTimes Higher Education, où il édite les articles relatifs auxsciences sociales jusqu'en novembre 1973. À cette date, sa mère se suicide àAthènes, en compagnie d'un homme d'Église dont elle était éprise, un dénommé Timothy Bryan[2]. Elle se donne la mort parsurdose desomnifères, tandis que, dans la pièce d'à côté, Bryan se taillade les poignets dans la baignoire. Hitchens se rend alors seul à Athènes en urgence, et récupère le corps de sa mère. Il pense que le suicide de sa mère, mariée de force et malheureuse dans le couple, est dû à la peur que son mari n'ait découvert son infidélité.
Après avoir émigré aux États-Unis en 1981, Hitchens écrit pourThe Nation, où il rédige des critiques acides contreRonald Reagan,George H. W. Bush et la politique étrangère américaine enAmérique du Sud et en Amérique centrale, à raison d'une dizaine d'éditoriaux par an[16],[17]. Il quitteThe Nation en 2002, après une mésentente à propos de laguerre d'Irak.
En plus de cette activité critique, Hitchens est le correspondant du journal àChypre[18].
Lors de ses déplacements, il rencontre sa première femme, Eleni Meleagrou, unechypriote grecque. Il choisit de se marier avec elle dans une église orthodoxe[8] en 1981. Avec Eleni, ils ont deux enfants, Alexander et Sophia. Son fils, Alexander Meleagrou-Hitchens, né en 1984, travaille comme chercheur àLondres au sein duthink tankPolicy Exchange et duCentre for Social Cohesion.
Hitchens rédige aussi des correspondances depuis plusieurs pays, dont leTchad et l'Ouganda[19], ou encore leDarfour et leSoudan[20]. Au total, son travail de journaliste l'a amené à voyager dans plus de 60 pays[21].
Lors d'un de ses nombreux déplacements, en 1989, il rencontre Carol Blue, écrivaine originaire deCalifornie. Il se remarie cette année-là avec elle dans unesynagogue deNew York[8]. De cette nouvelle union naîtra une fille, Antonia[17].
Il entame alors une période de succès professionnels en 1991 en recevant son premier prix littéraire, leLannan Literary Award for Nonfiction[22].
Avant lesattentats du 11 septembre 2001 et le virage politique d'Hitchens, l'auteur et polémiste américainGore Vidal le considérait comme son successeur[23],[24]. Mais l'attaque terroriste change leur relation amicale, au point qu'en 2010, Hitchens attaque Vidal dans une tribune deVanity Fair intitulée « Vidal Loco » (« Vidal Fou »), au sein de laquelle il qualifie Vidal de « cinglé » pour son adhésion auxthèses conspirationnistes sur le 11 septembre[25].
Un plaidoyer d'Hitchens en faveur de laguerre d'Irak le fait connaitre du grand public. Cette notoriété nouvelle est visible dans divers « classements d'intellectuels » où il commence à figurer, comme leTop 100 Public Intellectuals Poll de 2005 des magazinesForeign Policy etProspect, où il atteint la5e place lors des votes par internet[26]. En 2007, il est récompensé par le prestigieuxNational Magazine Award américain pour ses écrits dansVanity Fair, catégorie « Éditoriaux et Points de vue »[27]. En 2008, il arrive en seconde position, pour ce même prix, pour la qualité de ses travaux pour le magazineSlate, derrièreMatt Taibbi duRolling Stone[28]. Il gagne à nouveau le prix en 2011[29].
Le frère cadet de Christopher Hitchens,Peter Hitchens, est un journaliste chrétien conservateur àLondres, bien qu'il ait été trotskiste, comme son aîné, dans les années 1970. Les frères entretiennent une relation conflictuelle depuis un écrit critique de Peter à l'encontre de Christopher, daté de mai 2005, dans lequel il lui reprochait d'avoir dit qu'il« ne voyait aucun inconvénient à ce que l'Armée rouge vienne laver ses chevaux àHendon (un quartier de Londres)[30] ». Christopher Hitchens dément avec vigueur avoir tenu de tels propos et coupe les ponts avec son frère, qu'il désigne comme « un idiot » dans une lettre adressée auCommentary. La dispute se prolonge par voies de presse interposées, mais la brouille fraternelle prend fin progressivement, et les deux journalistes apparaissent ensemble dans une émission de laBBC le. Ils débattent de façon contradictoire le à laGrand Valley State University[31], puis le pourPew Forum[32].
Hitchens après une conférence auCollege of New Jersey, en mars 2009.
Hitchens est connu pour son attrait pour l'alcool et lacigarette, dont il est consommateur régulier. Il admet de lui-même boire beaucoup. Sur ce sujet, il écrit en 2003 que sa consommation quotidienne d'alcool« pourrait tuer ou assommer le mulet moyen », ajoutant que les plus grands écrivains« ont réalisé leurs meilleures œuvres en étant cassés, éméchés, défoncés, en train de planer, et à côté de leurs pompes[33]. » En juin 2006, son profil dressé parNPR indique :« Hitchens est connu pour son amour des cigarettes et de l'alcool — et pour sa production littéraire prodigieuse »[34].
Après avoir brièvement arrêté la cigarette en 2007, provoquant l'étonnement de son frère Peter, il reprend sa consommation detabac lors de l'écriture deHitch-22 malgré lecancer dont il se sait atteint[35].
Ses addictions ne manquent pas d'attiser les critiques dont il est l'objet. Ainsi, l'homme politique britanniqueGeorge Galloway, fondateur du parti d'extrême gaucheParti du respect, n'hésite pas à qualifier Hitchens d'« ex-trotskiste imbibé de boisson »[36], ce à quoi Hitchens répond« que seule une partie du terme employé est vraie »[37]. Hitchens complète sa réponse dans une publication deSlate, en écrivant :« Il dit que je suis un ex-trotskiste (vrai), un "perroquet" (ce qui est vrai, au sens premier du terme qui veut que le perroquet soit un jeu de fléchettes consistant à frapper une cible), et que je ne suis pas capable de tenir un verre (sur ce point, je me dois de protester)[38]. »
Oliver Burkeman écrit à son sujet dansThe Guardian que« depuis la chute du régime en Irak […] Hitchens dit avoir détecté une nouvelle forme d'attaque à son encontre, spécifiquement portée sur sa consommation mythique d'alcool. Il se félicite d'être attaqué sur cet aspect parce qu'il pense que c'est toujours un signe de victoire quand les attaques sur les idées deviennent des attaquesad hominem. Il boit, dit-il,« parce que cela donne l'impression que les autres gens sont moins ennuyeux. J'ai une peur terrible de m'ennuyer. Mais je peux travailler avec ou sans alcool. Il en faut beaucoup pour que ça me fasse quelque chose[39] ». »
Lors d'une séance de questions/réponses suivant une conférence d'Hitchens auCommonwealth Club of California le 9 juillet 2009, un membre interroge Hitchens sur sonwhisky préféré. Hitchens lui répond immédiatement que« le meilleur scotch de l'histoire de l'humanité est leJohnnie Walker Black Label. » Il ajoute avec un humour grinçant qu'il s'agit aussi de l'alcool préféré duparti Baas en Irak, de l'Autorité palestinienne, de la dictature libyenne et d'une grande partie de la famille royale d'Arabie saoudite et conclut qu'il s'agit du« petit-déjeuner des champions » en exhortant le public à« n'accepter aucun substitut[40] ».
Faisant un bilan de ses addictions et de sa carrière lors d'une interview, alors qu'il se sait atteint d'un cancer, il déclare :
« J'ai toujours su qu'il y avait un risque à vivre une vie de bohème… J'ai décidé de le prendre parce qu'il m'a aidé à me concentrer, il a mis fin à mon ennui — il a mis fin à l'ennui que me causaient d'autres personnes. Il me donnait envie de prolonger la conversation et de mieux profiter du moment. Si vous me demandez : le referiez-vous ? Je dirais probablement oui. Mais j'aurais arrêté l'alcool plus tôt, dans l'espoir de m'en tirer au bout du compte. J'ai pris cette décision, et toute chose dans la vie est un pari, et j'ai parié sur cela… D'une manière étrange, je ne le regrette pas. C'est tout simplement impossible pour moi d'imaginer la vie sans vin, ou d'autres alcools, ce qui alimente la machine, me permet de soutenir ma lecture, et ma mise sous tension. Ça a marché pour moi. Ça a vraiment marché[41]. »
En juin 2010, Hitchens reporte la promotion de son livreHitch-22 pour suivre un traitement contre un cancer de l’œsophage[42]. Il annonce le début de son traitement dansVanity Fair sous la forme d'un article intituléTopic of Cancer (jeu de mots en anglais entre « Tropique du Cancer » et la traduction littérale du titre, « La question du cancer »)[43]. Hitchens reconnaît dans un article deThe Atlantic Monthly que son pronostic vital à long terme est loin d'être positif, et qu'il serait« une personne extrêmement chanceuse s'il vivait encore cinq années de plus[44]. »
En novembre 2010, il se voit contraint d'annuler un débat à New York au cours duquel il devait débattre avec deux écrivains religieux au sujet desDix Commandements[45], sujet qu'il affectionne et sur lequel il a publié, un an auparavant, un article dans le magazineVanity Fair[46]. Il travaille par ailleurs sur un livre relatif au sujet[47].
En avril 2011, il se voit à nouveau contraint d'annuler un déplacement à l'American Atheist Convention, et fait parvenir une lettre dans laquelle il écrit« rien ne m'aurait empêché de vous rejoindre, sauf la perte de ma voix (du moins ma voix parlée), due à une longue discussion, que je suis actuellement en train d'avoir avec le spectre de la mort. » Il termine sa lettre par :« Et ne gardez pas la Foi[48]. » La lettre mentionne aussi son refus d'une conversion sur son lit de mort, et insiste sur le fait que« la rédemption et la délivrance surnaturelle m'apparaissent encore plus fausses et artificielles qu'elles ne me le semblaient avant[48]. »
En juin 2011, il participe à une conférence de l'université de Waterloo grâce à une webcam[49], puis, en octobre 2011, il se rend, malgré sa maladie, à laTexas Freethought Convention (Convention de la libre-pensée duTexas) àHouston[50].
Parmi les proches ayant réagi au décès du journaliste, le frère de Christopher,Peter Hitchens, avec qui les relations ont été tumultueuses, écrit que Christopher« était étonnamment bien lors des derniers mois, mieux que lors de ses 50 dernières années, jusqu'à ce que ça arrive » et décrit son frère comme« courageux » dans un éditorial du journalMail Online qu'il intitule « À la mémoire de mon frère courageux Christopher, 1949-2011 »[53].
L'ancien Premier ministre britanniqueTony Blair déclare que« Christopher Hitchens était un être complètement hors du commun, un mélange étonnant d'écrivain, de journaliste, de polémiste, au caractère unique. Il était intrépide dans la recherche de la vérité, et dans toutes les causes auxquelles il croyait. Et il n'y avait pas de sujet qu'il défendait sans passion, engagement, et éclat. Il a été un homme extraordinaire, impérieux et haut en couleur, et c'était un privilège de le connaitre[54] ».
Hitchens faisait partie d'un groupe d'amis, avecRichard Dawkins,Sam Harris etDaniel Dennett, que la presse décrivait comme les « 4 cavaliers de l'athéisme » ; chacun des trois a réagi avec émotion au décès.
Ainsi,Richard Dawkins, biologiste de l'évolution à l'université d'Oxford, rend hommage à celui qu'il considère comme« l'un des plus grands orateurs de tous les temps. Il était un esprit porté vers l'universalité, un esprit doté d'une immense connaissance, et un vaillant combattant contre tous les tyrans, y compris les tyrans surnaturels imaginaires[54]. »
Sam Harris écrit :« J'ai le privilège de pouvoir témoigner de la gratitude qu'éprouvent tant de personnes pour la vie et le travail d'Hitch — ainsi, à chaque fois que je parle, je rencontre ses fans. Sur la tournée de mon dernier livre, ceux qui ont assisté à mes conférences ne purent contenir leur joie à la simple mention de son nom — et beaucoup de ceux qui sont venus me voir pour obtenir une dédicace ont demandé que je lui passe leurs meilleurs vœux. C'était merveilleux de voir combien Hitch a été aimé et admiré — et d'être en mesure de partager cela avec lui avant la fin. Tu vas me manquer mon frère[55]. »
« Mon opinion personnelle m'est suffisante, et je revendique le droit de la défendre contre tous les consensus, toutes les majorités, de tout temps, en tout lieu, et en tout temps. Et quiconque tenterait de m'enlever ce droit peut prendre un ticket, se mettre dans la file, et m'embrasser le cul[60]. »
Les avis sur l'engagement politique d'Hitchens sont différents selon les orientations des organes de presse américains. Ainsi, si leSan Francisco Chronicle affuble Hitchens du surnom de « mouche du coche » politique[61], il n'en demeure pas moins qu'en 2009, Hitchens entre dans la prestigieuse liste des 25 personnalités libérales (au sens progressiste du terme) les plus influentes dans les médias américains, pour le magazineForbes[62].
Le Che avec sa traditionnelle tenue militaire, le.
Hitchens devientsocialiste« principalement en ayant étudié l'histoire, le socialisme prenant le parti des combattants contre l'industrialisation, la guerre et l'empire ». En 2001, pourtant, il indique pour la première fois dans le magazineReason qu'il ne peut plus dire« Je suis socialiste ». Il pense alors que les socialistes ne sont plus en mesure d'offrir une alternative positive au système capitaliste, ce dernier ayant permis lamondialisation, qui, aux yeux d'Hitchens, représente« une innovation ouvrant la voie à une politique internationale ». En outre, il se considère commelibertarien, en précisant que les libertariens sont« plus préoccupés par l'existence d'un État sur-puissant que par une société qualifiée d'irresponsable, même si le monde des affaires combine à l'heure actuelle le pire de la bureaucratie avec les pires abus des compagnies d'assurance »[63].
En 2006, lors d'un meeting enPennsylvanie, où il débat de la tradition juive avec Martin Amis, Hitchens déclare publiquement qu'il« n'est plus socialiste, mais qu'il est toujoursmarxiste »[64]. En 2009, dans un article du journalThe Atlantic titré « La revanche deKarl Marx », Hitchens analyse la récession de la fin des années 2000 sous l’œil marxiste, et rappelle combien le philosophe allemand admirait le système capitaliste, même s'il appelait à son remplacement. Hitchens conclut son article en indiquant que Marx n'avait pas saisi toute l'innovation dont était porteuse la révolution capitaliste[65].
D'autre part, Hitchens est un admirateur de la révolution cubaine, et d'Ernesto « Che » Guevara, sur lequel il porte le commentaire suivant :« La mort du Che a beaucoup signifié pour moi et pour d'innombrables autres personnes à cette époque. Il était un modèle, même s'il était impossible à imiter pour nous les bourgeois romantiques, parce qu'il faisait ce que les révolutionnaires sont destinés à faire, à savoir se battre jusqu'à la mort pour ses convictions[66]. » Il prend cependant quelques distances avec certaines actions du Che dans un essai sorti en 1997[67].
Par ailleurs, il considère toujoursLénine etLéon Trotski comme de grands hommes[68],[69], et laRévolution d'Octobre comme un évènement nécessaire permettant la modernisation de laRussie[10]. En 2005, Hitchens remercie Lénine pour sa création d'une « Russie séculière », et du « discrédit » qu'il a jeté sur l'Église orthodoxe, qu'il décrit comme« une incarnation absolue de l'arriération, du mal et de la superstition »[10].
Après lafatwa lancée en 1989 contreSalman Rushdie, Hitchens recherche des alliés et des amis politiques. Il devient, à cette époque, de plus en plus critique à l'égard de ce qu'il appelle« la machine à excuses » de la gauche. Dans le même temps, il est attiré par certaines idées pro-interventionnistes du parti républicain américain, notamment un groupe néo-conservateur dontPaul Wolfowitz est membre[70]. Il devient ami du dissident et homme d'affaires irakienAhmed Chalabi[71] et, en 2004, il indique être« du même côté que les néo-conservateurs » concernant laguerre d'Irak[72], tout en maintenant des critiques acerbes contreGeorge W. Bush. Son soutien à laguerre d'Irak l'a fait qualifier denéoconservateur par plusieurs de ses critiques, étiquette qu'il décline, préférant se dire allié à ce mouvement pour la politique étrangère[73],[74].
Cette prise de position fait aussi suite auxattentats du 11 septembre 2001, ayant entraîné Hitchens etNoam Chomsky dans des débats houleux sur la nature de l'islamisme et la réponse adaptée à cette question. En octobre 2001, Hitchens critique ouvertement Chomsky dansThe Nation[75],[76] et, environ un an après les attaques terroristes, quitte l'hebdomadaire, révolté par des éditeurs, lecteurs et contributeurs ayant affirmé queJohn Ashcroft était une plus grande menace qu'Oussama ben Laden[77].
Ces attentats apparaissent déterminants dans les prises de positions suivantes d'Hitchens. Avant le 11 septembre 2001, laguerre d'Irak et laguerre d'Afghanistan, Hitchens était un farouche opposant à la politique interventionniste de Bush, qui était de surcroît dans son viseur pour son soutien aux thèses dudessein intelligent[78] et à lapeine de mort[79]. Pourtant, Hitchens défend les actions de politique extérieure de George W. Bush après le 11-Septembre, mais il critique avec vigueur les meurtres d'Irakiens par les troupes américaines à la prison d'Abou Ghraib et d'Haditha, l'utilisation par le gouvernement américain de la technique desimulation de noyade, et la pratique de latorture[80],[81]. En janvier 2006, Hitchens s'associe à quatre organisations, dont l'Union américaine pour les libertés civiles etGreenpeace, en tant que partie civile, dans un procès contre laNational Security Agency, pour espionnage des citoyens américains[82].
Hitchens apporte son premier soutien à un candidat à la présidentielle lors de l'élection de 2000. Au cours d'une émission surBloggingheads.tv, Hitchens indique qu'il soutientRalph Nader[83].
Après un bref retour au journalThe Nation juste avant l'élection présidentielle américaine de 2004, il écrit être« timidement en faveur de Bush » ; mais peu de temps après, il se dit « neutre », en précisant« je pense que la nature de l'ennemi djihadiste décidera du vote final »[84].
Lors de l'élection présidentielle américaine de 2008, Hitchens écrit dansSlate :« Je vote par rapport à la question essentielle qui consiste à défendre la civilisation contre ses ennemis terroristes et leurs protecteurs totalitaires, et sur ce point, j'espère que je pourrai continuer à m'exprimer et qu'on ne m'accusera d'aucune forme d’ambiguïté ». Critique envers les deux candidats,Barack Obama etJohn McCain, Hitchens soutint finalement Obama, qualifiant McCain de « sénile », et le choix deSarah Palin d'« absurde » en dépeignant ses actions publiques comme une « honte nationale »[85].
Engagements sur les autres conflits internationaux
Hitchens se définit commeantisioniste[86]. Cet engagement est retranscrit dans son ouvrage autobiographiqueHitch-22. Le journalJewish Daily Forward décrit Hitchens comme un antisioniste militant et indique qu'il perçoit le sionisme comme« une injustice à l'égard des Palestiniens »[87], tandis que d'autres commentateurs[88] soulignent l'« apparition récurrente de son antisionisme » dans son autobiographieHitch-22[89].
Dans le magazineSlate, Hitchens modère sa position, en déclarant :« il y a trois groupes de 6 millions de Juifs. Les premiers 6 millions vivent dans ce que le mouvement sioniste appellePalestine. Le second groupe vit auxÉtats-Unis. Le dernier groupe de 6 millions est réparti entre la Russie, la France, la Grande-Bretagne et l'Argentine. Mais seuls les premiers vivent au quotidien sous la menace de missiles tirés par des gens qui détestent les Juifs ». Hitchens y indique aussi que« plutôt que de supporter le sionisme, les Juifs devraient construire une société séculière et réformer leur propre société »[90].
L'écrivain reste toutefois profondément engagé en faveur des Palestiniens. Pendant un meeting enPennsylvanie avecMartin Amis, Hitchens déclare que« personne ne devrait insulter, porter atteinte ou humilier un peuple »[91]. Il ajoute que la construction de colonies israéliennes afin de parvenir à la sécurité d'Israël est« vouée à l'échec de la pire des manières possibles », et que la fin de cette « illusion effroyablement raciste et messianique » viendrait« mettre à mal les puissances religieuses et chauvines qui veulent instaurer unethéocratie pour les Juifs ». Les extrémistes palestiniens sont aussi attaqués par l'écrivain, qui déplore le refuge des peuples dans la religion, en regrettant notamment« que leterrorisme religieux soit devenu le principal moyen pour revendiquer une démocratisation, au détriment de la laïcité arabe. Le spectacle le plus déprimant et triste de la dernière décennie, pour tous ceux qui se soucient de la démocratie et la laïcité, a été la dégénérescence du nationalisme arabe palestinien vers l'enfer théocratique du Hamas et du Jihad islamique[90]. »
Hitchens prend aussi position sur d'autres sujets politiques, avec des écrits en faveur de la réunification de l'Irlande[93], de l'abolition de lamonarchie britannique[94], et sur les crimes de guerre deSlobodan Milošević etFranjo Tuđman[95].
Christopher Hitchens etJohn Lennox débattent en Alabama sur le sujet « Dieu est-il grand ? ».
Célèbre pour ses prises de positions à l'encontre des religions abrahamiques, qu'il appelle aussi« les trois grands monothéismes » (à savoir lejudaïsme, lechristianisme et l'islam), Hitchens porte ses attaques sur l'ensemble des religions, y compris sur l'hindouisme et lenéo-paganisme. Ses critiques, rassemblées au sein de son œuvre maîtresseGod Is Not Great (Dieu n'est pas grand), reçoivent un accueil favorable de la part duNew York Times pour« l'épanouissement logique » que l'ouvrage procure[96] tandis que leFinancial Times accuse Hitchens de« mesquinerie intellectuelle et morale »[97]. Bien que polémique,Dieu n'est pas grand est présélectionné pour leNational Book Award, en date du[98].
Les critiques formulées par Hitchens sont souvent radicales, notamment à l'encontre de la religion organisée, qui est selon l'auteur« la principale source de haine dans le monde »,« violente, irrationnelle, intolérante, alliée du racisme, du tribalisme, du sectarisme, menant à l'ignorance, hostile à la pensée libre, méprisante envers les femmes et coercitive à l'égard des enfants[99]. » Le succès de son ouvrage et sa défense farouche de l'athéisme en font l'un des leaders du mouvement appelé « nouvel athéisme » dans le monde anglo-saxon.
Le journaliste indique cependant qu'il souhaite débattre de ses idées et accepte toutes les invitations de chefs religieux ouverts à la confrontation de points de vue. C'est ainsi qu'en 2007 Hitchens confronte ses idées avec le théologien évangéliste conservateur Douglas Wilson. De leurs échanges naît un recueil intituléIs Christianity Good for the World? (Le Christianisme est-il bon pour le Monde ?), qui est publié dans le magazineChristianity Today[103], puis sous forme de livre en 2008. Cette volonté de mettre sur pied des débats libres se retrouve dans ses actions pour la défense de laliberté de presse, comme en février 2006, où Hitchens aide à l'organisation d'une grande manifestation pro-Danemark à l'extérieur de l'ambassade duDanemark àWashington à la suite de l'affaire descaricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten[104].
Il s'est également rendu célèbre, notamment dans des débats publics contre des religieux, pour ses prises de position contre la circoncision qu'il exècre.
Richard Dawkins et Christopher Hitchens débattent autour d'un verre, en 2007.
Les attaques contre les religions sont souvent violentes, et dansGod Is Not Great, Hitchens tient les propos suivants :
« L'étude de lalittérature et de lapoésie, à la fois pour soi et pour répondre aux éternelles questionséthiques auxquelles elle se rapporte, peut désormais facilement prendre le pas sur les textes sacrés, qui ont été reconnus comme falsifiés, et fabriqués de toutes pièces. La recherche scientifique sans entraves, et la diffusion des nouveaux résultats à des quantités de personnes de plus en plus importantes, par des moyens électroniques, va révolutionner nos concepts de recherche et développement. Chose très importante, la dissociation entre la vie sexuelle et la peur, la vie sexuelle et la maladie, la vie sexuelle et latyrannie, peuvent désormais être à l'ordre du jour, à la seule condition que nous bannissions toutes les religions du discours [relatif à ces sujets]. Et tout cela, voire plus, est, pour la première fois de notre histoire, à la portée de tout un chacun[105]. »
Hitchens fut accusé parWilliam A. Donohue et par la revueThe American Conservative d'être particulièrement anti-catholique, et« qu'une critique complète des prises de positions anti-catholiques d'Hitchens remplirait toutes les pages de ce magazine »[106]. L'auteur réplique aux accusations lors d'une interview donnée au magazineRadar en 2007, lors de laquelle il précise :
« S'ils gagnaient, s'ils élisaient un président ou un parlementaire pour interdire l'avortement, rendre la prière obligatoire à l'école ou inculquer le créationnisme, ils signeraient leur fin. Ils regretteraient leur victoire à jamais car elle conduirait à un échec monumental et les discréditerait. Elle serait de très courte durée et conduirait, je l'espère, à une guerre civile qu'ils perdraient mais à laquelle ce serait un grand plaisir de prendre part[107]. »
Lorsque le polémisteJoe Scarborough interroge Hitchens en lui demandant s'« il était animé par de la haine à l'égard des catholiques conservateurs », Hitchens répond que cela n'est pas le cas et qu'il pense simplement que« toute forme de croyance religieuse est sinistre et infantile[108] ».
↑(en) « Godless Provocateur Christopher Hitchens Pledges Allegiance to America », Holidaydmitri.com,(consulté le) : « If they won, if they elected a president or member of Congress to ban abortion, impose school prayer as mandatory, or instill the teaching of Creationism, that would be the end of it. They would regret their victory forever because it would lead to colossal failure and discredit them. It wouldn't last very long and would, I hope, lead to civil war, which they will lose, but for which it would be a great pleasure to take part. »
La version du 25 mars 2012 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.