La famille de Christoph Willibald Gluck est originaire duHaut-Palatinat bavarois. À sa naissance, son père Alexander est militaire au service desprinces de Lobkowitz.
En1717, la famille de Gluck quitteErasbach et s'installe enBohême, où son père exerce la fonction de maître des Eaux et Forêts – profession traditionnellement exercée dans la famille Gluck. Il y travaille successivement au service deAnne-Marie-Françoise de Saxe-Lauenbourg, grande-duchesse de Toscane (en 1717) àReichstadt (actuellement Zákupy), du comteKinský (en1722) – l'une des plus prestigieuses maisons du royaume de Bohême – àKreibitz, et du duc deLobkowitz (en1727 àEisenberg(de)). Contrairement à ce que donnent à croirecertaines biographies[Lesquelles ?], sa situation matérielle n'est pas précaire : le compositeur a lui-même dit qu'il était le fils d'un « maître des Eaux et Forêts », ce qui constitue sans doute une bonne transposition, et il semble probable que son père mourut dans une situation financière enviable.
Dès son plus jeune âge, Gluck montre des dispositions pour la musique. À Kreibitz, il suit ses premières leçons de musique et apprend leviolon. Son intérêt pour la musique va alors croissant. Pourtant, son père – suivant en cela un usage courant à l'époque – souhaite le voir choisir le même métier que lui et il s'ingénie donc à contrarier les dispositions musicales de son fils. Le jeune Gluck apprend alors seul laguimbarde – instrument peu bruyant et qui a donc l'avantage de lui permettre de s'exercer en cachette. Et vers1730, plutôt que de se soumettre à la volonté paternelle, il décide de quitter le foyer familial et parcourt le pays gagnant sa vie en chantant et en jouant de la guimbarde.
En1731, Gluck s'inscrit à la faculté de philosophie dePrague. Il poursuit, sans doute également durant cette période, sa formation musicale. En1735 ou1736, aidé par la famille Lobkowitz et peut-être également par son père avec lequel il s'est réconcilié, Gluck se rend àVienne avec l'intention de devenir musicien. Il entre au service du prince Lobkowitz en1736.
À Vienne, l'empereurCharles VI impose alors son goût pour l'opera seria italien. Gluck décide dès lors en1736 de se rendre enItalie afin de se perfectionner dans ce domaine ; il y est accompagné par le prince lombard Antonio Maria Melzi, qui l'a remarqué à Vienne. Arrivé àMilan, ce dernier décide de l'attacher à sa chapelle privée ; il le met également en relation avec le compositeurGiovanni Battista Sammartini sous la direction duquel Gluck acquiert de solides bases musicales. Pourtant, alors que son mentor pratique un art essentiellement instrumental (ce qui est somme toute rare pour un Italien de cette époque), Gluck lui, est surtout attiré par l'art dramatique. Il fait ainsi jouer son premier opéra,Artaserse (Artaxerxès), à Milan le. Plusieurs autres suivent dans différentes villes d'Italie, il donne ainsi successivement :Demetrio (Démétrios), créé le (Venise) ;Demofoonte, créé le (Milan) ;Il Tigrane (Tigrane II d'Arménie), créé le (Crema) ;La Sofonisba (Sophonisbe), créé le (Milan) ; l’Ipermestra, créé le (Venise) ;Poro (Porus), créé le (Turin) ;Ippolito (Hippolyte), créé le (Milan). Ces premiers ouvrages ne nous sont parvenus qu'à l'état fragmentaire. Gluck se conforme alors à la forme conventionnelle de l'opera seria et utilise les livrets (souvent deMétastase) alors à la mode et qui sont, suivant un usage courant à cette époque, utilisés et réutilisés de nombreuses fois par différents compositeurs.
Gluck reste en Italie jusqu'en1745, année de son départ pourLondres.
Gluck arrive àLondres[1] entre 1745 et le début de l'année1746. Il y entre en relation avec lord Middlesex, directeur de l'Opéra qui se trouve encore actuellement au vieux théâtre deHaymarket.
Le, Gluck donne à Londres l'opéraLa Caduta de' Giganti (La Chute des Géants), sous-titréLa Rebellione punita, dont le sujet fait allusion à la « prochaine défaite des Écossais » — qui remporte un certain succès —, puis, le,Artamene, démarqué de sonTigrane de1743.
Lors de ce séjour anglais, Gluck fait notamment la connaissance deHaendel[2] — à qui l'on chercha peut-être à l'opposer, le prince de Galles, qui protégeait l'Opéra, était en effet en conflit avec son père le roiGeorge II qui lui, protégeait Haendel — et se lie avec le compositeurThomas Arne.
À la fin de l'année1746, Gluck quitte l'Angleterre et retourne enAllemagne. Il se fait engager dans la troupe ambulante d'opéra italien des frères Mingotti, avec laquelle il entame une tournée européenne trois ans durant. ÀDresde, la troupe participe aux fêtes données en l'honneur d'un double mariage princier : celui du princeFriedrich-Christian de Saxe avec la princesseMaria-Antonia-Walpurga de Bavière et celui du prince-électeurMaximilien III Joseph de Bavière avec la princesseMarie-Anne de Saxe. Gluck crée àPillnitz, résidence d'été de la cour deSaxe située aux environs de Dresde, leLe nozze d'Ercole e d'Ebe (Le Mariage d'Hercule et d'Hébé) ; il s'y ressent l'influence deJohann Adolf Hasse et deNiccolò Jommelli. Cet opéra marque une étape importante dans l'évolution stylistique de Gluck. Il se distingue en effet des précédents par une volonté marquée d'exprimer musicalement les sentiments et les situations dans lesquelles se trouvent les personnages, et notamment au moyen d'une nouvelle utilisation des instruments, par une recherche d'effets pittoresques dans les passages évoquant la nature. C'est à Dresde également que le compositeur rencontre pour la première fois lechorégraphe françaisJean-Georges Noverre[3] avec qui il devait par la suite entamer une fructueuse collaboration.
En1748, Gluck reçoit la commande d'un opéra pour Vienne - il compose doncLa Semiramide riconosciuta qui est jouée le avec succès.
La troupe continue sa tournée àHambourg puis àCopenhague. C'est dans cette dernière ville qu'est créé devant la Cour son opéra-sérénadeLa Contesa dei Numi le pour célébrer la naissance de l'héritier du trône duDanemark, le futurChristianVII.
Vers la fin de l'année1749, àPrague, Gluck quitte la troupe des Mingotti pour se faire engager dans celle du nouveau directeur du théâtre de cette ville : J. B. Locatelli. Gluck y fait représenterEzio (carnaval de 1750) etIssipile (carnaval de 1752). Ces opéras marquent l'apogée de sa carrière italienne, hors d'Italie.
Entretemps, le, Gluck épouse Maria Anna Pergin, âgée de dix-huit ans et qui est la fille d'un riche négociant de Vienne. Il ne naîtra aucun enfant de ce mariage mais ils adopteront une fille, Marianne, née en1759 et morte prématurément en1776.
Gluck retourne ensuite brièvement en Italie vers la fin de l'année1752 où il fait jouer àNaples leLa clemenza di Tito(en) (La Clémence de Titus) qui connaît un grand succès[4].
À la fin de l'année 1752, Gluck revient àVienne et s'y installe définitivement. Il jouit alors d'une renommée internationale et reçoit nombre de commandes de l'étranger. Il bénéficie en outre de la protection du prince deSaxe-Hildburghausen, favori de l'impératriceMarie-Thérèse, qui le nomme toujours la même année, chef de son orchestre privé ; il le nommera ensuitemaître de chapelle. Il entre également en contact avec la Cour. Au palais Rofrano, résidence du prince, il fait la connaissance de nombreux artistes étrangers alors en vogue.
Le, grâce à l'appui de son protecteur, est créé au château de Schlosshof son opéra-sérénadeLe Cinesi (Les Chinoises) au cours d'une fête champêtre en l'honneur du couple impérial. L'œuvre séduit l'empereurFrançoisIer qui en ordonne la reprise l'année suivante auBurgtheater où elle connaît le succès. Ce succès marque la carrière du musicien - il incite en effet le directeur du Théâtre de la CourGiacomo Durazzo à le nommer comme compositeur. De cette période datent plusieurs œuvres de circonstances :La danza àLaxenbourg donné le, etL'innocenza giustificata donné le à Vienne sur un livret de Durazzo lui-même. Le,Antigono est créé àRome à la suite d'une commande. Le succès de cette œuvre vaut à son auteur d'être fait comte palatin du Latran etchevalier de l'Éperon d'or par le papeBenoît XIV. De cette date, il usera du titre deRitter von Glück (chevalier de Glück). Puis, le, est créé à VienneIl re pastore.
À partir des années1757/1758, Gluck – à la demande de Durazzo – arrange des comédies-vaudevilles françaises pour le théâtre de la cour. Ces ouvrages joués à l'origine aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent àParis et qui sont à l'origine de l'opéra comique, circulent en effet à Vienne où ils rencontrent les faveurs du public. Gluck s'intéresse alors beaucoup à ce genre – il le traite librement, à la manière française y ajoute ouverture et airs. Il compose dans ce genre :La Fausse Esclave, créé le (Vienne) ;L'Île de Merlin, créé le (Vienne) ;Cythère assiégée1759 (Vienne) ;Le Diable à quatre[5], créé le (Laxenbourg) ;L'Arbre enchanté, créé la même année ;L'Ivrogne corrigé, créé en avril1760 (Vienne) etLe Cadi dupé, créé en. Sa dernière mais non pas moindre composition dans le genre estLa Rencontre imprévue ouLes Pèlerins de La Mecque créé le : cette œuvre – qui est en fait un véritable opéra-comique – ne contient en effet plus de vaudevilles et la musique en est donc entièrement originale. Son incursion dans le genre de l'opéra-comique qui est un genre spécifiquement français, lui permet de se familiariser avec la prosodie française ; son style évolue également vers plus de simplicité et de naturel dans le but d'obtenir une expression des sentiments toujours plus authentique : deux points dont l'importance se révélera par la suite fondamentale.
De cette période date également lasérénadeTetide créée le, toujours à Vienne. C'est vers cette époque que ses amis tentent – d'abord sans succès – de lui obtenir un poste à la cour au théâtre ; poste auquel il est finalement nommé en 1759, avant de se voir peu après accorder une pension.
Depuis plusieurs années, Gluck médite une nouvelle conception du drame. Durazzo, en mettant le compositeur en relation avec le poèteRanieri de' Calzabigi va largement contribuer à la concrétisation de ce projet. Le poète italien partage en effet les idées de réformes de l'opéra soutenues à Paris notamment par les philosophes tels queDiderot,Rousseau,Grimm ouVoltaire et encourage le compositeur dans cette voie. Il est en outre l'auteur de plusieurs ouvrages théoriques consacrés à l'opéra et dans lesquels, il prône notamment une« régénérescence de l'opera seria » italien. Gluck adhère largement aux conceptions du poète. C'est de cette collaboration que va se concrétiser une réforme radicale de l'opéra ; il en découlera plusieurs des œuvres majeures du compositeur.
Calzabigi souhaite ainsi de l'opéra français, particulièrement l'idée d'une plus grande fluidité entre l'air et lerécitatif pour donner une plus grande continuité au drame. Il préconise également l'introduction de grandes pages chorales ainsi que l'emploi de la pantomime dansée, suivant les nouvelles idées chorégraphiques théorisées parJean-Georges Noverre ouGasparo Angiolini. Enfin il propose de substituer au drame métastasien généralement fondé sur une intrigue complexe, une action qui s'appuie sur un mythe et qui est basée sur une idée morale dont le protagoniste est le symbole vivant.
La première œuvre à naître de cette collaboration et qui marque donc le point initial de la« réforme » estOrfeo ed Euridice créé le à Vienne.
Suit le, leballet-pantomimeDon Juan oule Festin de Pierre également créé à Vienne et à la création duquel participe le chorégraphe Gasparo Angiolini. Cette œuvre est le premier véritableballet d'action dans l'histoire de la musique.
En1764 il donne un opéra-comique,La Rencontre imprévue, et l'année suivante deuxballets, puis deux nouveaux opéras, également sur deslivrets de Calzabigi :Alceste (1767) etParide ed Elena (1770). Même si, contrairement àOrfeo etAlceste, Gluck ne jugera pas utile d'adapter cet ouvrage pour la scène parisienne, il y puisera abondamment airs et ballets pour ses ouvrages parisiens. Par ailleurs, l'ouverture deParide reprend l'idée de lasinfonia à l'italienne avec ses trois mouvements, à cette différence près que chacun d'eux s'enchaîne directement au suivant sans transition. Gluck a ainsi pu influencer le jeuneMozart, qui, quelques mois plus tard, allait faire créer son oratorioBetulia liberata, dont l'ouverture reprend le même concept. Mentionnons en outre queParide esquisse déjà l'idée duleitmotiv, puisque la plupart des thèmes de l'ouverture sont entendus dans l'acte final, associés chaque fois à un élément dramatique (notamment la colère de Pallade).
Gluck est également professeur declavecin de l’archiduchesse d’AutricheMarie-Antoinette, future reine deFrance. Elle lui accordera sa protection quelques années plus tard lorsqu’il sera à Paris.
Gluck, arrivé en 1773 à Paris, où il est protégé par la reineMarie-Antoinette[6],[7], sa compatriote et son ancienne élève, décide d'appliquersa réforme à l'opéra français en1774 et, dans la même année, donneIphigénie en Aulide qui remporte un grand succès. Il donne peu après une version française deOrfeo ed Euridice qui devient ainsiOrphée et Eurydice. Puis en1776 est créée la version française deAlceste qui à l’instar deOrphée et Eurydice est profondément remaniée par rapport à la version italienne originale. Ces deux opéras remportent chacun également un franc succès mais sont aussi le point de départ d'une controverse entre les tenants de Gluck et ceux de la musique italienne qui acceptent mal cettefrancisation de l’opéra italien. Ces derniers se choisissent alors comme champion le compositeurNiccolò Piccinni. En1777 est crééeArmide qui reprend le livret dePhilippe Quinault, déjà mis en musique en1685 parJean-Baptiste Lully. C’est à cette occasion qu’éclate laquerelle. Elle prend fin en1779 avec le succès d'Iphigénie en Tauride. Mais quelques mois plus tard, la création deEcho et Narcisse se solde par un échec. Gluck quitte alors définitivement la capitale française.
Affecté par cet échec, Gluck retourne àVienne. Bien qu’admiré par ses contemporains tels queJoseph Martin Kraus, Gluck met un terme à sa carrière. Il réviseIphigénie en Tauride pour en donner une version allemande et compose quelques lieder mais renonce à se rendre à Londres. Il meurt en1787 à Vienne.
↑Contrairement à certaines affirmations, il se ne rend pas à Londres en passant par Paris, où il aurait connuJean-Philippe Rameau ainsi que l'opéra français, mais par Bruxelles.
↑Haendel dira à cette occasion que Gluck maîtrise moins bien lecontrepoint que son cuisinier ("Gluck knew no more of counterpoint than my cook Waltz"). Or, cette boutade a été mal interprétée puisque Gustavus Waltz était lui-même musicien et, notamment, excellent contrapuntiste, comme le souligne Martin L. Sokol (notes pour l'enregistrementIphigenie in Aulis, 1975, RCA, dir.Kurt Eichhorn).
↑Il sera surnommé plus tard le « Gluck de la danse ».