Les historiens emploient cette expression pour désigner la chrétienté de l'Europe orientale après laséparation des Églises d'Orient et d'Occident (schisme de 1054), par opposition au « christianisme occidental ». Cette rupture, qui a vu se définir un Occident « latin » et un Orient « byzantin », a eu des répercussions à la fois politiques, théologiques et culturelles.
Les « chrétiens d'Orient », quant à eux, sont des chrétiens de diverses confessions (antéchalcédoniens, orthodoxes, catholiques, protestants) qui vivent au Proche et auMoyen-Orient. Ils représentent une petite minorité de 10 à 11 millions de personnes.
Les Églises chrétiennes d'Orient, ou, Églises orientales, sont les communautés chrétiennes qui se sont formées et organisées au cours des siècles dans la partie orientale de l'Empire romain[1]. Les villes deJérusalem, d'Antioche et d'Alexandrie jouent le rôle de capitales ecclésiastiques.
Chapelle copte du Saint-Sépulcre, à Jérusalem.
En330, l'empereurConstantinIer transfère la capitale de l'empire deRome àConstantinople (rebaptiséeNea Roma, « Nouvelle Rome »), qui devient un grand foyer intellectuel. ÀRome, première capitale impériale, l'évêque de la capitale impériale (qui fait remonter la fondation de son Église à l'apôtre Pierre) a rang de patriarche, avec les titres (initialement purement honorifiques) de « pontife » et de « premier parmi ses pairs » (en latinPrimum inter pares). Lepremier concile de Constantinople en381 place le siège de Constantinople au second rang, juste après celui de Rome.
On aboutit alors à laPentarchie : les cinq centres historiques de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem (dans leur ordre de préséance et de primauté). En dehors de l'Empire romain, les chrétiens sont libres de s'organiser en Églises indépendantes.
Le monde chrétien connaît ensuite plusieurscontroverses christologiques, ainsi que des bouleversements idéologiques et politiques.
Les différends théologiques apparus lors des concilesd'Éphèse en 431 (proclamation de Marie en tant queThéotokos, « mère de Dieu ») et deChalcédoine en 451 (proclamation de la double nature du Christ, vrai Dieu et vrai Homme) ont conduit à la naissance de plusieurs traditions au sein du christianisme[2].
LesÉglises des trois conciles (anciennement « orthodoxes orientales »,Oriental Orthodox en anglais) ont accepté le troisième concile œcuménique (celui d'Éphèse, en 431), d'où leur appellation « des trois conciles », et refusé le quatrième (celui de Chalcédoine, en 451, qui condamne lemonophysisme). Parfois nommées « monophysites »[5], elles comprennent :
Les Églises des deux et des trois conciles récusent lachristologie duconcile de Chalcédoine (451)[1],[6] (qui condamne lemonophysisme et affirme l'existence de deux natures, divine et humaine, en la personne unique deJésus-Christ), ce qui leur vaut l'appellation d'« antéchalcédoniennes ».
Elles ne font pas partie de l'Église orthodoxe proprement dite[6] mais sont en dialogue avec elle[7].Odon Vallet souligne qu'elles « ont affirmé de nettes différences dogmatiques et ne sont donc pas orthodoxes »[8].
L'Église orthodoxe, ou « orthodoxe chalcédonienne[10] » (Eastern Orthodox en anglais)[3], c'est-à-dire la communion desÉglises des sept conciles, se qualifie elle-même d'« Église orthodoxe »[1]. Elle représente l'une des trois confessions majeures du christianisme, avec lecatholicisme et leprotestantisme[11], et réunit 12% des 2,4 milliards de chrétiens. Selon l'Atlas du christianisme mondial, la population orthodoxe compte près de 275 millions de fidèles en 2010[9]. La majorité d'entre eux (177 millions) vit en Europe de l'Est, dont plus de 110 millions en Russie[9]. Ces chiffres augmentent ensuite jusqu'à un total de 283,1 millions[12].
L'Église orthodoxe (ou ensemble des Églises « byzantino-slaves »), se divise en :
LesÉglises catholiques orientales (improprement nommées « uniates ») font pleinement partie de l'Église catholique (Église des 21 conciles). Elles sont « romaines » mais de rite non latin.
Selon l'Annuaire pontifical, les Églises catholiques orientales comptent 18 millions de fidèles, soit 1,5% des catholiques, qui sont plus de 1,2 milliard en tout.
Certains de ces fidèles forment aujourd'hui une partie deschrétiens d'Orient, qui sont environ 11 millions en totalité.
424 : les Églises deMésopotamie et dePerse se proclament indépendantes, pour ne plus être soupçonnées de soutenir l'Empire romain ; ainsi est née l'Église de l'Orient.
431 : les thèsesnestoriennes sont considérées comme hérétiques auconcile d'Éphèse. Les nestoriens affirment que deux personnes différentes coexistent en Jésus-Christ : l'une divine et parfaite, l'autre humaine et faillible.
451 : leconcile de Chalcédoine proclame l'unique personne du Christ en deux natures, divine et humaine. Ce dogme, accepté par la majorité des Églises tant en Occident qu'en Orient (de laGrèce auCaucase), est rejeté par certaines Églises d'Orient, celles dites « destrois conciles », et appelées à tort « monophysites ».
484 : l'Église de l'Orient adopte lenestorianisme comme doctrine officielle.
VIIe -VIIIe siècles : trois des centres du christianisme oriental (Alexandrie, Antioche et Jérusalem) tombent aux mains desmusulmans : la vie chrétienne y continue, avec le statut dedhimmis (« protégés »), mais seulesConstantinople et Rome gardent leur liberté politique.
IXe siècle : évangélisation des peuplesslaves. Les Slaves occidentaux (au sens géographique, non linguistique : Polonais, Tchèques, Slovaques, Slovènes, Croates) se rattachent à Rome, les Slaves orientaux (Serbes, Bulgares etRus' de Kiev) à Constantinople.
1439-1445 : auconcile de Florence, l'Église catholique décide d'accorder la liberté liturgique aux Églises d'Orient en échange de leur reconnaissance de l'autorité du pape et des dogmes catholiques.
1589 : création dupatriarcat de Moscou qui se proclame « troisième Rome » (la seconde étant Constantinople) et nouveau centre de l'orthodoxie. Désormais, la moitié des chrétiens orthodoxes vivent sous dominationmusulmane (essentiellementturque ottomane) : seuls y échappent les habitants des trois principautés roumanophones (vassales, elles aussi, des turcs, mais autonomes) deTransylvanie,Moldavie,Valachie, et ceux de laRussie. Dès lors, la Russie se pose en championne et protectrice de tous les orthodoxes.
XIXe siècle : la pression de la Russie et l'affaiblissement de l'Empire turc aboutissent à la libération progressive des chrétiens orientaux duCaucase et desBalkans ; ceux d'Anatolie, en revanche (Grecs etArméniens pour l'essentiel), restent sous domination turque, et sont expulsés de Turquie au début duXXe siècle en application dutraité de Lausanne.
La fin de l'Union soviétique et de la domination russo-soviétique en Europe centrale et orientale a permis une nouvelle liberté religieuse et un renouveau des Églises orthodoxes et catholiques orientales dans cette région. Cela ne va pas sans situations conflictuelles.
La situation est particulièrement complexe enUkraine et enRoumanie avec la restauration des églisesgrecque-catholique ukrainienne etgrecque-catholique roumaine (qui avaient été liquidées en1946 au bénéfice respectivement des églisesorthodoxe russe etorthodoxe roumaine) et avec la création de plusieurs Églises orthodoxes nouvelles, ne voulant plus être inféodées aux hiérarchies en place à l'époque communiste. La tension tient aussi aux conflits à propos de la restitution de lieux de culte anciennement « Uniates », que les églises orthodoxes ont reçu du pouvoir communiste et qu'elles entendent conserver. L'Église orthodoxe russe, pour qui l'Ukraine fait partie de son territoire canonique traditionnel et qui se considère comme étant la seule héritière légitime de l'ancienneRus' kievienne, suit cette évolution avec intérêt et préoccupation. Des évolutions similaires peuvent être observées enBiélorussie (où la liberté religieuse est très relative), enMoldavie et chez les Russes despays baltes.
LaRussie elle-même connaît de nombreux débats et situations conflictuelles (rôle et positionnement de l'Église orthodoxe officielle et de ses dirigeants pendant la période soviétique, rapports avec l'Église orthodoxe russe hors frontières, développement de l'Église grecque-catholique russe, la sortie de la clandestinité de l'« Église des catacombes », l'encadrement de la diaspora russe en Occident…).
La tendance des dernières décennies est celle d'une émigration des chrétiens des pays duProche- et duMoyen-Orient vers l'Europe occidentale, l'Amérique du Nord et l'Australie. Aujourd'hui, certaines Églises orientales peuvent pratiquement être considérées comme des « Églises en diaspora », à l'exemple de l'Église apostolique assyrienne de l'Orient dont le primat et la majorité des fidèles sont aujourd'hui installés en Occident. Ces départs de zones traditionnellement chrétiennes peuvent avoir différentes causes, économiques, politiques ou religieuses.
Les communautés une fois installées en Occident peuvent connaître des évolutions diverses : de l'assimilation et la perte de l'identité culturelle et religieuse, à la réaffirmation et au renouveau de cette identité.
Julius Assfalg et Paul Krüger,Petit dictionnaire de l'Orient chrétien, Brepols,Turnhout, 1991(ISBN2503500625)
Ghislain Brunel (dir.),La présence latine en Orient au Moyen Âge, Centre historique des Archives nationales / Champion (col. Documents inédits des Archives nationales), Paris, 2000(ISBN2745304097)