Le prince Christian est né à une heure du matin le dans laChambre de la Reine aupalais de Christiansborg, résidence principale de lamonarchie danoise sur l'île deSlotsholmen au centre deCopenhague[1]. Il est le fils du roi Frédéric V de Danemark et de Norvège et de sa première épouse, la princesse Louise de Grande-Bretagne. Le nouveau-né estbaptisé quelques heures après la naissance par l'aumônier du roi[2]. Sa grand-mère paternelle, lareine douairière Sophie-Madeleine, a porté le prince lors du baptême en tant quemarraine. Ses autresparrains et marraines sont son père, le roiFrédéricV, sa tante, la princesseLouise de Danemark, et sa grand-tante, la princesseCharlotte-Amalie de Danemark[2]. Après le baptême, le prince nouveau-né a été placé dans un berceau de parade avec unbaldaquin pour la vue de tous les nombreux invités qui étaient venus pour constater la venue du nouveau-né[3].
Le roi Frédéric et la reine Louise avaient déjà eu un fils en 1745 (également du nom de Christian), mais il était mort en 1747, et Christian était doncprince héritier de naissance. Les espoirs étaient donc grands pour l'avenir du nouvel héritier du trône. Lecompositeur allemandChristoph Willibald Gluck, qui séjourna au Danemark de 1748 à 1749, composa à l'occasion de la naissance du prince héritier la scène musicaleLa contesa dei numi (La Dispute des dieux), où lesdivinités olympiennes se réunissaient sur les rives duGrand Belt pour discuter de qui doit protéger en particulier le nouveau prince. Elle a été jouée pour la première fois aupalais de Charlottenborg le, à l'occasion du premier service religieux de la reine après la naissance[4].
Le prince Christian appartient à une famille déjà composée de deux petites filles, les princessesSophie-Madeleine (née en 1746) etWilhelmine-Caroline (née en 1747), et qui s'élargit encore avec l'arrivée de la princesseLouise en 1750. Il perd sa mère à l'âge de presque trois ans lorsque la reine Louise meurt lors de sa sixième grossesse à 27 ans[5]. Déjà l'année suivante, son père épouse la duchesseJuliane-Marie de Brunswick-Wolfenbüttel qui devient la mère de son demi-frère, le princeFrédéric en 1753[6].
Après la mort prématurée de sa mère, le jeune prince est largement privé de l'affection parentale. Sa belle-mère, la reine Juliane Marie, ne montre aucun intérêt pour lui, préférant son fils biologique, le prince Frédéric. Menant un style de vielibertin marqué par l'alcoolisme et lesatyrisme, le père lui-même est devenu de plus en plus indifférent à l'enfant timide et sensible, qui était également sujet aux crises d'épilepsie. Pourtant, de nombreux récits suggèrent que Christian, enfant, avait une personnalité positive et, dans certains domaines, a même montré des capacités remarquablement bonnes, tout comme il avait une capacité à comprendre rapidement les problèmes ainsi qu'une bonne mémoire[7]. Il parlera couramment l'allemand, lefrançais et ledanois,, « mieux que n'importe quel roi danois pendant longtemps ». Excellent danseur, il pouvait se produire avec une grande dignité[8].
Bien que le prince Christian fût un enfant très doué et d'un tempérament sociable, il était en même temps très nerveux[9]. Ce trait se développa pendant la période oùDitlev von Reventlow, nobleholsteinois, devint sonprécepteur. Certes fiable et consciencieux, Ditlev von Reventlow était toutefois d'un tempérament colérique et ne semble pas avoir été doté de connaissances pédagogiques. Il introduisit le fouet dans l'éducation du prince, persuadé de pouvoir lui inculquer par la force les connaissances qui lui étaient difficile de retenir, sans se soucier de savoir s'il les comprenait ou pas[7]. Il est possible que les abus de von Reventlow aient eu raison des capacités empathiques du jeune prince, de sorte qu'il devint à la fois timide et calculateur, sujet au désir de vengeance et souffrant d'un manque de confiance en son entourage. Le talent que l'enfant avait le plus fortement développé, et qu'il savait le mieux utiliser, était l'art de ridiculiser et la joie de blesser. En conséquence, son plus grand plaisir était d'imiter les ministres et autres responsables avec lesquels il devait travailler[8].
Le prince Christian avait d'autres précepteurs, mais aucun ne réussit à tempérer l'influence de von Reventlow sur l'enseignement. Ainsi le jeune Christian eut-il une relation particulièrement bonne avec Salomon Reverdil (1732-1808)[10], son professeur suisse delittérature française, qui de 1760 à 1767, sut éveiller son intérêt pour laphilosophie et les idées desLumières. Mais von Reventlow l'éloigna quand il le comprit[11].
Le, le roiFrédéricV, âgé seulement de 42 ans, meurt après une longue période de maladie. Christian a 17 ans seulement quand lui succède sur le trône dano-norvégien sous le nom deChristianVII, cinquièmemonarque absolu des deux royaumes. Le même jour, Christian est proclamé roi au balcon dupalais de Christiansborg par le ministreJohann Bernstorff (1712-1772).
Aussitôt après son accession au trône une lutte pour gagner l'ascendant sur le nouveau roi commence : des personnes de la cour, de l'administration et de l'armée qui s'étaient opposées aux ministres de Frédéric V tentent d'influencer le roi pour qu'il prenne personnellement en charge le gouvernement, indépendamment de ces ministres et chefs de collège. Le résultat est une suite continue d'intrigues, de renvois rapides et d'initiatives politiques malheureuses[12]. Le roi Christian est pleinement conscient de la situation, et plusieurs de ses ministres sont étonnés de son approche claire et distincte des problèmes[8]. Mais en même temps, il s'avère être si capable de sournoiserie qu'il provoque le malaise de ses collaborateurs[13].
Cette même année, il épouse sacousine germaine, la princesseCaroline-Mathilde de Grande-Bretagne, qui est la sœur duroi britannique régnantGeorgeIII. Déjà en 1764, un mariage dynastique est suggéré entre laMaison danoise d'Oldenbourg et laMaison britannique de Hanovre, ainsi entre le prince héritier Christian et une princesse britannique. Le mariage est jugé approprié car les deux familles royales sont protestantes et de même rang, et ont donc le même statut au regard de la religion. En outre, la défunte reine Louise a été très populaire au Danemark. Initialement, les négociations de mariage concernent la plus âgée des filles non mariées du prince de Galles,la princesse Louise Anne, mais après que le représentant danois à Londres, le comte de Bothmer, ait été informé de sa constitution faible, c'est sa sœur cadette, Caroline-Mathilde, qui est choisie à sa place[14]. Les fiançailles officielles sont donc annoncées le[15],[16].
Unmariage par procuration a lieu le à lachapelle royale dupalais Saint James deLondres, où le frère aîné de la mariée, leduc d’York et d’Albany, était l'adjoint de Christian. Deux jours plus tard, Caroline Mathilde, âgée alors de 15 ans, quitteHarwich pourRotterdam pour se rendre au Danemark. Après trois semaines de voyage, elle arrive à la ville frontière d'Altona dans le duché de Holstein, alors partie de la monarchie danoise. Douze jours plus tard, Caroline-Mathilde arriva à la ville deRoskilde, où elle rencontre pour la première fois son futur mari. Le, elle fait son entrée dans uneCopenhague jubilatoire, et plus tard le même jour, la cérémonie du mariage est célébrée à lachapelle dupalais de Christiansborg avec le marié présent[15]. La célébration de mariage est considérée comme l'une des plus fastueuses de la monarchie danoise. Les différentes cérémonies et bals durent un peu plus d'un mois.
Le, le cérémonial du changement de trône se termine avec lesacre du nouveau roi et de la nouvelle reine. Pendant lamonarchie absolue, les sacres des monarques danois eurent traditionnellement lieu dans la chapelle duchâteau de Frederiksborg àHillerød sur l'île deSeeland au nord de Copenhague, le sacre deChristianVII étant la seule exception, ayant lieu dans la chapelle dupalais de Christiansborg[17].
Naissance du prince héritier Frédéric, futur roiFrédéricVI, en 1768.
Néanmoins, le mariage ne sera pas réussi et le roi ne tarde pas à délaisser son épouse. Il ne rend visite à la reine dans ses appartements qu'à contrecœur, et Reverdil doit intervenir, entre autres avec des lettres d'amour au nom du roi, afin que le mariage puisse aboutir à un héritier du trône[18]. C'est ainsi que le, la reine Caroline-Mathilde donne naissance dans laChambre de la Reine du palais de Christiansborg au seul enfant commun du couple royal, un fils ethéritier du trône, le prince héritier Frédéric, futur roiFrédéricVI.
En 1768 et 1769, Christian entreprend un long voyage à l'étranger et visite plusieurs cours en Europe. Le voyage est organisé par des membres du gouvernement qui pensent que de nouvelles impulsions et un nouvel environnement pourraient changer la façon d'être du roi. C'est au cours de ce voyage qu'il fait la connaissance du médecin Johann Friedrich Struensee. Struensee est le premier à comprendre que le roi a des problèmes. Lorsque Christian rentre du voyage, Struensee est avec lui, devenu médecin du roi.
Malade et déséquilibré,ChristianVII laissade facto les rênes du pouvoir à son médecin allemand,Johann Friedrich Struensee, qui mena une politiquelibérale ethumaniste, audacieusement inspirée desLumières. Amant de la reine, ministre du conseil privé, le comteStruensee exerce le pouvoir jusqu'à un coup d'État en1772 : la belle-mère du roi,Juliane-Marie de Brunswick-Wolfenbüttel, évincée du pouvoir sous l'influence de Struensee, manipuleChristianVII avec l'appui de la noblesse hostile aux réformes humanistes et réussit d'une part, à lui faire signer l'arrestation du Struensee, qui sera décapité, et d'autre part, à isoler la reine Caroline-Mathilde. Celle-ci sera condamnée à l'exil, ses enfants lui seront retirés et l'union royale sera dissoute.
En 1784, le fils deChristianVII,FrédéricVI, s'empare de larégence du royaume, évinçant Christian. Cette régence est marquée par des réformes libérales et agraires, reprenant la voie ouverte parJohann Friedrich Struensee, mais aussi par les débuts désastreux desguerres napoléoniennes.
Physiquement et mentalement détruit,ChristianVII meurt à 59 ans d'unanévrisme cérébral au château deRendsburg, dans leduché de Holstein, en1808, après plus de 40 ans d'un long règne controversé au cours duquel son instabilité mentale l'a empêché d'exercer réellement le pouvoir.
L'histoire du roiChristianVII, son mariage avec la reineCaroline-Mathilde, et leur relation complexe avecJohann Friedrich Struensee, ainsi que le conflit entre Struensee et les dirigeants danois a inspiré de nombreuses reproductions artistiques :
↑(da)« Kongelige i kirkebøgerne » [« Les membres de la famille royale dans les registres paroissiaux »][archive du], surhistorie-online.dk, Dansk Historisk Fællesråd(consulté le)