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Unchef (enlatin :caput) est la tête d'un mort, séparée du reste du corps lors de l'inhumation ou par la suite.
Cette pratique a souvent lieu pour des raisons religieuses, soit pour honorer en plusieurs lieux différents desreliques constituées par un morceau du corps de la personne vénérée, soit pour des raisons de commodité (transporter la seule tête d'un défunt est plus aisé que transporter l'ensemble du corps, place manquante dans les églises pour y placer l'ensemble des corps des défunts).
En Bretagne, des chefs sont conservés dans des boîtes à crâne. Il existerait 66 boîtes à crânes (dont 53 qui contiennent toujours des crânes). Le plus ancien connu date du milieu du XVIe siècle[1]. Cette pratique est à rapprocher de larelation entre les bretons et la mort, qui se retrouve dans lesenclos paroissiaux, avec la construction d'ossuaires et les représentations de l'Ankou. Les boîtes donnent le nom et la date de mort du défunt, dont les ossements finissent dans lafosse commune[2]. Les boîtes peuvent être blanches pour un enfant, noires pour un adulte et bleues pour les jeunes filles. Elles possèdent généralement une ouverture en forme de cœur, permettant de voir le crâne (souvent l'arrière du crâne)[3].
Cette pratique se retrouve principalement en basse-Bretagne. La plus grande quantité de boîtes se trouve dans lacathédrale Saint-Paul-Aurélien deSaint-Pol-de-Léon, avec 33 boîtes[1]. 25 boîtes sont recensées dans les Côtes-d'Armor[4]. ÀPlouha le chef de Lezobré[Note 1] est présenté dans une boîte à crâne dans lachapelle de Kermaria-an-Isquit ; l'église Saint-Blaise deLa Méaugon conserve plusieurs boîtes à crâne datant duXVIIe siècle alignées sous leporche ; huit boîtes à chef sont exposées dans l'ossuaire deSaint-Fiacre ; àPlouescat, la chapelle du Calvaire conserve dans une boîte à chef le crâne de Jacques Marhic,recteur de la paroisse au début duXVIIIe siècle ; un crâne est aussi exposé dans la chapelle Notre-Dame-des-Fleurs àMoustoir-Remungol et deux sont encastrés dans le mur nord de lachapelle Saint-Nicolas-des-Eaux àPluméliau ; trois crânes sont incrustés au-dessus dubénitier dans le mur ouest de la chapelle Saint-Martin deSarzeau et un dans le mur nord de la chapelle Saint-Gilles du Guermeur àGuern, etc.[5]
Prosper Mérimée etGustave Flaubert ont évoqué ces boîtes à la suite de leur visite en Bretagne :
« Une pratique fort étrange règne enBretagne. Les parents d'un mort le font exhumer au bout de quelques années (…). Les os recueillis sont alors rejetés dans un petit bâtiment construitad hoc auprès de l'église : c'est lereliquaire. Quelquefois on réserve la tête du mort pour la mettre dans une boîte, et la placer dans un lieu apparent de l'église avec cette inscription : « Ci-gît le chef de N.. ». Il est impossible d'imaginer rien de plus repoussant (…)[6].
— Prosper Mérimée »
Gustave Flaubert évoque l'ossuaire deQuiberon en 1847 :
« Autour de cet ossuaire où cet amas d'ossements ressemble à un fouillis (…) est rangée à hauteur d'homme une série de petites boîtes en bois de six pouces carrés, chacune recouverte d'un toit, surmontée d'une croix et percée sur sa face extérieure d'un cœur à jour qui laisse voir à l'intérieur une tête de mort. Au-dessus du cœur, on lit en lettres peintes ; « Ici est le chef de XXX, décédé tel an, tel jour ». (…) Il y a quelques années, on voulut abolir cette coutume : une émeute se fit, elle resta[7]. »
Le dernier décollement de chef connu en Bretagne fut celui du peintreYan' Dargent réalisé selon sa volonté dans le cimetière deSaint-Servais en 1907 :
« La tombe fut ouverte, le cercueil descellé et, sur le vœu du fils du défunt,M. lerecteur de la paroisse prit avec respect la tête du mort, la sépara sans grande difficulté du tronc, et la remit dans une petitechâsse en zinc près du chef de sa mère. C'était le matin. Dans l'après-midi, toute la paroisse, fière de son peintre, assista à la funèbre cérémonie. Les écoles eurent congé, les autorités portèrent les glorieux restes jusqu'à la chapelle[8] »
Parmi lesbamilékés, il est d'usage de récupérer, après plusieurs années, lecrâne du défunt afin de l'inhumer dans la "case aux cranes" familiale[9],[10].