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Chantal Mouffe

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Pour les articles homonymes, voirMouffe.

Chantal Mouffe
Chantal Mouffe en 2013.
Naissance
Nationalité
Formation
École/tradition
Idées remarquables
Œuvres principales
Hégémonie et stratégie socialiste
Conjoint
Ernesto Laclau (mort en 2014)

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Chantal Mouffe, née le àCharleroi (Belgique)[1], est unephilosophe politiquebelge.

S'inscrivant dans le courant de penséepost-marxiste, elle est surtout connue pour l'essaiHégémonie et stratégie socialiste (en), écrit avecErnesto Laclau. Sa réflexion s'articule principalement autour de l'idée dedémocratie radicale et des concepts de démocratie plurielle et depluralisme agonistique.

Carrière

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Chantal Mouffe a étudié aux universitéscatholique de Louvain,Paris etEssex et a travaillé dans de nombreuses universités à travers le monde, aussi bien enEurope qu'auxÉtats-Unis, auCanada, et enAmérique latine. Elle a également été professeure consultante àHarvard,Cornell,Princeton, ainsi qu'auCNRS[1],[2].

Durant la période 1989-1995, elle fut directrice de programme auCollège international de philosophie à Paris. Elle occupe depuis 2004 un poste de professeur au département de sciences politiques et relations internationales de l'université de Westminster enAngleterre, où elle dirige le Centre pour l'étude de la démocratie[2],[3].

Au début des années 2020, elle fait partie du « conseil scientifique » de l'Institut La Boétie affilié au parti politique françaisLa France insoumise[4].

Pensée

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Une théorie politique post-marxiste

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Avec pour ambition de ré-élaborer un projet socialiste qui réponde à « la crise de la pensée de gauche, à la fois dans ses versions communiste et social-démocrate »[5] l'essaiHégémonie et stratégie socialiste, coécrit en 1985 avec Ernesto Laclau, inscrit la théorie politique de Chantal Mouffe dans une perspectivepost-marxiste et anti-essentialiste. En effet, considérant que les schèmes d'analyses marxistes sont inopérants pour rendre compte des nouveaux mouvements sociaux des années 1960 (féministes,homosexuels,Noirs...), Chantal Mouffe et Ernesto Laclau cherchent à développer une théorie qui ne soit pas focalisée uniquement sur l'exploitation économique et lesrapports de classes. L'ouvrage s'inspire ainsi de la critique de l'essentialisme formulée par le courant de penséestructuraliste etpost-structuraliste (recourant alors à des auteurs commeDerrida,Lacan ouFoucault), cette critique s'articulant à une utilisation des concepts deGramsci, particulièrement celui d'hégémonie[6].

L'anti-essentialisme de Chantal Mouffe, et sa remise en cause corrélative dumarxisme orthodoxe, s'exprime notamment par son opposition à l'idée d'un processus historique déterminé par des facteurs objectifs (lois de l'histoire, primat de l'infrastructure économique, intérêts objectifs duprolétariat comme unique vecteur d'un dépassement inéluctable ducapitalisme...)[7]. Contre la conceptiondéterministe de l'histoire, elle défend « qu’il est toujours possible de changer les choses politiquement, et d’intervenir sur les relations de pouvoir afin de les transformer »[5], tout en affirmant que ces transformations de société ne nécessitent pas « de détruire l’ordre démocratique libéral et de bâtir un nouvel ordre en repartant de zéro »[5]. Il s'agirait plutôt de mettre en œuvre réellement les principes d'égalité et deliberté proclamés, selon elle non appliqués par lesdémocraties libérales modernes.

Critique des modèles libéraux et délibératifs

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Le modèle politique de Chantal Mouffe concernant ladémocratie s'oppose clairement à ceux de ladémocratie délibérative et de ladémocratie libérale.

Elle s'associe à la critique formulée parCarl Schmitt à l'encontre dulibéralisme pour dénoncer le recours au vocabulaire et aux concepts de l'économie, de l'éthique et du juridique pour saisir le politique[5],[8], devenant ainsi incapable de comprendre la spécificité de celui-ci. Elle reproche à la pensée libérale d'une part la valorisation de l'individualisme, d'autre part sonrationalisme. Ce dernier, s'exprimant au travers de « la croyance en la possibilité d’une réconciliation finale grâce à la raison »[5], soit l'obtention d'un consensus rationnel au sujet des décisions politiques, est selon Chantal Mouffe illusoire et l’empêche « de reconnaître la possibilité, toujours présente, de l'antagonisme »[5]. Concernant l’individualisme, celui-ci rend impossible la formation des « identités collectives »[5],[8], qu'elle juge indissociables d'une organisation véritablement démocratique.

Son opposition aux partisans de la démocratie délibérative, telHabermas ouRawls, se fonde sur des objections similaires. En effet, Chantal Mouffe critique aussi la théorie délibérative pour son rationalisme, et rapproche par là même celle-ci de la perspective libérale. À travers ce rationalisme, le modèle délibératif viserait à évacuer le conflit, pourtant « constitutif du politique »[7], ainsi qu'à rabattre la problématique politique sur une dimension éthique, aboutissant finalement à l'illusion d'une « fin du politique ».

Proposition d'une « démocratie radicale et plurielle »

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Aux modèles délibératifs et libéraux, Chantal Mouffe oppose le projet d'une « démocratie radicale et plurielle », qui se veut être une « radicalisation de la tradition démocratique moderne », passant par « l’extension et l’approfondissement de la révolution démocratique »[9]. Au centre de cette théorie, s'affirme l'idée que le politique, et corrélativement la démocratie, est indissociable d'une dimension conflictuelle, celle-ci ne pouvant être éliminée par aucun « processus rationnel de négociation »[10], qu'il s'agisse de la délibération habermassienne ou duvoile d'ignorance proposé par Rawls. Pour décrire cette persistance inéliminable de « conflits pour lesquels aucune solution rationnelle n'existe »[5], Chantal Mouffe use du concept d'antagonisme, par lequel elle définit le politique lui-même. De nouveau, ce concept d'antagonisme s'inspire de la théorie deSchmitt, celui-ci rapportant le politique à une relation ami/ennemi, « qui ne peut être résolue dialectiquement »[5].

Néanmoins, reconnaissant avec ce dernier que l'antagonisme ami/ennemi conduit à la « destruction de l'association politique », et ne peut pour cette raison être considéré comme « légitime au sein d'une société démocratique »[5], elle défend l'idée que l'antagonisme proprement dit, à défaut de pouvoir être éliminé, peut et doit être sublimé en unagonisme. Ce dernier se distingue alors de l'antagonisme en tant qu'il ne renvoie plus à la confrontation entre ennemis, mais à celle opposant des « adversaires reconnaissant la légitimité de leurs revendications respectives »[5]. Elle affirme ainsi que « le but d'une politique démocratique est de transformer l'antagonisme potentiel en une agonistique »[8], dans laquelle les adversaires s'accordent sur les principes démocratiques de liberté et d'égalité, mais se confrontent sur la signification qu'il conviendrait de leur donner[8]. La démocratie plurielle ou pluraliste qu'elle défend correspond à ce modèle agonistique, et présente à ses yeux l'avantage de reconnaître le rôle des passions dans la formation des identités collectives.

Par la suite, elle se prononce en faveur de la dimension partisane de la politique, et critique fermement les théories prétendant obsolète le clivage entredroite etgauche. Les tentatives d'élaboration d'une « troisième voie » pour dépasser ce clivage sont pour Chantal Mouffe l'une des raisons de l'essor despopulismes de droite et partis d'extrême droite[11].

Une telle conception du politique, affirmant contre le rationalisme l'indissociabilité entre démocratie et conflictualité (du fait de l'absence de procédures politiques rationnelles qui permettraient de dépasser les oppositions et d'aboutir à un modèle définitif de l'idée de justice) peut être rapprochée des positions deClaude Lefort ou deJacques Rancière, qui s'accordent eux aussi à lier l'idée de démocratie à celle de la nécessité du conflit. De même, cette position peut aussi dans une certaine mesure présenter des analogies avec la réfutation de l'existence de tout fondement strictement rationnel à la définition de la justice opérée parCornelius Castoriadis.

Critique

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Le sociologuePierre Birnbaum estime que la théorie de Chantal Mouffe est« fondamentalement étrangère à toute démonstrationmarxiste ou mêmesocialiste, contraire aussi à toute analyse sociologique ». Il met tout particulièrement en cause son recours aux émotions des électeurs plutôt qu'à leur raison,« dans un rejet explicite de la traditionrationaliste desLumières incarnée parJürgen Habermas », mais aussi de« l’essentiel de lathéorie politique contemporaine » ; selon le sociologue, la pensée de Chantal Mouffe est« une interprétation des fondements de la mobilisation inspirée certes explicitement des expériences de l’Amérique latine, mais qui semble trouver son origine lointaine dans les élucubrations, au XIXe siècle, deGustave Le Bon ou deGabriel Tarde »[12].

Publications

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Publications en anglais

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  • Gramsci and Marxist Theory. Londres – Boston: Routledge / Kegan Paul, 1979.
  • Hegemony and Socialist Strategy: Towards a Radical Democratic Politics. coécrit avec Ernesto Laclau, Londres – New York: Verso, 1985.
  • Dimensions of Radical Democracy: Pluralism, Citizenship, Community. Londres – New York: Verso, 1992.
  • The Return of the Political. Londres – New York: Verso, 1993.
  • Deconstruction and Pragmatism. Londres – New York: Routledge, 1996.
  • The Challenge of Carl Schmitt. Londres – New York: Verso, 1999.
  • The Democratic Paradox. Londres – New York: Verso, 2000.
  • The legacy of Wittgenstein: Pragmatism or Deconstruction. Francfort – New York: Peter Lang, 2001.
  • On the Political. Abingdon – New York: Routledge, 2005.
  • Agonistics: thinking the world politically. London: Verso, 2013
  • Chantal Mouffe etÍñigo Errejón,Podemos : In the name of the people.,Lawrence and Wishart,, 160 p.(ISBN 978-1-910448-80-9)
  • Chantal Mouffe,Artistic Strategies in Politics and Political Strategies in Art. Tom Bieling (Ed.), 2019, Design (&) Activism: Perspectives on Design as Activism and Activism as Design, Milano: Mimesis, p. 53–57.

Publications en français

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Articles

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Références

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  1. a etbE. MA., « Chantal Mouffe, la philosophe carolo qui inspire Mélenchon : La théoricienne de la nouvelle gauche radicale est Fleurusienne »,La Meuse,no 103, vendredi 14,‎,p. 18(lire en ligneAccès payant)
  2. a etbH. Le., « Chantal Mouffe : La Belge qui influence les courants de gauche radicale »,La Libre Belgique,no 363, mercredi 28,‎,p. 2(lire en ligne)
  3. (en) « Professor Chantal Mouffe »Accès libre, surUniversité de Westminster(consulté le)
  4. Benjamin Sire, « La Boétie, labo obscur »,Franc-Tireur,‎(lire en ligneAccès payant).
  5. abcdefghij etk"Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral", Entretien avec Elke Wagner, inLa revue internationale des livres et des idées, 06/05/2010Lire en ligne
  6. LennyBenbara, « Chantal Mouffe : "S'il y a du politique, c'est qu'il y a du conflit" », surLe Vent Se Lève,(consulté le)
  7. a etb"La pensée politique anti-essentialiste de Chantal Mouffe, Un espace conceptuel entre postmarxisme et féminisme extensif" inRevue du MAUSS, 2002/1,no 19
  8. abc etdChantal Mouffe, "Le politique et la dynamique des passions" inRue Descartes, 3/2004,no 45-46,p. 179-192,www.cairn.info/revue-rue-descartes-2004-3-page-179.htm| Lire en ligne]
  9. Chantal Mouffe,Dimensions of radical democracy, Verso, 1992,p. 1
  10. Chantal Mouffe,Le politique et ses enjeux Paris, La découverte/MAUSS, 1994,p. 150
  11. Chantal Mouffe, « La "fin du politique" et le défi du populisme de droite »,Revue du MAUSS, 2/2002,no 20,p. 178-194,Lire en ligne
  12. Pierre Birnbaum, « Les « gens » contre « l’oligarchie » : le discours de La France insoumise »,Cités,no 72,‎,p. 163-173(lire en ligne, consulté le). ViaCairn.info.

Liens externes

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