Pour les articles homonymes, voirChâteau de Chantilly (homonymie).
| Type | |
|---|---|
| Partie de | |
| Destination initiale | Résidence |
| Destination actuelle | |
| Fondation | |
| Style | |
| Architectes | |
| Début de construction | |
| Fin de construction | |
| Ouverture | |
| Occupant | |
| Propriétaire initial | Guy de Senlis |
| Propriétaire actuel | |
| Propriétaire | |
| Patrimonialité | |
| Site web |
| Pays | |
|---|---|
| Région | |
| Province | |
| Commune française |
| Coordonnées |
|---|
Lechâteau de Chantilly est situé àChantilly, dans ledépartement de l'Oise, enrégionHauts-de-France, dans la vallée de laNonette, affluent de l'Oise. À l'exception du « Petit Château », construit auXVIe siècle parJean Bullant, le château actuel est une reconstruction duXIXe siècle sur des plans de l'architecteHonoré Daumet pour l'avant-dernier fils du roiLouis-Philippe Ier,Henri d'Orléans,duc d'Aumale (1822-1897), héritier du domaine, qui y installe sescollections de peintures, de dessins et de livres anciens.
Il lègue l'ensemble à l'Institut de France, sous le nom demusée Condé, avec l’interdiction de prêter ses œuvres et d'en modifier la muséographie, d'où un accrochage un peu suranné. Le château occupe l'emplacement d'une forteresse médiévale. LesGrandes Écuries, construites de 1719 à 1740, chef-d'œuvre de l'architecteJean Aubert, abritent aujourd'hui lemusée vivant du Cheval. Les jardins sont une des plus remarquables créations d'André Le Nôtre. La ville deChantilly se développe à l'ouest du château pendant et après laRévolution française. Le château et ses dépendances font l'objet de plusieurs protections au titre desmonuments historiques durant l'année1988[1] après une première protection par arrêté du, annulée.
Chantilly est d'abord une forteresse médiévale cantonnée de sept tours et entourée de douves en eau, construite sur un terrain marécageux de la vallée de laNonette, qui contrôle la route de Paris àSenlis. Le château appartient primitivement à Guy de Senlis, « bouteiller » du roiLouis VI à la fin duXIe siècle. La famille ajoute à son patronyme le nom de cette fonction (Bouteiller de Senlis), et conserve le château jusqu'auXIVe siècle.
Pillée en 1358 par lesJacques, la forteresse est vendue en1386 parGuy de Laval, héritier des Bouteiller, àPierre d'Orgemont, ancienchancelier deCharles V. Celui-ci commence la reconstruction du château en1386 qui sera achevée en1394, après sa mort, par son fils Amaury ; cette famille le possède pendant trois générations duXIVe auXVe siècle.
En1484, Pierre III d'Orgemont, sans enfant, lègue Chantilly à son neveuGuillaume de Montmorency (†1531).

La puissantemaison de Montmorency possède Chantilly duXVe auXVIIe siècle et y fait réaliser d'importants travaux de modernisation. C'est le plus illustre membre de cette famille, le connétableAnne de Montmorency (1493-1567), qui fait rénover la forteresse parPierre Chambiges en 1528 et, en 1551, construire, au pied de la vieille forteresse, la Capitainerie ou Petit Château, par l'architecteJean Bullant, qui avait travaillé dans sonchâteau d'Écouen. Il fait également aménager en1538 la terrasse sur laquelle se dresse actuellement sa statue équestre et édifier sept chapelles dont deux ont été conservées à l'intérieur du parc. C'est également lui qui fait tracer les premiers jardins.
HenriIer de Montmorency fait construire dans la partie haute du parc « La Chaumière » (Maison de Sylvie) qui subsiste aujourd'hui, quoique remaniée. Destiné à recevoirHenri IV, ce petit pavillon est le refuge du poèteThéophile de Viau, condamné au bûcher. Il reçoit l'asile deMarie des Ursins, qu'il a chantée sous le nom de Silvie (Sylvie), d'où vient le nom du parc et de la maison. Le poète y passe les derniers mois de sa vie († 1626) sous la protection du maréchalHenri II de Montmorency.
En révolte contre l'autorité royale, Henri II de Montmorency est exécuté àToulouse en 1632 ; sa veuve, Marie des Ursins entre alors au couvent et leurs biens sont confisqués parLouis XIII, qui en restitue la majeure partie aux sœurs du maréchal mais conserve Chantilly, qui l'intéresse du point de vue cynégétique.
En1643,Anne d'Autriche restitue le domaine, parlettres patentes, à la dernière des sœurs d'Henri II de Montmorency,Charlotte de Montmorency, épouse d'Henri II de Bourbon-Condé, dont le filsLouis II de Bourbon-Condé vient de remporter labataille de Rocroi. Chantilly passe ainsi à lamaison de Condé, branche cadette de lamaison de Bourbon.
DuXVIIe auXIXe siècle, le sort de Chantilly s'identifie à celui desCondé dont le domaine constitue la principale propriété.



Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), dit « Le Grand Condé », ayant pris parti contreMazarin pendant laFronde, se fait confisquer Chantilly en 1652 et ne recouvre le domaine qu'en 1659 (Paix des Pyrénées). En 1664, « Monsieur Le Prince » comme on l'appelle, vient définitivement habiter Chantilly.
Éloigné deVersailles, il consacre tous ses soins à son domaine ; il fait dessiner le parc parAndré Le Nôtre, qui n'a pas encore travaillé àVersailles. André Le Nôtre canalise laNonette pour créer « Le Grand Canal » (1671-1673), à la longueur exceptionnelle de deux kilomètres et demi, et les parterres sur ses côtés, dessine les parterres français au Nord du château, fait construire parDaniel Gittard « Le Grand Degré », et crée la perspective actuelle allant de la grille d'honneur à la terrasse[2].
Le Grand Condé reçoit à Chantilly des écrivains commeLa Fontaine,La Bruyère,Bossuet,Madame de La Fayette,Madame de Sévigné : en leur honneur, les deux allées parallèles, qui encadrent les parterres de Le Nôtre, prennent le nom d'allées des Philosophes.Mlle de Scudéry, l'auteur deClélie rencontre Condé arrosant desœillets, sa fleur préférée, et lui adresse ces vers :
La Bruyère trouve dans les visiteurs de Chantilly plus d'un modèle pour sesCaractères, et le philosopheNicolas Malebranche s'y rencontre avecBossuet qui doit prononcer l'oraison funèbre de son hôte. On donne à Chantilly des fêtes magnifiques.Molière y créeLes Précieuses ridicules en 1659 et y joueLe Tartuffe ou l'Imposteur.
Sous la direction du maître d'hôtelFrançois Vatel, la chère y est raffinée. En avril 1671, le Grand Condé scelle sa réconciliation avecLouis XIV en le recevant à Chantilly ; selonMme de Sévigné, c'est à cette occasion que Vatel se serait suicidé en ne voyant pas arriver la marée ou livraison de poisson attendue (l'authenticité de l'anecdote est généralement tenue pour très douteuse).
Condé consacre sa grande fortune à l'acquisition de tableaux, d'objets d'art et de meubles de prix et à enrichir les collections de manuscrits et de livres rares, dont le premier fonds a été constitué par le connétablede Montmorency.
Dans le troisième tiers duXVIIe siècle, leGrand Condé chargeJules Hardouin-Mansart de réaménager lePetit château et de renouveler leGrand château, dont l'aspect reste médiéval, et la distribution intérieure inadaptée à la vie de cour.
Hardouin-Mansart travaille dès 1674 aux côtés de Gittard et de Le Nôtre, en commençant par la création de la terrasse et du grand degré[3].

Mort en 1686, leGrand Condé ne voit que les travaux sur lePetit château. Son fils,Henri Jules de Bourbon Condé, duc d'Enghien, puis prince de Condé en 1686, poursuit son dessein bâtisseur : en 1687 et 1688, il fait bâtir parJules Hardouin-Mansart,l'église paroissiale actuelle de Chantilly, puis une nouvelle ménagerie et commence les travaux auGrand château, interrompus en 1690[4].
Louis IV Henri de Bourbon Condé (1692-1740), duc de Bourbon, petit-fils d'Henri Jules, fait reprendre dès 1718, jusqu'en 1721, la reconstruction duGrand château par Jean Aubert, ancien collaborateur d'Hardouin-Mansart. Aubert donne à l'édifice un aspect plus régulier, mais aussi plus massif, il fait surélever chacune des tours par un lanternon au-dessus du niveau de l'ancien chemin de ronde[5].
« Son Altesse a fait accommoder le dedans de tous les appartements qui n'ont pas été rebâtis à neuf (...) a fait bâtir la chapelle et l'a rendue telle qu'elle est (et) a fait abattre et rebâtir trois faces de la cour du château, savoir celle par où l'on entre, celle du grand escalier, et celle qui regarde le petit château" (Louis de Sarrobert, capitaine des chasses de Chantilly, 1760, cité parEdmond Pilon,Senlis et Chantilly, Arthaud, 1937, p. 98).
De1723 à1726, Jean Aubert construit également pourLouis IV Henri de Bourbon-Condé (1692-1740), dit « Monsieur Le Duc », lesGrandes Écuries, sorte de palais du cheval long de 186 mètres, destiné à abriter les chevaux et l'équipage dechasse à courre du prince.
Principal ministre deLouis XV de1723 à1725, il affectionne Chantilly, où il finit par être exilé en1726. Il fait décorer les appartements du Petit Château parOudry,Desportes,Huet etNattier, aménage un cabinet d'histoire naturelle et crée la manufacture deporcelaine de Chantilly, dont la marque au cor de chasse rouge, rappel de ces grands veneurs, est devenue célèbre.

À partir de1720, le duc fait aménager la partie boisée située à l'Est du château et dénommée Petit Parc ou « parc de La Caboutière », nom d'un bâtiment construit au temps deLouis XIII pour acclimater latulipe hollandaise, ce à quoi s'occupe un riche amateur, un avocat parisien du nom d'Antoine Caboud.
Le duc fait tracer une allée en direction de La Caboutière, appelée allée du Quinconce, car elle rejoint un quinconce planté derrière ce bâtiment. Cette allée forme alors une patte d'oie avec l'allée du Pont du Roi, située dans l'ancien axe d'entrée du parc (est-ouest) et l'allée de la Porte-Vaillant à gauche. Dans les deux secteurs délimités par cette patte d'oie sont aménagées des salles de verdure reliées par des allées en zigzag.
L'avenue de droite mène à un carré boisé où l'on construit unjeu de l'oie géant, avec ses différentes stations – le pont, le puits, la prison... – qui est l'une des grandes attractions du parc de Chantilly entre1730 et1770. Derrière « La Maison de Sylvie », on aménage d'autres salles de verdure et un petit labyrinthe, tandis qu'un grand labyrinthe est construit dans « Le Parc de Sylvie », aujourd'hui séparé du domaine par la sente d'Avilly. Il ne reste rien de tous ces embellissements.
La mort prématurée du duc de Bourbon, en 1740, fait passer le domaine sur la tête de son fils, un enfant de cinq ans,Louis V Joseph de Bourbon-Condé (1736-1818), qui, lorsqu'il arrive à l'âge d'homme, reprend les travaux. Il édifie le Jeu de Paume en1756 et, entre1769 et1772, fait construire parJean-François Leroy lechâteau d'Enghien, long bâtiment de style classique situé à droite de la grille d'honneur.
En1774, il fait dessiner un « jardin anglo-chinois », inauguré le jour de Pâques1775, et construire unhameau qui inspireraMarie-Antoinette lorsqu'elle fera construire lehameau de la Reine àTrianon.
L'aspect du domaine à la veille de la Révolution est connu par la description qu'en faitDezallier d'Argenville[6] et par celle qu'en faitArthur Young lors de sa visite, en mai 1787[7].
Pendant laRévolution française, Louis V Joseph émigre le, au lendemain de laprise de la Bastille. Le domaine est mis sous séquestre le en application de laloi sur les émigrés[8]. Le château est investi par un groupe degardes nationaux.
Vidé de son mobilier, le Grand Château est converti en prison politique sous laTerreur, à partir d', pour les suspects au pouvoir révolutionnaire du département de l'Oise.
À partir de 1793, les jardins deLe Nôtre se transforment en friche, faute d'entretien[9].
Une première partie est vendue par lots entre1793 et1795 : dans la partie ouest du parc, l'ancienpotager, le jardin des cascades, les derniers terrains disponibles le long de l'actuelle rue du Connétable et autour de l'actuelle petite pelouse, ainsi que les maisons de la ville appartenant au Prince. Une bonne partie de ces premières aliénations ne réintègreront jamais ledomaine. Le reste du domaine est loti en1798 et vendu progressivement[10].

En1799, les adjudicataires du château, Damoye et Boulée, entreprennent aussitôt de le démolir pour récupérer les matériaux de construction. Seuls sont épargnés le Petit Château et lesGrandes Écuries, les entrepreneurs s'étant vu retirer le marché avant d'avoir pu les détruire. La partie du parc située à l'ouest du château, qui abritait les jeux d'eaux conçus par Le Nôtre, est lotie ; des noms de rue – comme la rue des Cascades – en rappellent le souvenir, ainsi que « Le Pavillon de Manse », qui abritait la machine hydraulique conçue par lefermier généralJacques de Manse. Occupées par l'armée, les Grandes écuries sont sauvées de la destruction et très peu abîmées ; pour récupérer du plomb, on envoie à la fonte la statue et sa fontaine dans la cour des Chenils, ainsi que laRenommée qui surplombait le dôme[11]. Sous l'Empire, Chantilly est inclus dans l'apanage d'Hortense de Beauharnais, qui possède à proximité lechâteau de Saint-Leu.
En 1814, lorsqueLouis V Joseph de Bourbon-Condé rentre en possession du domaine à son retour d'émigration, c'est un homme âgé de78 ans; il se limite à faire quelques réparations sommaires pour mettre le château hors d'eau, parvient à racheter une partie des terrains, mais il ne peut reconstituer le parc, désormais coupé en deux par la route de Chantilly àVineuil-Saint-Firmin, créée à l'époque révolutionnaire. Pour la masquer, son fils,Louis VI Henri de Bourbon-Condé, plus connu sous son titre deduc de Bourbon, fait traiter la partie occidentale du parc en jardin « à l'anglaise », créé entre1817 et1820 par son architecteVictor Dubois.


En, à la mort du9e et dernier prince de Condé,Louis VI Henri de Bourbon-Condé, qui passait pour être le premier propriétaire foncier de France, c'est le jeuneHenri d'Orléans, duc d'Aumale, son petit-neveu et filleul, avant-dernier fils deLouis-PhilippeIer, qui hérite de la quasi-totalité de son énorme patrimoine, en particulier du domaine de Chantilly, le fils unique du prince, leduc d'Enghien, ayant été fusillé dans les fossés de Vincennes sur l'ordre deBonaparte.
Arasé au niveau du rez-de-chaussée, le Grand Château a presque disparu, ne laissant que les sous-sols, sous une vaste terrasse de forme triangulaire[12].
Sous lamonarchie de Juillet, le duc d'Aumale s'installe dans lePetitchâteau à partir de son mariage, en, mais l'espace habitable y manque. Il est incité par son père à projeter des travaux de reconstruction duGrand château et, à cette fin, charge au printemps 1846 l'architecteFélix Duban de concevoir un projet.Félix Duban travaille à partir de la plate-forme de plan triangulaire laissée en place par les démolitions révolutionnaires. Il prévoit une chapelle à l'emplacement finalement retenu par la suite, un corps de logis cantonné par deux tours, en vis a vis de la chapelle, prolongé par un bâtiment plus bas, entourant une bibliothèque à l'original plan circulaire, surmontée d'une coupole. Par rapport à l'édifice détruit une cinquantaine d'années auparavant, le projet présente un aspect général plus aéré et moins massif. Lancé officiellement en juillet 1847, ce projet est interrompu par la nomination duduc d'Aumale comme gouverneur général de l'Algérie, en septembre 1847, puis la chute de lamonarchie de Juillet, en février 1848, et l'exil de lafamille d'Orléans àTwickenham, près deLondres[13].
Pendant cet exil, jusqu'en 1870, le duc d'Aumale s'emploie à réunir de très importantes collections de livres précieux (dont800 reliures « aux armes »,760 manuscrits,670 incunables, 1 460 imprimés de 1501 à 1550 et 9 150 imprimés duXVIIe au XIXe siècle), peintures, dessins et objets d'art, conservés aujourd'hui à Chantilly. Il fait deux achats massifs de livres : en 1851 pour 1 330 000 francs les 3 504 volumes de la bibliothèque paternelle auchâteau de Bizy (Eure), composée notamment de celle du bibliophile italien Melzi (que lui avait léguée son acquéreurFrank Hall Standish), puis en 1852 les « épaves » de celles dupalais des Tuileries et du château de Neuilly.
Il revient en France en1871, veuf et ayant perdu ses deux fils jeunes.
Le duc reprend son projet de reconstruction et,Duban étant décédé entretemps en 1870, fait reconstruire le château de 1876 à 1882, toujours sur les anciennes fondations, d'après des plans de l'architecteHonoré Daumet. Tout en concevant ce nouveau château pour l'habitation et la réception, il lui donne l'apparence d'un musée en y disposant ses considérables collections, qu'il continue à enrichir encore.
La dernière grande fête familiale qui se déroule au château fut en le mariage deMarguerite d'Orléans, fille duduc de Chartres, avecPatrice de Mac-Mahon,2e duc de Magenta, fils dumaréchal de Mac-Mahon.

Le Henri d'Orléans, veuf et sans enfants, meurt dans son domaine sicilien du Zucco ; il a légué cet ensemble unique à l'Institut de France en créant la Fondation des Princes de Condé en1886, ce qu'il justifie ainsi dans son testament () :
« Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité, avec ses bois, […], ses édifices et ce qu’ils contiennent, trophées, tableaux, livres, archives, objets d’art, tout cet ensemble qui forme comme un monument complet et varié de l’art français dans toutes ses branches et de l’histoire de ma patrie à des époques de gloire, j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre […] qui, sans se soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à l’esprit de faction, comme aux secousses trop brusques, conservant son indépendance au milieu des fluctuations politiques. »
« Cette maison que j'ai bâtie, où j'ai vécu, je veux qu'elle disparaisse avec moi. Non qu'elle soit démolie ni transformée radicalement (…). Aspect extérieur, silhouette, disposition générale, rien ne sera changé, mais ce ne sera plus une maison. Nul n'y habitera, hors le personnel de service dans les logements prévus par moi et aménagés selon mon désir. Ne subsisteront que la chambre de ma femme et la mienne (…). Le château ne sera plus qu'un musée et un lieu de travail. Je veux qu'y aient accès tous ceux qu'attirent des collections, des archives, une bibliothèque dont je ne crois pas qu'elles soient médiocres. »
(Le duc d'Aumale cité par R.Burnand, op.cit,p. 210 et 211).
Les conditions de cette donation sont rappelées succinctement dans un court-métrage présenté dans une des salles sur l'histoire du château, réalisé sur une commande de l'Institut de France et commenté parStéphane Bern. Ces exigences se traduisent par un accrochage un peu suranné deschefs-d'œuvre de peinture que possédaitHenri d'Orléans, duc d'Aumale : une accumulation de tableaux serrés les uns contre les autres deCorot,Géricault,Poussin,Raphaël,Paul Véronèse,Titien,Dürer, etc. Une muséographie un peu datée[14]. Les tableaux ne peuvent être prêtés également.
Le dans l'après-midi, un incendie s'est déclaré dans le couloir technique sous des terrasses du château[15]. Les visiteurs présents ont dû être évacués[15].


.

De la forteresse médiévale des Orgemont ne subsiste que la base des tours. C'est donc le Petit Château du connétable de Montmorency, construit en1551, qui constitue aujourd'hui la partie la plus ancienne du château.
Le Petit Château comprend, au premier étage, les grands appartements. Ceux-ci comprennent deux salles décorées auXIXe siècle (l'antichambre et la salle des gardes), élevées sur l'ancien bras d'eau qui séparait le Petit Château du Grand Château, ainsi que les appartements des princes de Condé décorés vers1720 par Jean Aubert de lambris comprenant la chambre de Monsieur le Duc, le cabinet d'angle, le boudoir décoré d'une grande« singerie » deChristophe Huet,la Galerie des Actions de Monsieur le Prince et le salon de Musique. Au rez-de-chaussée du Petit Château se trouvent les appartements privés du duc et de la duchesse d'Aumale. Le duc d'Aumale les fit aménager en 1844-1846 par le peintre et décorateur romantiqueEugène Lami peu après son mariage. C'est l'un des rares appartements princiers datant de la Monarchie de Juillet qui soit resté intact.

C'est un bâtiment tout en longueur adossé à la forêt et situé de l'autre côté du grand degré vis-à-vis du château. Construit en1769 par l'architecteJean-François Leroy, il a pour fonction originelle de loger les invités des princes. Il doit son nom àLouis Antoine de Bourbon-Condé,duc d'Enghien, fils du dernier prince de Condé, qui fut logé avec ses nourrices dans le bâtiment après sa naissance en1772.
Il est composé d'une succession de quatre logements accolés marqués par quatre entrées propres surmontées chacune d'un petit fronton triangulaire le tout couronné d'une balustrade, qui sont de nos jours le logement de fonction de la conservatrice duMusée Condé, et les anciens logements attribués aux trois académiciens membres du collège des conservateurs du domaine.
Le Jeu de paume est construit à partir de1756. Les décorations sculptées sur la façade sont confiées à Henri-Nicolas Cousinet. C'est l'un des premiers bâtiments construits spécifiquement pour ce jeu. Il est inauguré le. Il comprend la salle de jeu proprement dite et dans l’entrée « la Dépouille », où les joueurs se changent et se préparent. En1758, le jeu de paume est agrémenté d'une terrasse, d'un mur de soutien et d'un escalier[16].
Le bâtiment est transformé en salle d'exposition pour des œuvres de grand format auXIXe siècle. Visitable, il accueille aujourd'hui une maquette représentant le château et son parc auXVIIe siècle.

Cette maison est construite au fond du parc du même nom en 1604 parHenriIer de Montmorency. Ce bâtiment accueille en 1623 le poèteThéophile de Viau protégé parHenri II de Montmorency[17]. Son épouseMarie-Félicie des Ursins vient régulièrement le visiter et c'est lui qui la surnomme Sylvie[18]. Ce nom reste attaché au bâtiment et à cette partie du parc. Il est reconstruit parHenri Jules de Bourbon-Condé, fils duGrand Condé, dans le style Mansart, probablement parJules Hardouin-Mansart, architecte des Condés, et à nouveau transformé en 1881-1886 par Honoré Daumier (1826-1911), architecte duduc d'Aumale.
Le duc fait adjoindre une vaste rotonde polygonale de style rocaille servant de grand salon. Outre la portrait original du comte de Toulouse en novice de l'ordre du Saint-Esprit parLouis de Boullogne, daté de 1693, au-dessus de la cheminée de brèche violette, des boiseries exécutées en 1756 pour le pavillon de chasse deLouis-Charles de Bourbon (1701-1775)[19], comte d'Eu enforêt de Dreux, sont employées à la décoration du salon. Elles furent réattribuées en 2022 àJean Mansart de Jouy et à son menuisier François-Simon Houlié sur la base comparative des boiseries du salon duchâteau d'Abondant, voisin du pavillon, conservées au Louvre et, surtout, des boiseries à têtes d'animaux réalisées en 1750 pour le grand salon duchâteau d'Asnières parJacques Hardouin-Mansart de Sagonne etNicolas Pineau, ainsi que des liens qui unissaient les différents protagonistes de cet ensemble, à commencer par les familles Sourches et Voyer d'Argenson. L'originalité et la qualité d'exécution en font l'un des plus beaux ensembles décoratifs français duXVIIIe siècle. On adjoignit dans les autres pièces des peintures et de tentures en lien avec la vénerie. Le bâtiment ne se visite pas en dehors d'événements privés.

LesGrandes Écuries ont été construites par l'architecteJean Aubert entre1719 et1740. Longues de186 mètres, elles sont exceptionnelles par leurs dimensions tout comme par leur magnificence. Le prince de Condé en était si fier qu'il n'hésitait pas à recevoir à dîner sous le dôme, haut de28 mètres, où se réunirent notammentLouis XV, le futur TsarPaulIer etFrédéric II de Prusse. Les écuries pouvaient abriter 240 chevaux et 500 chiens, utilisés pour les chasses quotidiennes dans la forêt de Chantilly.
En1982, lemusée du cheval est installé par Yves Bienaimé et y organise les premières démonstrations de dressage équestre. En2006, les écuries sont réunies au château parKarim Aga Khan IV dans le cadre de la Fondation pour la Sauvegarde dudomaine de Chantilly[20]. Entre 2005 et 2020, ce dernier verse70 millions d'euros au site. Le musée est entièrement réaménagé en 2013[12].
En 1989, à l'occasion dubicentenaire de la Révolution, Yves Bienaimé offre gracieusement[21] à l'Institut de France, propriétaire des Grandes écuries une copie de la renommée disparue sous la Révolution. La pose de la réplique permet de s'apercevoir que la charpente du dôme est écartée de 60 cm et que les sommiers du dôme reposent directement sur la voûte en pierre. La coupole des Grandes écuries est ainsi restaurée par la même occasion.


Le parc de Chantilly couvre115 hectares[12], dont25 hectares de plans d'eau, auxquels il faut ajouter les60 hectares du parc de Sylvie. Laforêt de Chantilly, qui s'étend sur 6 310 hectares, fait partie intégrante dudomaine.
Chantilly était l'une des créations préférées deLe Nôtre. Selon son habitude, il a structuré le parc autour de deux axes perpendiculaires : le premier, nord-sud, dans l'axe de la majestueuse terrasse édifiée par le connétable de Montmorency, est perpendiculaire aux courbes de niveau et met en évidence le vallonnement du site ; le second, est-ouest, est occupé par Le Grand Canal, le long de la vallée.
Entre la terrasse et Le Grand Canal, au nord du château, Le Nôtre a ménagé des parterres « à la française ». Ces parterres sont agrémentés de bassins et ornés de vases et de statues de pierre, dont la plupart datent duXIXe siècle et représentent les personnages illustres liés au riche passé du domaine. Les parterres étaient originellement de forme trapézoïdale, ce qui les faisait paraître plus vastes en contrecarrant la perspective. Cet effet, d'un très grand raffinement, a été supprimé par la reconstitution duXIXe siècle, qui leur a donné la forme de rectangles parfaits. Des broderies végétales, il en subsiste des témoignages dans le jardin de la Volière (au pied du château, côté Ouest) ainsi que dans le jardin de la Maison de Sylvie (1671).
De l'autre côté du Grand Canal, l'amphithéâtre du Vertugadin, prolongé par une allée forestière, prolonge l'axe des parterres à travers la forêt. C'est là que se trouve notamment une copie en fonte de laVénus d'Arles[22].
La grille d'honneur se trouve située en contrebas par rapport au château et surtout à la terrasse. En arrivant au château, celle-ci masque la perspective, qui se découvre tout d'un coup lorsque le visiteur y accède : l'effet est saisissant.
Vers 1890, le duc d'Aumale commande et fait installer sur la terrasse deux cerfs assis àAuguste Cain, qui réalisa pour le domaine d'autres groupes animaliers comme les chiensLumineau et Séduisant etFanfareau et Brillador, afin d'évoquer la passion pour la vènerie des princes de Condé[23]
Le Petit Parc ou « parc de La Cabotière », est situé sur le plateau calcaire qui surplombe la vallée depuis les parterres jusqu'au Grand Rond. Espace de transition entre la forêt et le parc, il est aménagé par Le Nôtre qui y trace des allées et des bosquets le reliant à la forêt environnante. Son neveu Desgots y dessine en1679 unlabyrinthe qui sera détruit vers1770.
AuXVIIIe siècle, Henri-Jules de Bourbon-Condé le relie à la terrasse en jetant Le Pont du Roi par-dessus le fossé sec qui marque la limite du plateau. Ce jardin devient alors un espace de divertissements et de promenades, ponctué de chambres de verdures, dont certaines sont toujours visibles, telle La Chambre du Sanglier.
Vers1738 ou1739, unjeu de l'oie géant, dont le pions étaient les joueurs eux-mêmes, est aménagé sous la forme d'une spirale de 2 km de long, dont certains éléments restent encore visibles, comme le pont ou le puits, ou encore certaines dalles de pierres numérotées figurant les cases. Très en vogue auprès des visiteurs des princes durant une bonne partie du siècle, il fut volontairement arasé et nivelé vers1770, lorsque la mode en fut passée.
À l'est des parterres de Le Nôtre, le jardin anglo-chinois aménagé dans la prairie en 1772 par l'architecte Jean-François Leroy. Il est ponctué defabriques au détour de petits chemins serpentant au milieu de canaux conçus pour être parcourus en « pirogues ». Quelques-unes de ces fabriques (le rocher, les petits ponts de pierre) ont été conservées.
En 1774, y fut adjoint un hameau d'agrément. Lehameau de Chantilly comportait sept petites maisons rustiques dont cinq ont été conservées : salon, billard, salle à manger, cuisine et moulin ; il servait de lieu de fêtes et de plaisirs estivaux.
Adossé à la route de Chantilly àVineuil-Saint-Firmin etCreil, lejardin anglais, dessiné par l'architecteVictor Dubois en1817, incorpore quelques vestiges des aménagements de Le Nôtre (l'île d'Amour, les Fontaines de Beauvais) intégrés sous forme de fabriques. Les allées sinueuses ménagent des vues intéressantes sur le château. Une seule des fabriques introduites dans le jardin lors de sa création a subsisté jusqu'à ce jour[Quand ?], « Le Temple de Vénus ».
Le château de Chantilly attire de nombreux touristes français et étrangers. En 2024, il a accueilli 546 824 visiteurs[24].
| Année | Visiteurs |
|---|---|
| 2024 | 546 824 |
| 2023 | 522 693 |
| 2022 | 525 000 |
| 2021 | 288 000 |
À partir de 1991, le château de Chantilly accueille un concours de feux d'artifice international appelé « les Nuits de feu », organisé par le comité départemental du Tourisme de l'Oise et se déroulant tous les deux ans[25]. Il reçoit sept équipes internationales devant composer un tableau pyrotechnique autour d'un thème renouvelé à chaque édition. Faute de financements publics[26], ils se sont déroulés pour la17e et dernière fois les 17 et[27]. Cinq ans plus tard, l’hippodrome de Compiègne accueillera la première édition des « Masters de Feu », événement ressemblant fortement aux « Nuits de feu » de Chantilly[28].
En 2011, le domaine participe au festival « Jardins en scène », organisé par leconseil régional de Picardie, fin juin-début juillet, avec des spectacles se déroulant dans les jardins[29]. Un opéra (Madame Butterfly) est programmé en. Le domaine participe chaque année auxJournées européennes du patrimoine, l'accès au parc est à cette occasion gratuit mais l'accès au château reste payant[30].

Depuis 2014, le domaine accueille le concours d'élégance automobile du Chantilly Arts & EleganceRichard Mille, qui se déroule le temps d'un week-end, les années impaires. Plus de 850 voitures de collectionneurs viennent des quatre coins du monde s'exposer sur les pelouses de Le Nôtre et les jardins dudomaine de Chantilly, et participer au concours d'élégance, au concours d'état ou au grand prix des clubs.
La manifestation cantilienne est récompensée du prix du « Plus bel événement automobile de l'année » en 2014 et 2015 aux International Historic Motoring Awards[31].
Outre une trentaine de films et séries tournés au sein du château, une demi-douzaine aux Grandes écuries et d'autres dans la forêt, plusieurs films ont pris pour cadre la ville elle-même et son agglomération :
Sur les autres projets Wikimedia :