Lacathédrale de l'Intercession de la Très sainte Mère de Dieu (enrusse :Собор Покрова Пресвятой Богородицы, что на Рву), appelée depuis le tsarFédor Iercathédrale Basile-le-Bienheureux ouSaint-Basile (enrusse :Собор Василия Блаженного), est une cathédrale àMoscou enRussie.
Sa construction a commencé en1555 et son inauguration a eu lieu en1561.
Elle se trouve sur laplace Rouge deMoscou. Aujourd'hui, elle est le symbole de l'architecture traditionnelle russe.
À l'est de la tour du nul[1](Tour Spasskaïa -Спасская башня), sur la voie qui descend vers laMoskova (Москва-река), sur une terrasse artificielle ovale, se dresse l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture moscovite : l'église de l'Intercession de la Très sainte Mère de Dieu sur le Fossé, plus connue sous le nom de Saint-Basile-le-Bienheureux. On l'appelle aussi communément Saint-Basile puisqu'elle abrite le tombeau deBasile le Bienheureux dans une chapelle latérale adjointe par Postnik Yakovlev en1588.
Arc-en-ciel au-dessus de la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux.
C'est pour célébrer la prise deKazan par les troupes russes que le tsarIvan IV ordonna la construction d'un édifice qui, à l'origine, devait être entouré de sept chapelles consacrées, chacune au saint dont la fête correspondait aux évènements les plus marquants du siège.
Après la victoire de1552, une église en bois est élevée sur la place du marché, près duKremlin (Кремль) et, en 1555-1560, elle est remplacée par une église en brique construite par un architecte dePskov,Postnik Yakovlev, surnommé « le Faiseur de Villes », et Jacques Baram. Comme le dit laChronique brève[2],« contrairement aux ordres reçus », ils conçurent l'église selon leur propre conception de la symétrie. Les travaux durèrent cent vingt-cinq ans et l'édifice connut de nombreux remaniements : les escaliers furent couverts, les paliers surmontés de toits pointus, les bulbes ornés de motifs saillants. Un neuvièmeoratoire fut élevé sur la tombe dufol-en-Christ lebienheureux Basile et dont le nom finit par s'imposer à toute l'église.
En1680, sur ordre du tsarFédor III et du patriarcheJoachim, on détruisit toutes les vieilles églises en bois délabrées qui se trouvaient surla place Rouge mais on installa de nouvelles chapelles (jusqu'à vingt) autour de l'église de l'Intercession. C'est alors qu'elle fut peinte et couverte de décors de fer et de tuiles tels que nous les voyons aujourd'hui. Avec le temps, une grande partie des chapelles disparut et, en1783, il n'en restait plus que onze. En, le doyen de l'Église fut fusillé, les biens confisqués, toutes les cloches refondues et l'Église fermée. Dans les années1930,Lazare Kaganovitch proposa de démolir l'église de l'Intercession pour dégager la place afin de faciliter la circulation automobile sur la place Rouge.
L'église de l'Intercession est aujourd'hui connue sous le nom de Saint-Basile-le-Bienheureux (Васи́лий Блаже́нный). ce dernier était unFol-en-Christ né, selon la tradition, en1469. Il se rallia vers l'âge de seize ans à cette forme de vie chrétienne. Toute sa vie, il vécut nu ou chichement vêtu et d'aumônes. Après sa mort, survenue en1557, il fut inhumé à côté de l'église de l'Intercession et on édifia en1588 sur sa tombe unoratoire où venaient prier tous ceux qui sollicitaient la protection du défunt.
Avec le temps, sa gloire et sa sainteté éclipsaient le souvenir de la prise deKazan, et l'église de l'Intercession fut, dès lors, de plus en plus souvent désignée sous le nom de Basile-le-Bienheureux. Le tsarFédor Ier (Фёдор I Иоаннович) plaça, au-dessus des reliques du corps du saint, une châsse d'argent pur, couverte de dorures et de soieries, sur laquelle fut représenté saint Basile, dans une broderie de pierres précieuses et de perles. Les Polonais pillèrent la châsse au début duXVIIe siècle. Ne subsista qu'unlinceul qui recouvre toujours aujourd'hui sesreliques.
En fut fermée, ses cloches confisquées, et elle devint un musée. Les offices religieux n'ont repris qu'en1991.
Aujourd'hui, l'église est toujours un musée, mais un office religieux y est célébré chaque dimanche et chaque année, le, selon l'ancien calendrier, le dans le nouveau calendrier, en souvenir de laprise de Kazan parIvan le Terrible.
La construction de la cathédrale s'est étendue entre1555 et1561, sous le règne d'Ivan IV, ditIvan le terrible en mémoire de la prise deKazan et la victoire sur lesTatars duKhanat de Kazan. Plusieurs hypothèses existent quant à qui en fut l'architecte. La version la plus courante attribue l’œuvre à l'architectePostnik Yakovlev dePskov, surnomméBarma. Une autre hypothèse largement répandue dit que Postnik et Barma seraient deux architectes distincts mais ayant travaillé ensemble. Mais selon la Revue de l'architecture Soviétique, cette hypothèse est actuellement dépassée[3]. Enfin, il est possible que l'architecte de la cathédrale soit un occidental dont le nom est perdu (peut-être un Italien, puisque des Italiens édifièrent un grand nombre de bâtiments duKremlin), ce qui expliquerait le style si unique alliant les traditions architecturales russes et européennes de laRenaissance. Mais cette version n'est confirmée par aucune source documentaire précise.
Selon la légende, face à une telle beauté, letsar ordonna que l'on crève les yeux de l’architecte Postnik surnommé Barma, pour qu'il ne puisse pas reproduire un tel édifice. Cependant, si Postnik était un des auteurs de la cathédrale, il ne fut probablement pas aveuglé puisqu'il participa aux travaux dukremlin de Kazan quelques années plus tard[4].
Comme dans beaucoup de villes à cette époque, les structures des bâtiments de Moscou étaient faites de bois. Par conséquent, les incendies étaient fréquents et ont nui à la cathédrale. C'est pour cela que dès la fin duXVIe siècle des travaux de rénovation ont été entrepris. Sur l'étendue de plus de quatre siècles d'histoire du monument, de nombreux travaux semblables ont été faits, et ont inévitablement changé son aspect, s'adaptant à chaque fois aux idéaux esthétiques du moment. Par exemple, c'est en1583, à la suite d'un incendie, que les dômes furent remplacés par lesbulbes que nous connaissons aujourd'hui. Cependant, ils ne furent peints de plusieurs couleurs qu'en1670.
En1737, le nom de l'architecte Ivan Mitchourine est mentionné pour la première fois dans les documents de la cathédrale. Celui-ci dirigeait les travaux de la rénovation de l'architecture et des intérieurs de la cathédrale après l'incendie « de la Trinité » (Troïtski) survenu en 1737.
Les importants travaux de réparation suivants ont été réalisés dans la cathédrale entre1784 et1786 sous la direction de l'architecte Ivan Iakovlev et ordonnés parCatherine II.
Entre1900 et1912, la restauration de l'édifice a été réalisée par l'architecte Sergueï Soloviov.
Dans les années 1920, les travaux de restauration et de rénovation étaient dirigés par les architectes Nicolaï Koudrioukov et A. Jeliaboujski.
La cathédrale est orientée à angle droit par rapport à l'axe de la Place rouge, ce qui lui donne une apparence asymétrique, voire chaotique sur les photos. Vue depuis l'ouest, on remarque toutefois la symétrie de la construction, qui se retrouve aussi à l'intérieur. L'église principale, de forme carrée, est surmontée par un octogone se rétrécissant vers le haut et couronné par une coupole dorée. Quatre tours moyennes de forme octogonale entourent l'église principale dans la direction des quatre points cardinaux. Les quatre petites tours sont carrées et intercalées entre les tours moyennes, donnant au bâtiment une forme d'étoile à huit branches.
La cathédrale est en fait composée de huit églises séparées, chacune ornée d'une tour. Les huit chapelles annexes symbolisent huit batailles lors de la prise duKhanat de Kazan. Chacune des chapelles honore donc le jour saint ou le saint russe représentant le jour de ces victoires :
Chacune de ces huit chapelles (quatre axiales et quatre plus petites entre chacun des axes) est couronnée d'unclocher à bulbe, entourant un neuvième, plus gros, qui les surplombe. Ce dernier orne l'église centrale, érigée en louange à l'Intercession de la Mère de Dieu. L'ensemble des neuf églises sont unies par les fondations, la galerie latérale (autrefois non couverte) ainsi que par les passages intérieurs voûtés.
En1588, au nord-est de la cathédrale, fut construite une dixième chapelle consacrée en l'honneur deBasile le Bienheureux (1469-1552), qui donna la deuxième appellation de la cathédrale. À cette chapelle en est accolée une autre honorant laNativité de Marie, dans laquelle fut enterré, en1589, saint Jean de Moscou (en russe :Иоанн Московский), unFol-en-Christ (au départ, la chapelle était consacrée en l'honneur de la fête russe de laDéposition de sa robe aux Blachernes, mais elle fut reconsacrée en1680). C'est dans les années1670 qu'on construisit le campanile surmonté d'un toit de forme pyramidal.
L'icône « Notre-Dame du Signe » dans les sous-sols de la cathédrale.
Les églises et les galeries se fondent en une infrastructure commune, lesoubassement, qui forme plusieurs salles. Les solides murs en briques du soubassement (jusqu'à 3 mètres l'épaisseur) sont couverts par desvoûtes imposantes. La hauteur de plafond s'élève à près de 6,5 mètres.
La structure nord du sous-sol est unique pour une construction duXVIe siècle. En effet, sa voûte enanse de panier, étendue sur une grande longueur, n'est soutenue par aucune colonne. Les murs sont percés d'ouvertures étroites servant de bouches d'aération. Le matériau de construction dit « respirant », qu'est la brique, assure un microclimat privilégié à la salle à n'importe quelle saison de l'année.
Autrefois, les sous-sols n'étaient pas accessibles aux paroissiens, et les niches profondes étaient utilisées comme dépôts. On les fermait par des portes dont il ne reste aujourd'hui que lescharnières.
Jusqu'en1595, les sous-sol de la cathédrale protégeaient le trésor dutsar et les Moscovites aisés y apportaient aussi leurs biens.
On y accédait par un petit escalier intérieur en pierres blanches se trouvant dans l'église centrale de Notre-Dame. Seuls les hommes d'église en connaissaient l'existence. Cet accès étroit a été condamné par la suite. On ne redécouvrit cet escalier secret que lors d'une restauration en1930.
Le campanile est composé d'un bâtiment cubique massif, servant de fondation à l'édifice, sur lequel se dresse une structure octogonale, creusée d'une ouverture à arc plein-cintre sur chacune de ses faces. Finalement, la partie haute du campanile est une flèche à huit versants. Chaque arête de latoiture est ornée de carreaux multicolores blancs, jaunes, bleus et bruns. Les versants sont couverts de tuiles taillées vertes. Sur chacun de ces versants se trouvent trois ouvertures destinées, dit-on, à l'amplification du son des cloches. Au sommet de la flèche, sur un petit piédestal octogonal, se trouve un bulbe surmonté d'unecroix à huit pointes.
À l'intérieur des arcs et de l'ouverture du clocher se trouve lebeffroi auquel sont suspendues les cloches coulées par d'éminents maîtres russes entre leXVIIe et XIXe siècles.
En1990, après une longue période de silence, les cloches retentissent de nouveau.
↑Elle doit son nom à une icône du Christ installée au-dessus de sa porte en1648. La tour était autrefois l'entrée d'apparat dukremlin de Moscou. Toute personne passant par cette porte, y compris letsar, devait se découvrir par respect pour l'icône. Celle-ci fut enlevée après la révolution russe.
↑Manuscrits médiévaux des chroniques russes de la Rus' de Kiev et des autres États slaves
↑.La première mention authentique de la construction de l'édifice date de l'automne1554. Il est dit qu'en premier lieu se trouvait une cathédrale en bois. Cette cathédrale n'est restée qu'à peine plus de six mois avant d'être démontée en1555 pour laisser place à la construction de la cathédrale en pierre que nous connaissons aujourd'hui.Émission culturelle russe présentant le documentaire Развенчание легенды (ru)