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Carolingiens

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Carolingiens
Description de cette image, également commentée ci-après
Monogramme deCharlemagne. Les lettres symbolisent le nom « KAROLUS », forme latine de « CHARLES ».
Données clés
PaysRoyaume des Francs
Empire carolingien(puisFrancie occidentale,médiane etorientale)
LignéePépinides /Arnulfiens
TitresRoi des Francs
Empereur d'Occident
Fondation
Charles Martel
Déposition
LouisV
Dissolution
BrancheHerbertiens

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Arbre généalogique des Carolingiens,Chronicon Universale d'Ekkehard d'Aura.

LesCarolingiens (ouCarlovingiens jusqu'à la fin duXIXe siècle[1]) forment une dynastie derois francs qui règnent sur l'Europe occidentale duVIIIe siècle auXe siècle.

Le termecarolingien, enlatin médiévalkarolingi, est dérivé deCarolus, qui est à la fois le nom latin deCharles Martel (Carolus Martellus), l'aïeul de cette dynastie, et celui de son petit-filsCharlemagne (Carolus Magnus), considéré comme le plus illustre des rois de cette lignée[2],[3],[4].

Les Carolingiens sont désignés par lachancellerie de France et certains historiens comme la« deuxième race » des rois de France, succédant à ladynastie des Mérovingiens[5],[6].

Histoire

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Origines de la famille carolingienne

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Gisants de Pépinle Bref etBertrade de Laon, dans labasilique Saint-Denis.

L'origine de la lignée carolingienne est communément fixée au mariage, vers630, d'Ansegisel, fils d'Arnoul de Metz, et deBegge d'Andenne, fille dePépin de Landen, qui scelle l'alliance entre la famille desArnulfiens et celle desPépinides. Ceux-ci ont un fils,Pépin de Herstal, lui-même père deCharles Martel, ce dernier étant le père dePépinle Bref, lequel deviendra le premier roi de la dynastie carolingienne le. Plusieurs historiens[7],[8] ont formulé l'hypothèse du rattachement d'Arnoul de Metz aux rois francs deCologne, viaBodogisel,Mummolin etMundéric.

Article détaillé :Origine des Arnulfiens.

LesPépinides détiennent pendant plusieurs générations la charge demaire du palais sous le règne des souverainsmérovingiens d'Austrasie. Au fur et à mesure de la désagrégation du pouvoir de ladynastie mérovingienne, durant la période dite des « rois fainéants », les maires du palais pépinides accroissent leurs prérogatives : déjàPépin de Herstal, puis Charles Martel dirigent de façon quasi autonome la politique du royaume, tels des souverains, mais sans le titre, nommant lesducs et lescomtes, négociant les accords avec les pays voisins, dirigeant l'armée, étendant le territoire du royaume (notamment enFrise) et allant même jusqu'à choisir le roi mérovingien.

La zone d'influence des Pippinides sera le territoire favori des Carolingiens : région deLiège (Herstal etJupille),Aix-la-Chapelle etCologne.

Règne de Pépinle Bref, premier roi carolingien

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Durant son gouvernement en tant que maire du palais auprès des rois mérovingiens, Charles Martel étend le pouvoir du royaume franc à laBourgogne, renforce le contrôle enAquitaine qu'il délivre de la menace d'une domination arabo-musulmane et renforce les frontières enFrise et enNeustrie. En, le roi mérovingienThierryIV meurt et personne ne se soucie de le remplacer : Charles Martel est aux yeux de tous le « prince » des Francs[Note 1]. Il se qualifie deduxetprinceps Francorum (duc et prince des Francs), titre qui le rend légitime en tant que premier homme du royaume franc. Mais tout ceci se fait au prix de nombreuses spoliations aux églises d'Austrasie auprès desquelles il se rend fort impopulaire. Il meurt en et laisse deux fils :Carloman etPépin[9].

Denier de Lyon sous Pépinle Bref.

En, Carloman convoque unconcile àLeptinnes (ou Les Estinnes, undomaine royal pippinides). Ce concile vise à établir un accord entre les églises d'Austrasie dont les biens ont été précédemment spoliés par Charles Martel au bénéfice des comtes et ces derniers qui souhaitent pourtant en garder une partie des revenus. Dans la continuité de son frère, Pépin convoque, en mars, un concile àSoissons enNeustrie. Les deux conciles débouchent sur l'instauration dubénéfice et duprécaire. Ils dénoncent également les pratiques superstitieuses propres à maintenir lepaganisme, lesrituelsidolâtres, l'usage desamulettes et lesacrifice des animaux[Note 2],[11].

En747, Carloman décide de se retirer au monastère duMont-Cassin loin du jeu politique et cède sa place à son frère. Quatre ans plus tard, Pépin pense au trône royal et, dans cette optique, cherche à obtenir l'appui de l'Église et de l'aristocratie. En, celui-ci pose une question au papeZacharie :« Est-il bon ou mauvais que des rois fussent dans le royaume des Francs sans y exercer le pouvoir ? ». Ce dernier lui répond :« Mieux vaut appeler roi celui qui exerce effectivement le pouvoir, afin que l'ordre ne soit pas troublé »[12]. Par cette réponse habile, le pape Zacharie offre implicitement son soutien à Pépin tout en ménageant les relations difficiles qu'il entretient avec les souverains de l'Empire romain d'Orient[13].

Quelques semaines plus tard, en novembre751, Pépin déposeChildéricIII — établi en — puis se fait élireroi des Francs. En se faisant acclamer par une assemblée d'évêques, de nobles et deleudes (grands du royaume), Pépin devient donc le premier représentant de la dynastie carolingienne.ChildéricIII est tonsuré et meurt enfermé à l'abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer[14].

ÀSaint-Denis, l'évêqueBoniface, conseiller diplomatique de Pépin,sacre le nouveau roi paronction au nom de l'Église catholique. Le, toujours à Saint-Denis, la cérémonie est renouvelée, mais cette fois-ci par le papeÉtienneII et les bénéficiaires en sont également les fils de Pépin :CarlomanIer et Charlemagne. Le sacre par onction est la nouveauté apportée par les Carolingiens, repris de l'Ancien TestamentSaül est oint duSaint chrême parSamuel puis à sa suiteDavid. Sacre déjà repris par lesWisigoths en Espagne un siècle plus tôt. Le roi est alors « un nouveau David », à la fois roi et prophète, ce qui mènera à lathéocratie royale puis impériale de Charlemagne, le gouvernement des hommes par le père terrestre à l'image duPère Céleste, le pouvoir spirituel et temporel en un seul homme à la fois évêque de l'intérieur et de l'extérieur[15].

Charlemagne et l'Empire carolingien

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Article détaillé :Empire carolingien.
Une pièce avec pour effigieCharlemagne et autour l'inscription KAROLVS IMP AVG (Karolus imperator augustus).

Charlemagne, fils de Pépinle Bref, est sans aucun doute le souverain qui marque le plus l'époque carolingienne, par la longévité de son règne, mais aussi grâce à son charisme et à ses conquêtes militaires. Après les assemblées qui réunissent les Grands du royaume (les « plaids »), des ordonnances, découpées en chapitres (d'où leur nom decapitulaires) sont émises par la chancellerie du Palais : elles sont une source précieuse pour l'étude de la période.

Denier sous Charles Ier ditCharlemagne.
Intaille représentant Julie, fille de Titus. Sommet de "l'escrain de Charlemagne" (monture duIXe siècle).

À un autre niveau, plus idéologique que politique, c'est aussi aux lettréschrétiens que l'on doit la naissance d'une nouvelle idée de l'État. Celle-ci se veut au départ une restauration de l'Empire romain, pourtant elle repose sur des fondements très différents en légitimant la royauté : profondément chrétienne, elle fait du roi des Francs un nouveau « David ». L'idée de l'unité du royaume semble un temps l'emporter avec la renaissance de l'empire d'Occident, àNoël800.

Du point de vue culturel, l'époque de Charlemagne, de son filsLouisle Pieux et de ses petits-fils est connue sous le nom de « Renaissance carolingienne ». L'enseignement classique — en particulier celui dulatin — est remis à l'honneur, après avoir été dénaturé et délaissé à la fin du règne des Mérovingiens. Cependant, la langue latine est désormais quasi exclusivement la langue duclergé, les milieux militaires lui préférant lefrancique. Cette évolution inéluctable va faire progressivement du latin une langue morte et donner naissance aux ancêtres des langues nationales que sont lefrançais et l'allemand : leroman et letudesque.

Les troubles sous Louisle Pieux

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Troisième fils de Charlemagne, Louisle Pieux devait à l'origine n'hériter que d'une partie du royaume de son père, correspondant à la région s'étendant duplateau de Langres et desAlpes jusqu'à l'Aquitaine, tandis que son frèrePépin devait recevoir laBavière et l'Italie, leur frère aînéCharles obtenant le reste de l'empire.

Mais Charles et Pépin meurent avant Charlemagne, et, dès813, Louis est associé par son père à la direction de l'empire.

À la mort de Charlemagne, le, Louis devient donc seul roi des Francs et empereur d'Occident. Il est sacré le àReims par le papeÉtienneIV.

Les premières années du règne de Louisle Pieux se font dans la droite lignée de celui de Charlemagne, notamment en termes de réforme religieuse. Louisle Pieux réunit leconcile d'Inden, près d'Aix-la-Chapelle (816-17), pour faire appliquer la réforme religieuse au clergé séculier et régulier de l'empire.

Charlemagne et son fils Louis le Pieux.

En juillet 817, en promulguant l'Ordinatio imperii, Louis règle aussi le problème de son héritage en divisant l'empire entre ses trois fils : l'aîné,Lothaire, reçoit la majorité des terres, le titre impérial et le contrôle de ses deux frères puînés,Pépin etLouis, qui reçoivent respectivement l'Aquitaine et la Bavière, un partage donc comparable à celui que Charlemagne avait prévu en 806 entre ses propres fils. Mais les premiers troubles politiques commencent en décembre 817 avec la révolte de son neveuBernard, fils illégitime du roiPépin d'Italie, écarté du pouvoir par le nouveau partage. Louis condamne Bernard à mort, et par la suite, cette condamnation le suit tout au long de sa vie.

Les années suivantes sont occupées par une remise en cause du pouvoir de Louis par ses propres fils, devenus adultes, et fort impatients de régner. Au premier plan, son aîné, Lothaire, couronné coempereur avec son père, et qui supporte mal de rester dans l'ombre de son père pendant toutes ces années. La situation est tendue à la cour d'Aix-la-Chapelle.

En820, Louis, veuf depuis l'année précédente et incapable de supporter son état, épouse une jeune aristocrate, Judith de la famille desWelfs, surnomméeJudith de Bavière, car les terres de sa famille se situent enBavière, mais la jeune femme n'est nullement de lignée royale. Les trois fils de Louis s'opposent à ce remariage qui ne peut qu'entraîner des complications, et effectivement, en823, naît un fils de ce second mariage, Charles, futurCharlesle Chauve. Pour l'heure, les conditions de la succession ne sont pas remises en cause, mais Judith s'entoure de ses favoris à la cour, et notamment du comteBernard de Septimanie, nommé par Louisle Pieux à la tête ducomté de Barcelone, et qui reçoit également l'équivalent des fonctions de Premier ministre.

En829, à la suite des exigences de Judith, Louis accepte de revoir le partage de l'empire afin de pourvoir son dernier fils, Charles, d'un royaume, tout comme ses demi-frères. L'assemblée des grands, réunie àWorms, accepte la création d'un nouveau royaume, dans l'Est de l'empire, pour le jeune Charles. Mais dès l'année suivante, la situation se dégrade. Une révolte, menée par le fils aîné Lothaire suivi par ses deux frères Pépin et Louis, est soutenue par de nombreux comtes de l'empire. En830, l'empereur est déposé une première fois et Lothaire prend la tête de l'empire. Mais le nouvel empereur n'est pas accepté par la population. Considéré comme un usurpateur, il est lâché en outre par ses deux frères, déçus de voir que leur frère aîné prend aussitôt tout le contrôle de l'empire sans tenir compte de leur participation. Quelques mois plus tard, l'empereur Louis est rétabli.

Cette première déchéance est suivie en833 d'une seconde déposition beaucoup plus grave pour Louisle Pieux. Cette fois, devant tous les grands seigneurs du royaume, Lothaire contraint son père à abdiquer, et le fait enfermer aumonastère Saint-Médard de Soissons. Judith et Charles sont également contraints à entrer en religion. Mais de nouveau, Louis est libéré par ses partisans, et sous peine de perdre tous ses droits à l'empire, Lothaire doit se soumettre et demander pardon à son père.

Les dernières années du règne de Louisle Pieux sont occupées par des luttes incessantes entre ses fils, des convocations sans nombre de l'armée, des serments prêtés et violés. Louis finit par se fâcher durablement avec son troisième fils Louis (Louis le Germanique),roi de Bavière, qui refuse de demander pardon pour ses actes. Son deuxième fils,Pépin,roi d'Aquitaine, meurt brutalement en838 et sa succession ouvre un nouveau conflit. Pour les grands seigneurs d'Aquitaine, l'Aquitaine revient de droit au fils aîné de Pépin,PépinII, tandis que pour Judith, elle doit retourner à son fils, le jeune Charles. En839, un nouvel accord qui partage seulement l'empire en deux est signé entre Lothaire et son demi-frère Charles.Louis de Bavière est spolié de tout droit à l'héritage, à l'exception de la Bavière.

En840, Louisle Pieux, miné par tous ces conflits, meurt dans une situation instable.

Le partage de l'empire

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Article détaillé :Traité de Verdun.

Après la mort deLouis Ierle Pieux, il reste trois fils vivants : Lothaire, fils aîné et héritier du titre impérial, Louis roi de Bavière, Charles roi de Francie occidentale. Lothaire choisit de ne pas respecter tous les traités signés et tente de mettre la main sur la totalité de l'empire, jugeant qu'il lui revient de droit en tant que fils aîné. Les trois frères entrent en guerre ouverte les uns contre les autres. Le, ils se rencontrent à Fontenoy à côté d'Auxerre et se livrent une desbatailles les plus meurtrières duhaut Moyen Âge. Cette bataille voit la défaite de Lothaire, et l'aristocratie franque est presque entièrement détruite. Cependant, le nouvel empereur, malgré son armée en déroute, refuse de se rendre. Le, Louis et Charles concluent alors un accord connu sous le nom deserments de Strasbourg. Les deux rois jurent de se porter mutuelle assistance contre les actes de leur frère aîné et de ne pas chercher à se nuire l'un l'autre. À la suite de ce serment, un nouvel accord est conclu, letraité de Verdun, en843, qui divise le territoire d'est en ouest en trois royaumes :

Cependant, le titre impérial se vide de son importance : après le partage établi autraité de Verdun, Lothaire conserve la dignité impériale, mais dans les faits celle-ci n’est plus qu’une convention qui ne correspond plus à aucun pouvoir qui soit supérieur à celui des autres rois. Plusieurs fois au cours duXe siècle, le titre est même vacant. Il faut ensuite attendre962 pour que le titre d’empereur renaisse en Occident :Ottonle Grand, de la dynastiesaxonne enGermanie, est couronné par le papeJeanXII àRome.

Affaiblissement et disparition de la dynastie

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Disparition de la Francie médiane

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Lothaire est le premier des trois frères à décéder, laissant l'empire à la merci des deux autres. Finalement, après maintes péripéties, son domaine est progressivement rattaché à la Francie orientale, l'Escaut marquant la frontière entre les Francies occidentale et orientale. Le roi de Francie orientale récupère, par la même occasion, le titre d'empereur.

Invasions scandinaves

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Attaque viking selon une enluminure duXIIe siècle.

LesVikings désignent de manière générale tous les peuples du Nord, qui viennent de l'actuelleScandinavie. À l'époque carolingienne, ils ont d'abord été connus sous le nom deNormands (« hommes du Nord », à l'origine du nom de laNormandie) puis sous celui de Vikings. Ils vendaient de l'ambre, des peaux de bêtes et des métaux, achetaient du miel, du vin et tout ce qu'ils ne pouvaient produire dans leurs contrées. Ils étaient présents, en petits groupes, dans la plupart des villes côtières de l'Empire franc.

Vers800, les Vikings, sans renoncer aux pratiques commerciales, prennent conscience d'un nouveau moyen d'enrichissement. En effet, n'étant pas chrétiens, ils n'avaient pas à respecter lesabbayes, qui contenaient, avec une structure défensive minimale (une muraille et parfois quelques gardes) un trésor considérable, constitué dechâsses,reliquaires, objets en métal précieux à l'usage du culte… Ces objets étaient particulièrement recherchés en cette période de faible circulation monétaire où le métal était important, non seulement pour sa valeur, mais aussi pour le prestige qui lui était associé.

De 800 à850 environ, les Vikings continuent leurs pratiques commerciales tout en tentant des coups de force sur des établissements monastiques isolés, quand l'occasion s'en présente. Le premier établissement à en faire les frais est le monastère deLindisfarne, sur les côtes britanniques, qui est attaqué par les Vikings en793.

Après cette première attaque, la pression des Vikings s’accentue : ils remontent les fleuves à bord de leurs navires à fond plat, improprement nommés « drakkars », et pillent les trésors des abbayes avant de s’en retourner en Scandinavie. Pour l'heure, il ne s'agit que de brèves expéditions : les Normands pillent, emportent des biens, et repartent, le plus souvent après avoir incendié les lieux. Ces attaques ne terrifient pas moins la population, par leur vitesse, leur violence, et aussi parce qu'elles touchent les églises, qui, depuis l'instauration du christianisme, n'avaient jamais été attaquées. En841, les Normands attaquent l’abbaye de Jumièges et la ville deRouen ; les moines doivent s’enfuir devant les dangers de razzias, emportant avec eux les reliques de leurs saints. L'île de Noirmoutier est elle aussi à plusieurs reprises la cible des Normands, tant et si bien que les moines abandonnent leur monastère et s'installent à environ vingt-cinq km au sud deNantes, à Déas, devenuSaint-Philbert-de-Grand-Lieu. En843,Nantes est prise et une partie de la population est massacrée. Dans le deuxième tiers duIXe siècle, la plupart des villes situées sur les fleuves sont visitées par les Normands.

À la fin duIXe siècle, le phénomène gagne en importance. Ce sont désormais des bandes beaucoup plus organisées, qui ont décidé à l'avance de leur parcours et qui savent où se rendre. Les expéditions sont aussi plus nombreuses, parfois une centaine de barques, contre une petite dizaine, au maximum, au début du siècle. Enfin, ils ne se contentent plus de piller et de repartir. De plus en plus souvent, ils emmènent la population pour être vendue comme esclave, et s'installent en territoire conquis où ils passent parfois l'hiver.

Les Vikings ravagent l'Europe mais aussi lapéninsule Ibérique, alorsmusulmane, et l'Afrique du Nord, sans que personne puisse les arrêter. Comme il était impossible de contrôler l'ensemble du territoire et que leur force résidait dans la rapidité de leurs flottes et la brutalité de leurs expéditions, il était difficile de prévoir où ils allaient attaquer. Lorsqu'ils n'attaquent pas, les Vikings exigent le versement de lourds tributs. Les querelles entre les fils deLouisle Pieux n'arrangent guère la situation.Lothaire et son frèreLouis se désintéressent du problème, qui incombe presque entièrement àCharles, le dernier fils, qui a hérité de tous les territoires côtiers. Charles, qui sera surnomméle Chauve, essaie de construire des fortifications supplémentaires. Il demande aux chefs de l’aristocratie de défendre les régions menacées.Robertle Fort (ancêtre desCapétiens) est placé par le roi à la tête d’unemarche occidentale ; il meurt en combattant les Vikings en866. Le comteEudes défendParis contre une attaque venue de laSeine en885. Ces grands acquièrent un prestige immense dans la lutte contre l’envahisseur scandinave, prestige qui participe à l'affaiblissement du pouvoir royal. Les succès militaires sont désormais attribués auxmarquis et auxcomtes. L’incapacité des Carolingiens à résoudre le problème scandinave est manifeste : en911, par letraité de Saint-Clair-sur-Epte, le roiCharlesle Simple cède la Basse-Seine au chef vikingRollon. Il s’en remet à lui pour défendre l’estuaire et le fleuve, en aval de Paris. Cette décision est à l’origine de la création duduché de Normandie. Les Carolingiens sont contraints de céder des territoires et de livrer des tributs pour contrer le danger scandinave. Ils sont en outre absorbés par les querelles familiales.

Le climat d’insécurité a donc accéléré la décomposition du pouvoir carolingien.

Incursions arabes

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Les progrès desArabes dans laMéditerranée occidentale, au commencement duIXe siècle, ne se rattachent plus au grand mouvement d'expansion qui avait suivi la mort deMahomet. L'unité politique de l'Islam était brisée depuis que lecalife deBagdad n'était plus reconnu par tous les croyants. EnEspagne, dès la fin duVIIIe siècle, unémirat indépendant s'était érigé sous lesOmeyyades. En Afrique, lesBerbères duMaroc, de l'Algérie et de laTunisie étaient en fait indépendants. Définitivement établis dans leurs nouvelles conquêtes, ces musulmans d'Espagne et d'Afrique tournèrent leur activité vers la mer.Tunis, fondée à côté des ruines deCarthage, regardait comme elle laSicile et, de même que lesCarthaginois dans l'Antiquité, les Tunisiens cherchèrent bientôt à s'emparer de cette île. LesByzantins ne purent défendre énergiquement cette province trop lointaine. De827 à878, ils furent peu à peu refoulés vers le détroit deMessine et enfin obligés de se replier sur lacôte italienne. Déjà en possession desBaléares, de laCorse et de laSardaigne, les musulmans détenaient maintenant toutes les îles de la Méditerranée occidentale. Elles leur servirent de bases navales pour attaquer les côtes continentales. De laSicile des expéditions furent dirigées vers laCalabre et aboutirent à la conquête deBari et deTarente. Le papeLéonIV fut obligé de mettre ce qui restait deRome à l'abri des attaques qui débarquaient, sans avoir rien à craindre, à l'embouchure duTibre. Les bouches duRhône aussi mal défendues, étaient plus exposées encore. Il n'y eut pas de tentative d'établissement à l'intérieur. Seule la maîtrise des côtes importait aux nouveaux maîtres de la Méditerranée et comme le commerce chrétien n'existait pratiquement plus, on ne fit pas d'efforts sérieux pour les en déloger et on leur abandonna les rivages. La population chrétienne se retira plus loin et les villes de la côte et de la région deNîmes se retranchèrent[16].

Nouvelles menaces à l'est

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À l'est se profile une nouvelle menace avec l'arrivée desMagyars sur la scène européenne.

Ce peuple des steppes occupe laPannonie, laissée vacante après la destruction desAvars sous le règne de Charlemagne au début duIXe siècle. Il fait ses premières incursions dans les marges du territoire impérial, comme enMoravie en894, puis dans celui-ci, comme en Italie en899. En907, le royaumeslave deGrande-Moravie disparaît sous les coups de ces nouveaux envahisseurs.

Des règnes trop courts

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À partir de la fin duIXe siècle, les rois carolingiens règnent trop peu de temps pour être efficaces :Louis II de France reste roi des Francs deux ans (877-879) ;Charles le Gros gouverne trois ans (884-887) ;Louis III de France est roi pendant trois ans (879-882) ; le dernier roi carolingien,Louis V de France, est mort d'un accident de chasse au bout d'à peine un an (986-987). Quant aux roisLouis IV de France etLothaire, bien que très actifs, leurs règnes sont interrompus prématurément. Aussi, les derniers rois carolingiens ne parviennent pas à imposer une politique à long terme.

Extinction de la dynastie

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L'affaiblissement de la dynastie carolingienne entraîne son éviction définitive du trône franc par lesRobertiens en 987 à la mort deLouis V de France, l'extinction de la lignée suivant peu après, avec la mort des fils du ducCharles de Basse-Lotharingie,Otton etLouis, au début duXIe siècle. Avec lesHerbertiens, la lignée carolingienne se perpétua cependant jusqu'auXIIe siècle par lescomtes de Vermandois, et d'aprèsChristian Settipani jusqu'au début duXIVe siècle par les seigneurs deMellier,Neufchâteau etFalkenstein[17],[18].


Frise des Carolingiens

La montée de l'aristocratie

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Les trois ordres de la société selonAdalbéron de Laon.

Dès la fin duIXe siècle, certains grands, ducs ou comtes, ne faisant pas partie de la famille des Carolingiens, accèdent au pouvoir : en888, après la mort de Charlesle Gros, l'UnrochideBérenger Ier accède au trône d'Italie et leRobertien Eudes au trône de France.

AuXe siècle, les dynasties qui s'imposent partout dans l'espace carolingien ne sont plus issues de la famille carolingienne. C'est le cas, en911, du ducConrad de Franconie, élu roi deGermanie. En France, lesRobertiens forment un lignage puissant qui est choisi pour régner en888898 en la personne d'Eudes de France : comment expliquer cette montée en puissance de l’aristocratie et l'émiettement du pouvoir royal ?

À la fin duXe siècle, l’autorité centrale carolingienne a disparu au profit des aristocraties, en particulier des princes territoriaux ; c'est la fin de l’ordre carolingien et le triomphe des lignages aristocratiques.

L'avènement des Unrochides en Italie (875-915)

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L'exemple de l'avènement desUnrochides en Italie illustre à merveille la manière dont se passe la transition du pouvoir des Carolingiens vers les grands de l'aristocratie impériale, puis l'émiettement que connaît le pouvoir royal dans les mains de ces derniers.

Louis II dansLa Chronique de Nuremberg.

Sous le règne du CarolingienLouisII d'Italie (850-875), titulaire de la dignité impériale, le pouvoir royal peut sembler un temps renforcé enItalie. Mais ce dernier meurt sans héritier en875. Le pouvoir est alors de fait aux mains de la dynastie desWidonides, dont le représentant détient la charge deduc de Spolète, et aux mains de la dynastie des Unrochides, dont le représentant détient la charge demarquis de Frioul.

Les membres de cette dernière famille sont des Francs :Évrard, leur ancêtre, a reçu lamarche deFrioul dès la création de celle-ci en837 parLothaireIer, et ils sont rattachés à la lignée carolingienne par leur mèreGisèle, fille de Louisle Pieux. En875, les Unrochides considèrent encore le Nord de la France (la région deLille) comme l'un des centres de leur pouvoir. S'ils n'ont pas, au départ, de prétentions à briguer le pouvoir royal, ce sont la vacance de ce pouvoir en Italie et les circonstances difficiles à la fin duXe siècle qui, en définitive, portent l'un d'entre eux (le marquisBérenger Ier) à accéder au trône d'Italie, puis à l'empire.

BérengerIer, seul héritier mâle de sa famille en874, en effet, soutient dans un premier temps les prétentions du Carolingien de Francie orientale au trône d'Italie. Les héritiers possibles sont alors Carloman, le fils de Louisle Germanique, puis son frère, Charlesle Gros. À la mort du deuxième, toutefois, il n'y a plus aucun Carolingien qui soit en mesure d'asseoir son autorité en Italie.

Les rivaux traditionnels des Unrochides dans la péninsule, à savoir lesWidonides de Spolète qui ont des possessions autour de Nantes, apparaissent alors comme des candidats potentiels au trône de Francie occidentale. Aussi, Bérenger accède personnellement au trône d'Italie en887 : pour contrecarrer les ambitions des Widonides, il met ainsi fin, dans les faits, à l'idée de l'unité carolingienne.

Cependant, à ce moment l'homme ne dispose pas d'appuis dépassant le cadre régional et encore y est-il contesté, notamment par l'influence que prennent lesWidonides sur la papauté (voirpornocratie pontificale). Jusqu'à la mort de son compétiteur, le ducLambert de Spolète, en898, il ne contrôle pas le territoire italien. De plus, il est obligé de faire face à la menace hongroise. Lors de l'invasion du royaume d'Italie, en899, il doit alors composer avec les cadres militaires carolingiens, c'est-à-dire réunir l'ost : les Italiens subissent une défaite sanglante.

À la suite de cet événement, la stratégie de Bérenger change : il accepte désormais de nombreux compromis avec les pouvoirs locaux : des enceintes sont érigées et échappent au contrôle royal ; l'autorité publique est conférée, sans contrepartie, à des évêques, etc. Le résultat de cette nouvelle politique est un émiettement important et irréversible de l'autorité royale dans la péninsule.
Faisant appel à des mercenaires hongrois contre les Italiens qui se rebellent contre son autorité, Bérenger accède finalement à la dignité impériale qu'il convoitait en915, mais entre ses mains, celle-ci n'est plus que l'ombre du passé.

Évolution du système monétaire

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Sous les rois mérovingiens l'unique monnaie existante était en or. Sa valeur était telle qu'elle ne servait qu'aux transactions internationales et dans le commerce de gros. Les petits marchands de détail ne pouvaient l'utiliser et devaient se rabattre sur le troc. L'inconvénient de ce système leur donnait l'impossibilité de réaliser des économies, car la plupart du temps c'étaient des matières périssables ou un service qui étaient échangés.

Denier d'argent sous Charlemagne.

Avec l'avènement des Carolingiens, une nouvelle monnaie fit son apparition, celle enargent. Lors de l'édit de Pîtres en864, la valeur de cette nouvelle monnaie fut fixée selon la valeur suivante : une pièce d'or vaut douze pièces d'argent[19]. La révolution économique étant au rendez-vous, les petits commerçants avaient enfin une monnaie adaptée à la valeur de leurs petites marchandises et à la vie quotidienne des gens du commun. Avec cette nouvelle monnaie, les commerçants pouvaient enfin économiser le fruit de leur travail et financer des projets de plus en plus coûteux. L'apparition dans les grandes villes d'une nouvelle bourgeoisie et les foires marchandes qui devenaient des marchés permanents témoignent de cette richesse. Le succès fut tel que, l'argent devenant très rapidement de plus en plus rare, la monnaie constituée par ce métal commença à prendre de la valeur et se rapprocher de celle de l'or. Afin d'éviter une crise monétaire, il fut décidé d'alléger et de réduire la taille des pièces en argent tout en leur conservant la même valeur. Face à cette nouvelle monnaie d'argent, la méfiance était telle que les fonctionnaires royaux eurent recours à de véritables méthodes de terreur afin de la faire accepter[réf. nécessaire].

Déclin du système militaire

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Les Francs ont toujours été une nation guerrière, cela se vérifiera aussi bien sous le règne desMérovingiens que des Carolingiens. Ainsi sousCharles Martel,Pépinle Bref ouCharlemagne, chaque été fut une occasion de mener une expédition militaire pour remplir les caisses du royaume. Ces guerres et leur organisation étaient décidées à l'assemblée générale annuelle, qui était composée de hauts aristocrates.

En principe tous les hommes libres étaient tenus d'assister aux expéditions, ce qui est un héritage direct du système militaire mérovingien. Cependant, les campagnes militaires devenaient de plus en plus difficiles à mesure que le territoire s'étendait, de plus, le soldat ne recevait pas de solde et devait apporter soi-même sa nourriture, ses vêtements et ses armes. Ainsi à l'époque carolingienne leservice militaire devenait la charge la plus lourde des hommes libres à cause de son coût mais aussi car ces expéditions rapportaient de moins en moins de butins de guerre. La conséquence était un appauvrissement général des soldats qui finissaient soit par vendre tous leurs biens lorsqu'ils possédaient quelque chose, soit entrer dans les ordres ou bien devenir simples brigands ou malfaiteurs[20].

Charlemagne tentera en vain de remédier à cette situation en allégeant certaines charges, essentiellement en direction des soldats les plus pauvres, favorisant ainsi la cavalerie. Le prix de l'armement et de l'équipement des cavaliers était très élevé. Afin d'éviter d'avoir à payer cette lourde charge mais tout de même essentielle, les Carolingiens ont commencé à distribuer des terres à leurs vassaux directs afin qu'ils s'enrichissent par eux-mêmes et accomplissent leur service militaire dans la cavalerie. Finalement ces mesures ont permis l'apparition d'une véritable armée de métier dont les soldats, riches propriétaires terriens ou issus de la noblesse, étaient mieux équipés et mieux entraînés que leurs prédécesseurs.

Début de la féodalité

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L'introduction de lavassalité et du « bénéfice », dans ce cas le fief, fut une des réalisations majeures des Carolingiens. Pleinement développé dans tous les États nés de la dislocation de l'Empire après l'époque carolingienne, ce système se nommeraféodalité. En principe, la vassalité était fondée sur un engagement privé entre hommes libres, dont l'un, le vassal, se mettait au service d'un autre et qui en échange de la protection de ce dernier, le reconnaissait pour seigneur. La vassalité existait déjà à l'époque mérovingienne, car dans des sociétés où l'ordre public était quasiment inexistant, l'insécurité ambiante obligeait les personnes à chercher un protecteur. La véritable innovation des Carolingiens fut que le seigneur était de plus en plus amené à récompenser son vassal en lui fournissant des terres ou d'autres biens qu'on appelait « bienfait » ou « bénéfice », et qu'à partir duXe siècle on appela « fief », complément et contrepartie désormais duvasselage. Le second avantage de cette pratique était que le seigneur n'avait plus à entretenir directement les vassaux comme ce fut le cas auparavant. Les terres données aux vassaux provenaient des domaines royaux mais aussi et de plus en plus (notamment à cause des insuffisances des réserves royales), sur les biens des monastères et des églises. La féodalité carolingienne permit l'émergence d'une nouvelle noblesse qui allait fournir en premier lieu les cadres de l'armée et sa section la plus efficace, la cavalerie lourde. De plus, dans les lointaines régions ou celles nouvellement acquises, les vassaux royaux formèrent de véritables entreprises coloniales comme ce fut le cas enAquitaine par exemple. Enfin la vassalité a permis aux rois carolingiens, comme Pépin et Charlemagne, de fidéliser et ainsi de mieux contrôler les comtes.

La renaissance carolingienne

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Article détaillé :Renaissance carolingienne.

L'instruction

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Centres d'études carolingiens,VIIIe et IXe siècles : en vert les écoles monastiques, en orange les écoles épiscopales.

LesFrancs n'ont pas, à proprement parler, peuplé significativement laGaule. Au nombre d'environ 40 000 hommes, femmes et enfants selonGrégoire de Tours, les Francs ont occupé les places et positions de pouvoir, se fondant dans la population gallo-romaine. Dans les décennies qui ont suivi lachute de l'Empire romain et lesgrandes invasions, la population avait partiellement déserté les villes et villages et s'était souvent regroupée dans les forêts et autour de monastères, souvent créés dans ce contexte de fuite. Ces centres avaient sauvegardé la culture et les savoir-faire gallo-romains, mais néanmoins cette nouvelle société, qualifiée désormais de franque, était majoritairement illettrée, et ignorait aussi bien les sciences religieuses que profanes. Cette situation perdura sous Charles Martel et Pépinle Bref ou son filsCarloman qui, bien que n'étant pas analphabètes, avaient d'autres priorités (notamment militaires et politiques) plus importantes que l'éducation et l'organisation d'écoles.

C'est avecCharlemagne que cette situation changea. Lui-même avait reçu une éducation plus approfondie que celle de ses prédécesseurs, il connaissait lelatin et dans une moindre mesure legrec. Il avait aussi des notions de mathématiques et d'astronomie. L'Empire carolingien ayant des lacunes au niveau de l'éducation classique et de l'instruction, Charlemagne fit appel aux enseignants les plus éminents de son temps en Europe, venus pour certains despays anglo-saxons ou deLombardie.

Charlemagne, souverain pieux, avait un intérêt marqué pour l'étude des textes religieux. C'est pourquoi il appela l'Anglo-SaxonAlcuin en782 pour effectuer un recensement et une étude poussée des textes religieux anciens conservés en Gaule. Aussi, la « renaissance carolingienne » commença avec le but d'éduquer et former des cadres religieux compétents et maîtrisant les différentes analyses et interprétations religieuses. Charlemagne, soucieux de la conservation de ces textes anciens, ordonna que dans les monastères et églises soient créés des écoles et des ateliers decopie. À partir de cette impulsion religieuse, l'Empire carolingien allait initier un véritable renouveau intellectuel et littéraire à travers tout le territoire de la Gaule[21].

L'essor des arts et des lettres

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Raban Maur (gauche), soutenu parAlcuin (milieu), dédicace son œuvre à l'archevêqueOtgar de Mayence (droite).

Très rapidement, les Francs font revivre le passé latin de la Gaule bien éloigné de la culture barbare des premiers mérovingiens.Aix-la-Chapelle, ville où Charlemagne avait établi sa cour, fut très rapidement appelée la « Rome nouvelle » par Alcuin tant les arts et la poésie y foisonnaient. De nombreux clercs et dignitaires qui y venaient, étaient tellement impressionnés qu'ils n'hésitaient pas, de retour dans leurs fiefs, à imiter l’œuvre de Charlemagne ; ceci avait pour effet de déplacer lentement le centre de gravité de l'éducation carolingienne initiée à Aix-la-Chapelle vers le centre de la Gaule.

Malgré le fait que les héritiers de Charlemagne étaient nettement moins portés sur l'éducation, l'œuvre intellectuelle et littéraire se poursuivit. Relayés par les monastères et les églises, cet âge d'or carolingien dura plusieurs siècles. Encore aujourd'hui, la plupart des textes latins conservés sont parvenus jusqu'à nous grâce aux initiatives de Charlemagne, sans lequel tout un pan de la culture gallo-romaine aurait été perdu.

Institutions sous les Carolingiens

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Bible carolingienne (fin duIXe siècle), dédicacée à « Rex Carolus » (CharlesII le Chauve).

Dans une société marquée par la religioncatholique, les Carolingiens s'appuient sur une administrationlaïque et ecclésiastique. Le palais reste l'administration centrale de la royauté et ses structures restent les mêmes que sous les roisMérovingiens. Néanmoins, la charge demaire du palais disparaît, ses fonctions sont réparties entre lesénéchal pour l'intendance et lecomte du palais pour la justice. Autre évolution, lachancellerie, désormais dirigée par unarchichancelier issu de l'Église, recrute ses membres parmi les clercs du royaume[22].

Dans les provinces, le système hiérarchique reste le même, mais un lien de fidélitévassalique entre le monarque et ses agents (surtout lesducs et lesmarquis) se met en place en échange de terres. Jusqu'au milieu duIXe siècle, des ecclésiastiques, lesmissi dominici, contrôlent et inspectent les agents royaux pour le compte du souverain. La disparition de cette fonction fait perdre à la monarchie son contrôle sur les agents de terrain, qui finissent par échapper au pouvoir central. La justice évolue à l'initiative deCharlemagne, les tribunaux sont désormais composés d'échevins nommés à vie par lesmissi dominici, qui récupèrent du même coup la présidence, en rotation avec les comtes[22].

Place et rôle des femmes et des hommes dans la société carolingienne

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Statut selon le genre

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De façon générale, la société carolingienne est très ordonnée et hiérarchisée[23]. Hommes et femmes ont des statuts, des droits et des rôles distincts ; toutefois, la condition sociale des individus peut être parfois plus déterminante en matière de différences[23]. Il existe une sorte de tutelle, nommée « mundium », du père ou de l'époux sur la femme : celle-ci est juridiquement sous sa protection mais aussi sous son contrôle[24]. Au quotidien, femmes et hommes vivent ensemble, mais certaines activités et certains lieux sont dévolus à l'un ou l'autre genre : seuls les hommes labourent les champs, même si les femmes participent à d'autres activités agricoles, et pour les femmes travaillant les fils et tissus, il existe des constructions spécifiques[23]. Progressivement, alors que l'ensemble de la société se hiérarchisait, les hommes ont pris le contrôle sur leur famille et les femmes de celle-ci[23]. De plus, l'influence de la religion chrétienne et les discours religieux sur les femmes, vues comme étant secondes après l'homme (selon l'une des lectures de la conception d'Ève et Adam), faibles moralement et physiquement, font que ces dernières sont peu à peu éloignées de rôles et lieux religieux — lesabbesses elles-mêmes perdant en autonomie au sein de leurs monastères[23].

Certaines femmes liées aux hommes importants de l'époque jouent un rôle dans la politique et la société : il en est ainsi dePlectrude qui aide les maires du palais de son époque ; deBertrade de Laon (ou Berthe), qui reçoit le sacre avec son épouxPépin le Bref (ils seront les parents de Charlemagne) et prend part aux affaires du royaume ; ou deGisèle, sœur de Charlemagne qui a sûrement aussi eu de l'influence surAlcuin et lui[24]. Toutefois, certains ne voient pas d'un bon œil une femme qui pourrait les gouverner et protestent contreFastrade, l'une des épouses de Charlemagne, lorsque celle-ci reçoit certains pouvoirs politiques[25].

Les religieuses de la période apportent aussi à celle-ci et à la Renaissance carolingienne, notamment dans la copie et dans la création artistique[25].

Évolutions du mariage

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Par ailleurs, le statut de l'union d'un couple est peu à peu modifié : les dirigeants et les religieux souhaitent que lemariage soit rendu plus officiel et moins facile à dénouer ; progressivement, les gouvernants et religieux vont le réglementer, touchant ainsi au domaine familial, et ceci en lien avec l'idée de le rendre plus stable, avec des relations affectueuses et respectueuses, qui reflète aussi l'ordre souhaité dans la société[23]. Le mariage est à l'époque surtout un accord entre deux familles, qui s'accompagne d'échanges de biens, et il n'y a pas besoin de cérémonie religieuse ; les rois veulent surtout qu'il soit rendu public et qu'il soit stable dans le temps, les religieux ne veulent plus dumariage par enlèvement, ni de mariages dans la parenté[23].Hincmar,archevêque de Reims à cette période, sera un auteur important concernant lemariage chrétien, y compris dans la suite du Moyen Âge ; il souhaite l'accord de la future épouse (même si celui de l'homme chef de sa famille prédomine), de bonnes relations matrimoniales et une consommation du mariage qui en atteste la légalité[23]. Dans les années 850-860, même le roiLothaire II, contraint par les autorités religieuses, ne peut plus divorcer ; ce genre de jeux de pouvoir autour de la question du mariage aura lieu durant une période de stabilisation des pratiques[23]. La valeur du mariage entre esclaves est moins considérée que pour les personnes libres[25].

Éducation

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Dans les familles des puissants, l'éducation est de mise, y compris pour les femmes ; la comtesseDhuoda (vers 800 - après 843) pourra ainsi écrire untraité destiné à l'éducation de son fils Guillaume[23].

Esclavage

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Dans la société carolingienne, certaines personnes, femmes comme hommes, sont desesclaves ; l'évolution de la société au fil du temps, qui favorise le pouvoir des aristocrates, tend à amener le statut du paysan libre vers celui de l'esclave[24].

Arbre généalogique simplifié

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Article détaillé :Généalogie des Carolingiens.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Charles Martel
maire du palais
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pépin le Bref
roi des Francs
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Charlemagne
roi des Francs
empereur d'Occident
 
CarlomanIer
roi des Francs
 
Sainte Gisèle
Abbesse
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pépin d'Italie
roi des Francs
roi des Lombards
 
 
 
 
 
Louis le Pieux
roi des Francs
empereur d'Occident
 
 
 
 
 
Charles le Jeune
roi des Francs
roi de Neustrie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
LothaireIer
roi de Francie méd.
empereur
 
 
 
 
 
PépinIer
roi d'Aquitaine
 
 
 
 
 
LouisII le Germanique
roi de Francie or.
 
 
 
 
 
CharlesII le Chauve
roi de Francie occ.
empereur
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
LouisII
roi d'Italie
empereur
 
LothaireII
roi de Lotharingie
 
Charles
roi de Provence
 
PépinII
roi d'Aquitaine
 
Carloman
roi de Francie or.
 
LouisIII le Jeune
roi de Francie or.
 
Charles le Gros
roi de Francie or.
empereur
 
LouisII le Bègue
roi de Francie occ.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Hugues
duc d'Alsace
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Arnulf
roi de Germanie et d'Italie
empereur
 
 
 
 
 
LouisIII
roi de Francie occ.
 
CarlomanII
roi de Francie occ.
 
CharlesIII le Simple
roi de Francie occ.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Zwentibold
roi de Lotharingie
 
LouisIV l'Enfant
roi de Germanie
 
Ratold
roi d'Italie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
LouisIV d'Outremer
roi de Francie occ.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Lothaire
roi de Francie occ.
 
Charles
duc de Basse-Lotharingie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
LouisV le Fainéant
roi de Francie occ.
 
Otton etLouis

Autre arbre généalogique simplifié

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Carolingiens / Ottoniens / Robertiens / Capétiens

Notes et références

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Notes

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  1. Ici, le mot « prince » signifie « premier », « chef » en ce sens que Charles Martel, sans s'emparer du titre de roi, devient le véritable chef des Francs.
  2. D'autres conciles et synodes sont organisés àVer (),Verberie(),Compiègne(), Attigny() et Gentilly()[10].

Références

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  1. « Définition de CAROLINGIEN », surcnrtl.fr(consulté le)
  2. Edmond RobinetLa France (1845),p. 50.
  3. Paul-Otto Bessire,Histoire du peuple suisse par le texte et par l'image, Moutier, 1940,p. 37.
  4. Roland Mousnier,Les maisons royales et souveraines d'Europe, Brepols, 1989,p. 65.
  5. JacquesFontaine,« La culture carolingienne dans les abbayes normandes : l'exemple de Saint-Wandrille », dansLucien Musset (dir.),aspects du monachisme en Normandie (IVe – XVIIIe siècles) : actes du Colloque scientifique de l'Année des abbayes normandes, Caen, 18-20 octobre 1979, Paris,Librairie philosophique J. Vrin,coll. « Bibliothèque de la Société d'histoire ecclésiastique de la France »,, 186 p.(ISBN 2-7116-2034-4),p. 33.
  6. ÉricBournazel,LouisVI le Gros, Paris,Fayard,, 524 p.(ISBN 978-2-213-63423-4,présentation en ligne).
  7. Hervé Pinoteau,La symbolique royale française,Ve -XVIIIe siècle, P.S.R. éditions, 2004,p. 43.
  8. Christian Settipani,Onomastique et Parenté dans l'Occident médiéval, Oxford, Prosopographica et genealogica,, 310 p.(ISBN 1-900934-01-9).
  9. JeanFavier,Charlemagne, Paris, Fayard,, 770 p.(ISBN 978-2-213-60404-6),p. 91-92
  10. Eugen Ewig, « Résidence et capitale pendant le haut Moyen Âge »,Revue Historique,vol. 230,no 1,‎,p. 47(lire en ligne, consulté le).
  11. Jean Favier 1999,p. 91-92, 130.
  12. Jean Favier 1999,p. 13.
  13. Jean Favier 1999,p. 34.
  14. Jean Favier 1999,p. 38.
  15. Jean Favier 1999,p. 40-46.
  16. Henri Pirenne,Histoire de l'Europe des invasions auXVIe siècle, Alcan-N.S.E., 1939,15e éd.,p. 80-81.
  17. Hervé Pinoteau,La symbolique royale française,Ve -XVIIIe siècle, P.S.R. éditions, 2004,p. 44.
  18. Christian Settipani,La Préhistoire des Capétiens (Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 1), éd. Patrick van Kerrebrouck, 1993, p. 248.
  19. Georges Duby,Histoire de France,p. 200.
  20. Georges Duby,Histoire de France,p. 171.
  21. Georges Duby,Histoire de France,p. 181.
  22. a etbHistoire des institutions avant 1789,p. 100-109.
  23. abcdefghi etjSylvie Joye (Historienne spécialisée dans le haut Moyen Âge, et l'histoire des femmes et des figures de pouvoir) et Damien Vidal (Auteur et dessinateur de bande dessinée),Qui est Charlemagne ? : De Pépin le Bref à Hugues Capet, France, La Découverte / La Revue dessinée,coll. « Histoire dessinée de la France »,, 172 p.(ISBN 979-10-92530-44-5),p. 136-141.
  24. ab etcSylvie Joye (Historienne spécialisée dans le haut Moyen Âge, et l'histoire des femmes et des figures de pouvoir) et Damien Vidal (Auteur et dessinateur de bande dessinée),Qui est Charlemagne ? : De Pépin le Bref à Hugues Capet, France, La Découverte / La Revue dessinée,coll. « Histoire dessinée de la France »,, 172 p.(ISBN 979-10-92530-44-5),p. 159.
  25. ab etcSylvie Joye (Historienne spécialisée dans le haut Moyen Âge, et l'histoire des femmes et des figures de pouvoir) et Damien Vidal (Auteur et dessinateur de bande dessinée),Qui est Charlemagne ? : De Pépin le Bref à Hugues Capet, France, La Découverte / La Revue dessinée,coll. « Histoire dessinée de la France »,, 172 p.(ISBN 979-10-92530-44-5),p. 142-147.

Pour approfondir

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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