Carnaval de Périgueux Carnaval de Périgüers * | ||
Carnaval de Périgueux 2022 Pétassou livré aux flammes | ||
| Domaine | Pratiques festives | |
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| Lieu d'inventaire | Nouvelle-Aquitaine Dordogne Périgueux | |
| *Descriptif officiel Ministère de la Culture (France) | ||
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LeCarnaval de Périgueux est une fête populaire organisée àPérigueux, dans le département de laDordogne. S'inscrivant dans des pratiques festives qui remontent auXIIe siècle, le carnaval consiste aujourd'hui en un défilé de chars et de groupes de musiciens sur les boulevards de la ville. La déambulation termine par le jugement et lacrémation de Pétassou sur les quais de l'Isle.
Inscrit dans l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2010, le carnaval est devenu célèbre pour la personnificationcomique,caricaturale etsatirique de Pétassou et les nombreuses croyances et légendes locales qui lui sont associées.
Dès leXIIe siècle, à l'occasion deMardi gras, des carnavals sont organisés dans différents quartiers dePérigueux[1]. Les jeux et les coutumes sont préparés de manière codifiée et mis en scène pour contrôler les désordres et la liesse populaire du Mardi gras[2]. AuXIVe siècle, desbanquets aux frais duconsulat sont organisés sur laplace du Coderc, en compagnie des trois principales communautés religieuses de la ville (lesFilles de Sainte-Claire, lesFrères mineurs et lesFrères prêcheurs)[2]. On y sert principalement duporc salé, d'originelimougeaude[2], et duboeuf, dans la tradition duBœuf Gras[3]. La distribution de ces repas dans un contexte defamine régulière suscite souvent des débordements et des bousculades violentes[2]. En 1347, huit personnes meurent étouffées dans l'église Saint-Front lorsque la foule se presse pour recevoir la « charité du Mardi-Gras »[2], officialisée depuis 1329[4]. Outre les repas, la ville organise une course réservée aux femmes sur les bords de l'Isle ou, en cas d'inondation, entre la porte Taillefer et la porte de la Cité[5]. Pendant les festivités, la municipalité de Périgueux donne aussi à chaque citoyen deux deniers et une maille[2]. Pour asseoir leur pouvoir local et leur contrôle des activités de la cité, certains bourgeois et nobles aisés font don derentes pour l'organisation du Mardi gras[2].
À partir duXVIIe siècle, le carnaval devient dangereux pour l'ordre politique et religieux établi[4]. Malgré la volonté des autorités locales à l'organiser dans un cadre règlementaire précis, les débordements persistent[4]. Alors que les tentatives de retirer le carnaval du calendrier populaire restent vaines, il devient un moment de résistance et de révolte pour les citoyens[4]. AuXIXe siècle, alors que les conventions morales imposées par l'Église sont fortes, la course anciennement réservée aux femmes devient une course d'hommestravestis, dont lesjupes et lescotillons ralentissent et ridiculisent volontairement pour l'amusement[6].
Deux traditions liées aumercredi des Cendres étaient notamment organisées au niveau local. Proche de l'atellane, la première consiste à faire monter sur unâne les mariscocus oubattus[6],[7]. Ils étaient promenés et moqués publiquement dans toute la ville, vêtus d'unerobe, d'unfichu et d'unecoiffe[8],[6]. La deuxième tradition, moins répandue que la première, est appelée les « cornes »[9] :
« Ce jour-là […], tous ceux qui se sont mariés dans l'année carnavalesque finie un an auparavant, à pareil jour, se rassemblent, déguisés et masqués, sur la vieille place de la Rode. Le dernier marié de ceux-là porte unefourche à foin ainsi accoutrée : dans les deux dents sont plantées deux cornes de bœuf […]. La troupe […] se rend en procession, chez le premier marié de l'année carnavalesque finit ce jour. Devant la porte, on se range en demi-cercle ; la musique donne l'aubade, puis se tait. Alors, le plus ancien marié de la troupe s'avance, et […] appelle trois fois l'homme par son […] surnom. […] Il arrive donc, et lorsqu'il est sur le pas de la porte, la musique éclate avec rage. Puis le silence se fait, et l'homme s'avance […]. On lui fait d'abord saluer bien bas la fourche tenue au centre du cercle […], on le fait mettre à genoux […] et on lui fait réciter des questionsfarcesques […]. Lorsqu'il a répondu, on lui fait réciter, en la lui dictant mot à mot, une profession de foi à crever de rire, par laquelle il promet, entre autres choses, d'être sourd et aveugle. [Les] cornes s'abaissent vers lui et couronnent un moment sa tête, et puis on les lui fait embrasser […]. Le chef de la troupe prononce une formuleburlesque […], fait relever l'homme et lui donne l'accolade, tandis que la musique reprend à grand bruit. […] Toute la troupe s'en va vers la maison du second marié où [la farce] recommence […], et on va chez le troisième, et ainsi de suite, jusqu'au dernier marié, qui porte l'engin cornu jusqu'à l'auberge où la troupe s'en vasouper en grande joyeuseté. »
— Eugène Le Roy,Le Moulin du Frau (1891)[8].
Après plusieurs arrêts du carnaval en 1914 (Première Guerre mondiale), en 1920, puis en 1939 (Seconde Guerre mondiale)[10], il reste un lieu de sociabilité quasi-exclusivement réservé aux jeunes hommes jusqu'en 1950[4]. Les autorités locales cherchent à contrôler les effets secondaires des festivités, en interdisant, par un arrêté préfectoral datant du, la vente et le jet deserpentins sur la voie publique[11]. L'interdiction est levée par un nouvel arrêté en date du 9 février 1925[12]. L'objectif est alors de s'échapper des soucis familiaux et économiques, notamment liés aux deux conflits mondiaux[10]. Dans les années 1960, le carnaval disparaît avec l'émergence de nouveaux moyens d'expression ludique, considérés comme étant plus modernes[10].
Le carnaval, connu sous sa forme actuelle, est réhabilité officiellement en 1983[1]. En étant de plus en plus unesatire de la vie politique locale, le carnaval de Périgueux relance plusieurs polémiques[13]. Plusieurs établissements scolaires de Périgueux interdisent le port de déguisement à Mardi gras[11]. En 1990, le carnaval est accusé« d'atteinte au moral des Périgourdins », ce qui a pour conséquence une« légère apathie de l'ensemble de la population »[11].
| Image externe | |
| Le Carnaval à Périgueux (1992), surSlate | |
En 1992, l'artiste françaisMartial Raysse peintLe Carnaval à Périgueux, un tableau qui fait partie de ses plus grandes compositions[14],[15]. Réalisée avec la technique de ladétrempe sur toile, cette frise à l'échelle réelle (300 × 800 cm) représente une scène contemporaine de fête populaire dans un style à contre-courant des tendances artistiques de l'époque[14],[16],[17]. Le tableau résulte decroquis et d'esquisses réalisés plusieurs années auparavant, d'après une scène de rue aperçue par hasard à Périgueux[17]. Dans un premier temps montrée auJeu de paume en 1992[17], l'œuvre d'art fait partie de l'exposition temporaire dédiée à l'artiste entre le 14 mai et le aucentre Pompidou (Paris)[14]. Faisant partie de lacollection Pinault, elle est aujourd'hui exposée aupalais Grassi (Venise)[18].
Dans le cadre de la mission « Institut Occitan 2008-2010 » pilotée par Christine Escarmant-Pauvert, une enquête de labellisation du carnaval est menée le 12 décembre 2008 à Périgueux. L'enquêtrice rencontre notamment Christian Lafaye, membre du comité d'organisation du carnaval et responsable de l'école Calandreta de la ville[19]. Le carnaval de Périgueux est inscrit dans l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis le 5 juillet 2010, au titre de son histoire et de son insertion dans l'action touristique locale[19].
L'édition 2020 du carnaval est exceptionnellement annulée en raison de lapandémie de Covid-19 en France[20].
Le carnaval de Périgueux reste un élément-clé du patrimoine culturel et du dynamisme de la ville de Périgueux[11]. Il réunit plusieurs milliers de personnes chaque année[19]. La date reste fluctuante en fonction du calendrier desvacances scolaires et de la fréquentation touristique[19].
Quelques jours avant le début des festivités, le comité Carnaval de Périgueux[19] laisse entendre qu'un inconnu est aperçu dans la campagne environnante[21]. Pour élaborer lemythe, les organisateurs reprennent parfois unfait-divers local ayant fait laune des journaux[21]. Le scénario est diffusé dans les titres de la presse locale[22].
Le jour du carnaval, les participants portent desmasques et descostumes[10]. Desconfettis, desballons, des objets defoire et desboissons sont vendus sur la voie publique[19].
Le carnaval de Périgueux est composé de défilés de chars tirés par des camions et de déambulations de musiciens (bandas,fanfares,percussions) sur les boulevards de la ville[19]. Desmanèges se situent à proximité[19]. Les festivités tournent autour du jugement de l'inconnu présenté comme le roi de la fête : « Pétassou »[N 1]- Petaçon, en occitan, qui décrit le vêtement du mannequin constitué depetaces, des morceaux de tissu à rapiécer[24] - (ou « Carnaval »)[1],[7]. Fabriqué au début de la période carnavalesque par le comité d'organisation, les écoles et les associations de quartier[19],[25], le mannequin qui symbolise Pétassou prend une forme humaine[7]. De manière générale, il est composé d'une armature en bois, bourrée de paille et, parfois, remplie depétards[7]. Il est souvent décoré, costumé et habillé d'un masque de personnage célèbre[7].
Lors du défilé de chars, Pétassou apparaît en tête ou en fin de cortège, assis ou à califourchon sur unâne ou dans une vieille voiture[7],[26]. Il est promené dans la ville jusqu'à l'endroit de son jugement[7]. À ce moment précis, le mannequin est accompagné de son double vivant qui tient le rôle de Pétassou en tant qu'accusé[27]. Une table detribunal, entourée dejuges et d'avocats, est dressée sur une grande place de la ville[27]. Alors encadré par des gardes ou des gendarmes, Pétassou est inculpé pour tous les méfaits, les vols et les crimes perpétrés à Périgueux[27]. Le discours du jugement, transmis traditionnellement de manière orale, est souvent remanié en fonction de l'actualité[27]. En 1990, Pétassou est rebaptisé « général Petacescu », en référence audictateurNicolae Ceaușescu, exécuté à l'issue de larévolution roumaine de 1989[28]. Il peut être parfois rendu partiellement ou totalement enoccitan[27]. Une fois condamné en place publique, Pétassou est mis à mort et finit généralementbrûlé en contrebas de lacathédrale Saint-Front, sur les quais de l'Isle[1]. Quelques personnes chantent alors la chanson populaireAdieu paure Carnaval[19].
Pétassou est quelquefois associé à « Pétassette », sa femme. Son nom est également remanié en fonction de l'actualité ; en 1990, elle est rebaptisée « Elena », comme l'épouse du dictateur[28].
Le carnaval de Périgueux est une date importante dans le calendrier populaire[29]. Les citoyens se permettent des excès festifs et alimentaires avant leCarême[29]. L'idée est d'oublier les contraintes, lestabous, les interdits, l'institution sociale et laloi[30].
Le personnage de Pétassou incarne l'unité d'une communauté[21]. Les histoiresrocambolesques qui lui sont attribuées prennent naissance de faits réels dont on extrait uniquement l'aspectcomique,caricatural,parodique ou dérisoire[21]. À travers le jugement de Pétassou, chacun en profite inconsciemment pour lestigmatiser, qu'il personnifie un maricocu, une personne mesquine, un membre duclergé ou unepersonnalité politique trop ambitieuse[28],[30]. Le jugement expéditif de Pétassou est une critique d'unejustice trop rapide et souvent remise en cause[30]. L'un des objectifs premiers de sa crémation est de voir s'envoler tous les malheurs passés, avant de repartir positivement sur une nouvelle année[31].
Contrairement aux carnavals d'Agen, deBordeaux ou deToulouse, celui de Périgueux est reconnu pour les scénarios élaborés chaque année, qui cherchent avant tout à être unesatire des sujets de la vie quotidienne locale[13] : les difficultés économiques, la gestion municipale, les faits-divers insolites, ou encore l'actualité des commerçants[22].
Le carnaval fait l'objet de plusieurs croyances[29]. L'une d'entre elles est que la période carnavalesque semble propice à l'élimination d'animaux nuisibles, notamment lespuces, lesaraignées, lescafards, lestaupes et lesmoucherons[32],[33]. Une autre croyance consiste à réaliser quelquesrituels de fertilité pendant la période du carnaval, pour améliorer le rendement des récoltes et faire prospérer lebétail : jeter des cuillérées debouillon dans l'étable avant ledéjeuner ; placer unos plat sur la tête de la plus vieille desvaches ; ne pas casser d'œuf le jour du carnaval ; réserver la plus bellecrêpe de la période auxpoules afin de multiplier leurspontes ; tirer un coup defusil le soir du carnaval[33].

D'après les légendes locales, leDiable prend part aux festivités. Après avoir également fait des excès le jour de carnaval, il devient, le soir-même, le maître de cérémonie duSabbat, une assemblée desorcellerie qui réunit ses serviteurs — dessorciers et desloups-garous — dans uneclairière abandonnée[34]. Il est personnifié en homme grimaçant et torturé tenant une fourche à la main, ou enbouc avec de grandes cornes et unequeue[34]. Cette croyance rappelle aux citoyens que, le lendemain du carnaval, le Diable est toujours présent et veille à ne tolérer aucun faux-pas[34].
Plusieursdictons météorologiques sont également formulés enpatois pour lier la période carnavalesque à desprévisions climatiques[32],[35],[36] :
« S'il pleut pour Carnaval, bonne année pour lesnoix[N 4]. »
« Le jour du Carnaval, si l'aubépine goutte, il y aura du blé noir[N 5]. »
« On n'a jamais vu de Mardi-Gras en dehors de lune nouvelle de février[N 6]. »
« Lune de février amène le Mardi-Gras[N 7]. »
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