Uncardinal (du latincardinalis, principal) est un haut dignitaire de l'Église catholique choisi par lepape et chargé de l'assister. Il fait partie duCollège des cardinaux (anciennement appelé « Sacré Collège », jusqu'en 1983). Le titre précis est « cardinal de la Sainte Église romaine » (Sanctæ Romanæ Ecclesiæ cardinalis) ; les cardinaux forment la plus haute sphère de l'Église catholique.
Déjà, dans l'Empire romain depuisThéodose, le titre decardinalis était donné à des officiers de la couronne, à des généraux d'armée, aupréfet du prétoire enAsie et enAfrique, parce qu'ils remplissaient les principales charges de l'empire.
Les cardinaux étaient à l'origine les membres duclergé deRome, dépendants de l'évêque de Rome qu'ils avaient la charge d'élire. On distinguait trois ordres de cardinaux : lescardinaux-évêques desdiocèses circonvoisins (évêchés suburbicaires), lescardinaux-prêtres, titulaires des paroisses ou titres de la ville de Rome, et lescardinaux-diacres, responsables desdiaconies romaines.
En1059, lors duSynode de Latran au moment de laréforme grégorienne de l'Église, le papeNicolas II définit avec plus de précision leur statut et leur accorda un rang supérieur aux autres évêques de l'Église. En particulier, il fit des cardinaux les seuls électeurs du pape, leur choix étant toujours théoriquement confirmé par l'acclamation du clergé et du peuple romain.
Avec Urbain II (1088-1099), le consistoire, qui ne réunit alors que les cardinaux-prêtres, prend le pas sur le Synode dudiocèse de Rome et devient un véritable lieu de décision. C'est à partir de là qu'on peut parler de Sacré Collège en tant que corps véritablement constitué[1].
En1150, sous lepontificat d'EugèneIII, est établi le Sacré Collège, rassemblant l'ensemble des cardinaux. Au fil des siècles, leur nombre augmente passant d'une dizaine à un peu plus de deux cents, et leur origine se diversifie avec l'expansion du catholicisme.
En1179, le papeAlexandre III fit adopter par leIIIe concile du Latran la règle, encore en vigueur, de la majorité des deux tiers pour l'élection d'un nouveau pape. En 1181, les cardinaux prêtres deRome acquirent le pouvoir d'élire seuls le pape, à l'exclusion du clergé et du peuple de Rome. Ils obtinrent par là la prééminence sur lesévêques.
En 1245, auconcile de Lyon, les cardinaux obtiennent le port duchapeau (supprimé en 1969) tandis qu'en 1291 Boniface VIII leur accorde la soutane rouge. Enfin, en 1464, ils obtiennent le privilège de porter la barrette, signe distinctif des docteurs en théologie[1].
En1586,Sixte Quint dans sa bullePostquam verus a restreint la nomination des cardinaux à ceux qui ont lesordres mineurs depuis au moins un an et fixa à 70 le nombre des cardinaux, en mémoire des70 vieillards choisis parMoïse et les divisa en trois sections : six cardinaux-évêques, cinquante cardinaux-prêtres, quatorze cardinaux-diacres.
Jusqu'en1962[3], les cardinaux de l'ordre diaconal étaient prêtres, mais depuis cette date, ils doivent toujours recevoir laconsécration épiscopale, sauf dispense spéciale dupape. LeCode de droit canonique de 1983 reprend cette mesure[4]. Cependant, une dispense spéciale du pape est possible[5] : c'est ainsi queJean-Paul II a créé cardinaux des prêtres qui n'ont pas été consacrés évêques par la suite, par exemple les pères conciliairesHenri de Lubac,jésuite, etYves Congar,dominicain, ainsi qu'un certain nombre de cardinaux récents non électeurs. En revanche, tous les cardinaux actuellement électeurs ont reçu la consécration épiscopale.
Depuis1975, seuls les cardinaux de moins de80 ans peuvent voter et le nombre de cardinaux électeurs est limité à cent vingt, limite franchie par lepape François puisqu'il y avait cent trente-cinq électeurs à sa mort (dont cent trente-trois présents au conclave de mai 2025).
Le Collège cardinalice ou Collège des cardinaux, appelé autrefoisSacré Collège, est l'ensemble des cardinaux de l'église catholique. Il est présidé par undoyen. Le nombre de cardinaux, qui a varié au cours de l'histoire, est de 253 depuis le 7 décembre 2024[6] sous le pontificat deFrançois.
Le Collège comprend trois ordres dont la hiérarchie n'est que protocolaire : l'ordre épiscopal, l'ordre presbytérien et l'ordre diaconal[7].
Les cardinaux sont « créés » (terme issu dudroit romain désignant la nomination d'un magistrat, signifiant que la dignité émane de leur personne, et ne vise pas à pourvoir un poste ou une fonction vacante) par décret dupape publié devant leCollège des cardinaux réunis enconsistoire, en tant qu'« hommes remarquables par leur doctrine, leurs mœurs, leur piété et leur prudence dans la conduite des affaires ». S'ils doivent posséder au moins lepresbytérat, en pratique ils doivent êtreévêques : ceux qui ne sont pas encore évêques doivent recevoir la consécration épiscopale[8]. Cependant, des dérogations papales ont déjà été accordées, permettant à des prêtres créés cardinaux alors qu'ils avaient déjà atteint l'âge de80 ans de ne pas être consacrés évêques. Cela a été le cas par exemple pour le cardinal françaisAlbert Vanhoye et le cardinal albanaisErnest Simoni.
On dit d'une personne nouvellement nommée qu'elle est « élevée à la pourpre cardinalice » en référence à la couleur rouge des vêtements de cardinal.
En fait, la nomination de cardinaux est une indication politique sur le pontificat en cours et la future élection, les cardinaux étant chargés d'élire le pape. Dans l'histoire, elle a aussi été une manière d'honorer les cadets de grandes familles royales ou nobles et de récompenser des proches. Cet état de fait était désigné sous le nom denépotisme, du latinnepos, le neveu. Le pape choisissait un de ses neveux qu'il créait cardinal afin de faire entrer sa parenté dans la « carrière » ecclésiastique.
Consistoire ordinaire public pour la création de nouveaux cardinaux
Le papeCalixte III crée un cardinal : Enea Piccolomini, futurPie II.
Le consistoire pour la création des nouveaux cardinaux se déroule actuellement selon le rite introduit à l'occasion du consistoire du. Après le salut liturgique, le pape lit la formule de création et proclame les noms des nouveaux cardinaux. Le premier d'entre eux s'adresse alors au Saint-Père au nom de ses collègues. Suivent la liturgie de la Parole, l'homélie papale, la profession de Foi et le serment. Chaque nouveau cardinal s'approche ensuite du pape et s'agenouille devant lui pour recevoir la barrette, puis sontitre cardinalice ou sa diaconie :
le pape place la barrette sur la tête de l'impétrant, en disant : « Reçois cette pourpre en signe de la dignité et de l'office de Cardinal, elle signifie que tu es prêt à l'accomplir avec force, au point de donner ton sang pour l'accroissement de la foi chrétienne, pour la paix et l'harmonie au sein du Peuple de Dieu, pour la liberté et l'extension de la Sainte Église catholique et romaine » ;
le pape remet à chaque nouveau cardinal une église de Rome (titre ou diaconie) en signe de participation à la mission pastorale du pape sur l'Urbs ;
le rite prévoit ensuite la remise de la bulle de création des cardinaux, l'assignation du titre ou de la diaconie et l'échange du baiser de paix avec les autres élus et tous les autres membres du collège cardinalice.
Ensuite, le pape concélèbre avec les nouveaux cardinaux auxquels il remet l'anneau cardinalice « signe de dignité, de sollicitude pastorale et d'une plus étroite communion avec le Siège de Pierre ».
Le pape peut également choisir de ne pas divulguer le nom du nouveau cardinal, c'est ce qu'on appelle un cardinalin pectore (« gardé secret », littéralement « dans le secret de son cœur »). Quand son nom est publié par le pape, ce cardinal obtient la préséance à partir du jour de la réservationin pectore. Cette formule est généralement adoptée pour honorer des prélats dont la nomination présente des risques, par exemple en raison de la situation politique du pays dont ils sont ressortissants ou résidents. À la mort du pape, les noms des cardinauxin pectore repris dans le testament peuvent être divulgués[9].
L'insigne distinctif des cardinaux est la couleurrouge (dite « pourpre cardinalice »), couleur duSénat romain, du pouvoir, du prestige et de l'autorité, rappelant le sang versé par le Christ à travers saPassion[10]. C'est le papeInnocent IV, lors dupremier concile de Lyon en 1245 qui donna la pourpre et le chapeau rouge aux cardinaux[11].
Ils portent soit lasoutane rouge avec unebarrette[note 1] ou unecalotte rouge[13] et unemozette rouge, soit une soutane et une mozette noires avec des liserés et des boutons rouges.
Les cardinaux portent l'anneau, qui traditionnellement est desaphir et, même s'ils n'ont pas reçu la consécration épiscopale, ils utilisent lacroix pectorale, lacrosse et lamitre.
Jusqu'à l'InstructionUt sive sollicite du[14], ils portaient également le chapeau cardinalice rouge[note 2],[note 3], legalero, grand chapeau plat d'où pendaient des houppes de chaque côté, qui leur était imposé enconsistoire. C'est ce dernier que l'on retrouve dans lesarmoiries des cardinaux. Dans la pratique, ce chapeau ne servait plus guère que deux fois, le jour de la création du cardinal et après son décès, où il était déposé au pied du lit funèbre et suspendu ensuite au plafond au-dessus du tombeau. La tradition veut que le moment où legalero se détache et tombe à terre soit considéré comme l'instant où l'âme du défunt cardinal entre auParadis. De nos jours, le pape - ou l'ablégat quand la cérémonie n'a pas lieu àRome - impose la barrette rouge.
Les cardinaux utilisaient trois autres chapeaux, un de couleurnoire et de la forme usuelle dite duchapeau romain, orné d'une torsade et de glands rouges et or, pour servir en costume de ville, qui peut toujours être porté[14],[15], un chapeau de même forme, de velours rouge comme celui du pape, avec une tresse et des glands d'or, qui était porté avec lerochet et lamosette pour sortir de l'église en cérémonie, et un immense chapeau de paille fine recouverte de soie rouge (en italien legalero) qui servait notamment aux processions dans un but utilitaire pour se protéger du soleil.
Pendant les temps de l'Avent et duCarême, ainsi que pendant la vacance duSiège pontifical, ils portaient, en signe depénitence ou de deuil, des vêtementsviolets, assez semblables à ceux desévêques, dont ils ne différaient que par la couleur du fileté et des boutons.
Les religieux, tout en portant la calotte, la barrette et le chapeau rouges, conservaient pour le reste des vêtements la couleur propre à leur ordre, lesdominicains, lescamaldules, leschartreux, le blanc, lesaugustins et lesbénédictins, le noir, lescapucins, le marron, lesfranciscains de l'Observance, le gris, cendré ou perle.
Les cardinaux jouissent duprédicat d'Éminence (S. Ém.) par décret du d'Urbain VIII[16], qui leur est exclusivement réservé et qui complète la liste des honneurs qui leur sont dus en raison de leur qualité deprinces de l'Église.
La titulature complète en latin estEminentissimus ac Reverendissimus Dominus [Prénom en latin] Sanctæ Romanæ Ecclesiæ cardinalis [Nom en latin (lorsque celui-ci est traduisible)] :Son Éminence révérendissime Monseigneur [Prénom] Cardinal [Nom] de la Sainte Église romaine[17].
Plus couramment, on parle deSon Éminence le cardinal N.
Ils signent de leur prénom suivi deCard. ouCardinal, puis de leur nom (ex.Petrus Card. Palazzini).
La formule d'appel estMonsieur le Cardinal.
Le traitement, notamment dans la correspondance, est :Votre Éminence. Il s'emploie à la troisième personne du singulier. L'emploi du prédicatÉminence en lieu et place de la formule d'appelMonsieur le Cardinal ouÉminentissime Seigneur est également erroné. On dira par exemple : « Monsieur le Cardinal, plairait-il à Votre Éminence d´honorer de sa présence la conférence qui sera donnée... ».
La formule de politesse finale est, par exemple :J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Cardinal, de Votre Éminence, le très humble (outrès dévoué)serviteur.
La suscription des enveloppes sera :Son Éminence le Cardinal N., archevêque de....
Les cardinaux qui se trouvent hors de Rome et hors de leur propre diocèse sont exempts, en ce qui concerne leur propre personne, de la juridiction de l'évêque dudiocèse où ils se trouvent.
Ils ont partout préséance, sauf en présence du pape, et peuvent officier pontificalement dans toutes les églises hors de Rome en faisant usage de lacathèdre (c'est-à-dire comme s'ils étaient évêques du lieu en question).
Même s'ils n'ont pas reçu la consécration épiscopale, les cardinaux sont traditionnellement convoqués auconcile œcuménique. L'actuelcode de droit canonique ne les mentionne plus explicitement, mais prévoit qu'en plus des évêques, d'autres personnes non revêtues de la dignité épiscopale, puissent y être appelées[18]. Lecode de 1917 leur donnait un droit de suffrage délibératif[19].
Malgré l'étiquette due à leur rang de Princes de l'Église, assimilables qu'ils sont aux Princes de sang, leconcile Vatican II a considérablement réduit les privilèges accordés à ses plus hauts prélats, réduisant notamment la traîne cardinalice cérémoniale de 12 à 8 mètres et supprimant l'obligation de réserver un compartiment entier lors des déplacements ferroviaires, ayant également aboli l'obligation pour un cardinal en place de résider dans un palais comportant au moins une salle du Trône et une salle d'attente ainsi que deux escaliers distincts, l'un noble et l'autre de service, l'appartement privé ne devant être, avant la réforme, qu'une exception, ceci non par orgueil mais dans la mesure où l'Église considérait jadis que « plus le prestige du Sacré Collège sera élevé dans l'estimation générale, plus sera grand l'honneur rendu au Souverain Pontife et au Sacré Collège »[21].
Louis Antoine de Bourbon (1727-1785) : plus jeune fils dePhilippe V le Brave, il est créé cardinal et archevêque de Tolède en 1735 à 8 ans. Il renonce à l'état clérical en 1754.
Jean de Médicis (1475-1521) : deuxième fils deLaurent le magnifique, il est créé cardinal en 1489 à 13 ans. Il est ensuite élu pape sous le nom de Léon X (1513-1521).
Alexandre Farnèse (1520-1589) : en 1534, il est créé cardinal à 14 ans par son grand-père, le papePaul III.
César Borgia (1475-1507) : en 1492, il est créé cardinal à 17 ans par son père, le papeAlexandre VI. Il est le premier cardinal à démissionner de ses fonctions, en 1498.
Pierre Roger de Beaufort : en 1348, il est créé cardinal à 19 ans par son oncle, le papeClément VI. Il est ensuite élu pape sous le nom de Grégoire XI (1329-1371).
↑Les souliers avec boucle et barrette sont également remplacés par des souliers avec des lacets.« Connaissez-vous la dernière du pape ? Il vient de supprimer mon chapeau rouge. Il paraît que, depuis que je n'ai plus de chapeau rouge, l'Église est devenue l'Église des pauvres. Voilà où nous en sommes ! Regardez mes souliers. Des souliers avec des lacets ! Le pape nous demande de porter des souliers avec des lacets. Je venais justement de m'acheter des souliers avec boucle et barrette. »inJacques Isorni,La Fièvre verte, Flammarion,,p. 157.
↑[Chapitre II - Les dernierspossessi ou l'entrée du pape dans leXIXe siècle] Axel LeCorre, « Évolution du vestiaire liturgique papal et cardinalice (1789-1914) »,academia.edu,,p. 36-48(lire en ligne, consulté le).
Panvinius,De episcopatibus, titulis et diaconiis cardinalium, Venise, 1567
Charles Berton, publié par l'abbé Jacques-Paul Migne,Dictionnaire des cardinaux, contenant des notions générales sur le cardinalat, J.-P. Migne éditeur, Paris, 1857(lire en ligne)