La Cappadoce, près deGöreme. Au loin, la ville d'Avanos.Carte touristique de la Cappadoce moderne : provinces d'Aksaray,Niğde,Nevşehir etKayseri dans le sud de la région antique.
La région apparaît sur certaines tablettesassyriennes sous la dénomination deKitsuvatna[2]. LesPerses l'appellentKatpatuka ce qui a été interprété comme signifiant« pays des chevaux de race », étymologie douteuse d'autant que la région n'a jamais été réputée pour ses chevaux. Le chercheur Olivier Casabone (IFEA 2016) suggère la transcription deKatpatuka en « pays des plaines d'en bas » dont dérive directement letoponyme « Cappadoce ». LesGrecs anciens donnaient aux habitants de la Cappadoce le nom de « Syriens clairs » (Λευκόσυροι /leukósuroi).
Sous ces différentes dominations, la Cappadoce reste autonome, sous la domination de sa proprearistocratie de souchelouvite, qui y maintient unsystème féodal, mais fait allégeance aux pouvoirs successifs et leur fournit des contingents. En, cette aristocratie se rend indépendante sous le roiAriaratheIer, qui reconnaît symboliquement la suzeraineté d'Alexandre le Grand et fonde sa propre dynastie[3].
Sous la domination romaine, la région s'hellénise et sechristianise : au cours des années48 à58,saint Paul longe et traverse le pays au cours de ses trois voyages. Lechristianisme s'y répand auxIIIe et IVe siècles, malgré les persécutions deDioclétien de303-304, dontEusèbe de Césarée est le témoin[4]. Dans la seconde moitié duIVe siècle, sous l'impulsion deBasile, évêque de Césarée de Cappadoce (Kayseri), de nombreuses petites communautés monastiques s'implantent dans la région. Basile, d'obédienceorthodoxe, s'oppose à l'arianisme qui est alors en plein essor et qui a les faveurs de l'empereurValens. Pour affaiblir l'autorité de Basile,Valens divise la Cappadoce en371, détachant d'elle un vaste territoire dont il fait la Cappadoce Seconde et dont il confie l'autorité religieuse à un évêquearien (évêché deTyane, à proximité de l'actuelleNiğde).Grégoire de Nysse affirmait alors (Ep. II,9) que le nombre d'églises y était plus élevé que dans tout le reste du monde[5].
Entrée d'une église rupestre (Karanlık kilise, à Korama, aujourd'huiGöreme).
Professé dès le début duVIIIe siècle, l'iconoclasme refuse les images religieuses pour éviter l'idolâtrie. L'empereur byzantinLéon III se range à ce point de vue en726. Ses successeurs, qui y trouvent un moyen de limiter le pouvoir grandissant des monastères, poursuivent sa politique. Dans les églises rupestres iconoclastes laCroix est seule, sculptée dans de nombreuxoratoires etchapelles et décore souvent la calotte d'abside comme dans l'église Saint-Basile à Sinason (Mustafa Pacha)[8]. Dans l'église dustylite Nicétas à Kizil Çukur près d'Acantholithos (Ortahissar)[9], elle couronne les plafonds de lanef et dunarthex et est entourée de grappes de raisin qui évoquent l'Eucharistie[8].
En843, l'iconoclasme est déclaré « hérétique » et le pays retourne à l'orthodoxie, inaugurant une floraison artistique qui fait encore aujourd'hui sa renommée.
Conformément autraité de Lausanne de 1923, les Cappadociens chrétienssont expulsés du pays vers laGrèce. Contrairement auxPontiques, ces « Roums » cappadociens, majoritairementturcophones, étaient bien acceptés par leurs voisins musulmans, auxquels ils n'hésitent pas à confier leurs biens, partant à regret dans l'idée d'un prochain retour[12]. Avec eux s'en vont les tout derniers locuteurs de lalangue cappadocienne, qui ne subsiste aujourd'hui qu'enGrèce. Le tabou portant sur ces changements démographiques jette enTurquie un voile de silence sur le patrimoine chrétien[13]. En revanche, au cours des années1920 et1930, l'Europe redécouvre la Cappadoce, en particulier à partir de l'œuvre dujésuite françaisGuillaume de Jerphanion (1877-1948)[14] qui publie ses études sur les églises rupestres de la région. Cet ouvrage est un élément important dans la constante croissance dutourisme qui démarre dès lesannées 1950. En2005, selon les chiffres officiels, 850 000 étrangers et un million de Turcs ont visité cette partie du pays, entraînant l'expansion des artisanats locaux dutapis et de la céramique.
Plusieurs films ont été tournés en Cappadoce, dontYor, le chasseur du futur (1983) etLand of Doom (1985). Ses paysages hivernaux et ses larges panoramas prédominent le filmWinter Sleep réalisé parNuri Bilge Ceylan en 2014, qui a remporté la Palme d'or aufestival de Cannes 2014.
LesvolcansArgée (Erciyes),Argéopolis (Hassan) etAthar (Göllü)[15] entrèrent en éruption auMiocène supérieur (il y a dix millions d'années) jusqu'auPliocène (il y a deux millions d'années). Durant huit millions d'années, les éruptions ainsi que l'apparition de volcans de moindre importance au fil des millénaires générèrent une superposition de strates d'ignimbrites plus ou moins denses. En particulier, au début duQuaternaire, des lavesbasaltiques beaucoup plus dures se déposèrent. Quelques éruptions eurent encore lieu ultérieurement, notamment en, semble-t-il. Les dépôts du mont Argée (Erciyes) ont couvert à eux seuls une superficie de 10 000 km2, sur une épaisseur variant entre 100 et 500 mètres.
Sous l'effet desglaciations de l'èrenéozoïque, la croûte de basalte s'est lézardée, le sol s'est désagrégé, permettant à l'eau de s'infiltrer et d'accentuer encore l'érosion. Quand letuf est très tendre, il se désagrège totalement pour former une plaine poussiéreuse, tandis que sur les reliefs pentus, l'érosion crée canyons,mesas, cônes, pitons etcheminées de fée[16].
Le paysage de Cappadoce présente donc unegéomorphologie caractérisée pour l'essentiel par desplateaux formés par les cendres et les boues rejetées par les volcans avoisinants, desgorges, des cheminées de fées, ainsi que de grandes plaines constituées derésidus volcaniques. De nos jours, l'érosion continue : les pitons et les cônes actuels sont donc voués à disparaître, mais d'autres se dégagent peu à peu en bordure des plateaux.
Outre le site de Korama (Göreme), les vallées de Cappadoce possèdent d'innombrableshabitations troglodytiques. On les voit un peu partout, en particulier à Ortahisar, àUçhisar, dans la vieille ville de Nysse (aujourd'huiNevşehir).
Leshabitations troglodytiques comportaient toujours des ouvertures vers l'extérieur de petite dimension. Les grandes ouvertures parfois présentes actuellement résultent d'écroulements dus à l'érosion. C'est notamment pour cette raison que beaucoup de ces habitations sont maintenant abandonnées. Mais certaines sont encore occupées (logements, hôtels, et même poste de police). Elles font parfois l'objet de restaurations luxueuses et sont alors protégées contre l'érosion par un enduit discret, à l'instar des églises de Korama (aujourd'hui Göreme).
↑Cf.infra et articleDerinkuyu ainsi que Christian Marquet,Cappadoce : un peu d'histoire, CIHR.
↑a etbFrançoisBoespflug,La Crucifixion dans l’art : Un sujet planétaire, Montrouge/impr. en Slovénie, Bayard Editions,, 559 p.(ISBN978-2-227-49502-9),p. 71
↑NicoleThierry,« Les peintures murales de six églises du haut Moyen Âge en Cappadoce », dansComptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Balles-Lettres,(Persée),p. 448