Le canal de Suez ainsi établi reprend la vieille idée de relation par voie d'eau entre les deux mers, déjà mise en œuvre dans l'Antiquité par lespharaons égyptiens : lecanal des pharaons antique relie leNil à la mer Rouge. Pendant laRenaissance, larépublique de Venise avait sans succès cherché à rétablir cette liaison.
Avec l'augmentation du trafic, le canal est devenu la troisième source de devises de l'Égypte[4]. Un blocage du canal entraînerait des pertes d'environ 15 millions dedollars par jour[5]. En 2015, 17 483 navires transportant 999 millions de tonnes de marchandises l'ont emprunté, soit 8 % du commerce maritime international[6]. En 2020, près de 19 000 navires ont transité par le canal, ce qui représente une moyenne de 52 navires par jour[7].
D'après l'historien grecHérodote[9], des travaux pour remettre le canal en état auraient été entrepris vers parNékao II, mais ne furent jamais achevés. Le canal fut finalement terminé par le roiDarius Ier (vers -550 à), le conquérantperse de l’Égypte. Darius a illustré sa réalisation pardiverses stèles de granit disposées sur les rives du Nil, dont celle de Kabret à 200 km de Pie. L'inscription de Darius dit :
« Le roi Darius déclare : Je suis un Perse ; j'ai pris l'Égypte ; j'ai donné l'ordre de creuser ce canal à partir d'un fleuve dont le nom est Nil, qui coule en Égypte, jusqu'à la mer qui vient de Perse. Ce canal fut creusé ainsi que je l'avais ordonné et des bateaux depuis l'Égypte, grâce à ce canal, naviguèrent jusqu'en Perse, ainsi que je l'avais désiré[10]. »
Le canal fut de nouveau restauré parPtolémée II vers.. Au cours des mille années qui suivirent, il fut successivement modifié, détruit et reconstruit, notamment parAmr ibn al-As en 640, et devint le « canal duCommandeur des croyants ». Il est finalement détruit auVIIIe siècle par lecalife Al-Mansur pour isoler la ville deMédine, et éviter ainsi le risque d'une attaque.
Venise, au début duXVIe siècle, est confrontée à la concurrence des Portugais dans le commerce en Orient.Vasco de Gama a en effet découvert en 1498 une nouvelle route contournant l'Afrique par lecap de Bonne-Espérance. Les Portugais évitent ainsi de payer les taxes du sultan d'Égypte pour le commerce et le transport des épices. Mais cette nouvelle concurrence nuit à Venise, qui procurait les épices à l'Europe via l'Égypte. Les Portugais pourront en effet proposer des prix plus bas aux clients de Venise (les Hongrois, les Flamands, les Allemands et les Français). Il faut donc trouver une solution pour améliorer le passage des épices en Méditerranée. Et dans le débat de Pregàdi, la république de Venise a l'idée de creuser un canal reliant la Méditerranée et la mer Rouge. LeConseil des Dix recommande en àFrancesco Teldi(en), son envoyé auprès du sultan,« une chose […] que beaucoup envisagent comme une mesure tout à fait opportune pour empêcher et interrompre la navigation des Portugais, c'est-à-dire qu'avec facilité et rapidité de temps il serait possible de faire un canal depuis la mer Rouge qui relie directement cette mer-ci »[11]. Néanmoins, le projet n'aboutit pas, à cause de lasituation interne égyptienne instable.
Le, le SultanSelim II étudiait la possibilité de percer le canal afin de contrer les activités navales du Portugal dans l’Océan Indien[12]. Puis en 1586, avec l'aval du SultanMourad III, le Grand Amiral de la flotte ottomaneEuldj Ali entreprend de creuser l'ancien canal reliant Suez à lamer Rouge. Mais à ce moment la guerre de Perse se rallume de nouveau,Constantinople se trouve engagée dans d'énormes dépenses et le projet est donc ajourné[13].
Sous leDirectoire, les Français envoient plusieurs savants (dontJacques-Marie Le Père) dès 1798 lors de lacampagne d'Égypte menée par le généralNapoléon Bonaparte, dans le but d'étudier s'il serait possible de percer l'isthme de Suez. Dès les années 1820,Linant de Bellefonds etEugène Mougel Bey, et plus tardFerdinand de Lesseps, partisans de la doctrine socio-économique dusaint-simonisme, avaient déjà envisagé la construction d'un canal reliant la mer Rouge à la Méditerranée. Le projet de canal fut présenté initialement aux Égyptiens en 1833 parProsper Enfantin, le « père » des saint-simoniens, ingénieur et économiste français, après son exil en Égypte avec ses condisciples, à sa sortie de prison avec quelques-uns de ses disciples. Il effectue de très nombreux relevés topographiques, grâce au soutien de la chambre de commerce de Lyon et d'Arlès-Dufour, un autre saint-simonien qui y est très actif[14].
À l'époque, le projet ne retient pas l'attention du vice-roi d'ÉgypteMéhémet Ali. Les saint-simoniens, sous l'impulsion d'Enfantin et deFrançois Barthélemy Arlès-Dufour, poursuivent néanmoins le projet et créent en 1846 une Société d'étude pour le canal de Suez. Cette société réalise un nivellement topographique précis de l'isthme ; il vient rectifier les données d'un premier nivellement, effectué lors des campagnes deBonaparte, et qui signalait neuf mètres de différence entre le niveau de la mer Rouge et celui de la Méditerranée, en raison d'une erreur detriangulation, survenue dans les calculs de Jacques-Marie Le Père de 1799. Le nouveau nivellement réalisé parPaul-Adrien Bourdalouë indique une différence si faible qu'un canal sans écluse devient possible[16]. Ferdinand de Lesseps, apprenant les travaux réalisés par cette société, vint rencontrer Arlès-Dufour, qui lui confia tout le dossier technique, pensant qu'il serait à même de le faire réaliser grâce à son réseau de relations en Égypte. Celui-ci s'investit vivement dans le projet et le porta tant et si bien que les saint-simoniens en nourrirent quelques dépits[17].
En 1854, legouverneur d'ÉgypteMohamed Saïd Pacha accorde le premier acte de concession du terrain pour la construction du canal àFerdinand de Lesseps. Mais lesBritanniques s'opposent à cefirman qui donnerait une grande influence à la France dans cette région stratégique sur laroute des Indes, et demandent à l'autorité supérieure, laSublime Porte de l'Empire ottoman, de suspendre cette permission[18]. La concurrence pour le contrôle de cette route est en effet forte entre les deux nations occidentales, la Grande-Bretagne soutenant le principe d'une ligne ferroviaire égyptienne, à laquelle le canal ferait concurrence. Lesseps décide de passer outre l'opposition de la Porte en entamant les travaux, au vu et au su de tous, le[19].
Les Anglais font arrêter les travaux à plusieurs reprises : en, avec l'aide du ministre des Finances de l'Empire ottoman,Mouktar Bey, puis à la mort deSaïd en 1863. La construction du canal se poursuit néanmoins grâce au soutien deNapoléon III. Ferdinand de Lesseps bénéficie aussi du soutien de l'émirAbd el-Kader qui avait été, du côté oriental, l'un de ses plus actifs et pérennes appuis[20],[21]. Alors que les grandes puissances européennes procèdent aupartage de l'Afrique, les rivalités franco-britanniques se multiplient dans la région et le canal de Suez n'est que l'une d'entre elles.
On a estimé que 1,5 million d'Égyptiens participèrent à la construction du canal et que plus de 125 000 y moururent, principalement ducholéra, mais ces chiffres furent critiqués, considérés comme étant très exagérés[22].
En 1860, seulement 5 % des navires fonctionnent à la vapeur. Le canal est pourtant conçu pour une navigation exclusivement motorisée ; sa construction est donc un pari. Dans la décennie qui suit, les marines marchandes vont s'équiper en masse.C'est le qu'un premier navire emprunte le canal achevé[réf. nécessaire], mais il n'est officiellement inauguré que le par l'impératriceEugénie sur le navireL’Aigle, suivie par Ferdinand de Lesseps et des administrateurs du canal à bord duPéluse, de la Compagnie desMessageries maritimes, commandé parAuguste Caboufigue. Pour l’inauguration du canal, le KhédiveIsmaïl Pacha avait commandé l’opéraAida (qui ne fut joué auCaire que fin 1871) àGiuseppe Verdi. Tout de suite après cette inauguration, le canal devient le cœur des rivalités franco-britanniques.
En 1882, après laguerre anglo-égyptienne, les Britanniques remplacent lesOttomans comme tuteurs du pays. Ils parviennent ainsi à prendre le contrôle du canal.
Afin de remédier aux querelles des puissances sur le canal de Suez, le, laconvention de Constantinople affirme la neutralité du canal, déclaré « libre et ouvert, en temps de guerre comme en temps de paix, à tout navire de commerce ou de guerre, sans distinction de pavillon ».
En 1922, l'Égypte devient un royaume avec une autonomie limitée. Par letraité anglo-égyptien de 1936, établi pour vingt ans, le pays accède à une indépendance presque complète. Il est ainsi établi que le Royaume-Uni évacuerait toutes les troupes britanniques présentes sur le sol égyptien, à l'exception des dix mille hommes nécessaires à la protection du canal de Suez et de ses rives.
Le, le Premier ministre égyptienMoustapha el-Nahhas Pacha dénonce le traité anglo-égyptien. Le Royaume-Uni refuse de quitter ses bases du canal et renforce ses effectifs à terre à 64 000 hommes au. Des émeutes violentes, actes de guérillas, sabotage de la part desFrères musulmans, communistes et police égyptienne envers les Britanniques et la répression de ces derniers feront des centaines de morts jusqu'au[24],[25]. Le retrait militaire britannique s'acheva en juillet 1956 avec le début de lacrise du canal de Suez.
Le,Nasser, président de la République d'Égypte, reprend le canal et transfère le patrimoine de la compagnie du canal à laSuez Canal Authority[26]. Cette nationalisation avait pour but de financer la construction dubarrage d'Assouan après que lesÉtats-Unis et laBanque mondiale eurent refusé d'accorder des prêts pour le financer. Les avoirs égyptiens sont aussitôt gelés et l'aide alimentaire supprimée, à la suite des protestations des principaux actionnaires, alors britanniques et français. D'autre part, Nasser dénonce la présence coloniale du Royaume-Uni au Proche-Orient et soutient les nationalistes dans laguerre d'Algérie.
Le, leRoyaume-Uni, laFrance etIsraël se lancent dans une opération militaire, baptisée « opération Mousquetaire ». Cette action est justifiée par la restitution aux actionnaires qui ont financé et contribué à la prospérité du canal de ce qui, selon le droit international et les accords passés, leur appartient.
L'opération de Suez dure une semaine. LesNations unies optent cependant pour la légitimité égyptienne et rédigent une résolution condamnant l'expédition franco-israélo-britannique.
Pour sauver les Britanniques de ce qu'il pensait être une action désastreuse et empêcher la guerre d'une éventuelle escalade, le secrétaire d'État canadien aux Affaires extérieures, Lester B. Pearson, a proposé la création de la première force de maintien de la paix des Nations unies pour assurer l'accès au canal pour le tout et un retrait israélien de la péninsule du Sinaï. Le, une majorité aux Nations unies a voté pour la résolution de maintien de la paix de Pearson, qui ordonnait aux soldats de la paix de l'ONU de rester dans le Sinaï à moins que l'Égypte et Israël n'acceptent leur retrait. Les États-Unis ont soutenu cette proposition en faisant pression sur le gouvernement britannique par la vente de livres sterling, ce qui entraînerait sa dépréciation. La Grande-Bretagne a alors appelé à un cessez-le-feu et a ensuite accepté de retirer ses troupes d'ici la fin de l'année. Pearson a ensuite reçu le prix Nobel de la paix.
Guerre des Six Jours, guerre du Kippour : huit ans de fermeture
Onze ans plus tard, en lors de laguerre des Six Jours, Israël occupe l'ensemble du Sinaï et donc la rive orientale du canal, qui varester fermé pendant huit ans, jusqu'en. Quatorze navires de commerce sont ainsi bloqués pendant 3 016 jours sur le lac Amer[27], formant laflotte jaune.
Israël construit une ligne de défense sur la rive orientale : laligne Bar-Lev.
En, l'Égypte et la Syrie attaquent Israël par surprise, c'est le début de laguerre du Kippour. La zone du canal redevient une zone de combats. L'armée égyptienne franchit le canal et pénètre profondément dans le Sinaï avant que les forces israéliennes, après quelques jours, ne reprennent le dessus et franchissent à leur tour le canal. Une force de maintien de la paix de l'ONU est déployée, laFUNU II, qui reste sur place jusqu'en 1974.
Pendant cette longue fermeture, les pétroliers s'adaptent en renforçant la création desupertankers qui contournent à nouveau l'Afrique, mais ne sont plus assujettis à la contrainte de gabarit imposée par la taille du canal.
Après quinze mois de travaux, de déminage du canal et de ses abords, avec l'aide des marines américaine, britannique et française[28], qui permettent de retirer 45 500 mines[28], 686 000 engins anti-chars et anti-personnels et 209 tonnes de matières explosives[28], le canal est officiellement rouvert le par le présidentAnouar el-Sadate[28] qui le descend de Port-Said à Ismaïlia. Le lendemain, le premier convoi franchit le canal vers la Méditerranée[28]. Durant quelques mois, le temps de remettre en état complet les installations du canal, un seul convoi par jour peut passer, avec un tirant d'eau maximal de dix mètres[28].
À la suite de l'augmentation de lapiraterie autour de la Corne de l'Afrique à la fin des années 2000, il est évoqué la possibilité de l'éviter à nouveau. Mais les revenus assurés par le canal, bien qu'en diminution, sont vitaux pour l'Égypte. Ils représentent la troisième source de devises : cinq milliards dedollars par an (chiffre 2013[29]), soit 20 % du budget de l'État[29].
Le canal de Suez rapporte en 2015 environ 5,3 milliards de dollars US par an à l'Égypte. Selon les projections financières égyptiennes de 2015, le canal devrait rapporter annuellement 13,2 milliards dedollars en 2023 avec les améliorations[31].
En 2020-2021, malgré le blocage d'une semaine en mars par l'échouage de l'Ever Given, le canal de Suez a rapporté 5,84 milliards de dollars, soit les revenus annuels les plus importants de l’histoire de cette infrastructure[34].
: lessaints-simoniens embarquent àMarseille pour se rendre en Égypte. Ils ont déjà des idées en tête concernant le canal.
:Mohamed Saïd Pacha, le fils deMéhémet Ali, devient vice-roi d’Égypte. Il accorde à Ferdinand de Lesseps le pouvoir exclusif de constituer la compagnie qui percera l’isthme de Suez.
: une souscription est ouverte pendant un mois pour récolter des fonds pour la compagnie.
: Ferdinand de Lesseps constitue la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, elle s’occupera de creuser le canal.
: le premier coup de pioche est donné pour la construction du canal.
: Mohamed Saïd meurt et laisse sa place à son neveuIsmaïl Pacha.
: Ferdinand de Lesseps organise la première visite du chantier du canal aux personnalités qui le désirent.
: le canal est inauguré par l’Impératrice Eugénie dont le navire est suivi de77 navires de nations maritimes.
: blocage complet du canal et chute de 10 % du commerce maritime mondial à la suite de l'échouage de l'Ever Given en travers de la section sud[36]. Le trafic reprend le[37].
Le canal ne comporte pas d'écluses, tout son trajet restant au niveau de la mer, contrairement aucanal de Panama. Son tracé s'appuie sur trois plans d'eau, les lacsMenzaleh,Timsah etAmers traversés par un chenal de navigation.
Par suite de sa faible profondeur, lessupertankers vident une partie de leur pétrole en entrant dans le canal, et le rechargent en sortant, le pétrole en question circulant par oléoduc[38].
Les navires ayant les dimensions limites les autorisant à franchir le canal de Suez sont appelésSuezmax. Il en est de même pour le canal de Panama où les navires sont appelésPanamax.
Grace aux travaux, le trafic a fortement augmenté en volume avec des navires d'un tonnage de plus en plus imposant représentant 8 % du transport mondial de marchandises en 2015. Un passage prend de onze à seize heures avec cargos modernes contre deux jours lors de son inauguration.
L’évolution du transport dans le canal de Suez de 1869 à 2017[39]
La traversée d'est en ouest du canal est, la plupart du temps, assurée par des bacs, mais il existe aussi plusieurs ouvrages à cet effet :
lepont du Canal de Suez, construit entre 1992 et 1999, qui enjambe le canal au niveau d'El Qantara (mot arabe signifiant « pont »), et qui laisse un espace de 70 mètres au-dessus du canal permettant untirant d'air maximal pour les navires de 68 m ;
letunnel Ahmed Hamdi, au sud duGrand Lac Amer, d'une longueur de cinq kilomètres, creusé sous le canal. Inauguré en 1980, il est utilisé par les automobilistes égyptiens pour se rendre dans la presqu'île duSinaï et gagner les stations balnéaires de la mer Rouge.
Du point de vue environnemental, la construction du canal a eu comme premier effet d'isoler physiquement l'Afrique de l'Asie, pour toutes les espèces animales non volantes. Ce fut la premièrecoupure écologique aussi importante jamais conçue et réalisée par l'Homme, avant celle duPanama qui a séparé les deux Amériques, du Nord et du Sud.
Le transfert de millions de mètres cubes d'eau via le canal, en mettant en contact deux mers séparées depuis des centaines de millions d'années, permet désormais des transferts d'espèces marines dont certaines ont un potentielinvasif, soit en traversant le canal du sud vers le nord, soit transportées dans les eaux deballast des navires ou accrochées sous leur coque. Lesinvasions biologiques d'espèces marines se faisant par l'intermédiaire du canal sont souvent baptiséesmigrations lessepsiennes.
Ces espèces exotiques en provenance de l'océan Indo-Pacifique sont de plus en plus nombreuses et menacent l'équilibre écologique déjà précaire de lamer Méditerranée. Depuis l'ouverture du canal en 1869 on peut estimer à plus d'un millier le nombre d'espèces marines de Mer Rouge - plancton, algues, invertébrés, poissons - ayant été observées pour la première fois en Méditerranée, et ce chiffre ne fera qu'augmenter. Le changement de biodiversité qui en a résulté à court terme est sans précédent à l'échelle mondiale et est en voie d'accélération : un récent recensement entrepris par laCIESM et couvrant tout le Bassin a permis d'établir qu'en seulement vingt ans (de 2002 à 2022), davantage d'espèces de poissons exotiques avaient atteint la Méditerranée que durant tout le siècle précédent[41]. En permettant d'éviter le passage au sud de l'Afrique, le canal de Suez a plus que décuplé le trafic marchand méditerranéen. Alors que la zone couvre moins de 1 % de tous les océans, c'est aujourd'hui environ 30 % du volume du trafic maritime mondial qui y transite (sans intérêt économique direct pour ses 305 ports et pour les régions littorales de Méditerranée, et sans écotaxe). LeCEDRE estime que 50 % des marchandises transportées dans ce « couloir » doivent être « considérées comme dangereuses à différents degrés ». Le risque d'une gravemarée noire persiste, avec 28 % du trafic pétrolier maritime mondial transitant par la Méditerranée où les tempêtes sont parfois violentes[42]. Par ailleurs, les fumées et gaz d’échappement des navires contribuent à polluer et acidifier l'air et provoquer despluies acides dans la région (cf.fioul lourd mal désoufré ou même non désoufré).
En dépit de mesures de précaution et de sécurité accrues, outre le risque d'attaques ou d'actes terroristes sur des navires naviguant sur le canal, les risques d'accident persistent[non pertinent].
Dès son ouverture, le canal de Suez a connu des accidents.
Le risque demarée noire est le plus craint ; déjà en 1956, quand Nasser a nationalisé la Compagnie du canal de Suez, 50 % des approvisionnements pétroliers français et britanniques y passaient.
en, c'est un bateau utilisé pour la maintenance du canal de Suez, leKhattab, qui fait naufrage en pleine nuit (deux morts, six blessés et cinq disparus) près d'Ismaïlia ;
le mardi, leporte-conteneursEver Given faitobstruction dans le canal, après avoir été déporté par une rafale de vent. Il s'échoue en travers du canal, en y bloquant toute circulation[43]. En provenance d'Asie, celui-ci devait se rendre àRotterdam. La société responsable de la gestion technique du navire, Bernhard Schulte Shipmanagement (BSM), assure que l'accident n'a provoqué aucune pollution ni aucun dommage sur la cargaison[44]. L'accident provoque une forte hausse des cours du pétrole[45]. Le, l'Autorité du Canal de Suez annonce la reprise du trafic après la remise à flot de l'Ever Given[46].
Les « goulets d'étranglement » ne permettent pas la croissance du trafic ni celle de la taille des cargos et sont considérés comme des « talons d'Achille de l'économie pétrolière mondiale » (l'exemple le plus notable est ledétroit d'Ormuz (30 % dutonnage pétrolier)[47].
Fin, le porte-conteneurs leCosco Asia a été la cible d'une attaque terroriste alors qu'il remontait le canal vers la Méditerranée. Cette attaque, sans réelle conséquence pour le navire, met en lumière les problèmes de sécurité et la difficulté pour l'armée égyptienne de prévenir les attentats.
Le cuirassé britanniqueHMS Howe traverse le canal de Suez pour rejoindre le Pacifique en 1944.Navires du2e convoi amarrés aubypass d'El Ballah.
Le transit des navires est organisé en convois alternés (sud → nord et nord → sud), au rythme d'un convoi par jour en route vers le nord et deux convois en route vers le sud. Les navires se croisent auGrand Lac Amer principalement. Un deuxième croisement se fait pour le deuxième convoi en route vers le sud aubypass d'El Ballah[48].
Chaque navire en transit embarque successivement quatrepilotes au minimum, l'un pour le chenal d'accès au nord, le deuxième de Port-Saïd àIsmaïlia, le troisième d’Ismaïlia à Suez, le dernier pour le chenal d'accès au sud, ainsi qu'une ou deux embarcation(s) armée(s) delamaneurs et un électricien. Le premier et le dernier pilote sont des pilotes de port et ne font pas partie de la société du canal.
La réglementation exige également que les navires en transit soient pourvus d'un projecteur agréé. Ce projecteur, placé à laproue, permet d'éclairer si besoin les berges dans le cas où unvent de sable réduirait la visibilité. Il est possible de louer un projecteur agréé auprès des autorités du canal.
Les pilotes du canal sont ici responsables du respect de l'ordre prévu dans les convois, ainsi que du passage en temps et en heures à plusieurssémaphores (ou stations) placés le long du canal.
Les stations sont présentes tous les dix kilomètres environ.
Port Saïd
Râs el 'Ish, El Tîna, El Câp, El Quantara
El Ballâh (By-pass)
El Firdân, El Ismâ 'ilîya, Tûsûn, Déversoir
Grand lac amer
El Kabrît, El Gineifa, El Shallûfa
Suez
Desremorqueurs participent au convoi pour pallier toute avarie depropulsion. Les navires se suivent à une distance d'environ unmille marin et la vitesse de transit est approximativement de neufnœuds.
Les petitsbateaux à voile qui désirent transiter doivent également embarquer du personnel local spécialisé.
↑a etbMarie-Christine Doceul et Sylviane Tabarly, « Le canal de Suez, les nouvelles dimensions d’une voie de passage stratégique »,Géoconfluences,(ISSN2492-7775,lire en ligne)
↑Canal de Suez. Études. Notice sur le nivellement de l'isthme de Suez et de la basse Égypte, par Bourdaloue. 7 mars 1847 consultable sur Gallica ark:/12148/btv1b52509327j
↑François Leblond, Ces saints simoniens qui ont construit la France Moderne, Paris, Librinova, 2015, p. 97
↑Christelle Taraud, « Les quatre vies d'Abd el-Kader »,L'Histoire, N° 467, janvier 2020, p. 64-65
↑Miki Kilali, « Interroger le rôle d'Abd el-Kader dans le percement de l'isthme de Suez, ou comment sa métamorphose permet la construction d'un pont entre l'Orient et l'Occident »,Enquêtes, N° 5, septembre 2020,lire en ligne
Ferdinandde Lesseps,Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez : 1864-1865-1866-1867-1868-1869,vol. [5e série.], Paris,Didier, 1875-1881, 398 p.(lire en ligne).
Nathalie Montel,Le Chantier du canal de Suez (1859-1869). Une histoire des pratiques techniques, Paris, Presses de l'École nationale des Ponts et Chaussées.
Caroline Piquet,La Compagnie du canal de Suez. Une concession française en Égypte 1888-1956, Paris,PUPS,.
Caroline Piquet,Histoire du canal de Suez, Paris,Éditions Perrin,, 380 p.
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Bernard Simiot,Suez, 50 siècles d’histoire, Paris, Édition Arthaud,.
L'épopée du Canal de Suez, collectif, publié sous la direction de Gilles Gauthier,Coédition Gallimard /Institut du monde arabe / Musée d'Histoire de Marseille,Édition Gallimard, 2018
Robert Solé,Suez. Histoire d'un canal à la croisée des mondes, Perrin, 2024.