Lecamp du Vernet est uncamp d'internement français situé dans la commune duVernet enAriège, sur le bord de laroute Nationale 20, au nord dePamiers. Il a été construit à partir de pour recevoir des troupes coloniales[1]. À la fin de laPremière Guerre mondiale, il est transformé en camp pour prisonniers allemands et autrichiens. Puis, de février à septembre 1939, il servira à interner lesrépublicains espagnols lors de laRetirada après leur défaite dans laguerre civile espagnole. Sous lerégime de Vichy, de 1939 à 1944, sous commandement français puis allemand, il a servi à interner 40 000 personnes, notamment les étrangers (dont desrépublicains espagnols), les juifs et les communistes. Il a finalement été fermé en.
Le camp du Vernet sert à regrouper les 12 000 combattants espagnols et d'autres étrangers de laDivision Durruti dès 1939, après la défaite de la République espagnole. Puis, à la déclaration de laSeconde Guerre mondiale, sous le régime collaborationiste de Vichy, les étrangers dits « indésirables », dont des membres duParti communiste d'Allemagne (KPD) et duParti communiste d'Autriche (KPÖ)[2], des anarchistes et des intellectuels antifascistes. Il s'agissait donc d'un camp particulièrement sévère qui servait au regroupement des populations jugées les plus dangereuses, indisciplinées ou déloyales, comme ces opposants politiques ou les travailleurs les moins obéissants desCompagnies de Travailleurs Etrangers (CTE)[3].
Les membres des Brigades internationales sont internés au Vernet dans des conditions terribles décrites entre autres par l’écrivainArthur Koestler, lui-même interné au Vernet d' à, dans son ouvrageLa Lie de la terre[4]. Peter Nádas dont l’oncle, communiste hongrois, y a été interné, en fait une longue description dans son ouvrageCe qui luit dans les ténèbres[5]
Le, lelandesschutzen bataillonno 726 de laWehrmacht prend le commandement du camp[6]. Le 30, les398 internés encore présents sont évacués par bus et camions et internés à Toulouse[6]. Ils sont déportés quelques jours plus tard vers lecamp de Dachau[6] depuis lagare de Raynal par le« train fantôme » (ce train porte ce nom car il mettra près de 2 mois à atteindre Dachau).
Au total environ 40 000 personnes de 54 nationalités ont été internées dans ce camp, principalement des hommes, mais aussi des femmes et des enfants (ou de 58 nations différentes entre 1939 et 1945, d’après Peter Nádas, op. cit. p.730).
Les bâtiments du camp n'existent plus, à l'exception de deux piliers de la porte d'entrée, d'un château d'eau et des maisons des gardiens (barraquements) situés de l'autre côté de la route. L'anciennegare du camp se situe au bord de laroute nationale 20 au nord dePamiers[7] où se trouve un ancien wagon de train, identique à ceux qui ont transporté les internés auxcamps d'extermination[7]. À l'intérieur, une plaque identifie une quarantaine d'enfants juifs, âgés de 2 à17 ans, qui ont été déportés du Vernet àAuschwitz le[7].
Cimetière mémorial.
Au village du Vernet, un musée est consacré au camp[8].
Dans le cimetière du camp, situé sur la commune deSaverdun, sont présentes des tombes d'internés décédés dans le camp, ainsi que différentes stèles rendant hommage aux internés et qui illustrent la coexistence de différentes mémoires, en particulier celle des internés par mesure de répression (stèle aux antifascistes et stèle aux « Résistants européens ») et celle des internés par mesure de persécution (stèle de l'Union des étudiants juifs de France et plaques de déportés)[9]. Un espace de mémoire comportant les panneaux de toutes les nationalités a été aménagé devant l'entrée du cimetière.
Les vestiges du camp et le cimetière sont protégés au titre desmonuments historiques par décret du[10].
Par ailleurs, l'Amicale des Anciens internés politiques et résistants du camp de concentration du Vernet d'Ariège a œuvré pour la création du Musée du camp du Vernet et effectue des recherches historiques, organise des conférences et des expositions[11][source insuffisante].
Il existe un débat historiographique sur l'utilisation de l'expression « camp de concentration », que la majorité des historiens français de la Shoah voudraient voir limitée aux camps allemands. Par exempleAnnette Wieviorka, dans un article de la revueVingtième Siècle de 1997, écrit :« La même expression, « camp de concentration », a été utilisé au cours du siècle, notamment dans le vocabulaire administratif, pour désigner des camps fort différents les uns des autres. Intituler en 1995 un livre,Les Camps de concentration français de la Première Guerre mondiale, pose un problème. Les camps nazis sont si présents dans nos esprits qu'un lecteur pressé peut penser qu'il y eut en France pendant la Grande guerre, un système concentrationnaire. Car le camp nazi est devenu, à juste titre, la référence du mal absolu à l'aune duquel se mesure chaque situation d’internement[12]. »
L'Amicale du Vernet a pris nettement position dans l'autre sens, considérant qu'un grand nombre de documents d'archives utilisent l'expression « camp de concentration » pour le camp du Vernet.
Gare ferroviaire du Vernet-d'Ariège.
Wagon commémorant les prisonniers et déportés du camp d'internement.
Franz Dahlem, homme politique et résistant allemand
Léon Degrelle, homme politique belge, fondateur dumouvement Rex, au départ parti nationaliste qui devint rapidement fasciste
Carlos Duchatellier, artiste peintre haïtien. Il "occupe une place à part dans la mémoire du camp du Vernet car ses dessins, croquis et tableaux sont une immense source de témoignages pour comprendre la vie au camp"[14],[15]
Arthur Koestler, romancier, journaliste et essayiste hongrois, naturalisé britannique (dans son livreLa Lie de la terre, il évoque son internement au Vernet)
Miguel Luengo Guillen (né en 1907), passeur à la frontière franco-espagnole, dénoncé à la Gestapo et surpris sur le pont d’Ussat-les-Bains. Il est tué le alors qu’il tente de s’échapper du camp ; il est enterré àSaint-Paul-de-Jarrat
Luis Suárez Cueto, combattant républicain espagnol (commandant d'aviation et chef de cabinet du ministre de la Guerre jusqu'en 1939, puis résistant à partir de fin 1941 àFigeac dans le Lot
↑CécileDenis,Continuités et divergences dans la presse clandestine de résistants allemands et autrichiens en France pendant la Seconde Guerre mondiale : KPD, KPÖ, Revolutionäre Kommunisten et trotskystes, (thèse de doctorat réalisée sous la direction d’Hélène Camarade, soutenue publiquement le 10 décembre 2018 à l’université Bordeaux-Montaigne)(lire en ligne)
↑Site telerama.fr, « On peut aujourd'hui grimper dans le wagon. Entendre les portes crisser. Étouffer de chaleur par une matinée d'été », dansAu camp du Vernet, où l'État français internait « la lie de la terre », article publié lelire (consulté le 13 novembre 2011).
↑Peter Nádas,Ce qui luit dans les ténèbres, Souvenirs de la vie d’un narrateur, France, Les éditions Noir sur Blanc,, 1178 p., P. 603 et suivantes
↑Les épouvantables conditions de survie dans le camp ont été décrites parMax Aub dansManuscrito cuervo. Historia de Jacobo (1999), J. A. Pérez Bowie (éd.). Segorbe: Fundación Max Aub-Universidad de Alcalá de Henares (références venant de l'article de WPes "Max Aub" , § "Relatos") . Sur l'internement ultérieur de Aub dans le Sud algérien, voir Norbert Bel-Ange,Quand Vichy internait ses soldats juifs d'Algérie : Bedeau, sud Oranais, 1941-1943, L'Harmattan, 2005,p. 100.
MaëlleMaugendre,De l'exode à l'exil l'internement des républicains espagnols au camp du Vernet d'Ariège, de février à septembre 1939, Paris Ivry-sur-Seine, Sudel UNSA éducationc,, 173 p.(ISBN978-2-716-20273-2,OCLC804854368).
Portier Pierre ,Le Camp du Vernet d’Ariège ou les racines du désespoir ; la vie du camp de sa création en 1917 à sa disparition en 1947, Les Éditions du Champ de Mars, Saverdun, 1987.