La plupart des sources antiques tardives attribuent la fondation mythique de Byzance àByzas au sujet duquel il existe de nombreuses légendes[1]. Selon l'une d'elles rapportée auVIe siècle parÉtienne de Byzance, Byzas était le fils dePoséidon etCéroessa, elle-même fille deZeus et d'Io.
Il est généralement admis que la cité est une coloniemégarienne[2], comme semblent l'attester l'utilisation du dialectedorien, la présence de divinités communes ainsi que l'iconographie destypes monétaires en usage dans la cité duBosphore. Mais il est vraisemblable que le contingent desœcistes (les fondateurs) ait également été composé de groupes de colons originaires d'Argolide, de laBéotie, deCarystos et peut-être deCorinthe[3].
« Arrivés au détroit de la mer duPont, lesArgonautes mirent pied à terre dans un pays dont Byzas était alors roi, et qui a laissé son nom à la ville de Byzance. »
Le toponyme dériverait du verbe grecbuzō qui signifie « resserrer ». Il serait une allusion à la physionomie duBosphore qui est bien un « passage (poros) resserré (buzō) »[5]. Cependant, l'influencethrace est également probable, le toponyme pourrait dériver de l'onomastique locale : il signifierait alors rivage, bordure.
Byzance contrôlait le commerce de la mer Noire. SelonPolybe, la Grèce en retirait du cuir, desesclaves, du miel, de la cire et des salaisons en échange d'huile et de vin. Malgré cette prospérité, il fait un triste tableau des extrémités auxquelles la ville était souvent réduite. Entourée de peuplades ennemies de la Thrace, elle était sans cesse exposée à leurs incursions, et voyait son territoire ravagé et les produits de son sol détruits ou pillés par lesbarbares, dont la tribu desAstes, basés àBizyè. Quoique située au milieu des barbares, Byzance était considérée comme grecque, d'après son origine et ses mœurs. C'était une des cités helléniques de l'Hellespont. Sa position avantageuse à l'entrée du Bosphore, dont elle était la clé, lui conférait le rôle d'entrepôt du monde grec, car elle était une étape incontournable pour les navires chargés dublé duPont-Euxin. Sa fonction de verrou de la région duBosphore — et par extension de la route du blé pontique — explique qu'Athènes etSparte se soient disputés son alliance, et que les princes qui voulurent abattre ces puissances et exercer une influence sur la Grèce aient cherché à s’assurer sa possession. Byzance, dont l'histoire particulière est aussi peu connue que les autres petits États de la Grèce, possédait cependant un grand rôle politique auIVe siècle av. J.-C.
LesIoniens, vassaux du roi dePerseDarius, prennent la ville en-504. Elle est prise à nouveau par Otane, un des généraux de Darius.Pausanias s’empare de la ville après le siège deSestos en-478.
Dans larévolte de Samos en-439, Byzance suit le destin de cette ville; révoltée contre les Athéniens dont elle était tributaire, elle retombe en leur pouvoir après un siège opiniâtre de neuf mois. À cette époque, la ville s'organisait autour de son acropole grecque, éminence actuellement enclose dans les murs du Vieux Sérail, dans le quartier duBayezid. Elle était protégée par des fortifications qui comportèrent d'abord un mur byzantin, puis un mur grec[6].
Pendant laguerre du Péloponnèse, Byzance, en proie aux deux factions qui soutenaient les intérêts de Sparte et d’Athènes, est soumise (avec les autres villes de l'Hellespont) à l'influence de ces deux puissances tour à tour victorieuses. D'abord, elle est subjuguée par les succès de Sparte, puis prise parAlcibiade en-408. Enfin, après labataille d'Aigos Potamos et la prise d'Athènes, qui mirent fin à la guerre du Péloponnèse, elle est forcée par le SpartiateLysandre de renvoyer la garnison athénienne, et de recevoir, comme toutes les villes de la Grèce, un commandant lacédémonien ouharmoste, investi à la fois de l'autorité civile et militaire.
Cléandre étaitharmoste à Byzance, lorsque lesDix-Mille qui s’étaient engagés au service deCyrus le Jeune contre son frèreArtaxerxès II, ayant traversé, après mille dangers, une partie de l'Asie sous la conduite deXénophon, arrivèrent sur les côtes de laBithynie en face de Byzance en -399.Anaxibios, commandant de la flotte lacédémonienne, à la sollicitation d'Artaxerxès II, avait engagé les Grecs à passer le détroit, leur promettant la paye qui leur était due ainsi que des vivres lorsqu'ils seraient à Byzance ; mais à leur approche, il fit fermer les portes de la ville. Irrités de cette perfidie, les Grecs brisèrent les portes et entrèrent dans la ville : seulXénophon la sauva du pillage et il résista à ceux qui le pressaient de prendre possession de Byzance et de ses richesses. Peu après, Cléandre est remplacé par Cyzique Aristarque.
Liguée avecRhodes etChios, Byzance s'était affranchie du joug despotique d'Athènes en-364. Après une période de la guerre sociale, oùCharès tente de la faire rentrer dans le rang en-357, Athènes est forcée de reconnaître son indépendance en-355. Peu de temps après éclate latroisième guerre sacrée.Philippe II, roi deMacédoine, briguant l'hégémonie sur tous les États de Grèce, essaie de s'emparer de Byzance en-340 ; mais après un long siège, il est forcé par le général athénienPhocion à battre en retraite l'année suivante. C'est durant ce siège qu'une légende place l'intercession d'Hécate, qui agita des torches en pleine nuit et découvrit les troupes de Philippe. Réveillés par les aboiements des chiens de la cité qui réagissaient au prodige, les soldats de Byzance se seraient alors défendus victorieusement contre l'attaque macédonienne. Au cours du règne (336-323av. J.-C.) d'Alexandre le Grand, fils de Philippe II, Byzance fut contrainte de reconnaître la suzeraineté macédonienne, mais elle reprit son indépendance sous les successeurs d'Alexandre le Grand.
En279 av. J.-C., uneexpédition gauloise, ayant pénétré jusqu'en Thrace sous la conduite deComontorius, vint s'établir dans les environs de Byzance et réduisit ses habitants aux dernières extrémités. Pour racheter leurs terres des ravages dont les menaçaient les barbares, ils durent leur payer près de dix mille pièces d'or et untribut annuel de80 talents, jusqu'à l’époque où les Gaulois furent exterminés par les Thraces. Pour subvenir à ces charges, les Byzantins avaient imaginé de percevoir un droit sur la navigation du Bosphore, ce qui les mena en -220 à une guerre contreRhodes, consignée parPolybe.
Tout bascule à l'issue de la guerre civile qui suit l'assassinat deCommode fin 192. À cette époque, les Byzantins ayant probablement pris le parti de soutenirPescennius Niger contreSeptime Sévère, ce dernier vient les assiéger. Après un siège de trois ans, mémorable par l'habileté et l'opiniâtreté de l'attaque, et surtout de la défense, les Byzantins se rendent en 195. Le vainqueur, irrité, fait massacrer la garnison et les magistrats, démantèle la cité, la dépouille de tous ses privilèges et la laisse à l'état de simple bourgade, la soumettant, avec tous ses territoires, à la cité voisine et rivale dePérinthe, sa métropole jusqu'àConstantinIer. Sévère laissa Byzance dans un tel état de ruine et de désolation que, selonDion Cassius, historien contemporain qui la visita à cette époque, on aurait pu penser qu'elle avait été prise non par les Romains, mais par les barbares. Cependant, peu de temps après, l'empereur, à la demande de son filsCaracalla, adoucit la punition de Byzance : il en fit rebâtir une grande partie, l'embellit même de nouveaux monuments et la renommaAntoninia, du surnom d'Antoninus pris par Caracalla. Le nouveau nom n'eut guère de succès et à peine Caracalla était-il mort que la cité reprit son nom originel.
Le rôle de la cité s'entoure de mystère durant l'épisode des raids gothiques (dès 238). Dépouillée de ses célèbres remparts depuis 196, Byzance semble sans défense contre les expéditions des barbares venus par la Thrace et par le Bosphore. Pourtant, elle est peu, voire nullement affectée par ces razzias, à l'inverse de beaucoup de cités de laPropontide. (De ce fait, il n'est pas exclu que la cité conclut quelque arrangement avec les envahisseurs.)
Enjeu de pouvoir dans les luttes entretétrarques, Byzance prend successivement le parti deMaximin II Daïa et celui deLicinius jusqu’à ce queConstantinIer reste unique empereur, en 324. Dès lors, Byzance ne s'appartient plus, elle est acquise au projet de recentrage géographique de l'Empire concrétisé par Constantin. Entre 324 et 330, celui-ci donne carte blanche à ses équipes d'architectes et de décorateurs pour embellir la vieille cité grecque et lui donner rang de résidence impériale. C'est ainsi que la cité en chantier s'orne de nombre d’œuvres d'art sélectionnées et acheminées de toutes les provinces de l'Empire. Le 11 mai 330, la cérémonie de dédicace entérine la création de la ville de Constantin : Constantinopolis /Constantinople.
C'est depuisHieronymus Wolf (1557) que l'on parle d'« histoire de l'Empire byzantin » et de « Byzantins » pour désigner l'Empire romain d'Orient et ses habitants après 330. Jamais les intéressés n'auraient songé à s'appeler ainsi eux-mêmes. C'est une invention de l'historiographie humaniste occidentale, engagée dans la réhabilitation des valeurs philosophiques de l'Antiquité, et qui, ne pouvant s'en prendre directement au dogmatisme de l'Église catholique, s'en prit au « césaropapisme » de Byzance[non neutre]. Cette terminologie ne s'est imposée qu'auXVIIe siècle :Montesquieu, par exemple, l'employait. Mais ce combat eut un effet pervers en donnant de Byzance la vision d'un Empire figé dans son dogmatisme, intolérant et corrompu, tandis que son héritage scientifique, philosophique et littéraire est intégralement attribué auxArabes, comme si l'intermédiaire byzantin n'avait jamais existé.
Quelles que fussent leurs langues maternelles, les « Byzantins » se sont désignés par le terme « Romaioi » (Ρωμαίοι), c'est-à-dire « Romains », car à leurs yeux l'Empire romain avait perdu l'Occident, mais continuait en Orient. On retrouve le terme chez les Musulmans, qui parlent de « Roumi » et désigne le « Sultanat de Roum » (ouRûm), État que lesSeldjoukides ont constitué sur des territoires gagnés sur les Byzantins, un « sultanat des romains » en quelque sorte.
Quant à la capitale de l'empire, elle s'appelait officiellementConstantinople (engrecKonstantinoupolis, c'est-à-dire : « la ville (polis) deConstantin »), mais ses habitants disaient simplement « polis » (= la ville), d'où le nom turc « Istanbul », une déformation du termegreceis tên polin [prononciationis tin bolin] soit « à la ville » ou « dans la ville »[8]. LesSlaves, qui admiraient la cité, l'appelaientTsargrad « la ville (grad) de César (tsar) » (« César » étant l'un des titres honorifiques porté par lesempereurs romains).
Ainsi l’expression « c'est Byzance ! » fait référence à la richesse de l'Empire et donne une idée d'abondance et d'opulence, voire de luxe.
On parle aussi de « complexité byzantine » pour désigner un discours ou une pensée très alambiqués ou embrouillés, en référence auxinstitutions de l'Empire byzantin qui empilaient les réformes et les lois que seule une bureaucratie pléthorique savait débrouiller. Cette expression est à comparer avec celle de « querelle byzantine », en référence aux disputes sur le « sexe des anges »[réf. nécessaire].
↑AdrianRobu,Mégare et les établissements mégariens de Sicile, de la Propontide et du Pont-Euxin : Histoire et institutions, Berne, Peter Lang,, 544 p.(ISBN978-3-0352-0261-8,lire en ligne),p. 282
↑AdrianRobu,Mégare et les établissements mégariens de Sicile, de la Propontide et du Pont-Euxin : Histoire et institutions, Berne, Peter Lang,, 544 p.(ISBN978-3-0352-0261-8,lire en ligne),p. 283.