Le bore présente un grand intérêt tant pour la variété de ses composés, pour les progrès qu'il a rendu possibles dans la compréhension de laliaison chimique, que pour son importance industrielle et technologique. Il est utilisé essentiellement sous forme deperborate de sodium Na2B2O4(OH)4 dans leslessives et lesdétergents, ainsi que sous forme deborax Na2B4O7·10H2O dans les matériaux enfibres de verre.
Les composés du bore (arabe بورق -buraq,persanburah « brillant ») sont connus depuis des milliers d'années. Dans l'Égypte antique, le procédé de momification dépendait dunatron, un minerai contenant en impuretés des borates ainsi que d'autres sels plus communs. Il est connu par les métallurgistes et céramistes depuis la plus haute Antiquité. Les Chinois se servaient d'une glaise à haute teneur en borax au moins depuis −300 etlesRomains utilisaient des composés de bore pour la fabrication du verre[réf. nécessaire].
Le bore est emporté, essentiellement sous forme d'acide borique, vers les océans. La plupart du bore terrestre s'y trouve concentré : dans l'eau (4,5mg/L en moyenne[13]) et dans les sédiments marins. Une petite partie du bore est volatilisée dans l'atmosphère via lesembruns, les incendies de forêt et l'évaporation d'acide borique marin, ainsi qu'à partir de l'activité volcanique et, depuis quelques siècles, à partir des opérations minières, de la production de verre et de céramiques, de l’épandage agricole de produits chimiques, et de la combustion du charbon (centrales thermiques, usines métallurgiques…). Le bore particulaire retombe en mer ou sur terre sous forme de dépôts secs ou humides. La teneur de l'air en bore ne dépasse pas 0,5 à 80 ng/m3.Dans le sol ou les sédiments, le bore tend à être transformé enborates par les champignons et bactéries et à s'adsorber sur le substrat quand il est alcalin (pH de 7,5 à 9) (et à être désorbé si le milieu s'acidifie[14],[13]).
Le bore naturel est composé de ses deux isotopes stables,10B et11B. La variabilité de leurs concentrations respectives, en particulier entre les borates deCalifornie (pauvres en10B) et ceux deTurquie (riches en10B), empêche la détermination de lamasse atomique du bore à une précision meilleure que 10,81[15].
En outre, le bore 10 a été utilisé dans les années 1950 comme standard desection efficace neutronique du fait de la large valeur (~ 3 838barns) de lasection efficace de10B dans la réaction nucléaire10B + n →4He +7Li. Ainsi, comme pour lelithium appauvri en6Li pour d'autres raisons, des quantités non négligeables de bore appauvri en10B remis dans le circuit commercial contribuent également à la basse précision de la détermination de la masse atomique du bore[16].
Le bore possède quatorzeisotopes connus, avec unnombre de masse variant entre 6 et 19. Seuls10B et11B sontstables et naturellement présents dans la nature, le second représentant 80 % du bore naturel. Les radioisotopes du bore sont très instables : lademi-vie la plus longue, celle de8B, n'est que de 770 ms. Ils se désintègrent enisotopes de l'hélium pour les isotopes plus légers que les isotopes stables (via desisotopes du béryllium pour certains), enisotopes du carbone pour les plus lourds. Sonanalyse isotopique peut être utile pour tracer les origines de certains composés anthropiques du bore[17].
Le bore est le seulélément non métallique de sa colonne (groupe) dutableau périodique. À ce titre, ses propriétés chimiques diffèrent de celles de l'aluminium, dugallium, de l'indium et duthallium. Ainsi, il ne présente pas de chimie ionique en solution aqueuse. Le bore possède uneorbitale-p presque vide (un seulélectron sur les six pouvant occuper cette sous-couche). Trivalent (susceptible de former troisliaisons covalentes), il est utilisé enélectronique commedopant de typep (accepteur d'électrons / riche entrous) pour lesilicium (tétravalent). Les composés du bore se comportent souvent comme desacides de Lewis, se liant aisément avec des espèces riches en électrons afin de combler son déficit électronique.
Le bore est transparent à la lumièreinfrarouge. À température ambiante, le bore est un mauvaisconducteur électrique mais est un bon conducteur à température élevée.
Le bore possède la résistance à la tractionla plus élevée de tous les éléments connus[réf. nécessaire].
Lenitrure de bore cubique peut être employé pour faire des matériaux aussi durs que lediamant. Le nitrure agit également en tant qu'isolant électrique, mais conduit la chaleur comme un métal. Le nitrure de bore hexagonal a des qualités lubrifiantes semblables à celles dugraphite.Le bore ressemble également aucarbone car il a la possibilité de former des réseaux moléculaires stables parliaisons covalentes.
Il est présent dans leslessives, ce qui en fait un traceur depollution urbaine dans les réseaux d'assainissement.On le détecte dans l'eau grâce à lacurcumine, avec laquelle il forme le rouge de rosocyanine[19].
Curieusement, le bore n'entre dans la composition que d'une seule molécule ayant un rôle biologique connu : AI-2 (autoinducer 2), découvert en1994 par Bonnie L. Bassler, est un agent qui permet à desbactéries de communiquer entre elles pour évaluer leur nombre et de ne déclencher certaines actions (comme laluminescence) que si elles sont relativement nombreuses. Cette molécule est un sucre qui enserre un atome de bore.[réf. souhaitée]
Le bore présente également, à haute pression (plus de10GPa, ou100 000atm), la faculté de former uncristal ionique à lui seul, alors que d’ordinaire un tel cristal est constitué d’au moins deux types d’atomes différents. Cette propriété s’explique par le fait que, sous l’effet de la pression, les atomes de bore s’assemblent en deux types d’amas aux caractéristiques ioniques différentes, l’un se comportant comme uncation et l’autre comme unanion, permettant ainsi la formation d’un cristal ionique[20].
Le composé du bore ayant la plus grande importance économique est leborax outétraborate de sodium Na2B4O7·5H2O, qui est notamment utilisé pour la fabrication defibre de verre isolante et commeagent de blanchiment.
Pour la couleur verte qu'il donne dans la flamme, le bore « amorphe » est utilisé dans les effetspyrotechniques.
L'acide borique est un composé important de certains produits textiles.
L'acide borique et ses sels ont été très utilisés en médecine comme médicamentsbiocides, mais ils sont peu à peu remplacés par d'autres produits plus sûrs.« Divers agents borés hypolipémiants, anti-inflammatoires ou anti-cancéreux ont été proposés et/ou développés dans les années 1970-1980, mais la plupart de ces composés ont aussi été jugés hautement toxiques lorsqu'ils ont été testés aux doses thérapeutiques nécessaires chez les animaux »[21].
Certains sels de bore ont longtemps été utilisés commepesticides, insecticides et fongicide pour le bois, par exemple sous forme de polyborate NaB8O13 · 4 H2O contre lestermites et d'autresinsectes xylophages, contre les champignons xylophages[23], présentant l'intérêt de spontanément bien pénétrer dans le bois, mais l'inconvénient de mal s'y fixer (il est très soluble) et sa durée de vie ou d'efficacité n'est pas connue[23] ; ainsi que comme anti-puce ;ovicide[24] etlarvicide[25],[26].
Des sels de bore ou de l'acide borique ont aussi été utilisés commefongicide etignifugeant pour le bois, puis pour laouate de cellulose avec l'avantage supposé de présenter une faible toxicité pour l'humain. Mais, outre uneécotoxicité à terme (toxicité pour lesarthropodes notamment), on a montré que les sels de bore étaienttoxiques pour les mammifères (réduction du poids fœtal, malformations du squelette et de viscères, chez le rat, la souris et le lapin[27]) eta priori pour ledéveloppement fœtal humain[27]. Sur cette base notamment, le 16 février 2007, l'acide borique et ses sels ont été classés « Reprotoxique de catégorie 2 » à l'annexe de la30e A.T.P. de la directive 67/548[28],[29].
L'acide borique, leborate de sodium, l'eau boriquée eteau oxygénée boriquée ont été utilisés comme médicaments[30], par exemple pour le traitement profond de certaines plaies, à la suite d'un article scientifique de 1990[31] qui a été ensuite considéré comme présentant des défauts méthodologiques[31] ; lessymptômes de l'intoxication par l'acide borique ou ses sels diffèrent de ceux directement induits par le bore. Ce sont des troubles digestifs (vomissements, douleurs abdominales…, 63,7 %), des troubles neurologiques (vertiges, ébriété,hypotonie…, 13,0 %), des manifestations cutanéo-muqueuses de type allergique (érythème…, 11,0 %) et des troubles respiratoires (5,5 %) et/ou généraux (5,5 %)[29]. Tout ou partie de ces symptômes ont été constatés chez 22,3 % de367 personnes recensées comme ayant été exposées (par voie orale le plus souvent) à de l'acide borique (84,2 %) ou à du borate de sodium, de l’eau boriquée ou de l’eau oxygénée boriquée, dans le cadre d'accidents ou d'erreurs thérapeutiques[29].
En métallurgie, le bore renforce la résistance desjoints de grains. La combinaison du bore et dutitane (appelé « couple titane-bore ») dans les aciers trempés-revenus influe considérablement sur les propriétés mécaniques de ces derniers en augmentant leurtrempabilité (taux de martensite plus élevé). Le dosage doit être très précis, certaines normes d'élaboration interdisent les concentrations en bore supérieures à 5 ppm (en masse).
Des composés de bore sont étudiés pour un très grand nombre d'applications comme dans les membranes perméables au sucre, les capteurs d'hydrate de carbone.
Dans l'industrie dessemi-conducteurs, le bore est undopant accepteur (type-P), notamment dans lesilicium. Le diamant naturel a une mauvaise conductivité électrique, mais il peut être utilisé dans l'industrie dessemi-conducteurs s'il a été dopé avec des impuretés de bore, bore-deutérium (ou dephosphore) ; un diamant fortement dopé au bore (plus de 3 × 1020bore/cm3) acquiert un comportementmétallique et peut même être utilisé commeélectrode pour l'électrochimie. De telles électrodes sont capables de« réduire à des bas potentiels et même d'oxyder à des hauts potentiels des composés que certaines électrodes conventionnelles telles que l’or, leplatine, lecarbone vitreux ne peuvent atteindre. Elles pourraient servir à réduire lesnitrates et oxyder certains polluants organiques des eaux »(sans attaquer l'eau elle-même)[32].
On ne trouve pas de bore dans la nature sous sa forme élémentaire, mais sous forme combinée par exemple dans leborax (tinkalite), l'acide borique, lacolémanite, lakernite, l'ulexite et divers borates. On trouve parfois de l'acide borique dans les sources d'eau volcanique. L'ulexite est un minerai de bore qui possède naturellement les propriétés de la fibre optique.
LesÉtats-Unis (avec le gisement économiquement le plus important de minerai derasorite, dans ledésert des Mojaves enCalifornie) et laTurquie (avec ses vastes réserves de minerai de borax) sont les deux plus grands producteurs de bore. La Turquie détient près de 73 % des réserves mondiales et les États-Unis environ 13 %[33].
Le bore pur n'est pas facile à préparer. Les premières méthodes impliquaient la réduction de l'acide borique avec un métal tel que lemagnésium ou l'aluminium. Toutefois le produit est presque toujours contaminé par desborures métalliques.
Le bore très pur est préparé en réduisant deshalogénures de bore volatils avec de l'hydrogène à haute température.
Selon une étude (2010) faite dans lavallée de San Joaquin (SJV) enCalifornie, l'acidité (pH bas) du sol, même faible serait un des facteurs aggravant le plus laphytotoxicité du bore. Il est associé à une inhibition des symbioses bactériennes de laRhizosphère chez desconcombres cultivées sur unsol salinisé par l'irrigation avec une eau dure ; l'augmentation du taux de bore dans un sol légèrement acide s'accompagnant d'une chute de la diversité bactérienne associée aux racines[39].Le bore s’accumule dans les végétaux.
Le bore est largement présent dans l'alimentation animale et humaine. Il ne semble pas être bioaccumulé, sauf dans lesos, où le bore s'accumule fortement. Chez le rat exposé au bore par l'alimentation, les os l'accumulent fortement puis, après que l'apport alimentaire a cessé, la charge osseuse en bore diminue en quelques mois mais se stabilise définitivement à une teneur trois fois supérieure à la moyenne[40].
Chez les invertébrés il est toxique à faible dose, quelques dizaines de mg/L d'eau chez lacrevette (chezLitopenaeus vannamei par exemple, avec une toxicicité variant selon la salinité de l'eau[41]). D'après des études faites sur lalimande (Limanda limanda) ou lemulet à grosses lèvres (Chelon labrosus), les poissons marins s'y montrent moins sensibles que les invertébrés[42].
Son rôle (positif ou négatif) dans la physiologie animale est mal compris. À faible dose, il est au moins impliqué dans le transport membranaire, et stimule l'activité ATPase, le pompage des ions H+ de pompage et l'absorption des ions K+. Depuis qu'on sait qu'il a une activité biologique, la recherche sur la chimie de ses composés s'est développée. Certains de ces composés se sont montrés être de puissants agents anti-ostéoporotiques,anti-inflammatoires,hypolipémiants,anti-coagulant etanti-néoplasiques à la foisin vitroet in vivo chez l'animal de laboratoire[35].
Il n'est pas certain qu'il s'agisse d'un élément vraiment indispensable à lui seul[35] ; des expériences avec supplémentation ou privation de bore ont un impact sur le métabolisme ducalcium osseux, mais avec des effets nettement plus marqués quand il y carence d'autres nutriments (cholécalciférol,magnésium)[35].
Dans certaines régions, l'eau deforage peut naturellement présenter des teneurs conjointement trop élevés en bore et fluor, en étant cause defluorose dentaire[44]. Le bore a été massivement utilisé comme ignifugeant et a contaminé les eaux de surface en tant qu'additif de produits nettoyants, mais une étude anglaise (2010) montre que cette source particulière de pollution est en diminution[45].
Des données toxicologiques (sur la reproduction notamment) sont issues de l'expérimentation animale. Elles ne semblent cependant pas directement extrapolables à l'humain car certains effets négatifs chez l'animal (rat, souris, lapin) n'ont pas été confirmés par les données épidémiologiques disponibles chez l'humain[43],[47]. Aux doses d'exposition des ouvriers travaillant dans un environnement industriel riche en bore, on n'a pas non plus constaté de corrélation entre le taux de bore dans le sang ou le liquide séminal et la fréquence ou la gravité deparamètres indésirables pour le sperme (mais dans ces études, les expositions n'atteignaient pas celles qui en laboratoire provoquent des effets indésirables chez l'animal[48]).
Elle est évidente chez les végétaux, mais moins chez l'humain ou l'animal.
Le bore semble impliqué dans lafonction cérébrale (via ses effets sur le transport transmembranaire), il affecte la synthèse de la matrice extracellulaire et semble bénéfique pour lacicatrisation deplaies[35]. Si une supplémentation en bore augmente le tauxsérique de β-estradiol et de testostérone, il a néanmoins des effets reprotoxiques (inhibition de lafonction reproductive[35]).
Comme la quantité de bore de l'eau potable doit (les borates sont concernés par une directive européenne en Europe[49]) et peut être contrôlée et que la quantité de bore est faible dans les aliments (un adulte moyen en consommerait 1 à 2 mg/j[35]), on suppose que dans un contexte « normal », il n'a pas d'effets négatifs sur la santé humaine[43], mais une évaluation complète des risques nécessiterait de clarifier l'importance positive ou négative du bore sur tous les processus cellulaires et physiologiques.
Selon les premières données (étudesin vivo) disponibles, lapeau humaine résiste bien au passage percutané, hormis, quand elle est endommagée, abrasée ou en cas de blessure[50]. Cependant, ces études sont parfois anciennes, et elles ont été produites alors que la sensibilité des méthodes d'analyse du bore dans une matrice biologique était faible[51].
Une étudein vitro récente (1998) a été faite par le département dedermatologie de l'université de Californie (San Francisco), avec un matériel d'analyse plus performant. Ses résultats questionnent les scientifiques, car montrant pour certaines formes de bore un passage percutané de 10 à 1000 fois plus important que ce qui avait été trouvé dans des étudesin vivo plus anciennes[51]. Selon les auteurs, ces résultats devraient remettre en cause les évaluations de risque toxicologique antérieures[51].
Concernant ses seuils de toxicité ou d'écotoxicité
Comme pour d'autres éléments, ces seuils peuvent varier selon les espèces (et les individus s'il existe des vulnérabilités génétiques). Et il faut à la fois considérer la toxicité aiguë et chronique.
Selon une réévaluation toxicologique récente (2013) basée sur lemodèle animal (mammifères), les deux facteurs critiques pour sa toxicité chez les mammifères sont[52] une toxicité testiculaire et une inhibition du développement fœtal[53]. Au-delà de certains seuils, un excès de bore est en effet
un impact sur le ratio Y/X des spermatozoïdes a également été mis en évidence lors d’une étude sur plusieurs centaines d'ouvriers chinois exposés au bore (comparés à une population témoin moins exposée au bore) a montré une différence de ratio Y/X (réduit chez les travailleurs de l'industrie du bore), mais sans effets directs et statistiquement significatifs sur les autres caractéristiques dusperme ou le nombre d'enfants faits par environ 1000 travailleurs de l'industrie du bore de la province deLiaoning enChine du Nord[64]. Soit l'être humain est moins sensible au bore que les souris, rats et chiens utilisés en laboratoire, soit ces résultats sont biaisés par une baisse de fertilité due au bore est ici cachée par une baisse générale de fertilité dans les populations étudiées, due à d'autres facteurs et/ou par le cadre de la politique de l'enfant unique conduite en Chine.
Une toxicité rénale est également observée, avec des« changements dégénératifs histopathologiques observés en particulier dans les cellules des tubules proximaux qui étaient dose-et temps-dépendants »[65].
Le mésusage accidentel d'antiseptiques contenant de l'acide borique était encore dans les années 1980 l'une des premières causes d'accidents toxiques (parfois mortels[66]) du nouveau-né et du nourrisson.
Des empoisonnements ont aussi eu lieu à la suite de l'absorption accidentelle de pesticides (dont insecticides) domestiques[67], comme chez les animaux qui y sont exposés[68].
Dans d'autres cas, ce sont des produits ménagers contenant des borates qui étaient en cause[69], ou lors d'accidents du travail dans un contexte de production ou d'utilisation de boranes.
Chez l'enfant, les cas de toxicité aiguë sont plus facilement détectés, mais il existe aussi des situations d'empoisonnement chronique[70].
Chez l'humain et l'animal de laboratoire, 100 % du bore ingéré passe en quelques heures labarrière intestinale vers le sang, pour être ensuite passivement diffusé dans l'ensemble du corps[71]. On l'y retrouve dispersé de manière inhomogène : dans les heures qui suivent l'exposition, il est moins concentré (20 % moins chez le rat) dans les tissus gras, et plus concentré dans l'os, certains tissus du cerveau et la moelle osseuse (4 fois plus dans la moelle que dans le sang[71]).
L'acide borique ne semble pasmétabolisé chez l'animal ni chez l'humain, sans doute en raison de l'importante quantité d'énergie nécessaire qu'il faut pour rompre laliaison BO, mais il y a une affinité chimique pour les groupes chimiquescis-hydroxy, qui pourrait expliquer certains de ces effets biologiques[71].
Une grande partie de cet acide borique est ensuite assez rapidement (un peu plus d'une centaine d'heures) filtré par les reins et excrété via l'urine (de même que pour la plupart du bore expérimentalement injecté en intraveineuse[72],[43]). La teneur urinaire en bore est donc considérée comme indicatrice d'une exposition récente[73]. Chez la femelle du rat prégnante, le rein élimine un peu plus vite le bore, bien que sa clairance soit inférieure à celle de la créatinine, ce qui suggère une réabsorption tubulaire[74].
La cinétique du bore semble similaire chez l'humain et le rat[71], mais chez le rat la durée de demi-vie du bore est de 14 à 19 h environ, significativement plus courte que chez l'humain.
Le bore est unoligoélément pour les végétaux (tous l'accumulent). Le charbon étant surtout constitué de restes végétaux terrestres, il contient une quantité significative de bore (alors que lepétrole et legaz naturel, plutôt issus de matière organique d'origine marine ou lacustre, en contiennent moins). Les finescendres volantes issues descentrales thermiques au charbon (ici vue enmicroscopie électronique) sont riches en bore et peuvent être une source de contamination environnementale (comme la combustion du charbon)[80].Les lentilles d'eau (Lemna gibba L.) absorbent si bien le bore, qu'il a été proposé de les utiliser enphytoremédiation pour épurer l'eau polluée par le bore[81], cependant au-delà d'une certaine dose le bore devient toxique pour cette espèce[82].
Les carences aussi bien que les excès (toxicité) en bore affectent la croissance, la morphologie, la physiologie et la structure cellulaire des plantes et donc leur rendement en culture. Un apport bien dosé de bore sur un sol carencé peut améliorer les rendements de culture de végétaux (detournesol par exemple[83]) ou d'arbre (pommiers par exemple[84]).
Des expériences de culturehydroponique contrôlée publiées en 2017 confirment qu'une carence affecte plutôt lesracines, alors que l'excèsbrûle le bord des feuilles plus âgées[85]. Lesenzymesantioxydants (dont lasuperoxyde dismutase (SOD), laperoxydase (POD), lacatalase (CAT) et l'ascorbate peroxydase (APX) chutent en cas de déficit en bore, et aussi — dans une certaine mesure — en cas d'excès[85]. Laconcentration de MDA chute en cas de carence et augmente avec la concentration en bore. Des fonctions vitales comme laphotosynthèse, l'évapotranspiration, la conductancestomatale et les échanges gazeux foliaires et leCO2 intercellulaire sont réduites à la fois en cas de carence et d'excès[85]. La teneur enchlorophylle et encaroténoïdes diminue aussi quand il y a carence ou excès en bore[85]. En raison des enjeux du bore pour les plantes cultivées, c'est l'un des éléments chimiques dont l'écotoxicité dans le sol a été la plus étudiée (en2017, des études et données scientifiques sur sesdoses létales et sublétales dans le sol ont été publiées pour au moins 38 taxons végétaux)[86].
Le bore esttoxique pour de nombreuses espèces dusol et dans divers types de sols (acides surtout). Certaines espèces (par exempleFolsomia candida) y sont très sensibles. Parmi les vers, les espècesenchytrées y semblent les plus sensibles. Chez les plantes globalement lesdicotylédones y sont toxicologiquement les plus sensibles, suivies desmonocotylédones et desgymnospermes qui en supportent des quantités plus élevées. La sensibilité augmente aussi avec la durée d'exposition et la dose finale. Des points limites tels que la létalité et l'évitement mesurés par certains tests semblent moins importants que les effets sur la reproduction (mesurés par d'autres types de tests).
À la suite des rejets anthropiques liquides et gazeux (cf.effluents non traités etcombustion ducharbon notamment), on a mesuré (à la fin des années 1960 dont au Royaume-Uni) un accroissement du taux de bore des eaux de surface et de cours d'eau[87] qui a ensuite diminué (années 2010 au Royaume-Uni) avec le développement des stations d'épuration[45] et de nouvelles formulations desdétergents à partir des années 1990 (perborates remplacé par d'autres agents blanchissants)[45].
Le bore n'est pas considéré commemutagène nicancérogène, mais il est soupçonné d'êtrereprotoxique. L'acide borique a longtemps été utilisé comme« toxique de référence » pour calibrer ou mesurer la sensibilité de testsécotoxicologiques standardisés, mais on lui cherche des alternatives moins préoccupantes pour la santé environnementale[86].
Certaines régions ont cependant été polluées par les activités humaines, des sols et milieux salinisés[88], et certaines nappes ou sols de plusieurs régions minières sont naturellement enrichies en bore (comme dans le Sud-Ouest des États-Unis où la roche-mère affleurante est naturellement riche en bore[89] ou dans certaines régionsturques ; deKirka)[90] ou d'Hisarcik (dans la province de Kutahya) où l'on trouve de 2,05 à 29,00 mg de bore par litre d'eau[91] (4,08mg/l en moyenne)[91], avec dans cette même région une excrétion urinaire humaine variant de0,04 à50,70mg/l de bore (8,30 ± 10,91 mg bore/l en moyenne) chez l'adulte.
Latoxicité environnementale de ce bore et de celui qui peut être émis dans les milieux (cours d'eau notamment) fait l'objet de quelques études[92],[91],[90] dont pour des plantes (l'excès ou le manque de bore est l'un des premiers problèmes pour la santé des plantes) et insectes ou crustacés (daphnie[93] par exemple) aquatiques. Elles ont montré que les taux environnementaux de bore de certaines régions d'Europe sont proches des niveaux de toxicité pour les insectes aquatiques et d'autres espèces[94], laissant penser que les introductions anthropiques de bore dans l'environnement peuvent déjà poser des problèmes dans les régions où le taux de bore était naturellement plus élevé et/ou pour les espèces qui y sont le plus sensibles (invertébrés, certaines plantes…). Les eaux d'irrigation trop riches en bore pourraient peut-être à terme poser des problèmes, de même que lescendres issues de la combustion du charbon[95] ou de bois traités au bore, notamment quand ces cendres sont utilisées comme amendements pour le sol[80]. Par exemple sur sol acide amendé avec des cendres de charbon lemaïs absorbe et accumulé plus de bore[96]. La taille des particules de cendre influe sur leur capacité à adsorber ou relarguer le bore[97].Le bore susceptibles de poser des problèmes environnementaux provient notamment de certainsdétergents, debiocides etignifugeants du bois, de tissus ou d'isolants thermiques (ouate decellulose) notamment. Ils posent des problèmes en fin de vie du matériau, et peut-être à la suite des contacts que des oiseaux, chauve-souris ou autres mammifères peuvent avoir avec le matériau traité.
À haute dose le bore est un contaminant indésirable des eaux potables et d'irrigation (il est phytotoxique au-delà d'un certain seuil)[98]. Dans certaines régions (de Turquie ou du sud des États-Unis notamment), les eaux peuvent contenir des quantités élevées de bore[99], susceptibles de poser des problèmes de toxicité[100].
L'épuration du bore de l'eau est assez coûteuse, mais techniquement possible, par exemple parélectrocoagulation,osmose inverse[101], ou par des procédés hybrides déjà utilisés pour ladessalinisation (la mer contient une grande partie du bore « terrestre »)[102],[103] utilisant une résine ou d'autres matériaux[104] absorbant sélectivement certains sels[105]. Une alternative par bioremédiation par une micro algue (Chlorella), a été testée et proposée en 2012[106].
Une méthode moins couteuse pourrait utiliser les propriétés adsorbantes de certaines argiles (naturelles ou modifiées) pour adsorber le bore[107].
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↑Le Bore, accepteur d'électrons, présente une chimie covalente très riche. Les autres éléments du groupe, à savoir l'aluminium Al, legallium Ga, l'indium In et lethallium Tl ont un comportement chimique de plus en plus métallique, avec des manifestations de plus en plus basiques et des liaisons de plus en plus fortement ioniques
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