LeBir Tawil ouBi'r Tawīl (enarabe égyptien :بير طويلBīr Ṭawīl,/biːɾtɑˈwiːl/ ;Biˈrبئر signifiant « puits »,Ṭawīlطويل signifiant long ou profond) est une petite région de lafrontière entre l'Égypte et leSoudan. La souveraineté sur ce territoire n'est pas clairement définie, aucun des deux pays frontaliers ne le revendiquant formellement. C'est l'un des rares territoires sur Terre dont aucun pays ne revendique la souveraineté[1],[n. 1].
La zone ne comporte pas d'habitat permanent, mais est une zone de pâturage et de campement pour les tribus nomadesAbabdehs etBisharin[2].
Le Bir Tawil comporte des gisements d'or. L'absence de gouvernance mène des sociétés d'exploration minière à venir forer les sols de la zone sans aucune contrainte, et parfois sans aucune considération pour l'impact écologique de leurs ouvrages[3].
Cette frontière est rectifiée en 1902 : letriangle de Hala'ib est alors placé sous administration soudanaise car les tribusBedja de cette région sont alors basées au Soudan ; de façon similaire, le Bir Tawil passe sous administration égyptienne, étant un pâturage d'une tribuababdeh basée àAssouan[2].
Le Soudan revendique la frontière de 1902 : dans cette optique, le triangle de Hala'ib est situé au Soudan et le Bir Tawil en Égypte.
En conséquence, les deux pays revendiquent le triangle de Hala'ib, mais aucun ne prétend à la souveraineté sur le Bir Tawil, qui est dix fois plus petit que le triangle et n'a aucun accès à la mer. Pour chaque pays, revendiquer la souveraineté sur le Bir Tawil signifierait reconnaître celui des deux tracés de frontière précédemment cités qui lui serait défavorable, puisqu'il reviendrait à abandonner à la partie adverse le triangle de Hala'ib, ce qui explique cet état de fait.
Enfin, des villages situés dans lavallée du Nil furent cédés au Soudan, car plus accessibles depuis le sud : c'est le « saillant de Wadi Halfa » (situé en réalité au nord de la ville deWadi Halfa), encore revendiqué par l'Égypte aujourd'hui[4].
Au début des années 1990, lorsqu'une entreprise pétrolière canadienne souhaite analyser le sous-sol du triangle de Hala'ib, lesforces armées égyptiennes sont envoyées en prendre le contrôle malgré les protestations soudanaises[2].
Le, le territoire étant toujoursde facto uneterra nullius, un fermier américain, Jeremiah Heaton, résident àAbingdon (Virginie) obtient les autorisations de déplacement des autorités militaires égyptiennes, se rend à Bir Tawil après quatorze heures de route dans le désert et y plante son propre drapeau, afin de le revendiquer à son compte en se proclamant roi[2]. Le drapeau est bleu avec des étoiles jaunes assorties d'une couronne[5]. L'étoile jaune sur fond bleu est l'élément distinctif dudrapeau du Soudan du Sud, reconnu trois ans auparavant, en 2011[6].
Il rédige un mythe, selon lequel il tiendrait parole auprès de sa fille de 7 ans, Emily, une de ses trois enfants. En guise de cadeau d'anniversaire, il la nommerait princesse du « royaume du Soudan du Nord »[7].
Cettemicronation est fantaisiste mais Heaton prétend contacter l'Union africaine afin d'obtenir la reconnaissance de ce nouvel État[8], mais rien n'indique qu'il l'ait contactée.
Heaton contacte un journal localvirginien, leBristol Herald Courier(en), qui publie la nouvelle, laquelle est largement reprise par les médias internationaux[2].
Heaton prétend consacrer ce territoire à la production agricole, mais il s'avère qu'il a un projet de film documentaire.
Seulement quatre mois plus tard, le, il annonce avoir vendu son mythe àDisney, après en avoir confié les droits au documentaristeMorgan Spurlock[9],[10].
Le, lesStudios Disney confirment que les droits sont acquis et qu'un film de fiction est en préparation. Ils sont immédiatement accusés d'encourager lecolonialisme, et l'appropriation illégale par des étrangers de terres africaines. Les studios répondent vouloir raconter l'histoire même si elle n'est pas vraie, ce qui est le propre d'unconte. Ils détaillent vouloir magnifier la relation entre un père et sa fille[11].
Dans le projet de Disney, la famille s’établit durablement dans le prétendu royaume, développant un huis clos d'abord enthousiasmant, puis angoissant. On trouve une structure narrative similaire dans de nombreux films, dontNouveau Départ (2011), où un père, veuf, bâtit un parc zoologique grandiose avec sa fille de 7 ans.
Le, quelques heures avant l'annonce de l'accord avec Disney, le nom de domaine « kingdomsudan.org » est enregistré par une société de services informatiques danoise,bezh.dk. Le site propose cinq boutons permettant de faire des dons. Le, quelques jours avant la communication officielle de Disney, le site appelle à solliciter la « citoyenneté » du Royaume[12]. Les et, le site annonce la création d'« ambassades » chez des particuliers, ce qui implique la possible création de passeports diplomatiques. Ces aspects rappellent les pratiques liées à d'autresmicronations, telles que l'affaire des passeports diplomatiques de Sealand, lorsque des particuliers ont ouvert des « ambassades » et se sont dotés de passeports et de plaques d'immatriculation diplomatiques (les propriétaires de Sealand déclarent qu'il s'agit en fait d'usurpateurs).
Les instabilités politiques du Soudan empêchent cependant la concrétisation du projet[3].
Le, le royaume lance sa proprecryptomonnaie, leNeap Coin, avant d'arrêter le projet le[13].
↑Letraité sur l'Antarctique ne fait que mettre en veilleuse les revendications territoriales des signataires. En aucun cas le traité ne signifie la renonciation à ces revendications.