Après avoir quitté la Maison-Blanche avec une cote de popularité élevée, il lance et prend la direction de lafondation Clinton, tout en s'impliquant dans le domaine humanitaire. En 2009, il est nommé émissaire spécial de l'ONU pourHaïti parBan Ki-moon. Il reste également actif au sein du Parti démocrate, prenant part aux campagnes présidentielles de sa femme en 2008 et 2016.
William Jefferson Clinton naît àHope, dans le sud-ouest de l'Arkansas. Son nom de naissance est William Jefferson Blythe III (/ˈwɪljəmˈd͡ʒɛfɚsənblaɪð/[a]), le même nom que son père, William Jefferson Blythe, Jr. (1918-1946), un commercial itinérant tué dans un accident de voiture trois mois avant sa naissance. Après l'accident, sa mère, Virginia Cassidy (1923-1994), déménage àla Nouvelle-Orléans (Louisiane) pour ses études d'infirmière, laissant son bébé à sa famille. Ce dernier grandit avec ses grands-parents, Eldridge et Edith Cassidy, jusqu'à ce que sa mère revienne4 ans plus tard. Elle se marie à Roger Clinton Sr. (1908-1967), qui adopte son fils Bill[3]. Celui-ci adopte le nom de famille de son beau-père à l'âge de15 ans. Bill Clinton décrit son beau-père comme joueur, alcoolique et battant régulièrement sa mère et son demi-frère Roger Clinton Jr.[4] (né en 1956).
Bill Clinton est un bon élève, joueur desaxophone. Il pense même devenir musicien professionnel[5]. Alors qu’il est au lycée, il fait partie d'une délégation d’élèves sélectionnés pour leur mérite et invités à laMaison-Blanche. Il y rencontre le présidentJohn Fitzgerald Kennedy et on dit que cet événement est le catalyseur de son envie d’entrer en politique. Pendant sa jeunesse, il est brièvement membre deDeMolay, qui est une organisation de jeunesse paramaçonnique américaine[6].
Il est élu procureur général de l'Arkansas en 1976 puisgouverneur de l'Arkansas en 1978. À32 ans, il est alors le plus jeune gouverneur d’un État. Son premier mandat n’est pas facile, car il fait adopter une loi impopulaire créant une vignette sur les automobiles et doit gérer la crise causée par la fuite de prisonniers cubains, immigrés illégaux détenus dans une prison de l’État. Sa femme décide aussi de conserver son nom de naissance dans un État plutôt conservateur, alors qu’elle doit remplir le rôle d’hôtesse dans les réceptions officielles. Toutes ces raisons font que Clinton n'est pas réélu en 1980 pour un second mandat de deux ans et laisse son poste à Frank D. White, un républicain.
Bill Clinton et son épouse, aux côtés du couple présidentiel Reagan, en 1987.
Clinton comprend ses erreurs et renoue de bonnes relations avec les entrepreneurs et les personnalités politiques en place. Sa femme porte son nom et adopte une attitude plus traditionnelle, tout en continuant à s’intéresser à la politique au travers de son emploi d'avocat. En 1982, Bill Clinton se présente de nouveau et prend sa revanche sur Frank D. White. Il est ensuite réélu en 1984, pour un mandat de deux ans et, après l'entrée en vigueur de l'amendement 63 à la constitution de l'Arkansas[7], en 1986 et 1990 pour des mandats de quatre ans. Grâce à ses contacts amicaux avec les entrepreneurs, il réussit à amadouer ses critiques. Il a pour priorité l'éducation dont il augmente le budget. Sous sa gouvernance, le chômage baisse et l'Arkansas se développe. Les résultats de l'Arkansas en matière de santé, de réduction de la pauvreté, d'éducation, d'emploi et de développement dépassent la moyenne nationale.
La campagne électorale est pleine d'attaques personnelles, car Clinton s'est fait réformer pour ne pas accomplir sonservice militaire, admet avoir fumé de lamarijuana mais sans en avoir avalé la fumée[8], aurait eu plusieurs aventures avec des femmes de son entourage et aurait conclu quelques contrats douteux.
Le, il est élu président avec une large majorité des grands électeurs (370 contre 168) mais seulement 43 % des suffrages contre 37,4 % à George Bush. Cette élection est en effet marquée par le score important d'un troisième candidat, l'homme d'affaires conservateur,Ross Perot, qui remporte 19 % des voix et prive Bush de majorité dans de nombreux États de l'Ouest et du Midwest. Bill Clinton est élu en promettant de réformer l'État-providence, de réduire les impôts pour laclasse moyenne, de réduire les impôts pour 90 % des petits entrepreneurs[9], de les augmenter pour les 1,2 % des contribuables les plus aisés[10], d'étendre le crédit d'impôt sur les revenus pour les travailleurs pauvres. Son élection marque ainsi l'arrivée au pouvoir desNouveaux démocrates, un courant centriste du Parti démocrate, prônant des positions sociales et culturelles plutôt conservatrices et des politiques fiscales proche deslibéraux classiques, assez éloignées des prises de positions deGeorge McGovern (en 1972) ou deWalter Mondale (en 1984).
Bill Clinton prêtant serment sur la Bible, devant le Capitole à Washington le jour de son investiture, le.
Le, Bill Clinton prête serment en tant que42eprésident des États-Unis, sous l'autorité du juge en chefWilliam Rehnquist. Son discours d'investiture est l'occasion pour lui d'escamoter le mandat ambigu qu'il avait reçu des électeurs et son manque d'expérience politique à l'échelle nationale. Pour la rédaction de son texte, il s'inspira en grande partie de la Bible protestante, qu'il avait étudié tout au long de sa vie, de son passage à l'université catholique de Georgetown et des discours inauguraux deRonald Reagan,Richard Nixon,John F. Kennedy,Jimmy Carter etWoodrow Wilson[11]. Il insiste notamment sur la capacité des États-Unis à affronter les nouveaux enjeux constitués par la fin de laguerre froide et lamondialisation :
« Aujourd'hui, une génération élevée dans l'ombre de la guerre froide doit prendre de nouvelles responsabilités dans un monde réchauffé par le chaud soleil de la liberté, mais menacé par les anciennes haines et les nouvelles pestes […]. Des forces profondes et puissantes sont en train de secouer et de remodeler notre monde, et la question la plus urgente qui se pose à nous aujourd'hui est de savoir si nous pouvons faire en sorte que ce changement soit notre ami, et non notre ennemi […]. Il n'existe plus de distinction claire entre ce qui est étranger et ce qui est national. L'économie mondiale, l'environnement mondial, l'épidémie mondiale de sida, la course mondiale aux armements : tout cela nous affecte tous[12]. »
La mise en place de son gouvernement est assez chaotique, notamment dû au fait qu'il a nommé nombre de ses collaborateurs plus ou moins au dernier moment et que certains ne se sont pas révélés adaptés au poste, comme sonchef de cabinetMack McLarty, un ami très proche, qui est remplacé un an plus tard[réf. nécessaire]. La nomination de l'Attorney General des États-Unis est également difficile, où les deux premiers choix de Clinton, Zoë Baird et Kimba Wood, ont toutes les deux dû renoncer à la nomination pour avoir employé desétrangers en situation irrégulière[13].
Le début de son mandat est marqué par plusieurs lois symboliques comme celle autorisant les salariés des grandes entreprises à s’absenter pour des motifs familiaux ou en cas d’urgence médicale et l'admission deshomosexuels dans l’armée, en dépit de longues tergiversations avec lePentagone (loiDon't ask, don't tell).
Au début de son mandat, Clinton adopte un mode de gouvernement très personnel ; alors que ses prédécesseurs déléguaient leur autorité et travaillaient par la voie hiérarchique, Clinton s'appuie sur un nombre de confidents restreints, dont sa femmeHillary. C'est elle qui prépare un projet de loi sur lasécurité sociale et l'assurance maladie, permettant à tous les Américains une couverture maladie. Mais le projet est bloqué par le Congrès à majorité démocrate en partie en raison de sa complexité et de son aspect institutionnel[14]. L'une des conséquences de cette politique est néanmoins le renversement de majorité dans les deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat en.
Les disputes entre le président et le Congrès, désormais à majorité républicaine, à partir de, se traduisent par des retards dans le vote du budget et le gouvernement se trouve dans l'obligation de fermer tous les ministères pendant plusieurs jours. En effet, Clinton refuse de céder aux Républicains sur l'assainissement budgétaire et ces derniers finiront par adopter le budget proposé par Clinton.
Le président Clinton, prononçant son discours inaugural de réelection, le.
En 1996, l'économie étant forte et les sondages étant très favorables dès le début de la campagne (15 à 20 % d'écart), Clinton remporte facilement et sans surprise l'élection présidentielle face au républicainBob Dole et à l'indépendantRoss Perot, moins influent que lors de sa précédente tentative[15],[16],[17]. La majorité républicaine du Congrès est cependant renforcée. Ce dernier l'obligera à adopter un budget en équilibre pour la première fois depuis 1969, du temps du présidentNixon. De plus, il fait voter une loi interdisant la vente d'armes d'assaut. Il augmente le nombre de policiers afin d'assurer la sécurité et crée un service civil volontaire. Il fait ensuite voter la loi sur les congés parentaux permettant aux salariés de prendre des congés pour la naissance d'un enfant ou la mort d'un proche. Il engage une lutte contre la drogue et la criminalité, et prend de nombreuses mesures en faveur de l'environnement et crée de nombreuses réserves naturelles.
Clinton fait intervenir les forces armées des États-Unis à plusieurs reprises et en même temps réduit drastiquement lebudget de la Défense. Depuis fin 1992, des troupes américaines sont engagées enSomalie dans le cadre de l'opération Restore Hope et tentent de ramener la stabilité dans le pays ; une opération visant à arrêter un chef de guerre local s'opposant aux actions de l'ONU tourne mal les3 et et18 soldats américains sont tués. Face à de violentes critiques à propos de ces morts, Clinton décida de retirer tous les militaires américains du pays.
Bill Clinton et le président sud-africainNelson Mandela, en juillet 1993.
Concernant l'Union européenne, Bill Clinton a déclaré lors de sa conférence de presse à Ankara qu'il continuerait à se faire l'avocat de l'entrée de la Turquie dans la construction européenne[18].
Les troupes américaines participent aussi aux missions de l'OTAN dans lesguerres de Yougoslavie et de maintien de la paix auKosovo. C'est sous l'impulsion de Clinton que l'OTAN organise des frappes aériennes sur laSerbie pour empêcher lenettoyage ethnique desmusulmans bosniaques. L'administration Clinton est à l'origine du plan de paix dans les Balkans. Après ses mandats présidentiels, Bill Clinton inaugure le, le Mémorial de Potocari-Srebrenica, où reposent des victimes dumassacre de Srebrenica[19].
Bill Clinton ratifiant l'accord de libre-échangeNAFTA, aux côtés des anciens présidentsFord,Carter etBush, et le vice présidentAl Gore.
Enfin, plusieurs raids sont effectués sur l'Irak en punition des violations des sanctions imposées par l'ONU après la guerre du Golfe.
Clinton participe au succès desaccords d'Oslo entre lesIsraéliens et lesPalestiniens. Toutefois, il ne parvient pas à faire accepter à Yasser Arafat et à Yitzhak Rabin un plan de paix qui aurait pu mettre fin au conflit.
Pendant sa présidence, il entretient d'excellentes relations avec le présidentJacques Chirac ; ce dernier apporte son soutien à Clinton lors de l'affaire Lewinsky. Les deux présidents restent amis à partir de ce moment-là et s'entendent politiquement dans plusieurs domaines, ce qui explique en partie les relations tendues entre Jacques Chirac et les conservateurs américains dont le successeur de Clinton,George W. Bush.
Il s'engage en faveur deBoris Eltsine lors de l'élection présidentielle russe de 1996. Il intervient auprès duFonds monétaire international (FMI) afin de faire octroyer à la Russie un prêt de10,2 milliards de dollars durant la période préélectorale. Des conseillers américains sont également envoyés, sur instruction de la Maison-Blanche, rejoindre l'équipe de campagne du président russe, alors extrêmement impopulaire, pour enseigner de nouvelles techniques de propagande électorale[20].
Il lance en 1999 leplan Colombie qui vise à soutenir le gouvernement colombien dans sa lutte contre les guérillas communistes, moyennant le versement de1,6 milliard de dollars sur trois ans à l’armée colombienne. Un amendement vient rapidement souligner la seconde fonction du plan : favoriser les investissements étrangers en « insist[ant] pour que le gouvernement colombien complète les réformes urgentes destinées à ouvrir complètement son économie à l’investissement et au commerce extérieur »[21].
Bill Clinton durant son discours à la Nation devant leCongrès américain, en compagnie du vice-président des États-Unis,Al Gore et du président de la Chambre des Représentants,Newt Gingrich, en 1997.
Aidé par l'engouement des années 1990 pour la technologie,20,8 millions d'emplois ont été créés dans le secteur privé pendant les huit ans de la présidence de Bill Clinton (1992-2000), record depuis inégalé qui éclipse les14,7 millions d'emplois créées pendant les huit ans de la présidence deRonald Reagan[22].
Conformément au pacte passé avec le président de laRéserve fédéraleAlan Greenspan[23], Clinton équilibre le budget, afin de faire diminuer les taux d'intérêt à long terme, puis dégage des excédents importants lors de ses deux dernières années à la présidence. Il est aidé en cela par l'imposition des plus-values générées par la très forte hausse deWall Street, la plus forte de l'histoire des bourses de valeurs après celle de la Bourse japonaise au cours de la décennie précédente. La forte croissance contribue aux excédents budgétaires : pendant la double mandature Clinton, les États-Unis bénéficient d’une économie en expansion à un rythme moyen de 4 % par an, comparé au taux moyen de 2,8 % pendant les douze années précédentes.
Le, à la fin de son premier mandat, Bill Clinton signe lePersonal Responsibility and Work Opportunity Act(en) (« loi sur la responsabilité individuelle et le travail »), qui fait suite à deux autres projets de loi du congrès à majorité républicaine pour réformer l'aide sociale auxquels il avait opposé son véto. Selon le sociologueLoïc Wacquant, cette loi « instaure le dispositif social le plus régressif promulgué par un gouvernement démocratique auXXe siècle »[24]. LeGramm-Leach-Bliley Act Financial Services Modernization Act de 1999 abroge une partie duGlass-Steagall Act de 1933. Les sénateurs démocrates s'opposent d'abord à ce texte par44 voix sur 45, mais ils changent de position après que la majorité républicaine a accepté des concessions sur son contenu. Le texte, promulgué par Bill Clinton en 1999, permet la création du conglomérat financierCitigroup.Serge Halimi, directeur du mensuelLe Monde diplomatique, y voit un lien avec lacrise des subprimes de 2007 et estime que cette décision« pourrait avoir coûté quelques milliers de milliards de dollars à l'économie mondiale, favorisé l'envol de la dette des États et provoqué la perte de dizaines de millions d'emplois »[25]. L'économistePaul Krugman estime que cette abrogation était une erreur, mais qu'elle n'est pas la cause de la crise financière[26].
Premier président appartenant à lagénération de l'après-guerre, Clinton apparaît comme différent de ses prédécesseurs. Il se conduit comme un homme du commun. Le fait qu'il soit souvent client de la chaîne de restauration rapideMcDonald's le rend sympathique auprès des couches populaires. Ses options politiques se traduisent par des phrases courtes semblables à des couplets de chansons à la mode et ses détracteurs l'appellent « le président MTV ». Il réussit toutefois à faire voter un grand nombre d'électeurs de la jeune génération, dont beaucoup lui donnent leur voix. Il est aussi très populaire auprès des Afro-Américains qui le considèrent comme l'un d'entre eux : « Sa mère l'a élevé seule, il est né pauvre dans une famille ouvrière, il joue du saxophone et il adore les sandwiches du McDo ». Ils s'amusent souvent à dire qu'il est« le plus noir des présidents » ou encore« plus noir que Barack Obama ». Bill Clinton a terminé son deuxième mandat avec une cote de popularité de 60 %, un score qui avait atteint 73 % au plus fort de l'affaireMonica Lewinsky[27].
Sa femmeHillary Clinton joue un grand rôle dans son gouvernement et est vivement critiquée. Beaucoup de gens considèrent le couple comme des partenaires politiques et certains pensent même que c'est Hillary qui « porte la culotte »[28].
La bonne société, conservatrice, a du mal à accepter les frasques de Clinton dans lesannées 1960, l'èrehippie. Clinton avait réussi à ne pas être appelé sous les drapeaux en allant étudier à l'étranger pendant laguerre du Viêt Nam et, s'il a admis avoir essayé lamarijuana, il affirme « ne pas avoir avalé la fumée »[29] Une partie des blancs du sud considèrent aussi que Clinton les a trahis, car s'il appartient à la classe populaire, il a fait des études dans les meilleures universités et a adopté des idées proches de l'anti-conformisme. Il n'est pas conforme au modèle traditionnel des personnalités politiques du sud même si, au même moment, d'autres conservateurs tels queNewt Gingrich, président de la Chambre des représentants, ont à faire face à des accusations similaires à celles de Clinton.
Pourtant, le nouveau président se place résolument à droite des démocrates sur les sujets de société, en s'affirmant favorable à lapeine de mort, à l'interdiction de laisser les adolescents traîner dans la rue, aux uniformes dans les écoles. Il intensifie aussi la lutte contre la drogue et annonce au début de 1994, un an après sa prise de fonctions, le recrutement de 100 000 policiers supplémentaires[30]. On parle alors deNouveau Démocrate, ou detriangulation, pour reprendre le concept créé par son conseiller Dick Morris. Ainsi lors du discours de l'État de l'Union de 1994, le président Clinton se prononce en faveur de la prière à l'école. Il en résulte qu'au cours desannées 1990, le parti démocrate s'éloigne, dans sa majorité, des quelques représentants de l'aile gauche du parti, commeTed Kennedy etHoward Dean.Hillary Clinton se recentre aussi politiquement depuis 2004, la gauche américaine étant alors plutôt incarnée par le parti deRalph Nader.
Dès le début de la campagne électorale de 1992, des rumeurs courent sur les liaisons extraconjugales de Clinton. L'une de ses anciennes collaboratrices,Paula Jones, l'accuse deharcèlement sexuel et d'autres aventures sont rendues publiques, en particulier lorsque l'enregistrement d'une conversation téléphonique entreMonica Lewinsky et Paula Jones révèle que la première affirme avoir pratiqué desfellations alors qu'elle était stagiaire à la Maison-Blanche. En janvier 1998, le président Bill Clinton déclare sous serment qu'il a eu des relations sexuelles avecGennifer Flowers[31],[32].
Dès le début de sa présidence, Clinton fait face à de nombreuses attaques personnelles de la part de ses adversaires politiques. On l'accuse d'avoir bénéficié de donations illégales pendant sa campagne électorale, en particulier en provenance de laChine. On ressort des dossiers sur des contrats douteux qu'il aurait passés pendant ses mandats de gouverneur en Arkansas. L'une de ses anciennes collaboratrices,Paula Jones, l'accuse deharcèlement sexuel. Ces accusations sont tellement nombreuses que ses partisans sont persuadés qu'il s'agit d'une conspiration nationale menée par les républicains à des fins purement politiques. C'est lors des interrogatoires lors de ce procès, qui va jusqu'à laCour suprême en, que Clinton fait ses déclarations concernantMonica Lewinsky, une stagiaire de la Maison-Blanche, avec qui il nie avoir eu quelque relation que ce soit, ce qui lui vaudra l'accusation deparjure par le procureurKenneth Starr. DansClinton versusJones, la Cour juge qu'un président en exercice peut être poursuivi aucivil pour des actes commis avant sa prise de fonction et sans rapport avec celle-ci. Sur le fond, Paula Jones perdit toutefois son procès ; en appel, elle passa un accord négocié hors-tribunal avec Clinton en, celui-ci acceptant de lui payer 850 000 dollars contre l'abandon des charges[33].
Le, Bill Clinton, sous serment, nie avoir eu des relations sexuelles avec Monica Lewinsky. Le, devant legrand jury, il admet une « relation inconvenante », doit expliquer le détail de ses relations avec Monica Lewinsky mais persiste à déclarer qu'il ne s'agissait pas de relations sexuelles :« Je n'ai pas eu de rapports sexuels avec cette femme, Mademoiselle Lewinsky ». (« I did not have sexual relations with that woman, Miss Lewinsky »). Cette phrase restera plus tard célèbre pour sa construction syntaxique avec une véracité à caractère trompeur suivant la définition donnée à « relations sexuelles ». Le lendemain, dans un discours télévisé écrit en grande partie par sa femme et mis en scène par son amiHarry Thomason(en), producteur de télévision[34], Bill Clinton confesse, le visage défait et la voix rauque, avoir eu une « relation inappropriée avec Mademoiselle Lewinsky » et exprime son « profondremords »[35]. Mais l'accusation deparjure devant le grand jury et d’obstruction de l’instruction permet au Congrès d'entamer une procédure d'impeachment. Les démocrates sont opposés à une destitution et proposent un compromis en censurant (blâme) le président, sans succès, la Chambre entame la procédure[36],[37]. Le vote est strictement politique et suit les lignes partisanes, beaucoup de sénateurs et de représentants rendant publique leur intention de vote avant que le procès ait lieu. Le, les républicains votent pour la destitution et les démocrates contre (accusé de parjure par228 voix contre 206, et d'obstruction par221 voix face à 212). En, il passe en procès devant le Sénat, mais la condamnation d'impeachment n'est pas votée par la majorité requise des deux-tiers. Des sénateurs républicains refusent de voter pour la destitution de Clinton, jugée politique.
À la fin de son mandat, son innocence sera déclarée dans plusieurs affaires[38], notamment sur des contrats passés lorsqu'il était gouverneur. De plus, il était accusé d'avoir encouragé plusieurs personnes à mentir sous serment ; son innocence a toutefois été prouvée[38].
Lors de l’élection présidentielle de novembre 2000, son vice-présidentAl Gore est candidat face au républicainGeorge W. Bush. Après une longue campagne tendue, marquée par un imbroglio sur le décompte des voix enFloride, George W. Bush est élu président. Bill Clinton prononce son discours d’adieu au soir du, depuis laMaison-Blanche. Le, le républicain George W. Bush prête serment devant leCapitole et devient le43e président des États-Unis, mettant ainsi fin à la présidence Clinton.
Comme beaucoup d’anciens présidents, Clinton, après son mandat, est devenu un conférencier recherché ; ses interventions lui auraient rapporté plus de100 millions de dollars (de 200 000 à 475 000 dollars par conférence) depuis qu'il a quitté laMaison-Blanche[39]. Il discourt sur les problèmes politiques d’actualité et il a soutenu la candidature de safemme au siège de sénateur de l’État de New-York en ouvrant son bureau àHarlem, le quartier noir deManhattan.
En, Clinton publie ses mémoires dans un livre intituléMa vie. Ce livre reste longtemps en tête des meilleures ventes, lui rapportant au total12 millions de dollars[39].
Le, il s’adresse à la Convention nationale duParti démocrate, pour la cinquième fois de suite, en soutien du candidatJohn Kerry. De nombreux critiques considèrent son discours comme l’un des meilleurs. Il y critique le candidat républicainGeorge W. Bush en ces termes « l’utilisation de la force et de l’intelligence ne sont pas forcément exclusives l’une de l’autre ».
En, pendant la campagne électorale, il subit une intervention à cœur ouvert et les chirurgiens affirment qu’il aurait subi une attaque cardiaque majeure à brève échéance s’il n’avait pas été opéré.
Peu de temps après letremblement de terre du, il est nommé émissaire spécial de l'ONU pour l'aide humanitaire aux pays frappés par les raz de marée.
Depuis la fin de sa présidence, Clinton dirige laFondation Clinton et préside laClinton Global Initiative, uneONG vouée à combattre la pauvreté en Afrique, lepaludisme et lesida.
En dix ans, laFondation Clinton a levé plus de500 millions de dollars, grâce à des donations provenant essentiellement de contributeurs étrangers, notamment de la famille royale saoudienne, du roi duMaroc et de plusieurs monarchies pétrolières duMoyen-Orient[40]. La Fondation a cependant été critiquée pour son manque de transparence. En, alors que le nouveau président éluBarack Obama envisage de nommerHillary Clinton à un poste de sonadministration, l’équipe de transition doit s’assurer que les activités lucratives de son mari ne présentent pas unconflit d'intérêts[41]. Par ailleurs, l'ancien président siège au conseil d'administration de plusieurs entreprises et est également associé à unfonds d'investissement qui gère des avoirs deDubaï et place des capitaux en Chine[42].
LaWilliam Jefferson Clinton library à Little Rock.
Il est nommé émissaire spécial des Nations unies pour Haïti après le séisme qui a ravagé le pays le, faisant plus de 200 000 morts, par le secrétaire généralBan Ki-moon. L’ancien président américain est chargé d'attirer l’attention du monde sur ce pays, le plus pauvre du continent américain. Le, il subit àNew York une seconde intervention cardiaque : uneangioplastie d'uneartère coronaire[43].
Il est venu soutenirBarack Obama à la Convention démocrate du, où il reçoit une longue ovation, en insistant sur le thème central de l'emploi et déclarant que si« la Maison-Blanche a été occupée durant28 ans par un républicain, et24 ans par un démocrate » depuis 1961, le bilan de très long terme est favorable à ces derniers, avec24 millions d'emplois créés sous les républicains et42 millions sous les démocrates[44]. Les plus grands médias américains, commeCNN[45],CBS et l'Associated Press[46] etBloomberg[47] s'empressent delancer une vérification, et doivent constater que l'ex-président dit vrai, son propre mandat ayant en particulier permis la création d'environ22,5 millions d'emplois. Selon le site officiel de laMaison-Blanche, c'est un record[48].
Hillary Clinton en campagne pour la présidence, en 2016.
Alors que sa femmeHillary Clinton avait échoué à obtenir la nomination du Parti démocrate pour la présidence des États-Unis en2008, elle l'obtient huit ans plus tard face àBernie Sanders. Bill Clinton et leur fille Chelsea font campagne avec elle, mais elle perd le face au républicainDonald Trump.
En 2018 et 2019, Bill et Hillary Clinton participent à une tournée conférences à travers le continent nord-américain, entrevues appelées « An Evening with the Clintons » (Une soirée avec les Clinton)[49].
Dans le cadre des révélations suivant l'affaire Harvey Weinstein, plusieurs victimes de Bill Clinton – notammentJuanita Broaddrick[50],Kathleen Willey etPaula Jones[51] –, témoignent à nouveau des agressions qu'elles ont subies. Le, la presse annonce que quatre femmes ont introduit de nouvelles plaintes pour agressions sexuelles à charge de Bill Clinton[52].
Il entretient des relations avecJeffrey Epstein (il a reçu de sa part des millions de dollars pour safondation humanitaire, ainsi que des financements pour la campagne sénatoriale de sa femmeHillary[53]). Les dossiers de vol de Bill Clinton publiés en 2015 suggèrent que celui-ci a effectué au moins une douzaine de vols distincts à bord de l'avion de Jeffrey Epstein[54], souvent accompagné de jeunes filles mineures.
Bill Clinton, aux côtés du présidentJoe Biden, à la Maison-Blanche, en février 2023.
En, un tableau de l'artiste Petrina Ryan-Kleid, titréParsing Bill, est retrouvé aux murs du domicile àManhattan du prédateur sexuelJeffrey Epstein, mort en prison quelques jours plus tôt. Le tableau représente Bill Clinton en robe du soir bleue et talons hauts rouges, assis dans un fauteuil duBureau ovale ; l'artiste, qui avait peint un tableau deGeorge W. Bush jouant avec des avions en papier dans le même bureau, se dit surprise que le milliardaire ait accroché son œuvre au mur[55].
À l’âge de10 ans, il est baptisé à l’églisebaptiste Park Place d’Hot Springs (Arkansas)[56]. Sa foi s’est refroidie durant ses études universitaires. En 1980, après avoir participé à un pèlerinage en Israël dirigé par le pasteur W. O. Vaught, il est devenu membre de son église, l'Immanuel Baptist Church Little Rock[57]. Lorsqu’il est devenu président en 1993, il est devenu membre de la FoundryUnited Methodist Church àWashington, D.C. avec sa femme, de confessionméthodiste[58].
À la suite de ses problèmes de santé (des opérations à cœur ouvert en 2004 pour un quadruplepontage coronarien puis 2010), Bill Clinton adopte un régime alimentaire faible en produit d'origine animale[60],[61], mais en consommant du saumon et des œufs environ une fois par semaine[62],[63].
↑Olivier O'Mahony, « Jeffrey Epstein, l'homme qui jonglait avec les milliards et les jeunes filles »,Paris Match, semaine du 25 au 31 juillet 2019,p. 62-65(lire en ligne).