La Bonté (1839). Plâtre (Surmoulage) au musée François Rude de Dijon.
LeBien est, avec l'Un et leVrai, l'un des troistranscendantaux de laScolastique ; il est surtout de nos jours lavaleur normative de lamorale, avec comme opposé leMal. La détermination de ce qui estbien oumal, à distinguer de ce qui fait du bien, de ce qui fait mal, peut se faire dans le cadre desrègles de civilité, de l'honneur, de l'utilité collective, de l'intérêt public, ou au contraire particulier. Ces différents ordres peuvent être en contradiction : ce qui est bien dans un domaine, peut ne pas l'être sur un autre plan ; on parle alors soit dedilemme, soit deconflit d'intérêts.
Depuis l'origine de la pensée philosophique, des accentuations différentes sur le sens prédominant de la notion de Bien ont été successivement mises en avant comme le montre le plan duDictionnaire des concepts philosophiques[1]. Au point de vue d'une philosophie, la signification et la pertinence même des concepts de bien et de mal ont fait l'objet de nombreuses analyses divergentes.
Employé comme nom enmétaphysique, le Bien désigne ce qui estabsolument désirable. Il est donc partie liée audésir, et plus particulièrement au désir défini comme positivité, c’est-à-dire comme générateur de valeur[6] – et non ici comme négativité, comme manque.
Il s'agit là du désir humain basé sur l'esprit contrairement au désir animal qui est basé sur les sens. Ainsi, quand Socrate dit que « celui qui commet une faute se montre mauvais archer de l'existence : il vise mal la cible qui est la même pour tous : le bien »[réf. nécessaire], il explique que le désir humain est de faire le bien mais il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas du désir animal qui au contraire pousse l'homme dans le monde des animaux, dans l'erreur.
Le « bien » est un terme qui figure dans de nombreuses œuvres philosophiques et dont les interprétations varient quelque peu.
On différencie le « Bien », valeur catégorique, suprême, idéale, et le « bien » ou le « bon», état relatif et restreint (cela prend part aux distinctions typographiques propre à la philosophie, telle « Idée » et « idée » qui se réfèrent à des concepts distincts). Un acte annoncé « bien » est donc, s'il est à effectuer, une chose que l'on doit réaliser, et s'il a déjà été accompli, une chose approuvée. À ce sujet Spinoza indique :« J’entends par bien ce que nous savons, de toute certitude, nous être utile »[7].
Dans la tradition grecque (chezPlaton notamment) le bien (agathos) est ce dont la possession procure lebonheur (eudaimonia), qui est la fin ultime poursuivie par tout être humain[8].
Dans l'analyse qu'a faitKant, l'expression du « Souverain bien » antique désigne tantôt l'idée de quelque chose de digne, de probe, ce qui n'est relatif qu'à la morale, et tantôt un état absolu de complétude (qui ne serait donc pas fragmentable).
Le langage de tous les jours définit en boucle à la fois le Bien et le Mal. On dit « le bien, c'est ce qui fait du bien » et « le mal, ça fait mal ».
Voilà une définition inacceptable en logique, mais bien éloquente parce qu'elle provient de la sensibilité. Or, bien et mal sont des concepts, produits de l'esprit.
Il serait hasardeux de laisser au seul esprit, qui sait abstraire, la définition du bien et du mal. Il faut y ajouter le sensitif, pour savoir ressentir, et nous le partageons avec le règne animal.
Le sens populaire du bien comme du mal nous le rappelle. Dès lors, nous pourrions dire que le bien et le mal se définiraient mieux en les liant à des positivités (la vie, la santé, le plaisir, la joie, la prospérité, voire la chance). Ainsi que du mal : par les négativités symétriques (la mort, la maladie, la peine, la souffrance, la misère, voire la malchance).
Plus encore, la réalisation complète et durable du Bien ne s'obtient qu'en synergie avec d'autres éléments dont l'heureuse conjugaison donnerait le bonheur, récompense du Bien. En symétrie, leur absence nous affligerait du malheur, punition (ressentie ou méritée) pour le Mal.
Enfin, il faut clore la définition sur une ouverture. Ce Bien et ce Mal sont des concepts moraux quand ils sont sous l'empire de notre volonté. Hélas, que de Mal nous vient de ce qui ne dépend pas de nous.
Ce Mal, tout comme le Bien, sont logés tous deux à deux enseignes différentes : notre destin (que personne n'a choisi) et notre volonté (que tous assumons à chaque instant). Au terme de sa vie, qui peut dire lequel du Bien ou du Mal (venant de lui-même ou d'ailleurs) a globalement gouverné sa vie ?
Si d'un seul regard, nous parvenons à tout mettre en balance, il nous est encore impossible de donner leur véritable poids spécifique à ce qui nous fit tant de Bien ou tant de Mal.
Troisième et dernière édition (1921) publié du vivant de Rudolf Steiner, identique à celle de 1918
Réédition de la version 1918 mais avec les variantes de l'édition original (1894)Philosophisch-Anthroposophisher Verlag am Goetheanum (1983), Édition, Paul de Tarse (1986) pour la France. Par contre, le chapitreLes objectifs de tout savoir n'est pas réintégré.