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| Nom de naissance | Tannenzapf |
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Bernard Natan, néNahum Tannenzapf le àIași (Roumanie) et mort en novembre 1942 àAuschwitz, est unproducteurfranco-roumain. Dans les années 1920 et 1930, il produit et développe l'exploitation cinématographique grâce à l'acquisition de nombreusessalles de cinéma.
Personnalité pionnière et controversée, Bernard Natan acquiert en 1929Pathé, qui était l'une des deux plus importantes sociétés de cinéma françaises. Pathé-Natan s'effondre en 1935.
Bernard Natan est attaqué sans répit par la presse française durant les années 1930 sur fond d'antisémitisme. Fin 1938, Bernard Natan est accusé d'escroquerie et écroué. Il est condamné à de la prison ferme où il se trouvera lors de l'occupation allemande. Diffamé et persécuté par lerégime de Vichy qui lui retire sanationalité française, il est livré auxnazis puis déporté et meurt encamp d'extermination.
Il contribue de manière importante à développer et professionnaliser l'industrie du cinéma en France entre les deuxguerres mondiales.
Nahum Tanenzaph[1] naît le de parentsjuifs àIași enRoumanie près de la frontière russo-roumaine.
Il s'installe en France en 1906 et débute dans le cinéma en tant que projectionniste[2].
Il fonde dès 1910 la société cinématographique Ciné-actualités puis Rapid-film, entreprise de tirages de films, qui connaîtra une expansion constante.
Pris dans la campagne menée par le sénateurRené Bérenger contre « le caractère jugé obscène du cinématographe », Bernard Natan et ses deux associés sont, avec quatre-vingts autres hommes du métier, poursuivis en justice. Bernard Natan, alors âgé de26 ans, est condamné en 1911 à 1 000 francs d'amende et quatre mois de prison[3],[4]. Pour cet « outrage aux bonnes mœurs », la peine de prison est légère car il s'agit de films dits « grivois »[5],[2]. Selon l'historien français du cinémaJean-Pierre Jeancolas, la condamnation est bien plus lourde puisque Natan est privé de sesdroits civiques et son frère est de ce fait obligé de reprendre les mandats sociaux de ses sociétés[6][source insuffisante].
Lors de la déclaration de laPremière Guerre mondiale, il se présente à lamairie du10e arrondissement de Paris dès le et s'engage dans laLégion étrangère comme volontaire étranger, pour la durée de la guerre. Il passe21 mois au front, est victime d'une attaque augaz de combat en 1916, et estcité à l’ordre de la division. Libéré le, il estnaturalisé Français en 1921 et francise son nom en « Bernard Natan »[7]. Il reçoit laCroix de guerre, qui lui vaut l'effacement de sa condamnation judiciaire de 1911[5].
Dans les années 1920, Bernard Natan, en complément de la gestion de son propre laboratoire Rapid Film de développement de films, travaille aussi pourParamount Pictures. En 1926, il ajoute deux ateliers à Rapid Films pour le son sur disque. Il produit également les films d'autres studios[8],[9].
Il est par ailleurs actionnaire et administrateur duMoulin Rouge[10][source insuffisante].
Avec Rapid Film, Bernard Natan va de l'avant, il filme les victoires au tennis deSuzanne Lenglen, le match de boxeGeorges Carpentier contre leBattling Siki, et est sélectionné par leComité international olympique pour filmer lesJeux olympiques de 1924[3].
En 1927, Natan fonde une nouvelle societé, Les Productions Natan, et est nommé membre du comité exécutif de la fédération des employeurs cinématographiques[1].
En, il lance la diffusion du premier film français parlant,Les Trois Masques au Marivaux-Pathé, puis le seconddessin animé de Mickey (The Opry House), dans la même salle, un mois plus tard[3],[11].
En, Bernard Natan s'associe avec Paul Thomas et achète la société Pathé, qui est alors la plus grande compagnie de cinéma de France. Il accepte de fusionner son propre studio, Rapid Films (qui valait25 millions de francs) avec Pathé en échange de50 millions de francs en actions. Après la fusion, Natan renomme la société « Pathé-Natan »[9],[12],[13].
L'entreprise se lance dans l'acquisition d'un réseau de salles[14]. En un an, Pathé parvient à prendre le contrôle de 56 cinémas : leLouxor, leMax Linder, lePalais Montparnasse, etc. Le groupe fait également construire deux cinémas sur lesChamps-Élysées, leMarignan et l'Ermitage. La firme Pathé-Natan relance à la fois la production et l’exploitation[15],[16].
Pathé subissait déjà une situation financière difficile. La reprise de Bernard Natan coïncide avec laGrande Dépression de 1929 qui atteint tous les secteurs de l'économie[17],[12],[13].
Bernard Natan tente de renflouer les caisses de Pathé et de moderniser les studios et leurs méthodes de travail. Il reprend un autre studio, la Société des cinéromans, d'Arthur Bernède etGaston Leroux, qui permet à Pathé-Natan d'étendre ses activités à la manufacture électronique et à la projection.
En, Bernard Natan s'associe avec l'ÉcossaisJohn Logie Baird en fondant la première compagnie de télévision de France, dénommée « Télévision-Baird-Natan »[18]. Le, le théâtre deL'Olympia accueille une démonstration publique de télévision système Baird-Natan. Sur un écran formé de 1 200 ampoules, le fantaisiste Jean Marsac apparaît devant les premiers téléspectateurs français[19]. La démonstration n'aura pas de suites commerciales.
Bernard Natan relance les films d'actualitéPathé Journal, qui n'ont plus vu le jour depuis 1927. Les années 1930 constituent un âge d'or desactualités cinématographiques auquel Pathé Journal participe.

AvecFernand Vitus et la société anonyme Radio-Natan-Vitus filiale de Pathé Journal, il prend le contrôle d'unestation de radio à Paris,Radio Vitus[n 1], qui deviendra un véritable empire radiophonique[9],[17],[12],[13].
Entre 1930 et 1935, la compagnie Pathé-Natan réalise100 millions de francs de profits et produit plus de60 films (autant que les studios américains de l'époque).
Dans le but de financer l'expansion de la société, le conseil de direction (qui comprend toujoursCharles Pathé) vote en 1930 la vente de105 millions de francs d'actions. Mais avec la dépression, l'augmentation de capital prévue ne pourra se faire qu'à 50 %. L'une des banques qui avait investi fait faillite et la société Pathé est forcée de continuer à acheter et équiper des salles de cinéma, sans en avoir financièrement les moyens. Elle finit par perdre plus d'argent qu'elle n'en gagne. En 1936 Pathé tombe enbanqueroute[9],[17],[12],[13].
Bernard Natan est attaqué sans répit par la presse française, qui critique sa façon de diriger son groupe. Plusieurs de ces attaques sont d'ordreantisémite[7],[20].
La chute de Pathé amène la justice française à l'inculper pour escroquerie. Le 20 décembre 1938 la police vient l’arrêter à son domicile parisien[21]. Il est accusé d'avoir créé dessociétés fictives, et de mauvaise gestion des affaires. De lourdes peines de prison s’abattent sur lui au fil des procès[21],[22]. Le, dans le journal antisémiteLe Défi,Jean-Charles Legrand affirme que Bernard Natan a agi avec d'autres administrateurs des affaires Pathé et indique que« de tout temps le cinéma fut le repaire des Juifs, [le cinéma est] devenu une immense entreprise de filouteries, […] car le Juif souille et corrompt tout ce qu'il approche »[23]. Puis, le, leJournal deConfolens (qui deviendra par la suite leJournal du Confolentais au service de l'œuvre de rénovation nationale duMaréchal Pétain) accuse Bernard Natan d'avoir escroqué700 millions de francs, alors que selonLe Défi il s'agissait de400 millions, et le qualifie de« juif d'origine incertaine, […] le type de ces indésirables qui pullulent sur notre sol et qui font des fortunes rapides aux dépens de l'épargne française »[24].
En septembre 1941, l’exposition de propagande antisémite « Le Juif et la France », à l’initiative des occupants allemands et de l’Institut d’études juives,« dénonce la domination du secteur du cinéma par les Juifs » ; la photo de Bernard Natan y figure[25].

En 1942, il est déchu de lanationalité française par leRégime de Vichy. Bernard Natan depuis sa cellule de laprison de Fresnes écrit au ministre de la justice faisant valoir le fil de sa vie exemplaire au service de la France, lettre restée sans réponse[20]. Il sort de prison en septembre 1942[9],[17],[12],[13] et est envoyé aucamp de Drancy[20].
Le gouvernement decollaboration français le livre ensuite en tant que Juifapatride aux forces d'occupation allemandes le. Il est alors déporté aucamp d'extermination d'Auschwitz, par le convoino 37, en date du et meurt quelques mois après[20],[n 1]. Son nom est inscrit sur lemémorial de la Shoah, dalleno 109, colonneno 37, rangéeno 1[27].
Si les débuts de Bernard Natan dans la production cinématographique sont mal connus, c'est notamment parce qu'ils ont été interrompus par des poursuites à l'origine de la légende du « Bernard Natan pornographe ». Dans un livre publié en 2004, son neveu, l'éditeur et écrivain résistantAndré Rossel-Kirschen (1926-2007)[28], narre que Bernard Natan, alors âgé de26 ans, est condamné en 1911 à 1 000 francs d'amende et quatre mois de prison pour « outrages aux bonnes mœurs ». Sa condamnation est due à la production et réalisation d'un film intituléChevalier Vaselinus, pour la diffusion duquel Grognet & Cie a été condamnée en même temps que Bernard Natan[4],[29],[30],[source insuffisante]. L'historien du cinémaJean-Pierre Jeancolas explique pour sa part que Bernard Natan a été privé de ses droits civiques dans le cadre de cette condamnation[6],[source insuffisante]. LaCroix de guerre, que lui vaut son courage d'engagé volontaire en 1914, permet l'effacement de cette condamnation en 1919[5],[3].
Par la suite, c'est la presse d'extrême droite qui lui reproche d'avoir été un pornographe dans des campagnes sur fond d'antisémitisme[31].
Pour l'historien français du cinéma Jean-Pierre Jeancolas, qui cite notamment un ancien employé de Bernard Natan dans son article de 1991Cinéma des années 30 : la crise et l'image de la crise, les frères Natan étaient victimes de maîtres-chanteurs[6]. Ils les payaient probablement grâce à une double comptabilité qui séparait les flux financiers légaux des flux illégaux. Ces maîtres-chanteurs auraient contribué au harcèlement des frères par lerégime de Vichy et par l'occupant nazi[6].
Selon un article de Joseph W. Slade de 1993, la société Rapid Films de Bernard Natan fournissait des films pornographique à la société Grognet & Cie, qui les diffusait au travers d'un réseau de salles clandestines et de maisons closes[32]. Parmi les œuvres des années 1920 citées par Slade figurentLe Ménage moderne de madame Butterfly, attribution à Bernard Natan controversée[30],La Maîtresse du Capitaine de Meydeux,Le Fameux Champignon et autres. Slade appuie notamment son article sur les travaux d'Ado Kyrou, journaliste de la revue de référence de l'Institut Lumière,Positif[29].
Ces affirmations, reprises parThe Journal of Film and Video[32], ont menéAndré Rossel-Kirschen à demander undroit de réponse à Joseph W. Slade, refusé par le périodique. André Rossel-Kirschen remet aussi en cause des attributions de films à Bernard Natan par la revuePositif de 1964, et critique le manque de connaissances du domaine de Slade[30].
Les films cités sont conservés dans quelques cinémathèques, indique André Rossel-Kirschen, qui ajoute (page 53 de son livre), qu'il a pu lui-même en visionner la plupart à l'InstitutKinsey. Il apparaît ainsi que l'acteur était beaucoup plus jeune, entre 18 et25 ans, alors que Bernard Natan avait40 ans en 1926, ce qui contredit sa participation alléguée[5],[30].
L'historienneDominique Missika, dansL'Affaire Bernard Natan, dédié aux petites filles de Bernard Natan, estime pour sa part que ces arguments sont des calomnies antisémites et qualifie Joseph W. Slade d'« ennemi irréductible » de Bernard Natan[33].
En 2013, un documentaire consacré à Bernard Natan est réalisé par les Irlandais Paul Duane et David Cairns[20],[34] :Natan, l'histoire effacée d'un génie du cinéma.
Bernard Natan, le fantôme de la rue Francoeur, un documentaire de Francis Gendron en collaboration avec Alain Braun (production Label, Evasion en Vidéo, Metaction), 2018,1 h 23[7]
Son histoire est également évoquée à travers le personnage d'André Korben dans le filmPlanetarium, deRebecca Zlotowski, sorti en 2016[3].
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