« Drakkar » redirige ici. Pour les autres significations, voirDrakkar (homonymie).
Lebateau viking, aussi appelédrakkar dans le langage courant, est une catégorie de navires d'originescandinave d'aspect et de tailles variés, utilisé pour la conquête ou le commerce. Sa technique de construction s'est développée auMoyen Âge durant l'âge des Vikings sur la base de traditions plus anciennes, dans le but de partir en guerre, transporter des personnes ou des marchandises.
Cette catégorie comprend divers types de bateaux : le skeid (vieux norroisskeið), lesnekkja, lebyrding (vieux norroisbyrðingr), leknarr (vieux norroisknörr) ou lekarv (vieux norroiskarfi).
Ce nom générique, sous lequel sont communément connus les navires vikings en français, est un terme récent apparu en 1840 dansArchéologie navale,tomeI, d'Augustin Jal. Celui-ci utilise la formedrakar, unemprunt au pluriel du motsuédois modernedrake, dans le sens de « dragons » (issu de l'ancien scandinavedreki, plurieldrekar)[1],[2].Drakar est donc un pluriel, bien qu'il figure un élément au singulier, et unk supplémentaire a été ajouté par la suite àdrakar de manière arbitraire. Comme le résume le traducteurRégis Boyer, dire « il partit sur son drakkar » revient à dire « il partit sur son chevvaux » (au pluriel, avec deux v)[3]. À ce propos, l'historienFrançois Neveux précise que :« dans l'espace viking, [le terme dedreki] sert d'abord à désigner les figures sculptées à la proue et à la poupe des navires, qui représentaient souvent des dragons »[4]. Placé ainsi, cet animal fabuleux était destiné à effrayer les esprits tutélaires oulandvættir (genius loci en latin) afin de faciliter les opérations commerciales ou prédatrices. Cette figure était donc amovible et on l’ôtait lorsque l’on revenait chez soi ou que l’on abordait un pays ami[3]. Le mot s'est donc appliqué ensuite parmétonymie aubateau de guerre lui-même, au sens le plus prestigieux du terme[5].
Ainsi, malgré son origine artificielle, le termedrakkar est entré dans le langage et il est couramment utilisé dans les publications non spécialisées, figurant également dans les dictionnaires français les plus répandus : on le retrouve dans leLarousse[6] ou encore dans le dictionnaire d'usage plus scientifique duCNRTL[7].
Drakkar est donc un terme par nature imprécis, puisque d'usage non scientifique, mais on peut préciser qu'il désigne dans la majeure partie des cas leslangskip (cf. plus bas) pourvus dedreki à leurs extrémités. Il s'agit en effet du type de navire le plus connu (celui qui servait aux pillages) très largement diffusé par l'imagerie populaire (gravures et peintures auXIXe siècle, films et jeux vidéo par la suite), jusqu'à devenir une des composantes majeures de l'imagerie populaire des vikings. Du fait de ce fort impact, les autres types tels que lekaupskip (cf. plus bas) sont rarement identifiés comme desdrakkar, étant moins connus ou inconnus et, surtout, ne correspondant pas à l'image stéréotypée du viking.

Le bateau viking est désigné dans les textes français (notammentnormands) du Moyen Âge par différents termes issus du vieux scandinave qui reflètent plus ou moins parfaitement des types de bateaux vikings encore en usage à cette époque. Ils ne recouvrent pas obligatoirement, par évolution sémantique, le sens que cesétymons scandinaves avaient dans leur langue d'origine.
Il s'agit tout d'abord des navires que les Scandinaves classent dans la catégorielangskip (anglaislongship (en)) « bateau long » ouherskip « bateau de guerre » :
Ensuite, on trouve également des navires de charge classés dans la catégoriekaupskip « bateau marchand » oubyrðingr « navire de charge » :
Mis à part ces navires importants, on trouve desembarcations dont la morphologie est peut-être aussi influencée par la tradition scandinave. Tel est le cas de l’écaude, petitmonoxyle assemblé, puis petitbateau à fond plat propulsé à la perche. Il était utilisé sur les marais de la Dives et de la Risle en Normandie. En tout cas, le mot désignant le navireécaude est issu de l'ancien scandinaveskálda « gaule, bâton, tube, tuyau » et « type d'embarcation » (cf. vieil islandaisskálda)[11].
L'archéologue naval Ole Crumlin-Pedersen qui a fouillé les épaves de Skuldelev, dans lefjord de Roskilde au Danemark en 1962, a établi une typologie qui fait l'unanimité.
Pour clarifier, il existe deux familles principales de navires. Leslangskip qui sont des navires de guerre et leskaupskip qui sont des navires de commerce[4].
Les langskip ont pour point commun d'être pontés et d'avoir un important équipage de rameurs. Ils n'ont pas de place pour le stockage des marchandises. Ils se déplacent indifféremment à la voile et/ou à l'aviron. Ce sont des transports de troupes capables de remonter les rivières. Selon leur taille, ils portent différents noms :karv,snekkja, dreki…
Les kaupskip sont des navires de commerce, ils se déplacent à la voile et disposent d'un équipage réduit. Capables de naviguer en haute mer, ils ne sont pas pontés. Leur cale est diteouverte. Le navire de ce type découvert à Skuldelev avait une capacité de charge de 16 tonnes. Depuis, des épaves de plusieurs autres navires de commerce ont été découvertes. Selon leur taille, on les nommebyrðingr ouknörr.
Il existe également des bateaux de pêche ou caboteurs que l'on nommeferja (même terme que l'anglaisferry)
Les navires qui rejoignaient l'Islande étaient principalement des navires de commerce conçus pour la haute mer, c'est-à-dire desknörr. Les navires trouvés dans les tombes royales sont, selon Ole Crumlin-Pedersen, deskarv. Ces navires de guerre ont la particularité d'être plus larges que les navires classiques. Cela se justifie par la nécessité de pouvoir embarquer le roi, son trésor et/ou sahird, sa garde rapprochée. Il s'agit de navires de prestige.
Les premières découvertes de navires vikings à Gokstad en1880 et à Oseberg en1904 ont amené les archéologues à la conclusion que les Vikings étaient des « commerçants de produits de luxe ». En effet, ces deux navires pontés qui avaient des équipages nombreux laissaient très peu de place pour embarquer des marchandises[12]. Or, comme il était de notoriété publique que les Vikings étaient avant tout des commerçants, les archéologues sont arrivés à la conclusion qu'avec des navires aussi mal conçus, les commerçants étaient obligés d'embarquer des marchandises peu encombrantes, mais à forte valeur ajoutée pour rentabiliser leur voyage. Donc, des marchandises de luxe. Depuis les fouilles de1962, nous avons la preuve qu'à côté des bateaux guerriers, les Vikings disposaient de bateaux de charge capables d'embarquer des cargaisons de plusieurs tonnes.
Les premières embarcations vikings furent construites dans des pièces de bois uniques taillées dans des troncs d'arbre (monoxyle) à la manière despirogues. Les bateaux étaient réalisés à la hache, en suivant l'orientation des fibres du bois de façon à obtenir des planches courbées et solides à l'avant et à l'arrière. S'ils présentent de nombreuses similitudes (notamment méthode de construction à clins, quille allongée, voile, etc.), il existe différents types.
Lesbarques,bátr, de petite taille, étaientmontées à clins, elles avançaient à la voile et à l'aviron, avec selon leur taille/dimensions 10 ou 12 bancs de nage de deux à quatrenageurs (terme maritime qui signifie rameur). Elles étaient encore utilisées auXIXe siècle en Norvège[13].
Parmi les bateaux marchands, on compte laskúta (petit navire de brasse), leeptirbátr (canot), lekarv (karfi) dont le représentant le plus connu est leGokstad, et leknörr (knarr) destiné au grand large.
Les bateaux de guerre ouherskip se divisent ensnekkja à vingt bancs de nage et laskeið qui tenait le rôle de navire de ligne.

Par bateau viking, il faut entendre une grande diversité de navires (cf. ci-dessus) qui se distinguent les uns des autres par leurs dimensions et leurs matériaux, en fonction du lieu de leur construction, des mers où ils naviguent et des tâches pour lesquelles ces différents modèles ont été développés.
Cependant, ils sont tous semblables sur le plan de leur conception générale :
Les Vikings ont fabriqué leurs navires selon un principe central : l'alliance de la flexibilité à la légèreté. Cette conception du navire s'oppose à celle de l'Europe du Sud, où la rigidité de la coque rend l'embarcation plus lourde. Sur les bateaux vikings, l'excédent de poids est systématiquement éliminé.

Le bateau viking est aussi quasiment symétrique entre l'avant et l'arrière qui se répondent de part et d'autre dumât, ce qui lui permet de se déplacer indifféremment en avant et en arrière de la même manière (amphidrome)[14],[12].

Sa quille tient en un seul tenant, ce qui requiert de très grands arbres[12]. Le gouvernail est constitué par une sorte d'aviron court à très large pelle, fixé par des attaches de cuir à tribord arrière. Son fond plat et son faibletirant d'eau lui permettent également de naviguer par petits fonds et de s'échouer directement sur une plage lors d'un raid. Lacoque est constituée de planches superposées (clins) quidiminuent son enfoncement quand il était à pleine charge[réf. nécessaire]. Ce type d'assemblage assure aussi une solidité qui permet une certaine flexibilité des planches entre elles. De plus, il facilite d'éventuelles réparations, pour lesquelles les planches de bordé peuvent être changées sans difficulté majeure. Le navire possède également un grand mât facile à dresser et à abattre qui supporte une voile rectangulaire qui lui permet de remonter au vent[15].

Les matériaux utilisés pour la construction étaient le bois de chêne[12], parfois le pin ou le frêne pour les bordés, ainsi que le saule pour lesgournables. Pour les rivets, l'ancre et certains éléments de l'accastillage, les Vikings utilisaient le fer. Les fibres végétales et animales entraient dans la composition des différents cordages du gréement, par exemple le crin de cheval pour les écoutes ou la fibre d'écorce (tilleul) pour les haubans. En plus de ces matériaux, legoudron de pin était utilisé pour enduire la coque, et différentes bases de couleurs pouvaient servir à fabriquer des enduits pour colorer la coque ou la voile. Activité à usage domestique pratiquée modestement auIVe siècle, la prolifération des fosses à goudron (appelée en suédoistjärdal) à proximité directe des forêts dès leVIIIe siècle, constituerait la preuve d'un accroissement exponentiel de la demande de goudron par ailleurs à l'origine d'une industrie florissante. Des fours toujours plus grands ont été fabriqués entre 680 et 900, soit la période d'expansion viking[16].


Les premières embarcations scandinaves étaient despirogues, creusées dans des troncs de pins centenaires selon la technique de l'excavation puis brûlis contrôlé. Liés à lapériode néolithique, ils ont bénéficié des techniques d'époque apportées aux outils primitifs en granit polis issus des champs défrichés et cultivés des basses terres du Jutland (pour le plus grand nombre d'exemplaires recueillis)[17]. Ils sont connus au Danemark à partir duVIe millénaire avant notre ère. Peu à peu, leurs bordés furent rehaussés au moyen de planches dans des encoches pratiquées sur les tranches des flancs latéraux. Le premier bateau véritablement original de ce type est représenté gravé sur des pierres à l'origine dressées (pierres proto-runique équivalent à nos menhirs) et c'est ce même type qui va être mis au jour par les fouilles deHjortspring au Danemark. La comparaison a entraîné une polémique en raison du modèle unique retrouvé, différent de la pirogue, et qui daterait de 350 avant notre ère. (Pour une généralisation de cette technique et en tirer des conclusions sérieuses, une partie des chercheurs préfèrent attendre de mettre au jour d'autres exemplaires au lieu de généraliser à partir de cette unique pièce). Puis, vers 300-400, les navires scandinaves commencent à ressembler aux bateaux vikings que nous connaissons. À ceci près, qu'ils n'ont toujours pas de voile ni de quille, mais une sole — une ou plusieurs pièces en bois renforcées — pour constituer le fond de la coque (navire deNydam ou d'Halsnøy).
Avec le début de l'exploitation des mines de fer en Norvège et en Suède, les populations forgent un premier élément essentiel à la conception du bateau viking : desrivets. Ceux-ci permettent l'assemblage des planches bordés à clins dès leIVe siècle. La seconde innovation est le recours à lavoile dès leVIe siècle comme l'attestent les représentations sur les pierres historiées deGotland. D'abord petite (entre 4 et 8 mètres carrés) elle est tissée en laine, plus résistante à l'humidité que le lin ou le chanvre. Les voiles ultérieures, entre 112 et 120 mètres carrés, demandent une production de laine provenant d'au moins 200 moutons. L'introduction de la voile remplace la force nécessaire des rameurs et le nombre d'hommes nécessaires à bord, ce qui libère de la place pour embarquer des marchandises[18]. Dès leVIIIe siècle, les habitants de la côte occidentale de la Norvège ont une maîtrise de la construction navale et de la navigation inégalée en Europe[18].
L'amélioration technique ultérieure consistant en un agrandissement de la voile les obligera à doter leurs navires d'une quille. La quille permettait de fixer le mât et de réduire la dérive induite par la force du vent. Les Scandinaves connaissaient la voile depuis longtemps, mais il semble que des contraintes ethno-sociologiques les auraient encouragés à se déplacer à l'aviron seulement. On pense que le prestige d'un équipage nombreux primait sur la nouveauté et le progrès que pouvait représenter l'usage de la voile. La voile aurait cependant été adoptée par les commerçants et les pêcheurs, tandis que les chefs de guerre auraient privilégié l'apparat. Or, les navires découverts dans les tombes étaient des navires d'apparat. Un autre facteur : la qualité grossière des premiers tissus ajoutés à la rudesse et l'humidité du climat rendait la fiabilité des premières voilures incertaine et aléatoire. Un jeu de voile se déchirant et facilement détérioré faisait prendre plus de risques aux commerçants. Dans le cas des bateaux de guerre, la sûreté a longtemps primé sur cette nouveauté qui n'était pas jugée indispensable. Les nombreux hommes à bord fournissant une source d'énergie à disposition. De plus, pour des raisons d'ordre et d'organisation, l'occupation de l'équipage à la navigation empêchait l'oisiveté des hommes, source potentielle mais importante de conflits, allant de la simple rixe liée aux jeux de hasard ou à l'ivresse jusqu'à la mutinerie. La pratique de la rame, si elle n'était pas abusive, fournissait également un entraînement physique et une hygiène de vie empêchant la sédentarisation.
Les types de navires varient en fonction des régions et des époques. Ils demeurent très polyvalents jusqu'auXe siècle et peuvent aisément servir de navire de marchandise comme de navire militaire[18].
La connaissance des bateaux des Vikings provient principalement d'illustrations épigraphiques, derunes, de laTapisserie de Bayeux[12], de diversessagas et de l'archéologie desépaves. La découverte d'un rituel est à l'origine de la plupart des connaissances actuelles sur le sujet. À la mort d'un grand chef, suivant l'usage le peuple viking enterrait le dignitaire dans son bateau, lui servant alors de sépulture, le tout formant untumulus. La première fois que l'on a retrouvé un bateau viking parfaitement conservé, ce fut àGokstad, près deSandefjord. Un autre a été trouvé en1933 àÄskekärremote.
En France, il n'a été trouvé qu'un unique exemplaire de bateau viking utilisé comme sépulture, à savoir celui de l'île deGroix découvert en1906[19].
La tradition de construction navale des Vikings s'est maintenue jusqu'à nos jours dans le nord de la Norvège. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, des milliers de bateaux à clins de typeNordland ouÅfjord (de 11 à 17 m), non pontés et à voile carrée, pêchaient la morue dans les eaux deLofoten. Les seules modifications par rapport à leurs ancêtres étaient l'adjonction d'une petite voile supplémentaire dans la partie supérieure du mât et le déplacement du gouvernail à la poupe, position plus protégée. Ces navires portaient souvent un nom évocateur de la grande épopée du passé ; l'un d'entre eux, par exemple, se nommaitLe dernier Viking[20].
« La tradition du clin n'est pas l'héritage des seuls Scandinaves, mais également celui des différents peuples du nord qui les ont précédés dans l'évolution des techniques et dans leurs expéditions[21]. » Il est fait référence notamment auxFrisons et auxSaxons qui ont devancé les Vikings de plusieurs siècles. En effet, le bateau deSutton Hoo découvert dans le Suffolk en Angleterre datait d'environ 625apr. J.-C., bien avant l'âge viking, et était une barque bordée à clins de près de 27 m de long et qui était propulsée par quarante rameurs. A contrario, la tradition du clin n'est pas la seule innovation et caractéristique propre au bateau viking (cf. ci-dessus).
Ainsi, selon François Renault, les « caïques » d'Yport et d'Étretat, restés en activité jusque dans les années soixante, pourraient bien être les dernières et les plus authentiques représentantes de la tradition scandinave en France, car la quille est taillée comme celle desesnèques, c'est-à-dire légèrement concave, et facilite donc les échouages et les manœuvres de hissage. Ce sont aussi les seules embarcations qui présentent un profil d'étrave aussi arrondi sur nos côtes. Cependant, la forme de ces coques ne permet pas d'établir une filiation directe avec les coques scandinaves[21].
Par contre, lepicoteux de Normandie (région d'Isigny, des marais deCarentan, deSallenelles, de l'Orne et des marais deTroarn) se rattache à la tradition frisonne et saxonne. Il était encore fabriqué àCourseulles-sur-Mer vers 1954 - 1960. Ces embarcations sont proches des barques de lamer Baltique, deskuboots néerlandais, etc.
Dans leBoulonnais, au nord de la France, jusqu'à la fin duXXe siècle, les pêcheurs professionnels ont continué à utiliser leflobart, dont la coque est aussi constituée de planches à clins superposées. Le Boulonnais étant par ailleurs connu pour avoir été colonisé par les Saxons, il est probable que ce soit eux qui y aient introduit cette technique.
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