Cet article concerne la bataille de la Seconde Guerre mondiale. Pour la bataille de la Première Guerre mondiale, voirBataille des Ardennes (1914).
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Labataille des Ardennes est le nom donné à l'ensemble des opérations militaires de laSeconde Guerre mondiale qui se sont déroulées enArdenne pendant l'hiver 1944-1945. Le théâtre des opérations se déroule presque exclusivement enBelgique et dans le nord duLuxembourg, principalement dans l'Ardenne belge et l'Éislek luxembourgeois, avec pour objectif final de la part desAllemands la reconquête du port d'Anvers, mais leur offensive sera stoppée avant même d'atteindre laMeuse. La bataille commence le par une attaque surprise allemande, à laquelle on a donné le nom d'« offensivevon Rundstedt ». LeGeneralfeldmarschall von Rundstedt y était pourtant opposé : il estimait l'objectif trop ambitieux[1]. Il s’agit de l’une des plus grandes batailles de l’Histoire[2].
Les Allemands l'appellent opérationWacht am Rhein (en référence au tableau deLorenz Clasen et de lacélèbre chanson), et lesAnglo-AméricainsBattle of the Bulge (la « bataille du Saillant ») prenant en considération la forme de « coin » que la ligne de front avait prise lorsque la pénétration allemande fut arrêtée.
La bataille des Ardennes se termine fin, après le refoulement des Allemands au-delà de leur ligne de départ[3].
On se rappellera une offensive victorieuse que le généralLudendorff avait lancée surLiège un peu au nord, pendant laPremière Guerre mondiale, et en, l'opérationLüttich (« Liège » en allemand, en référence à cette offensive), contre-offensive à l'opérationCobra : si la première avait inspiréHitler, la seconde aurait dû le rendre plus prudent.
Un certain nombre d'unités sont rattachées à la division dont un bataillon de chars moyens (M4 Sherman) et de chars légers (M3 Stuart ouM24 Chaffee), un bataillon d'artillerie antiaérienne (canons de40 mm Bofors tractés oumitrailleuses .50 surhalftrack), un bataillon de chasseurs de chars avec 36chasseurs de chars (M10 Wolverine puisM36 Jackson) et une escadrille de10 avions légers de liaison.
La division blindée (Armored Division ouArmd Div) a un effectif de 11 000 hommes. Elle comprend195chars moyens,77 chars légers,50 chasseurs de chars, de l'infanterie blindée et des unités d'appui. L'appellation américaine estArmored Division tandis que la division blindée britannique s'écritArmoured Division.
La division aéroportée (Airborne Division ouAbn Div) est une division d'infanterie légère de 10 000 hommes pouvant être aéroportée.
La division d'infanterie (Volksgrenadier Division) comporte en cette fin d'année 1944, en théorie,342 officiers, 1 724 sous-officiers et 8 006 soldats.
Le charroi est composé de426 véhicules,119 motos, 1 522 bicyclettes, 1 142 chariots,346 remorques, 3 002 chevaux.
L'armement lourd se compose de12 obusiers de150 mm,24 canons de105 mm,18 canons de75 mm,38 obusiers de75 mm,14 canons anti-tank de75 mm autotractés,9 canons anti-tank de75 mm tractés,9 canons antiaériens de37 mm autotractés,24 mortiers de120 mm,42 mortiers de81 mm,12 lance-flammes.
La division aéroportée (Fallschirmjäger division). Outre le fait que ces divisions peuvent comporter des troupes parachutées qui ne transportent que des armes portatives, elles disposent toutefois d'un matériel équivalent aux divisions d'infanterie.
Les échelons au-dessus de la division :
Lecorps d'armée est une grande unité dont la composition n'est pas fixe. Il comprend un commandement, un certain nombre de divisions (2 à 7) et des unités d'appui et delogistique.
L'armée comprend un nombre variable de corps d'armée. Les Allemands utilisent le termePanzer Armee (Pz Armee) lorsque le nombre de divisions blindées (Pz Div) affectées est important.
Le groupe d'armées comprend un certain nombre d'armées (2 à 5).
Sur le front occidental :
Les groupes d'armées alliés dépendent duSHAEF (état-major du généralEisenhower) qui dispose également de moyens aériens.
Les groupes d'armées allemands sont sous les ordres duGeneralfeldmarschallvon Rundstedt. À la suite de ladéfaite de Normandie, il avait été remplacé parKluge, mais ce dernier, impliqué dans l'attentat contre Hitler, s'était suicidé. Rundstedt fut ainsi rétabli dans ses fonctions. Cet officier compétent n'a jamais éténazi. Son implication dans l'offensive des Ardennes fut réduite. Lecommandement suprême allemand (OKW), dépendant de Hitler, traitait directement avec le commandant dugroupe d'armées B, leGeneralfeldmarschallModel, chargé de l'offensive.
Lefront occidental s'est étendu. Après l'échec d'Arnhem (17 septembre 1944), il suit d'abord une ligne est-ouest coupant lesPays-Bas en deux et ensuite une ligne nord-sud suivant très approximativement lafrontière franco-allemande jusqu'enSuisse. Depuis les ports français, les lignes de communication sont longues. Libérée dès le, leport d'Anvers permettrait aux Alliés de ne plus faire transiter les énormes quantités de ravitaillement divers par les ports français. Mais si le port est libéré dès le, l'estuaire de l'Escaut, long de80 km, ainsi que l'ile deWalcheren, qui en permettent l'accès, serait encore tenu par laWehrmacht pendant85 jours (Bataille de l'Escaut se déroule du 2 octobre au 8 novembre 44), interdisant aux navires alliés d'entrer dans le port. Hitler veut à tout prix empêcher son utilisation et dès le13 octobre, les premiersmissiles V1 s'abattent sur Anvers. Le, c'est au tour desV2 d'entrer en scène.
Les Alliés manquent de moyens mais, pour ne pas permettre à l'ennemi de se ressaisir, ils doivent continuer leur offensive. Au nord, une attaque vient d'être lancée pour s'emparer des barrages de laRoer afin d'empêcher les Allemands de déclencher d'éventuelles inondations. Au sud, la3e armée dePatton prépare une offensive versFrancfort. Pour réunir les moyens nécessaires, le front a été dégarni dans les Ardennes où quatre divisions américaines tiennent120 km de front.
Pour les Allemands, les lignes de communication et la longueur des fronts se sont réduites, ce qui permet de regrouper les forces et même de constituer quelques réserves. Lesfronts d'Italie etde Russie sont stabilisés. La mobilisation de tous les hommes entre 16 et 60 ans permet de rétablir les effectifs. La défense de la patrie ressaisit le moral de ceux qui ne sont pas encore résignés. Dos au mur, les Allemands acceptent l'idée de combattre sans idée de recul.
La production de matériel militaire est satisfaisante. Une nouvelle6e armée blindée SS a même pu être constituée. Toutefois, il faut agir rapidement car lesbombardements stratégiques alliés deviennent inquiétants et les réserves en carburant s'amenuisent.
Quatre groupes d'armées sont déployés face aux Alliés :
Depuis l'écroulement du front de Normandie au début du mois d'août 1944, les cercles militaires dirigeants du Reich, sur une consigne de Hitler en personne, préparent une réédition de la campagnede 1940 : une offensive en Ardenne[4]. Hitler lui-même expose aux commandants des unités engagées dans cette action sa vision de ce que doit être l'offensive à venir quatre jours avant le déclenchement des opérations : faire prendre conscience aux alliés occidentaux, par une action offensive de grande ampleur, de la vanité de défaire le Reich dans un délai court, tout en créant les conditions, une fois l'offensive couronnée de succès, d'une paix à l'Ouest[5].
Le Reich tente aussi de profiter du calme relatif dufront de l'Est durant l'automne et de la fatigue des troupes alliées engagées sur le front occidental, harassées par plusieurs mois de durs combats à travers la France, par l'ampleur des pertes et par la longueur des lignes de communication alliées[6].
Le, peu de temps après le retour de Gerd von Rundstedt sur le front de l'Ouest[5], et après une conférence tenue à l'Oberkommando der Wehrmacht, Hitler charge un état-major restreint sous le contrôle dugénéral Jodl de préparer une offensive en Ardenne. Cette opération reçoit le nom de « Wacht am Rhein » (allusion à l'hymneGarde au Rhin).
Reportée plusieurs fois, l'offensive se concentre sur la forêt ardennaise, et le port d'Anvers, pour aboutir à un nouveauDunkerque[7], dans un contexte d'incursions alliées sur le territoire du Reich[6]. Peu de commandants de troupes estimaient réalisables les plans visant à rééditer la campagnede 1940 : Model et Rundstedt eux-mêmes, en dépit des proclamations publiées dans les jours qui précèdent l'offensive[8], doutent des chances de succès des plans grandioses imaginés par Hitler et ses proches conseillers, Alfred Jodl etWilhelm Keitel. Les deux responsables de la mise en œuvre de cette opération, Model et Rundstedt, défendent une petite solution, consistant à neutraliser, puis repousser les forces alliées stationnées entreAix-la-Chapelle et laMeuse[9]. Ce doute est partagé à tous les échelons supérieurs de la hiérarchie militaire allemande, malgré des bouffées d'optimisme, liées au discours de Hitler devant les commandants des unités destinées à être engagées dans cette opération, les et[8].
Malgré ces réserves, Hitler, conforté par Jodl et Keitel, maintient les objectifs grandioses qu'il a assignés à l'offensive en préparation, notamment la reconquête d'Anvers ; il finit même par convaincre les plus sceptiques, parmi lesquels Model lui-même[9], tandis qu'aux échelons immédiatement inférieurs,Manteuffel etDietrich se contentent d'émettre de solides réserves sur les chances de succès de la solution proposée par Hitler, puis, une fois ces réserves écartées, de faire le maximum pour assurer le succès de l'opération[8].
Le secret entoure la préparation de l'opération, aidé en cela par des mesures draconiennes pour le préserver. Les maréchauxvon Rundstedt etModel sont informés le24 octobre. Parmi les dirigeants du Reich,Albert Speer est l'un des rares à être tenu informé de la préparation et de la mise en œuvre de cette offensive[8].
Model est un fidèle du régime ; il commande le groupe d'armées B qui sera chargé de l'attaque et dont les unités auront du nord au sud les objectifs suivants :
la6e armée blindée SS (neuf divisions) sera chargée de l'effort principal. Nouvellement constituée, elle sera mise en place au dernier moment. Elle franchira laMeuse au sud-ouest deLiège, protègera elle-même son flanc nord, coupera les forces alliées du nord de leur ligne de communication et s'emparera d'Anvers ;
la5e armée blindée (neuf divisions) franchira la Meuse dans la zone deNamur et avancera jusqu'àBruxelles pour protéger le flanc sud au-delà de la Meuse ;
la7e armée (onze divisions) attaquera pour protéger le flanc sud à la hauteur d'Arlon jusqu'à la Meuse.
l'infiltration en Ardenne de l'unité spéciale du colonelSkorzeny composée de militaires allemands en uniforme américain parlant l'anglais et chargés de créer la confusion dans les lignes américaines (opération Greif).
Initialement, les unités alliées impliquées dans la bataille des Ardennes font partie de la1re armée américaine (généralHodges). À partir du, sur ordre d'Eisenhower, une réarticulation des forces comprenant plusieurs divisions britanniques et canadiennes (soit plus de 50 000 hommes) est effectuée, certains régiments belges et le2e régiment de chasseurs parachutistes SAS français étaient aussi présents.
Dès5 h 30, une importante préparation d'artillerie est déclenchée. À6 h, des patrouilles de combat allemandes s'infiltrent entre les points d'appui américains afin de s'emparer de quelques passages obligés.
À8 h, couverte par le brouillard, la véritable offensive allemande commence :
au nord, l'avance est rapidement bloquée versMontjoie, grâce, principalement, à l'action de la2e division d'infanterie américaine et à la réaction de l'artillerie américaine,
au sud, la progression de l'infanterie est freinée par l'ouverture des champs de mines et la résistance des points d'appui américains. Les blindés « piétinent » d'impatience, freinés aussi par de nombreux convois de ravitaillement hippomobiles[10], surtout la1re SS Pz Div qui dispose de164 chars dont 45 « Tigre royal » et 38 « Panther ». Sa colonne principale est commandée par le jeune lieutenant-colonelSSPeiper (29 ans). En fin d'après-midi, impatient, il traverse volontairement un champ de mines en perdant quelques blindés, et continue sa progression de nuit versLanzerath à l'est de la Belgique;
À15 h 23, unefusée V2 lancée lors de l'offensivetouche le cinéma Rex d'Anvers, tuant567 personnes dont291 soldats alliés, ce qui en fait le tir de missile le plus meurtrier de l'histoire du conflit.
En fin d'après-midi,Eisenhower etBradley qui sont en réunion àVersailles, sont informés de l'attaque. Ils n'en mesurent pas encore l'ampleur. Le mauvais temps empêche les reconnaissances aériennes. Néanmoins,Bradley donne des ordres à la9e et à la3e armée pour envoyer respectivement les7e et10e divisions blindées américaines vers la1re armée. Ces unités commenceront leur mouvement dans la nuit.
Soldats de laWaffen-SS rattachés au Kampfgruppe Knittel, sur la route deSaint-Vith àMalmedy, durant l'offensive des Ardennes ; certains observateurs de cette photo ont cru identifier à tort le lieutenant-colonelJoachim Peiper comme le sous-officier à droite.Prisonniers américains massacrés àBaugnez (Malmedy) le.
Vers3 h, des avionsJunkers 52 larguent un millier deFallschirmjäger (parachutistes allemands) sous le commandement du colonel von der Heydte sur leplateau des Hautes Fagnes au nord deMalmedy, avec pour objectif le carrefour dumont Rigi (opérationStösser). La dispersion est extrême, laLuftwaffe ne disposant plus que de jeunes pilotes inexpérimentés et ayant reçu pour mission de voler de nuit et par un temps exécrable. Sur les 800 paras de von der Heydte, un tiers seulement est parachuté sur la zone, entre Spa et Montjoie. La coupure de l'axe Eupen/Malmedy devient impossible : von der Heydte tente de rejoindre les lignes. Les colis avec l'armement lourd seront rarement retrouvés, ce qui amoindrira l’efficacité de l'action. Beaucoup d'hommes seront capturés assez rapidement. Isolés, les derniers se rendront aux Américains le, dont von der Heydte, épuisé, le bras fracturé.
L'opération griffon : Skorzeny et ses faux Américains, désorganisation de l'arrière
Les commandos duWaffen-SSOtto Skorzeny (150e brigade), revêtus d'uniformes américains et utilisant des véhicules capturés, lancent l'opération Greif (griffon) : ils coupent les lignes téléphoniques, changent les panneaux routiers, organisent de faux plantons aux carrefours et créent la confusion, surtout dans les mouvements américains. Censés monter une "brigade" de langue anglaise, Skorzeny et son adjoint, von Koelkersam, devront se contenter d'une dizaine de soldats parlant sans aucun accent. Ils n'obtiendront qu'un dixième du matériel allié promis[10]. Ils n'auront toutefois pas dans la durée tout l'effet perturbateur escompté. L'idée avait été reprise par Hitler, s'inspirant des Américains en septembre devant Aix-la-Chapelle[10]. Sous un faux uniforme, ils risquent la mort par exécution s'ils sont pris, ce qui sera le cas pour nombre d'entre eux.
À12 h 30,Peiper capture, àBaugnez près deMalmedy, une centaine d'artilleurs de la colonne de la division américaine[11]. Ceux-ci sont rassemblés dans une prairie mais, vers14 h, avec les troupes SS qui suivent, un officier déclenche la tuerie des prisonniers[12]. Plusieurs peuvent s'enfuir et pour certains même rejoindre leurs lignes. L'information du « massacre de Baugnez » parviendra rapidement aux unités américaines (principalementvia un article duStars and Stripes du) qui, au lieu d'être terrorisées, penseront surtout à venger leurs camarades. Le soir, la1re SS Panzer Division rejette vers le nord la jeune99e division d'infanterie américaine et la colonne Peiper arrive devantStavelot[13].
en avant deClervaux, la28e division d'infanterie américaine, unité expérimentée et commandée par lemajor general Cota (célèbre depuis son action àOmaha Beach) est déployée sur un large front. Ils sont attaqués et encerclés mais leur résistance freine la progression allemande ; c'est la seule unité ayant avancé sur le front de 240 kilomètres[14].
Ausud, le flanc de la pénétration allemande est contenu sur la ligneEchternach-Diekirch.
Le 18, la colonnePeiper prendStavelot mais ne peut s'emparer d'un dépôt américain sur la route en direction deFrancorchamps[17], qui est incendié par des éléments de l'armée belge qui en avaient la garde. Il en résulte un manque de carburant qui va ralentir les mouvements de la colonne lorsque celle-ci s'engage dans la vallée encaissée de l'Amblève, prendLa Gleize et s'avance versStoumont. Elle est alors immobilisée par une attaque aérienne, ce qui permet au génie américain de faire sauter un pont devant les premiers chars, les obligeant à faire demi-tour. Dès le 19, des unités américaines dont la célèbre82e division aéroportée qui vient d'arriver, la stoppent à Stoumont et attaquent même ses arrières. Divers massacres sont perpétrés par les troupes allemandes sur des civils, dont le 19 dans le village deParfondruy.
Char américain (chasseur de chars M36 Jackson ).Soldats américains prisonniers des Allemands ().
Depuis le 19 et jusqu'au 22, la couverture nuageuse et les brouillards empêchent toute action importante de l'aviation.
Au nord
Peiper est coupé de ses arrières. À Stoumont, le 20 et le, la bataille est féroce. La nuit, il y a des combats corps à corps entre les parachutistes et les SS. Peiper doit se replier surLa Gleize.
À Bastogne, dès le 20, les « Panzer » allemands contournent par le nord et par le sud. Ils ont ordre de ne pas prendre la ville et d'assurer l'objectif : la Meuse, mais plus tard, l'effet de surprise perdu, quand Hitler aura changé d'avis[10], cela deviendra impossible. La nuit du 21 au 22, la ville est complètement encerclée. Les Allemands mènent successivement mais infructueusement plusieurs attaques pour s'emparer de ce nœud routier particulièrement important. La place est défendue par 18 000 Américains comprenant la101e division aéroportée, un groupement blindé de la10e division blindée, un bataillon antichars, deux bataillons d'artillerie et des rescapés de la9e division blindée et de la28e division. La101e division est normalement commandée par le général Taylor mais il est aux États-Unis. C'est lebrigadier généralAnthony McAuliffe qui assure l'intérim. On lui a confié le commandement de toutes les unités encerclées. Officier d'artillerie, il utilise de manière remarquable le feu des sept bataillons d'obusiers dont il dispose (cinq organiques, deux en renfort). Le 22 à12 h, les Allemands exigent la reddition de la ville sous menace de destruction. La réponse deMcAuliffe est ferme et brève : « Nuts » (traduite dans ce contexte par « Des clous » dans le sens « Hors de question, non catégorique… »).
Dès le 23, le temps s'éclaircit et l'aviation alliée passe à l'attaque. Le 24, il y a 5 000 sorties alliées contre seulement 1 000 sorties allemandes.
Le char à Celles.
Au nord
La ligne de défense alliée est fermement installée.
Le 24, avant l'aube,Peiper, en panne de carburant et abandonné, fait sauter ses véhicules et s'exfiltre à travers bois. Il laisse àLa Gleize ses blessés et des prisonniers américains. Tous ses chars sont perdus, la1re SS Panzer Division est brisée.
Au centre
Bastogne subit de violentes attaques. Les défenseurs guident par radio l'appui et le soutien aérien. Chaque jour, plus de cent tonnes d'approvisionnement (surtout des médicaments et des munitions d'artillerie) leur sont parachutées.
À Marcouray, à court de carburant pour revenir vers les lignes américaines, le colonel Hogan demande à bénéficier d'un largage de fuel par parachute. Effectué le 23 et le 24, les colis tombent cependant derrière les lignes ennemies. Encerclés par trois divisions allemandes, une reddition leur est proposée le 24 après-midi. Le refus américain est catégorique. Ils s'exfiltrent la nuit même à pied vers leurs lignes distantes d'une dizaine de kilomètres, après avoir saboté leurs véhicules. Ils atteignentSoy après14 heures de marche, et participeront, une fois rééquipés, à la contre offensive à partir du[18],[19].
Lorsque les Allemands arrivent à Celles par le petit chemin deConjoux, ils sont exténués et à court de carburant. Une partie de la division fonce vers le carrefour de Celles et une avant-garde est envoyée versFoy-Notre-Dame.
Le soir du, une Jeep fonce vers Dinant par le chemin du Froidveau. À son bord, trois soldats allemands habillés de vêtements américains. Ils tentent de forcer le passage durocher Bayard. Ils ne s'arrêtent pas aux injonctions des gardes et un cordon de mines est tiré en travers de la route. La Jeep saute et les trois Allemands sont tués. Pourquoi cette reconnaissance ? On peut imaginer que les Allemands devaient s'assurer que les chars pouvaient passer par le goulet formé par le rocher Bayard et la falaise avant de risquer de descendre sur Dinant par ce chemin. Or, il faut savoir que ce passage est de 2,7 mètres et que les plus petits chars allemands avaient une largeur de 3,2 mètres. Il eut donc été impossible d'atteindre Dinant par le Froidveau !
Le lendemain matin, le ciel est clair et l'aviation alliée peut sortir et attaquer les positions allemandes. Conjointement, l'artillerie pilonne les endroits désignés par le Baron de Villenfagne. Également, la2e division blindée américaine lance une attaque depuisCiney et les Britanniques attaquent depuis Sorinnes. Les Allemands ne peuvent résister et sont contraints d'abandonner la majorité de leurs véhicules faute de carburant, pénurie à laquelle la plupart des unités allemandes ont été confrontées durant toute l'opération. Aussi, certains se rendent-ils tandis que d'autres, isolés, tentent de rejoindre le gros de leurs troupes àBuissonville.
Au sud
Les unités de Patton attaquent et la4e division blindée pousse sur la routeMartelange - Bastogne. Le 24, elle est bloquée à10 km au sud de Bastogne et doit effectuer un débordement par l'ouest. Elle ne pourra pas atteindre Bastogne pour Noël comme espéré.
La veille de Noël, une tragédie s'accomplit àBande (commune deNassogne, à10 km deMarche-en-Famenne). Le, des troupes chargées de représailles à la suite d'actions de résistance du mois de septembre font leur apparition dans le village. Ces troupes ont déjà sévi àNoville-lez-Bastogne les jours précédents et n'ont rien à voir avec la2e Panzer Division qui occupe le village.
Ce dimanche matin, ces troupes spéciales arrêtent des hommes du village dont une partie à la sortie de la messe. Ils les rassemblent dans une scierie abandonnée le long de la route Nationale 4 et les interrogent un par un. Dans le courant de l'après-midi, ils en libèrent une partie mais en gardent 33 dont le plus jeune, André Gouverneur, a fêté ses 17 ans le mois précédent. Pendant une partie de l'après-midi, ces jeunes hommes doivent rester debout, en rang et les bras levés par un froid glacial. Puis un premier homme est emmené par un garde vers la maison Bertrand (maison qui a été incendiée en septembre lors de précédentes représailles). Un coup de feu retentit puis un deuxième homme est emmené et le scénario se renouvelle avec les autres. Quand vient le tour de Léon Praile, celui-ci frappe violemment le garde et s'enfuit en courant à travers champs dans la pénombre du jour qui tombe. Il entend siffler les balles autour de lui et parvient jusqu'aux bois où il se cache un certain temps avant de trouver refuge dans un fenil de la ferme de son oncle. Il s'y cache jusqu'au, date à laquelle les Britanniques entrent dans Bande. Léon Praile indiquera le lieu où le massacre fut commis. Aux32 fusillés du se rajoutèrent les corps des frères Malempré de Roy le lundi portant le nombre de victimes à 34.
Les 23, 24 et, la ville deMalmedy est bombardée, par erreur, par des avions alliés. Il y a plusieurs centaines de tués parmi la population belge et les militaires américains.
Chaque jour, l'aviation alliée fait des milliers de sorties. Le 26,Saint-Vith considéré comme un objectif capital est complètement détruit. Les sorties allemandes sont de moins en moins nombreuses ; elles dépassent rarement quelques centaines.
Les ravitaillements par air continuent. Plusieurs planeurs atterrissent dont un amenant une équipe de chirurgiens.
Le 26 à16 h 45, l'avant-garde de la4e division blindée américaine parvient à réaliser la jonction. Le couloir est extrêmement étroit et les combats seront âpres pour l'élargir.
Le 27, un convoi d'ambulances peut évacuer des blessés. Le général Taylor a rejoint sa division. Après avoir remercié et félicité MacAuliffe, il reprend le commandement.
Les jours suivants, munitions, équipements chauds, cigarettes et même, avec un peu de retard, dindes de Noël arrivent à Bastogne.
À Saint-Hubert,
Les Américains reprennent Saint-Hubert le 31 décembre[10].
Initialement conçue en support de l'offensive des Ardennes pour supprimer la suprématie aérienne alliée , mais repoussée à cause du mauvais temps, laLuftwaffe lance le une attaque surprise massive ; il s'agit de l'opérationBodenplatte. Volant en rase-mottes, l'aviation allemande attaque une trentaine de bases alliées : Me-109, Ju-88, FW-190, Me-210, soit 1100 chasseurs au total, une première[10]. Selon certaines sources,800 avions sont détruits ou endommagés ; 300 selon d'autres, mais pour ne pas inquiéter la population, les services d'information alliés ont minimisé les faits. Les terrains sont très endommagés. La Luftwaffe perd toutefois dans ce raid277 avions et beaucoup de ses derniers pilotes chevronnés. Elle n'est plus en mesure de combler ses pertes et de jouer un rôle dans la fin de la guerre. Les Alliés qui n'ont presque pas perdu de pilotes dans cette opération remplacent les avions perdus en deux semaines.
Le même jour, profitant de l'affaiblissement du groupe d'armées Devers, les Allemands lancentune attaque de diversion en Alsace, l'opération Nordwind, sans aucune répercussion en Ardenne.
Le Commandement suprême allemand (OKW) ordonne le repli car, après trois mois d'arrêt, lesSoviétiques ont repris l'offensive. Constatant l'échec définitif de cette offensive, Hitler rentre en train à Berlin le[21].
Le, Saint-Vith est repris et le, les Allemands sont repoussés au-delà des positions qu'ils occupaient lors du déclenchement de leur offensive.
Tout en reconnaissant la précarité desa posteriori, les historiens militaires estiment que les Alliés ont commis deux erreurs :
sur le plan du renseignement, malgré le remarquable secret du plan allemand, les Alliés disposaient d'informations qui auraient dû les mettre en garde mais ils les ont parfois ignorées, parfois mal interprétées ; ainsi des renseignementsUltra[b] n'ont pas été pris au sérieux ;
sur le plan du dispositif, le faible déploiement allié en Ardenne constituait un fameux coup de poker.
Quant aux Allemands qui avaient connu un succès foudroyant sur le même terrain en mai 1940, ils n'ont pas tenu compte (Hitler, du moins) des conditions qui avaient changé :
un hiver rigoureux a remplacé un printemps radieux ;
la supériorité aérienne a changé de camp ;
la coordination char-artillerie-aviation de laBlitzkrieg n'existe plus ;
le ravitaillement, particulièrement en carburant, n'est pas assuré.
La bataille des Ardennes aura des conséquences militaires majeures pour les Allemands puisqu'ils y épuiseront leurs meilleures unités. Elle aura aussi des conséquences politiques importantes car en attaquant sur le front occidental, Hitler a fait le jeu deStaline. L'Armée rouge pourra ainsi franchir rapidement la Vistule et atteindre l'Oder. De leur côté, les armées alliées occidentales ne bénéficieront pas autant qu'elles l'auraient souhaité de l'épuisement des réserves allemandes.
Le vainqueur de la bataille des Ardennes est indéniablement le général Eisenhower qui, de nouveau, a assumé avec compétence les responsabilités qui lui étaient confiées. Dans ses mémoires, il assure avoir prévu et désiré cette attaque[23].
Pour témoigner leur reconnaissance, les Belges ont érigé à Bastogne un énorme monument sur la colline de la ville appelée Mardasson. Au cœur de cemémorial, on peut lire la phrase latine « Liberatoribus americanis Populus Belgicus memor » (« A ses libérateurs américains le peuple belge qui n’oublie pas »). Le, lors de l'inauguration, le président de la cérémonie ajouta : « Puisse cette inscription dans la pierre l'être également dans les mémoires ».
Selon le SHAEF, les pertes américaines seraient de 75 685 hommes dont 10 733 tués. Il est toutefois certain que les pertes ont été supérieures à celles du débarquement de Normandie (10 000 dont 2 500 tués).
Dans un article pourFrance 24, la journalisteStéphanie Trouillard, avec l'historienFrédéric Guelton, estime les pertes allemandes à près de 100 000 hommes et celles américaines à près de 80 000[24].
Selon l'OKW, les Allemands auraient perdu au total 110 000 hommes dont 28 000 prisonniers.
LeDepartment of Defense reconnaît 19 000 tués, 47 500 blessés et 23 000 disparus ainsi que la perte de773 tanks et tank destroyers et592 avions[source insuffisante].
Les pertes allemandes officielles sont de 84 834 hommes dont 12 600 tués et 38 000 blessés ainsi que la perte de 600 à 800 blindés dont un grand nombre furent réparés, et environ800 avions.
Une autre source[Laquelle ?] donne les chiffres suivants :
Morts
Disparus
Blessés
Total
Perte en matériel
Allemands
17 236
16 000
34 439
67 675
600 à800 blindés 800 avions
Américains
8 607
21 144
47 139
76 890
773 blindés 592 avions
Civils
2 501 Belges
350
1 200
4 051
Les pertes belges sont celles de quelques troupes engagées avec les Alliés et, surtout, elles sont le résultat des bombardements de l'aviation, notamment à Bastogne et à Houffalize. On compte aussi les 34 jeunes civils fusillés àBande par les S.S., ainsi que l'instituteur du village deGivry fusillé avec trois anciens élèves au bord d'une route où ils ont été surpris alors qu'ils tentaient de rallier les rangs alliés.
Guy Franz Arend,La Bataille pour Bastogne : le trou dans le beignet : récit chronologique de la Bataille pour Bastogne avec quelques réflexions, Bastogne, Bastogne Historical Center, 1985.
Jean-Michel Delvaux,La bataille des Ardennes autour de Celles,160 p., auto-édition 2003 (basé sur une complémentarité entre des témoignages des civils et des comptes rendus militaires et agrémenté de photos pour la plupart inédites provenant de collections privées). L'auteur est également le créateur du siteArdennes44.
Jean-Michel Delvaux,La bataille des Ardennes autour de Rochefort, 352 p., auto-édition 2004 (basé sur une complémentarité entre des témoignages des civils et des comptes rendus militaires et agrémenté de photos pour la plupart inédites provenant de collections privées).
La bataille des Ardennes, de la sérieLa Guerre en couleurs, par Tracy Pearce, Dynacs Digital Studios, 2001
Les Ardennes, dernière tentative d'Adolf Hitler, de la sérieLes grandes batailles de l'histoire, par Gary Tarpinian, Morningstar Entertainment, 2005, surPlanète+
Call of Duty : La Grande Offensive (2004) : les quatre missions de la campagne américaine se déroulent enArdenne. Deux missions prennent place dans les bois, une pendant l'attaque du village deFoy et la dernière pour la libération deNoville.
↑C'était le nom ultra-secret des messages interceptés et analysés par un groupe de cryptanalystes situés à Londres, àBletchley Park, qui avaient « cassé » le code allemand et sa machineEnigma[22].
↑Dwight D. Eisenhower,Croisade en Europe, Paris, Robert Laffont,, 593 p., p396 :Mais, pour Bradley et moi, la situation répondait à notre espoir, nous l'avions même provoquée, connaissant la force de nos troupes concentrées sur les ailes du faible front des Ardennes.