Ne doit pas être confondu avec labataille de la colline 60 qui s'est déroulée durant lacampagne de Gallipoli.
| Date | du17 avril au |
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| Lieu | Flandres |
| Issue | Victoire allemande |
Batailles
| Coordonnées | 50° 49′ 17″ nord, 2° 55′ 54″ est | |
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Labataille de la colline 60 (Hill 60) est un combat qui s'est déroulé du au entre les troupes britanniques et allemandes au lieu-ditHill 60 au sud-est d'Ypres, sur le site bordé par les bois des hospicesGasthuisbossen (Ypres) et le parc provincial duPalingbeek[1], qui constitua lefront de l'Ouest au cours de laPremière Guerre mondiale.Hill 60 est capturée par laXXXe division d'infanterie allemande lors de lapremière bataille d'Ypres. Les troupes françaises entreprennent des préparatifs pour attaquer le site. Celles-ci sont relevées par la28e division d'infanterie britannique puis par la5e division d'infanterie britannique, qui continuent les préparatifs. Le plan est retravaillé et devient plus ambitieux, visant à prendre et à conserverHill 60. Cette conservation est cependant conditionnée par la prise d'une autre collineCaterpillar à proximité.
Hill 60 est une des rares zones non gorgées d'eau dans laquelle des galeries de mines peuvent être creusées. Les Français ont commencé des galeries de 0,91 m sur 0,61 m, prolongées par les troupes britanniques qui emploient des mineurs expérimentés de Northumberland et du Pays de Galles. L'attaque débute le ; après l'explosion des mines britanniques, la colline est rapidement capturée pour des pertes britanniques de sept blessés. La nouvelle position forme un saillant dans les lignes allemandes rendant son occupation couteuse en vie humaine. Durant le mois d'avril, les Allemands et les Britanniques s'accusent mutuellement d'utiliser des gaz toxiques dans les combats. Les tentatives allemandes de reconquête deHill 60 commencent au mois de mai. Les Allemands soutenus par des tirs d'obus à gaz attaquent la position ; à la deuxième tentative elle est reprise, le. Cette position reste ensuite aux mains des troupes allemandes jusqu'à labataille de Messines de.
Le terrain au Sud deZillebeke s'élève progressivement pour atteindre une crête entre les villages de Zwarteleen et deZandvoorde. Deux routes sont orientées du nord-ouest au sud-est et relient Ypres à Verbrandenmoelen etHollebeke, et Zillebeke à Zwartelen et Zandvoorde. Lavoie de chemin de fer entre Ypres et Comines suit un trajet parallèle aux deux routes à500 mètres de Zillebeke ; lors de sa construction, la crête est arasée. Les déblais sont déposés à l'est de la ligne de chemin de fer, formant deux collines artificielles, un long monticule au sommet de la crête appeléCaterpillar et un second à proximité de Zillebeke appeléDump. À l'ouest de la voie ferrée, le dernier sommet, point culminant du reste de la crête, mesure230 mètres de long pour46 mètres de haut, il est nomméHill 60. De ce sommet, les observateurs ont une vue sur les étendues entre Zillebeke et Ypres.
Lors de laPremière bataille d'Ypres, la ligne de front est tenue par une troupe hétéroclite de fantassins et de cavaliers français et britanniques, puis par des troupes françaises. En, la28e division d'infanterie britannique relève les troupes françaises de ce secteur, puis la5e division d'infanterie britannique occupe la position[2].
Hill 60 est occupée, depuis le, par les hommes du105e régiment d'infanterie de laXXXe division d'infanterie allemande qui aménagent défensivement le site[3].
Pour la première fois depuis le début du conflit, les Britanniques envisagent de miner les positions allemandes pour s'en emparer. Le major-généralEdward Bulfin (en), commandant de la28e division d'infanterie britannique propose la mise en place de six mines sous les positions allemandes pour le mois d' ; ces préparatifs sont poursuivis après la relève de la division par la5e division d'infanterie britannique[4]. La173e compagnie de tunneliers poursuit au mois de mars le percement de trois tunnels en direction des lignes allemandes. À la fin des travaux le, la longueur totale des galeries est de100 mètres ; au nord deHill 60, deux chambres de mines contiennent chacune 910 kg d'explosifs. Au centre de la position deux chambres sont créées contenant chacune 1 200 kg d'explosifs. Au sud de la position, les travaux ont été ralentis voire arrêtés quand un tunnel allemand a été détecté[5], une chambre est cependant remplie de 230 kg defulmicoton.
Le, l'artillerie britannique a identifié les points fortifiés de la position et les voies d'accès à l'aide de photographies aériennes. Les troupes britanniques de la13e brigade d'infanterie chargées de l'attaque montent en première ligne durant la nuit. Le1er escadron duRFC est chargé d'interdire le survol de la zone à l'aviation allemande.
Le à19 h 5, les Britanniques déclenchent l'explosion de deux premières mines suivie par les suivantes dix secondes plus tard qui projettent des débris jusqu'à90 mètres de haut dans un rayon de230 mètres, provoquant quelques blessés chez les assaillants de la13e brigade d'infanterie britannique (en)[6]. La garnison allemande formée d'une compagnie du105e régiment d'infanterie est pratiquement éliminée, les rares survivants sont désorientés, se rendent ou sont submergés et sont tués ;20 soldats allemands sont faits prisonniers au cours de l'opération pour7 pertes pour les troupes britanniques. Vers0 h 30, deux tranchées de communication sont creusées entre les anciennes lignes et les nouveaux postes conquis. L'artillerie allemande ne reste pas silencieuse et commence à bombarder autour deHill 60, puis à partir de4 h du matin elle vise directementHill 60.
Le les troupes allemandes de laXXXe division d'infanterie allemande contre-attaquent par trois fois sans résultats, avec de fortes pertes. Cependant, les tirs par l'artillerie allemande d'obus explosifs, d'obus à gaz et les tirs de mitrailleuses en provenance deCaterpillar obligent les soldats britanniques à se replier derrière la crête de la colline, excepté sur le flanc droit de la position où le repli est encore plus prononcé. À18 h, une nouvelle attaque britannique forte de deux bataillons permet l'occupation de la totalité de la colline.
La13e brigade d'infanterie est relevée par la15e brigade d'infanterie britannique (en) à l'aube du[7]. L'artillerie allemande maintient un bombardement qui s'intensifie sur la colline le. Le, les troupes allemandes de laXXXe division d'infanterie allemande attaquent à la grenade à deux reprises vers6 h 30 et20 h sans résultats sur un terrain bouleversé par les bombardements. À partir du, les divisions des2e et5e corps d'armée britannique préparent des simulations d'attaques de part et d'autre de la position deHill 60 pour limiter la pression allemande ; ces simulations sont ajournées le après l'attaque au gaz allemande de la45e division d'infanterie française sur la face nord du saillant d'Ypres[8].
Le, les hommes de laXXXe division d'infanterie allemande lancent une nouvelle attaque. Elle est précédée d'un bombardement par l'artillerie lourde puis par la libération à19 h d'une vague dedichlore à moins de90 mètres des positions britanniques sur un front de400 mètres. La vague de gaz progresse rapidement, la plupart des troupes britanniques surHill 60 n'ont pas le temps d'appliquer leurs protections improvisées. Dans le même temps l'artillerie allemande bombarde les voies d'accès britannique à la colline, l'infanterie allemande attaque par les flancs la position à la grenade. La garnison britannique arrive cependant à tirer sur les assaillants suffisamment longtemps pour que les renforts franchissent le barrage d'artillerie allemand, traversent le nuage de gaz. Dans le même temps plusieurs unités allemandes ont progressé trop rapidement et se sont trouvées dans la zone de barrage allemand. Cette attaque allemande est finalement repoussée au prix de fortes pertes pour les unités britanniques deHill 60[9].
Le, la15e brigade d'infanterie britannique est en première ligne et occupeHill 60 et un secteur de tranchés long de 2 km de part et d'autre de la colline. À8 h 45, les Allemands libèrent une nouvelle vague de dichlore de part et d'autre de la colline[10], le vent déplace la vague le long de la ligne de défense britannique et ne la traverse pas, une seule sentinelle est capable de sonner l'alerte aux gaz, les autres étant trop intoxiquées. Les plans de défense britannique en cas d'attaque de gaz sont de déplacer les réserves vers les positions de flanc deHill 60 attaquées les jours précédents, mais la présence du nuage de gaz et sa densité n'ont pas permis l'arrivée de renfort. Malgré le changement de protection durant l'attaque au gaz, la garnison britannique est intoxiquée, les troupes allemandes arrivent15 minutesplus tard et occupent les pentes inférieures de la colline. Les renforts britanniques sont lancés dans la bataille, deux bataillons sont envoyés au sommet deHill 60, à11 h les Allemands libèrent une nouvelle vague de dichlore à partir du flanc nord-est de la position[11].
Le flanc droit des Britanniques vers Zwarteleen est submergé, augmentant la partie de tranchées prise par les Allemands. Sur le flanc gauche, les Britanniques se maintiennent jusqu'à l'arrivée d'un bataillon en renfort vers12 h 30 ; ils contre-attaquent immédiatement et peuvent reprendre quelques tranchées sans repousser les Allemands du sommet de la colline. À 19 h, les Allemands libèrent une nouvelle vague de dichlore sans conséquence pour les défenseurs et attaquent, ils sont repoussés par des tirs d'infanterie. À 21 h, la13e brigade d'infanterie britannique entre en ligne avec pour ordre de reprendre la colline. Après20 minutes de bombardement, l'attaque est déclenchée à 22 h, mais l'obscurité, l'état du terrain et la vigilance des troupes allemandes bloquent toute avancée. Un groupe britannique parvient cependant au sommet, mais il doit se replier vers 1 h du matin devant l'intensité des feux en provenance duCaterpillar. Le, les soldats allemands et britanniques améliorent leurs positions en creusant de nouvelles tranchées. À l'aube du, deux compagnies britanniques soutenues par des grenadiers attaquent la colline, les hommes sont tous tués ou capturés[12].
Le1er escadron duRFC débute les patrouilles aériennes le à4 h 30 avec desAvro 504 et desB.E.8 (en) entre lemont Kemmel et Ypres jusqu'à 19 h 15 et interdit le ciel aux avions allemands. L'artillerie britannique pratique des tirs de contre-batterie grâce aux pilotes qui identifient les positions des batteries allemandes camouflées par l'éclair du tir. Le, le procédé est amélioré par l'emploi de stations lumineuses dans les avions et d'observateurs au quartier-général de la5e division d'infanterie pour permettre une meilleure réactivité. Au cours de la journée, les avions britanniques repoussent un avion allemand d'observation. À18 h,8 avions observent les départs de tirs de l'artillerie allemande et parviennent à identifier33 positions de batteries qui sont alors contre-battues, diminuant l'activité de l'artillerie allemande.
Les jours suivants, dès qu'un avion britannique survole la ligne de front, l'artillerie allemande ralentit ou arrête ses tirs pour les reprendre dès la nuit tombée ou lorsque les avions disparaissent. Le, le1er escadron prend des photographies aériennes deHill 60 et les fournit au commandant de bataillon chargé de l'attaque, mais l'attaque échoue et les opérations aériennes prennent fin.
Les Allemands ont préparé l'attaque aux gaz en enfouissant le long de la ligne de front duXIVe corps d'armée des bouteilles de gaz. L'attaque britannique du a fait craindre à l'état-major allemand que des bouteilles ne soient aux mains des Britanniques. Les Allemands accusent alors les Britanniques d'avoir utilisé des gaz de combat, cette accusation est également lancée par les Britanniques. Ces différentes accusations ont servi de justification à l'utilisation des gaz de combat sur le nord du saillant d'Ypres le, puis sur la totalité du saillant jusqu'au mois de mai.
Plusieurs officiers britanniques ont émis des doutes sur le bien fondé tactique de transformer un raid en une occupation deHill 60. Ces doutes se sont révélés fondés devant le coût humain de la conservation de la colline et sa perte rapide dès que les Allemands ont pu lancer une contre-attaque organisée[4].
L'histoire officielle allemande indique que les Allemands ont rapidement identifié la présence de nouveaux détachements de sapeurs britanniques. De même elle précise que la première contre-attaque allemande du n'a pu reconquérir l'intégralité deHill 60 car l'emploi d'obus à gaz n'a pas été efficace. La colline est finalement capturée par les Allemands le, les actions locales se poursuivant jusqu'au.
Au cours de l'attaque du, les Britanniques décomptent sept blessés[5]. Le, le1er bataillon du Dorset perd plus de90 hommes tués par la vague de gaz.207 hommes sont évacués aux postes de secours,46 hommes y meurent immédiatement,12 autres décèdent des suites de l'intoxication. Le bataillon ne compte plus que72 survivants. Le bataillon1er Bedfords déplorent des pertes similaires. Sur les 2 413 victimes britanniques admises à l'hôpital227 hommes sont morts. Les pertes de la13e brigade entre les 17 et s'élèvent à 1 362 hommes, la15e brigade perd entre le1er et le 1 586 hommes soit un total de 3 100 hommes pour la5e division d'infanterie britannique[13].
En 1920, le site deHill 60 est acheté par le lieutenant-colonel Cawston qui le vend plus tard à J. Calder. En 1930, J. Calder cède le site deHill 60 à la « Imperial War Graves Commission », appelée plus tard « Commonwealth War Graves Commission » chargée de la préservation des lieux de mémoire. Un mémorial australien est situé sur ce site, ainsi qu'un autre à la mémoire de la1re compagnie des tunneliers australiens.
Commandos de l'ombre ouBeneath Hill 60 est un film racontant l'histoire de la1re compagnie des tunneliers australiens creusant des mines sous les positions Allemandes d'Hill 60. Ce film est inspiré des exploits d'Oliver Woodward ( –), un Australien métallurgiste responsable du chantier sous la colline.