Labataille de l'Hallue, également appeléebataille de Pont-Noyelles, se déroula les23 et, à proximité de l'Hallue, affluent de la rive droite de laSomme, durant laguerre franco-prussienne de 1870. Son issue fut indécise.
La bataille opposa 40 000 soldatsfrançais du généralFaidherbe aux 22 500prussiens d'Edwin Freiherr von Manteuffel. Les Français subirent de lourdes pertes dans le village devant leurs positions. Cependant, les Prussiens furent incapables de se maintenir sur les hauteurs qu'ils contrôlaient. Après que leur attaque fut repoussée, les Français continuèrent à lancer des offensives, mais sans résultat décisif. Un millier de soldats français furent tués, et 1 300 capturés. Environ 927 Prussiens furent tués ou blessés.
Depuis le 19 juillet 1870, date du début de la guerre, l'armée française subissait une série de défaites qui aboutirent à la capitulation de l'empereurNapoléon III à Sedan, le 2 septembre 1870. La république fut proclamée le 4 septembre et leGouvernement de la Défense nationale décida de continuer la guerre pensant parvenir à rétablir la situation. Le 17 septembre, lesiège de Paris débuta.
Après les combats deVillers-Bretonneux le 27 novembre 1870 et l'occupation d'Amiens par l'armée prussienne, l'Armée du Nord, qui s'était repliée au-delà deDoullens et deBapaume, se reconstitua et s'organisa. Elle reçut des renforts, ce qui permit de former trois divisions.
Legénéral Faidherbe, nouvellement investi du commandement de cette armée, arriva àLille le 3 décembre et donna aussitôt ses directives et instructions. Il envoya legénéral Lecointe versSaint-Quentin avec mission d'agir sur la Haute-Somme. Quatre bataillons dont un de chasseurs, et une batterie de quatre réussirent le 9 décembre à s'emparer deHam et de sa forteresse. Faidherbe, qui s'était rendu sur place, décida de se porter sur Amiens pour libérer cette ville. Le 18, il fit évacuer Ham. Le 17 décembre, l'Armée du Nord regroupée, vint s'établir sur l'Hallue entre Bavelincourt et Daours. Il établit son quartier général àCorbie.
Les formations cantonnèrent dans tous les villages situés sur la rivière et des avant-postes furent placés sur une ligne passant par les bois de Saint-Gratien, d'Allonville et de Querrieu (La Gorgue)[1],[2],[3].
Les Français utilisent leChassepot modèle 1866, se chargeant par la culasse avec cartouches en papier et balles de 11 mm.Les Prussiens utilisent leDreyze, créé en 1847, se chargeant par la culasse avec cartouches en papier et balles de 15 mm.
Fusil Chassepot, modèle 1866
Chassepot : détail de la culasse et munition
Chassepot : détail de la munition
Série des fusils Dreyse. Le troisième à compter de la gauche est le premier de la série (1847)
Les Français utilisèrent des canons en bronze de l'époque napoléonienne, se chargeant par la gueule et des canons à tubes en acier, modèle 1858. Ils utilisèrent aussi descanons à balles (mitrailleuses), pouvant projeter 25 balles.
Les Prussiens utilisèrent des canonsKrupp se chargeant par la culasse et des obus àshrapnel.
La bataille se déroula sur un front de 12 kilomètres de large et une profondeur de 4 à 5 kilomètres, sur un sol enneigé et par une température glaciale, aggravée par un vent assez fort soufflant du nord.
Offensive prussienne et contre-offensive française
Deux batteries prussiennes, bientôt renforcées par deux autres, furent mises en position au sud de la route d'Albert ; elles ouvrirent le feu et un duel particulièrement violent se déclenche, qui dura près d'une heure. Les Prussiens s'emparèrent du village. La lutte se poursuivit dansPont-Noyelles que les chasseurs du18e, soutenus par deux bataillons du70e de marche, défendirent énergiquement. À la sortie est du village, les Prussiens furent stoppés, reçus par un feu nourri déclenché par les éléments de la brigade de Gislain, en position sur la rive gauche de l'Hallue.
Pendant ce temps, plus au sud, le20e bataillon de chasseurs de la brigade Fœrster, qui tenait le village deBussy-lès-Daours, se vit l'objet d'une attaque concentrique exécutée par un bataillon venant du nord d'une part et deux compagnies plus un escadron de hussards venant de l'ouest par la Croix du Landy d'autre part. Vers 13 heures, ils durent évacuer le village. Dans l'après-midi, à l'ouest de la ligne Querrieu-Bussy, 42 pièces prussiennes s'opposèrent au même nombre de tubes français mis en position sur la rive gauche de l'Hallue.
A 16 heures, la nuit allait bientôt tomber. Les Prussiens tinrent la rive droite de l'Hallue et le village de Pont-Noyelles.Le mouvement enveloppant qu'ils comptaient effectuer par le nord échoua et leurs troupes furent menacées par des forces françaises qui apparaissaient au sud-est de Contay, marchant sur Beaucourt ; c'était la brigade Aynes de la division Derroja.
Le général Faidherbe donna alors l'ordre d'attaque sur toute la ligne de front. Cette attaque se poursuivit de 16 à 18 heures :
Au sud, la brigade Fœster parvint à franchir l'Hallue entre Querrieu et Bussy, mais elle fut stoppée par des renforts envoyés également par Manteuffel. Vers 17 heures, à Daours, la brigade Payen attaqua en direction de Vecquemont, mais elle fut arrêtée à son tour.
À 19 heures, l'obscurité était totale. Les Prussiens occupèrent tous les villages de la vallée et s'y installèrent en cantonnements. L'armée française fut obligée de bivouaquer sur ses positions, de nuit, sur les hauteurs et en rase campagne. Le sol était couvert de neige, la température descendit jusqu'à 8° en dessous de zéro, un vent glacial soufflait sur le terrain sans nul obstacle.
Au matin du 24 décembre, les Allemands se retranchèrent sur la ligne de défense gagnée la veille. A 9 heures, l'artillerie française déclencha un tir surBéhencourt, sans provoquer de réaction prussienne. Après l'échec des attaques françaises contreContay etBeaucourt-sur-l'Hallue et une tentative d'encerclement du flanc gauche de l'armée prussienne àVadencourt, les adversaires revinrent sur leurs lignes de départ; l'après-midi se passa sans combat.
Le général Faidherbe, prit la décision d'ordonner la retraite. Celle-ci, protégée par un rideau d'éléments retardataires, commença vers 14 heures.
Les Prussiens ne commencèrent la poursuite que le 25, alors que l'Armée du Nord était arrivée àBapaume, où les combats reprirent le 3 janvier 1871.
LaColonne Faidherbe un monument a été érigé en1873, en mémoire des combats, sur les hauteurs de Pont-Noyelles au lieu-ditLa Bahotte d'où le général Faidherbe avait son poste de commandement et a dirigé les derniers combats. Jusqu'en 1913, des cérémonies commémoratives ont eu lieu sur le site, au jour anniversaire de la bataille, avec la participation des populations de Pont-Noyelles,Querrieu et des autres villages de la vallée, des enfants des écoles, des sociétés musicales et des personnalités administratives et politiques.
L'Ossuaire de Pont-Noyelles[4] situé en contrebas de la route Amiens-Albert, à l'entrée du village de Pont-Noyelles, qui regroupe des corps de militaires tués au cours de la bataille. Dans chacun des villages de la vallée, leurs corps reposent dans les cimetières communaux.
Léonce Rousset,Histoire générale de la Guerre franco-allemande, les armées de province, tome 5, édition Jules Tallandier, Paris, 1911- Lire sur Gallica.
Justus Scheibert:Der Krieg zwischen Deutschland und Frankreich, bearbeitet nach dem großen Generalstabswerk, Verlag Paulis Nachfolger, Berlin 1895, S. 240–243