Cette bataille marqua la fin de la lutte de pouvoir entre la Prusse et l'Autriche au sein du monde germanique. L'Autriche dut accepter de la Prusse de dissoudre laConfédération germanique et de la remplacer par laconfédération de l'Allemagne du Nord.
Après les guerres napoléoniennes, lecongrès de Vienne rétablit partiellement l'ordre ancien entre les puissances européennes en 1815. La restauration partielle des principautés allemandes s'accompagna de l'institutionnalisation de laConfédération germanique (Deutscher Bund), censée compenser la disparition du Saint-Empire romain germanique et contenir la montée du sentiment national allemand. Mais cette alliance très théorique entre les États allemands et l'Autriche est source de tensions croissantes entre les deux grandes puissances allemandes de l'époque, l'Autriche et la Prusse, quant à l'hégémonie dans la Confédération, tensions aggravées après la mise en place duZollverein entre les États du Nord de l'Allemagne, mené par la Prusse, et délibérément attisées par le Premier ministre prussienOtto von Bismarck à l'occasion d'un conflit avec le Danemark.
Le roi du Danemark, depuis 1806, avait obtenu des duchés de langue allemande : les duchés deSchleswig et deHolstein. L'annexion de ces duchés par le Danemark provoque une insurrection dans le Holstein en 1848, puis une crise exploitée par Bismarck : la Prusse et l'Autriche conduisent en 1864 laguerre des Duchés pour forcer le Danemark à les évacuer. En 1865, par laconvention de Gastein, le Danemark renonce à ces territoires : le Holstein revient à l'Autriche, le Schleswig à la Prusse. Mais, multipliant les incidents, la Prusse occupe le Holstein, ce qui conduit l'Autriche à mobiliser l'armée confédérale du Deutscher Bund. La Prusse se retire alors de la Confédération et déclare la guerre à l'Autriche le.
Aux côtés de laPrusse se rangent laThuringe, quelques petits États du Nord de l'Allemagne, ainsi que l'Italie, qui voit là l'occasion de s'emparer de la région deVenise encore sous souveraineté autrichienne.
À la veille de laguerre austro-prussienne, la Prusse avait envoyé des centaines d'observateurs aux côtés des Nordistes, durant laguerre de Sécession américaine, pour observer l'utilisation des moyens militaires modernes ainsi que la mise en place de stratégies adéquates. L'introduction d'uneOberste Heeresleitung (« haut-commandement »), c'est-à-dire une direction stratégique centralisée des armées, fut l'un des résultats de ces observations.
La bataille de Sadowa est importante à la fois dans le contexte politique général et dans le développement de la stratégie militaire en Europe. Avec Sadowa débute l'époque des manœuvres d'armées massives qui, à la différence des armées napoléoniennes, mènent des combats où l'arme à feu devient centrale. Labaïonnette qui jusqu'alors décidait de l'issue d'une bataille par des combats au corps à corps devient accessoire avec l'élévation de la cadence de feu. Il faut ici remarquer l'introduction de nouveaux armements : la Prusse utilise desfusils Dreyse à aiguille (en allemand :Preußisches Nadelgewehr ouZündNadelgewehr), une arme ultramoderne pour l'époque, qui permettait aux fantassins de tirer allongés 6 à 8 coups par minute car il se rechargeait par la culasse, alors que les Autrichiens n'étaient équipés que dufusil Lorenz, à rechargement par la bouche, ce qui les obligeaient à recharger debout après chaque tir.
Peut-être encore plus important : la mobilisation et le transport des troupes sont opérés par le chemin de fer. Le commandant en chefHelmuth von Moltke, ancien élève deCarl von Clausewitz, utilise les moyens fournis par les techniques modernes pour mettre en œuvre des plans complexes, fondés sur le respect exact de mouvements quasi minutés. Tout aussi novatrice est la révolution des communications : le messager à cheval de l'époque pré-industrielle est de plus en plus remplacé par letélégraphe. Là encore, la bataille de Sadowa tient lieu de première expérimentation.
Le plan de bataille du comte von Moltke était, comme il le décrivit lui-même nonchalamment,« des plus simples ». Il se fondait sur le principe simple, quoique difficile à mettre en œuvre dans la pratique :« Marcher séparément, frapper ensemble » (Getrennt marschieren, vereint schlagen). Ainsi, trois armées sont mises en marche par le haut-commandement prussien à la fin de juin 1866 : la première sous le commandement du PrinceFrédéric-Charles de Prusse, la seconde sous celui de son cousin, le prince héritier Frédéric-Guillaume (le futurFrédéricIII) et la troisième, l'armée de l'Elbe, sous le commandement du généralHerwarth von Bittenfeld. Celles-ci devaient, par un large mouvement d'encerclement, anéantir l'armée autrichienne du maréchalLudwig von Benedek. Si ce plan fonctionna, c'est sans doute également grâce à l'absence de cohésion au sein de la coalition dirigée par l'Autriche. Benedek disposait lui aussi de trois armées, mais dont deux ne lui obéissaient que très théoriquement et assuraient la défense de Francfort et de Munich. Le maréchal autrichien était donc isolé sur l'aile droite du front puisqu'il se trouvait en Bohême.
Après quelques combats dans les régions du Nord-Est de la Bohême[1] entre le 26 juin et le 3 juillet, combats le plus souvent remportés par les armées prussiennes, les deux armées se rencontrent le 3 juillet au petit jour près de Sadowa.
Déjà, les généraux autrichiens se bercent de l'illusion d'une victoire facile, ce qui les conduit d'ailleurs à ne pas « finir le travail » en ordonnant une charge de cavalerie au moment où la bataille pouvait être décidée en leur faveur. Du côté prussien, les premiers signes de mauvaise humeur apparaissaient contre le plan peu orthodoxe de von Moltke (GuillaumeIer lui-même, ainsi que sonministre-président, lecomte Bismarck, craignirent une défaite). Bismarck souffla même à un proche que si l'armée du prince héritier n'arrivait pas avant qu'il n'ait fini son cigare, il se tirerait une balle dans la tête[2].
À midi, le maréchal Benedek ordonne l'utilisation des troupes de réserve, qui ne parviennent cependant pas à reconquérir la colline.
En peu de temps, les Autrichiens perdent près de 10 000 hommes. Face à la menace d'un encerclement de l'ensemble de son armée, Benedek abandonne la partie et ordonne le retrait de ses troupes, poursuivies par la cavalerie prussienne.
La signification de la bataille n'échappe pas aux contemporains. Dans le Paris du Second Empire, on craint que ne se crée, sur la frontière est, un voisin puissant et uni sous la domination de la Prusse. Très vite apparaît le slogan d'appel à la bataille pour empêcher la Prusse d'unir plus avant l'Allemagne :« Revanche pour Sadowa ! »[3],[4] Le but est d'étouffer le mouvement d'unification allemande, ce qui aboutit à laguerre franco-prussienne de 1870. On peut affirmer que le refus français de soutenir l'Autriche s'est révélé un bien mauvais calcul : la Prusse est renforcée, assurée de ne pas être attaquée par la Russie, et pourra bientôt se tourner contre la France.
La bataille a aussi de profondes conséquences pour l'Empire autrichien. Malgré les victoires deCustoza le 24 juin et deLissa le 20 juillet contre les Italiens, alliés des Prussiens, l'empereur François-Joseph est contraint, à la suite de la défaite catastrophique de Sadowa, de remettre laVénétie à l'Italie. L'Autriche est exclue de la Confédération germanique, dissoute de fait, et la Prusse annexe leSchleswig-Holstein, leHanovre, laHesse Électorale, leDuché de Nassau et Francfort-sur-le-Main tout en fondant laconfédération d'Allemagne du Nord. Pourtant, l'Autriche ne doit céder aucun de ses territoires à la Prusse, de par la volonté de Bismarck et malgré les pressions des généraux prussiens et même du roi : Bismarck refuse d'humilier l'Autriche, ce qui pourrait pousser celle-ci à chercher sa revanche notamment par une alliance avec la France. Le 26 juillet 1866 est conclue la paix provisoire deNikolsburg, suivie du traité (définitif) dePrague le 23 août.
Le maréchal autrichienLudwig von Benedek, certes un stratège doué, est tenu pour responsable de cette débâcle. À la suite de la défaite, il est démis de son poste et traduit en conseil de guerre. La procédure est suspendue sous la pression de l'Empereur, mais il est ordonné à Benedek de se taire jusqu'à la fin de ses jours à propos de cette bataille. Les historiens en Autriche sont de nos jours plutôt de l'avis que bien que Benedek ait commis des erreurs (sur le choix du terrain notamment), la défaite est plutôt à mettre au compte des officiers hongrois qui, à l'encontre des ordres de Benedek, contre-attaquèrent dans les bois de Swiep, ce qui a conduit à rompre le front autrichien et à permettre l'encerclement par le régiment prussien « en retard ». Quant à la supériorité des fusils Dreyse, Benedek semble en avoir été bien informé, ce qui le conduisit à essayer d'obliger les Prussiens à se battre dans des bois épais (comme celui de Swiep). Les lignes étant ainsi plus rapprochées, l'armement supérieur des Prussiens ne leur était que de peu d'utilité. Cette tactique fonctionna plutôt bien, jusqu'à la contre-attaque fatale des Prussiens.
En politique intérieure autrichienne, l'Empereur se trouve sous pression. La monarchie est affaiblie sur le plan extérieur et en 1867, l'Autriche se trouva acculée à des concessions. Le 21 décembre, la division de l'ancien Empire autrichien entre Autriche et Hongrie est accordée (en réalitéCisleithanie etTransleithanie), tandis que la Constitution de décembre est signée au Conseil de l'Empire (Reichsrat).
Enfin, sur le plan militaire, la stratégie prussienne s'impose : attaque massive au centre, puis contournement des ailes avec comme objectif d'écraser l'armée ennemie (ce qui n'est que partiellement atteint à Sadowa). Cette même tactique s'imposera d'ailleurs àSedan.
Sur le plan économique et financier, la défaite autrichienne a précipité lacrise de 1866, qui avait déjà posé ses germes en mai en Angleterre. Dans les jours précédant Sadowa, le marché obligataire avait chuté, car on pensait que la guerre serait interminable, la victoire prussienne ayant été précédée par une victoire autrichienne en Italie, qui était censée mettre fin aux espoirs duRisorgimento. La netteté de la victoireprussienne àSadowa renverse complètement la tendance sur lesemprunts d'Étatitaliens etfrançais, qui repartent très fortement à la hausse, après avoir étévendus à découvert par de nombreuxagents de change : le 5juillet1866, le cours de l'emprunt français à 3 % passe de 64,40 francs à 70 francs, soit une progression de presque 10 % en une seule journée[5]. Parallèlement, le cours de l'emprunt italien à 5 % passe de 42,60 à 70 lires, soit une progression de presque 40 % en une seule séance[5]. Les pertes subies par lesagents de change qui avaientvendu à découvert rendent lacrise de 1866 très aiguë sur laplace de Paris ; lesagents de changeDoyen et Porché se retrouvent enfaillite, avec des pertes respectives de 1,38 million et 350 000 francs. LaChambre syndicale des agents de change propose que les opérateurs sur la place de Paris se soutiennent solidairement pour éviter des faillites en cascade, mais la Compagnie des agents de change s'y oppose, et le sauvetage fut opéré par une souscription privée[5].
Dans son romanL'Argent,Émile Zola met en personnage fictif mais inspiré de la réalité, lebanquier Saccard, héros de l'histoire, qui s'enrichit au lendemain de Sadowa en rachetant à la baisse desactions qui vont ensuite bénéficier de la fin rapide de laguerre[6].
Dans leroman deTheodor FontaneEffi Briest (1895), l'héroïne met au monde sa fille Annie le jour de la bataille deKöniggrätz. Citation du chapitre 14 :« … et au matin du 3 juillet se tenait à côté du lit de Effi un berceau. Le docteur Hannemann tapota la main de la jeune mère et dit : Aujourd'hui c'est le jour de Königgrätz ; c'est dommage que vous ayez une fille. Mais vous aurez peut-être un garçon un jour, car les Prussiens ont beaucoup de belles victoires (devant eux). »
C'est de cette bataille que vient leproverbe« Les Prussiens ne tirent pas si vite ! ». S'agit-il d'un rappel ironique à la supériorité desfusils prussiens, leur permettant de tirer plus vite ?Sebastian Haffner affirme le contraire dans son livrePreußen ohne Legende :« Le proverbe […] ne se réfère pas aux tirs des Prussiens avec leurs fusils modernes — et ils tiraient particulièrement vite ! — mais il vient du fait qu'ils étaient beaucoup plus lents quand il s'agissait de fusiller les déserteurs… En Prusse, on recevait certes dans ce cas là une raclée qui vous laissait à demi-mort, mais on était ensuite remis sur pieds pour pouvoir servir à nouveau. Les déserteurs avaient trop de valeur pour être fusillés ; ici aussi, l'économie prussienne ».
Après qu'on lui a appris la nouvelle de la défaite, l'empereur est présumé avoir dit d'une façon bien peu impériale, à propos de son général :« Benedek, l'imbécile ! » (Benedek, der Trottel !).
Hindenburg, futur maréchal, futur commandant en chef des forces allemandes durant la Première Guerre mondiale et futur président de la république de Weimar, servait en tant qu'officier dans les troupes prussiennes lors de la bataille de Sadowa.
Le princeGaëtan de Bourbon-Siciles,officier dans l'armée autrichienne, fut très affecté par la défaite. Il mit fin à une vie qui n'avait connu que l'échec cinq ans plus tard. Il avait 25 ans.