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| Date | du 23 au |
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| Lieu | Dakar (Sénégal,Afrique-Occidentale française) |
| Issue | Victoire de l'État français |
| 2 cuirassés -1 porte-avions -3 croiseurs lourds -2 croiseurs légers -11 destroyers -6 frégates/sloops | 1 cuirassé -2 croiseurs légers -4 contre-torpilleurs -6 avisos/escorteurs -5 croiseurs auxil. -3 sous-marins |
Batailles
Batailles et opérations descampagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée
| Coordonnées | 14° 40′ 43″ nord, 17° 25′ 15″ ouest | |
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Labataille de Dakar, également appelée l'opération de Dakar, l'expédition de Dakar ou l'opérationMenace, est une attaque navalebritannique de laSeconde Guerre mondiale au large deDakar et sur lapresqu'île du Cap-Vert, près deRufisque, du au menée par laRoyal Navy accompagnée dugénéral de Gaulle et de quatre navires deFrançais libres contre les forces armées de l'État français sous les ordres dePierre Boisson, gouverneur général de l'Afrique-Occidentale française (AOF).
C'est à Dakar que le gouvernement français a rapatrié 1 100 tonnes d'or desBanques de France, ainsi que celui de laBanque de Belgique, embarqués du au[1].
Après l'attaque britannique, le gouverneur général Boisson et le général Barrau, commandant supérieur en AOF, donnent l’ordre, le, de transporter tous les dépôts d’or de Thiès àKayes (Soudan français).
En, deux mois après l'attaque de Mers el-Kébir et l'attaque duRichelieu à Dakar par lesFairey Swordfish duporte-avionsHMS Hermes (le), legénéral de Gaulle etWinston Churchill pensent pouvoir conquérir l'Afrique-Occidentale française (AOF) qui est restée sous contrôle de l'État français en application de l'Armistice du 22 juin 1940.
La France libre vient d'obtenir le ralliement de trois colonies d'Afrique-Équatoriale française (AEF) : l'Oubangui-Chari (l'actuelleRépublique centrafricaine), leTchad et leMoyen-Congo (l'actuellerépublique du Congo) ainsi que du territoire sous mandat duCameroun, formant alors l'Afrique française libre.
Pour de Gaulle, le ralliement duSénégal constituerait un second espace de légitimité. Pour lesBritanniques, ce serait la garantie d'écarter la menaceallemande sur une position stratégique pour le contrôle de l'Atlantique central. Le gouvernement français ayant en outre, avant l’armistice, envoyé par sécurité à Dakar, une partie de l’or des Étatspolonais etbelge, l'opération aurait permis de la rendre aux gouvernements polonais et belge réfugiés àLondres.
Le projet initial de De Gaulle, tel qu’il le rappelle dans sesMémoires, consiste à débarquer àConakry une colonne qui progresserait vers Dakar en ralliant des forces sur son périple en bénéficiant d'une couverture maritime de la flotte britannique. Pour des raisons stratégiques exprimées par Churchill, ce projet doit cependant être abandonné.
De son côté, dans les jours qui ont précédé l'attaque du, legouvernement de Vichy a éloigné de Dakar un certain nombre de responsables, jugés trop anglophiles, notamment le commandant de la Marine àDakar et le gouverneur généralLéon Cayla muté àMadagascar. Ce dernier a été remplacé dès le parPierre Boisson, qui est déjà gouverneur général de l'AEF et réunit désormais sous son autorité l'ensemble des territoires français de Vichy enAfrique noire.
Début septembre 1940, le gouvernement de Vichy, avec l'accord de la Commission franco-allemande d'armistice, envoie depuisToulon une escadre de trois croiseurs et trois grandscontre-torpilleurs (la Force Y) pour s'opposer aux menées britanniques et gaullistes auGabon. Or, laRoyal Navy contraint cette escadre à rebrousser chemin en interceptant dans legolfe de Guinée le pétrolier qui devait la ravitailler àLibreville. Cependant, elle n'est pas parvenue à contraindre deux des troiscroiseurs à gagnerCasablanca . L'avant-veille du déclenchement de l'opérationMenace sur Dakar, le commandant de l'escadre, dont l'amiralFrançois Darlan considère qu'il n'a pas réussi dans sa mission, est remplacé par l'amiralÉmile-Marie Lacroix, dont le navire amirala été très gravement endommagé àMers el-Kébir.
Le à l'aube, troisnavires marchands desForces Françaises Libres, accompagnés par deuxcuirassés britanniques anciens non modernisés, leporte-avionsHMS Ark Royal, plusieurscroiseurs etdestroyers constituant la Force M, commandée par l'amiralJohn Cunningham[5], se présentent devant Dakar, la capitale de l'Afrique-Occidentale française, pour leur proposer de les libérer et exiger leur reddition. La visibilité de l'armada alliée est gênée par le brouillard. Pierre Boisson, gouverneur général de l'AOF, envoyé deBrazzaville à Dakar en juillet, après l'attaque britannique du, refuse catégoriquement de se rallier et affirme sa volonté de défendre Dakar« jusqu'au bout »[6].
Du au, au large du Sénégal, pour la première fois de la guerre, des Français se battent contre des Français. La présence du général de Gaulle en mer ne provoque pas les ralliements escomptés et aucune des trois opérations simultanées ne réussit. L'attaque de Mers el-Kébir, qui a fait 1297 morts et 350 blessés chez les marins français[7], vient d'avoir lieu. Uncommando débarqué par deuxCaudron Luciole est arrêté ; une tentative de persuasion politique échoue ; etGeorges Thierry d'Argenlieu, arrivé par mer pour parlementer avec un drapeau blanc, est accueilli par un tir demitrailleuse et est sérieusement blessé bien que son embarcation parvienne à s'échapper.
Le 23 septembre vers 11 heures, le sous-marinPersée envoie une torpille vers des navires britanniques. Il est repéré et coulé.
Dans la nuit du 23 au, un ultimatum britannique est adressé aux autorités françaises de Dakar et leur enjoint de livrer la place au général De Gaulle. Le texte accuse les forces de Dakar de vouloir livrer leurs moyens aux Allemands. Il provoque l'indignation des défenseurs, le contre-amiralMarcel Landriau et le gouverneur général Boisson, Haut-Commissaire à Dakar, qui répond :« La France m'a confié Dakar. Je défendrai Dakar jusqu'au bout ! ». Les Britanniques entament alors une opération militaire, mais cette fois, elle échoue à cause de l'aviation française, basée sur leterrain d'aviation d'Ouakam, et aussi de l'effet de surprise des deux croiseurs et trois contre-torpilleurs de la Force Y[8],[9].

L'opération constitue un tournant idéologique pour les gouvernements, bien plus qu'un affrontement important du point de vue des forces en présence, du nombre des victimes ou des unités militaires détruites ou endommagées.
De cette action, De Gaulle sort un temps personnellement ébranlé et isolé.Jean-Raymond Tournoux rapporte[10] que De Gaulle, dans une conversation ultérieure à Brazzaville avecRené Pleven « confesse » à celui-ci : « J’ai songé à me brûler la cervelle ». De Gaulle, dans sesMémoires de guerre, n’en fait pas mention mais écrit : « Les jours qui suivirent me furent cruels. J’éprouvais les impressions d’un homme dont un séisme secoue brutalement la maison et qui reçoit sur la tête la pluie des tuiles tombant du toit. ». Au reste, Pleven fait savoir àJean Lacouture[11], qu’il n’a « pas pensé un instant que le général ait réellement eu cette intention » et que c’était « un contresens que d’interpréter autrement ses propos ». Il est d'ailleurs politiquement menacé par l'amiralÉmile Muselier, accusé à tort d'être à l'origine des fuites qui ont empêché la réussite du débarquement. Le jugement deFranklin Roosevelt en est durablement affecté[12]. Pour Churchill, cependant,« l'affaire de Dakar » pose De Gaulle comme alternative crédible à la France de Vichy dans les colonies après la réussite de l'opération deLeclerc sur l'AEF en et à la veille de l'affirmation desForces françaises libres lors desévénements du Liban et de la Syrie face aux Vichystes.
Un mois après ledébarquement anglo-américain en Afrique du Nord du, les autorités vichystes d'Afrique-Occidentale française, sous l'impulsion plus ou moins de circonstance de l'amiral Darlan, finissent par signer le un accord avec les Alliés qui remet ce territoire dans la guerre. En juin 1943, lors de la constitution duComité français de libération nationale, Boisson démissionne et est remplacé le par le gaullistePierre Cournarie. Les hauts fonctionnaires vichystes sont progressivement écartés[13].