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Bastille

48° 51′ 12″ N, 2° 22′ 09″ E
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Page d’aide sur l’homonymie

Pour les articles homonymes, voirBastille (homonymie).

Bastille
La Bastille, façade orientale.
Présentation
Type
château fort, arsenal et prison
Partie de
Matériau
Construction
de 1370 à 1383
Démolition
-Voir et modifier les données sur Wikidata
Commanditaire
Hauteur
24 mètres,
largeur : 34 m,
longueur : 66 m
Usage
État de conservation
démoli ou détruitVoir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Pays
Commune
Coordonnées
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Labastille Saint-Antoine, souvent appelée simplement laBastille, et anciennement lesfort et bastide Saint-Anthoine lez Paris[1],[2], est uneforteresse construite auXIVe siècle, à l'emplacement du débouché de larue Saint-Antoine sur l’actuelleplace de la Bastille àParis. Devenue une prison, considérée comme le symbole du despotisme monarchique, elle fut totalement détruite lors de laRévolution française dont elle fut un des évènements déclencheurs.

Historique

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Forteresse

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Initialement, la Bastille était unebastide[3] (châtelet à deux tours) de laporte Saint-Antoine de l'enceinte de Charles V, élevée en hâte de 1356 à 1358 pendant laprévôté d'Étienne Marcel[4]. En 1367, le roiCharles V décida de pourvoir le revers de cette porte d’une enceinte formant un véritable château urbain (unebastille formant un réduit indépendant et disposant de sa propre garnison) en rehaussant les deux tours et en en construisant six autres. Ce fort était destiné à défendre laporte Saint-Antoine et les remparts de l’Est de Paris devenus plus vulnérables. Il servait aussi à protéger le roi en cas de révolte du peuple parisien car il pouvait sécuriser la route reliant la résidence du roi à l'hôtel Saint-Pol auchâteau de Vincennes où le roi Charles V veut établir le centre administratif du royaume[4].

La « Bastille » ou « Bastille Saint-Antoine » ou encore « fort et bastide Saint Antoine lez Paris » était initialement un véritable château et unarsenal. La construction ordonnée en 1367 eut lieu durant le règne deCharlesV, de 1370 à 1383, et fut établie sous la direction duprévôt de ParisHugues Aubriot qui posa la première pierre le 22 avril 1370[5],[6], sur le modèle à quatre tours courant à l’époque. Les autres tours furent ajoutées ultérieurement. Elle faisait 66 mètres de long pour 34 mètres de large et 24 mètres de hauteur au niveau des tours, et était entourée d’un fossé de 25 mètres de largeur sur 8 mètres de profondeur alimenté par les eaux de laSeine. Les huit tours se nommaient :

  • tour duCoin (au coin de la rue Saint-Antoine) ;
  • tour de laChapelle (auXVe siècle s'y trouvait la chapelle, transférée par la suite de l'autre côté de la cour entre les tours de la Liberté et de la Bertaudière) ;
  • tour duTrésor (Henri IV y avait transféré en 1580 letrésor royal,trésor dépensé parMarie de Médicis durant sa régence[réf. nécessaire]) ;
  • tour de laComté (peut-être en raison de lavicomté de Paris) ;
  • tour de laBertaudière ou parfoisBretaudière (le maçon Berthaud se tua en tombant durant sa construction, c'est la tour duMasque de fer) ;
  • tour de laBazinière (Macé Bertrand de la Bazinière,trésorier de l'Épargne et arrêté en même temps queFouquet en 1661, y a été enfermé quatre ans) ;
  • tour duPuits ;
  • tour de laLiberté (à la suite d'un assaut des parisiens vers 1380 au cri de « Liberté ! Liberté ! », c'est dans cette tour que sera enferméHugues Aubriot sousCharles VI).

L’entrée se faisait par larue Saint-Antoine et donnait sur laCour de l’Avancée qui abritait des boutiques et une caserne. Son premier capitaine gouverneur fut nommé par Charles VI, dès 1386, en la personne de son chambellan Jehan de La Personne, vicomte d'Acy, ancien compagnon deBertrand du Guesclin et qui avait été déjà chambellan sous les deux règnes précédents[7]. À la même époque fut édifié ledonjon de Vincennes. Lechâteau de Montagu, édifié par le surintendant des finances de Charles VI,Jean de Montagu, àMarcoussis, est un exemple proche des choix d'architecture retenus pour la forteresse de la Bastille.

Après une courte période durant laquelle la circulation entre la rue Saint-Antoine et l'extérieur de la ville s'effectuait en traversant la forteresse et son avant-cour, ce passage fut condamné au début duXVe siècle et détourné par une nouvelle porte construite au nord de la Bastille se prolongeant par un pont enjambant le fossé du rempart et donnant accès à la rue du Faubourg-Saint-Antoine. Le débouché de la rue Saint-Antoine fut alors élargi pour permettre l'accès à cette porte. Le pont sur le fossé de l'ancien parcours public devint une sortie privée[8].

Miniature parisienne. Le maître d'ouvrage fait visiter le chantier de la Bastille àCharles VI, son chambellan La Personne, en rouge, et la Cour.

Elle appartenait au système défensif de l'enceinte de Charles V mais très vite, son utilité militaire s’avère médiocre, car, assiégée, elle s’est toujours rendue[9].

Durant laguerre de Cent Ans, qui fut en grande partie une guerre civile française, la Bastille se rendit en 1413[10] aux Armagnacs pendant larévolte des Cabochiens, puis en 1418 aux Bourguignons, en 1436 au Roi, en 1565 au Prince de Condé, en 1591 aux Ligueurs, en 1594 aux troupes royales, en 1649 et 1652 pendant la Fronde[11].

À la fin duXVIe siècle, l'enceinte datant de près de deux siècles, apparaissant insuffisante, fut améliorée par la construction de bastions, également nommés « boulevards », et le déplacement des fossés pour contourner ces bastions. Lors de cette transformation, un bastion fut construit en avant de la forteresse à la place de la basse cour. Cette transformation supprima la sortie privée de la Bastille vers la campagne[12].

La forteresse fut occasionnellement prison d’État sousLouis XI puis utilisée comme entrepôt d'armes et lieu de réception parFrançoisIer, comme coffre-fort des richesses royales sous Henri IV[13].

Durant lajournée des Barricades (huitième guerre de religion), la Bastille se rendit le[14] etJean Bussy-Leclerc en devint le gouverneur. À la chute de la Ligue et l'entrée d'Henri IV à Paris le, le gouverneur de la Bastille refusa de rendre la forteresse qui fut assiégée et résista quatre jours.

Sully, nommé gouverneur en 1602, y abrita le trésor royal dans la tour du même nom, qu’on désigna alors sous le terme de « buffet du roi »[15].

La Bastille est à nouveau prise durant laFronde en 1649 et un Frondeur en est nommé gouverneur : La Louvière, fils dePierre Broussel. C'est à cette époque que se situe un des épisodes les plus rocambolesques de l'histoire de la forteresse. Le, lors de labataille du faubourg Saint-Antoine, leprince de Condé est en difficulté face aux troupes royales dirigées par le maréchal de Turenne. Sa cousine,Mlle de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, obtient alors de son pèreGaston d'Orléans l'autorisation de faire tirer les canons de la Bastille sur les troupes royales pour le sauver et lui permettre d'entrer dans Paris.

Prison

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Vue de la Bastille et de la porte Saint-Antoine, parIsraël Silvestre - vers 1650.
Oubliettes de la Bastille — Dictionnaire raisonné de l'architecture française duXIe au XVIe siècle, parEugène Viollet-le-Duc.

La Bastille fut utilisée occasionnellement comme prison dès le règne deLouis XI.

Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol,connétable de France, fut mis à la Bastille le et décapité enplace de Grève le 19 décembre de la même année.Jacques d'Armagnac,duc de Nemours etcomte de la Marche, y fut également emprisonné, dans une cage de fer, pour crime de haute trahison etdécapité auxHalles le.

Pendant les troubles desguerres de Religion, elle servit de prison à des Grands du royaume commeFrançois de Montmorency (1574-1575),Charles d'Angoulême (1604-1616), ou encore leprince de Condé (1616-1619). Sous la domination de laLigue, la Bastille abrite l'écrivainMontaigne (1588), les magistrats duparlement de Paris restés fidèles au roi dont le premier présidentAchille de Harlay, et l'artiste protestantBernard Palissy qui y meurt.

Cage de fer suspendue.

Charles de Gontaut, duc de Biron,pair etmaréchal de France,convaincu d'intelligence avec l'étranger, eut la tête tranchée« dedans l'enclos de la Bastille, suivant le commandement que j'en avois faict, à la requeste de ses proches parens et pour tesmoigner l'affection que je luy ay portée » (Henri IV)[16].

Quoique la Bastille fût affectée principalement aux prisonniers d'État, le roi Henri IV y fit garder letrésor royal ; c'est ce que nous apprend lepoètesatiriqueMathurin Régnier dans sa13e Satire[17] :

« Prenez-moi ces abbés, ces fils de financiers,
Dont depuis cinquante ans les pères usuriers,
Volant de toutes mains, ont mis en leur famille
Plus d'argent que le roi n'en a dans la Bastille. »

Sully nous dit dans ses mémoires :« Vers l'an 1610 le roi avoit pour lors quinze millions huit cent soixante-dix-huit mille livres d'argent comptant dans les chambres voûtées, coffres et caques étant en la Bastille, outre dix millions qu'on avait tirés pour bailler au trésorier de l'épargne. »

C’est lecardinal de Richelieu qui la transforma en prison d’État[13] à laquelle restent attachées leslettres de cachet, lettres signées du roi (ou le plus souvent de ses ministres) ordonnant un emprisonnement sans jugement.

Paris dispose de plusieurs types de prisons : prisons ordinaires,Hôpital général et prisons d’État (Vincennes,For-l'Évêque). Victime de la haine du cardinal de Richelieu, lemaréchal de Bassompierre fut mis à la Bastille en 1631, et n'en sortit qu'à la mort du ministre. La délivrance du maréchal inspira cesvers à un poète (c'est Bassompierre qui parle) :

« Enfin dans l'arrière-saison,
La fortune d'Armand s'accorde avec la mienne
France, je sors de prison,
Quand son âme sort de la sienne. »

En 1634, on fit quelques réparations à la Bastille, tant pour fortifier ce château que pour en agrandir les dépendances.

Le,Nicolas Fouquet,surintendant général des finances, accusé deconcussion, fut transféré deVincennes à la Bastille, sur un ordre duroi, contre-signéLe Tellier.

L'homme au masque de fer entra à la Bastille le, à trois heures de l'après-midi. Il portait un masque de velours noir, bien attaché sur le visage, et qu'un ressort tenait derrière la tête. Il logeait dans la tour de la Berthaudière. Sa mort arriva presque subitement le. Il fut enseveli dans un linceul de toile neuve et enterré àSaint-Paul le lendemain, à quatre heures, sous le nom de Marchiali, en présence de M. Rosarges, major du château, et du sieur Beilh, chirurgien-major de la Bastille, qui ont signé sur les registres de Saint-Paul. Son enterrement a coûté40 livres.

La Bastille était une prison plutôt confortable pour les personnes de qualité (nobles, grands bourgeois) emprisonnés dans les cellules (au nombre de 42[18]), elles mangeaient tous les jours « à la table du gouverneur » (non avec lui mais bénéficiant du même repas que lui). Ces cellules disposaient de grandes pièces avec repas fins et d’un domestique si ce dernier acceptait (tel le domestique du banquier deGérard Michel de La Jonchère qui a partagé le sort de son maître mais finit par ne plus le supporter, sans pouvoir ressortir[19]), de meubles et d'une cheminée avec bois de chauffage (grâce à la « pistole »[20]).

Les prisonniers royaux sont autorisés à correspondre avec l'extérieur, recevoir des visites et jouissent d'une relative liberté de mouvement au sein de la forteresse.

François-Marie Arouet ditVoltaire, âgé de22 ans, fut mis à la Bastille le, pour avoir composé des poésies contre lerégent et laduchesse de Berry qui, se trouvant alors dans un état de grossesse avancée, s'était retirée auchâteau de la Muette pour accoucher[21]. L'une de ces pièces avait pour titre :Puero regnante. Déchaînée dans le vice et la débauche, la fille aînée du Régent ne cessait de défrayer la chronique scandaleuse de la Cour. Début 1716, un premier accouchement clandestin de la « belle duchesse de Berry » avait inspiré à Voltaire une épigramme satirique dans lequel, qualifiant la princesse de « mère des Moabites », il l'incitait à engendrer « un peuple d'Ammonites », sur quoi le poète avait été exilé àTulle par ordre du Régent en mai 1716[22].

Thomas Arthur de Lally-Tollendal, âgé de61 ans, natif deRomans enDauphiné, grand-croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis,lieutenant-général des armées du roi, fut arrêté àFontainebleau par un officier de laprévôté de l'hôtel du Roi, et conduit à la Bastille le, en vertu d'un ordre duroi expédié parÉtienne-François de Choiseul. Il fut accusé d'avoir étéla cause de la perte de tous lesétablissements français dans l'Inde. LeParlement de Paris lui fit son procès ; il fut condamné à avoir la tête tranchée enplace de Grève, par arrêt du. Le jugement fut exécuté le9 du même mois, à cinq heures du soir.

Ce fut sous le règne deLouisXV queLouis Phélypeaux de Saint-Florentin fit élever plusieurs bâtiments pour servir de logements aux officiers de l'état-major. La Bastille offrait un vaste édifice dont le plan aurait figuré unparallélogramme régulier, si les deux tours du milieu n'eussent formé une espèce d'avant-corps.

Lemarquis de Sade y fut détenu pendant cinq ans et demi. Il y est transféré le du fait de la désaffectation dufort de Vincennes en tant que prison d’État.

La Bastille comportait également depuis la fin duXVIIe siècle un quartier beaucoup moins agréable pour les prisonniers communs. Ceux-ci vivaient de la charité et du « pain du roi », y étaient parfois enchaînés ; on les appelait les « pailleux », car ils dormaient sur une paillasse dont on changeait la paille une fois par mois[18].

La prison disposait aussi de six cachots (et non d’oubliettes), dont un aménagé en salle de torture, situés à six mètres de profondeur au niveau des douves et qui servaient de punition aux prisonniers insubordonnés comme le fameuxLatude (LouisXVI fait supprimer ces cachots, tout comme laquestion et les lettres de cachet qu'il abolit le).

Sous LouisXV, qui adoucit le régime carcéral à partir de1750, on retrouve beaucoup deconvulsionnaires etjansénistes accusés decrime de lèse-majesté.

Entre1661 et1789, un prisonnier sur six est embastillé[23] pour « faits de lettres » (libraire, imprimeur, colporteur ou auteur delibelle)[24].

Intérieur de la Bastille en 1785.

L'arrivée d'un nouveau prisonnier est annoncée par une sonnerie de cloche. Les boutiques avoisinantes (notamment les échoppes le long du fossé qui sont louées au Gouverneur) ferment alors et les gardes se couvrent le visage pour ne pas voir le visage du nouveau venu. Ce culte du secret motive également l'enterrement des prisonniers de nuit sous de faux noms. Il participe grandement au mythe de l'homme au masque de fer[25].

Reconstitution de La Bastille médiévale parTheodor Josef Hubert Hoffbauer.

Le premier témoignage écrit sur la prison est donné par lespseudo-mémoires d'un calviniste,Constantin de Renneville, qui donne une vision noire de la Bastille et son arbitraire, l'opposant à latour de Londres[26].

Les récits « antibastillonnaires » se multiplient : deux ouvrages publiés à l'étranger poursuivent cette dénonciation et participent à la construction de la légende noire (lettre de cachet en blanc, tortures, exécutions sommaires) de la Bastille :Mirabeau avecDes lettres de cachet et des prisons d'État (Hambourg, 1782) etSimon-Nicolas-Henri Linguet,Mémoires sur la Bastille (Londres, 1783).

Un historien qualifie la Bastille de« rendez-vous des intellectuels »[27] puisque s’y retrouvaient aussi bienVoltaire (par deux fois en 1717 et 1726) que des pamphlétaires commeLinguet ouBrissot, victimes de la censure. Cette mauvaise réputation de la Bastille qui a commencé dès avant la Révolution, est remise en cause par certains historiens duXIXe siècle, telFrantz Funck-Brentano[28], qui, par opposition à la tradition jacobine, ne craignent pas de parler« des égards, du confort, des bons soins » de cette prison[29].

C’était aussi un gouffre financier pourLouis XVI, en raison à la fois du traitement du gouverneur d’environ60 000 livres mais aussi de l’entretien du personnel, nombreux, ou de la nourriture.Necker, qui avait déjà fermé ledonjon de Vincennes, souhaitait la faire abattre dès1784[réf. nécessaire]. Au milieu des années 1780, les urbanistes du roi envisagent sa destruction en vue de permettre l'aménagement d'une place avenante près du quartier Saint-Antoine[30].

Le peuple ne craint plus ce bâtiment en1789[13], mais lescahiers de doléances de la ville, rédigés par des acteurs de lafronde des parlements[31], demandaient sa destruction et son remplacement par une place avec un monument à la Liberté retrouvée. Comme toute forteresse imposante, elle marquait le paysage parisien et rappelait l'autorité du roi (comme latour du Temple)[13].

La hiérarchie à l'intérieur de la prison

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Legouverneur, dont la charge estvénale, gère et dirige la prison. Il vit dans une maison de la Cour de la Bastille, entourée d’un jardin à la française. Il est assisté par unlieutenant du roi responsable de la sécurité et d'unmajor chargé de l’économat, des archives. Les employés en contact direct avec les prisonniers (promenade, repas) sont les porte-clefs. Le « capitaine des portes » est l'officier responsable de l'entrée et la sortie de la prison. La surveillance de la forteresse est assurée par des soldatsinvalides, en faction de jour comme de nuit à l’intérieur et à l’extérieur de l'enceinte, tandis que le repas et les promenades des prisonniers sont assurés par les porte-clefs sous l’autorité des officiers. On trouve aussi comme personnel logeant un service médical, un chapelain et un confesseur[32].

Le nombre de prisonniers

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Vu le nombre de ses cellules, la prison ne peut accueillir plus de45 prisonniers en même temps. Elle atteint un maximum d'une soixantaine de détenus sousLouis XIV. Seuls 1,5 % d'entre eux y meurt officiellement[13]. DuXIVe siècle au milieu duXVIIe siècle, elle aurait reçu800 prisonniers ; le nombre passe à 5 279 entre 1659 et 1789 (avec une durée moyenne de détention de quelques mois à deux ans : 57 % des prisonniers restent moins de 6 mois, 28 % entre 1 et 4 ans) : 2 320 sousLouis XIV, 1 459 sous laRégence, 1 194 sousLouis XV et 306 sousLouis XVI[32],[33].

En1789, il n'y avait que sept prisonniers à la Bastille et leurs conditions d'incarcération étaient assez souples[34]. Ces prisonniers n'étaient d'ailleurs pas symboliques puisqu'il y avait quatre faussaires, deux fous et un noble[35], le comteHubert de Solages, enfermé pour inceste[36].

Gouverneurs de la Bastille

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La Bastille fut achevée en 1383. Les premiers dignitaires, responsables militaires de la Bastille, étaient anciennement appeléscapitaines gouverneurs du fort et bastide Saint-Antoine[37]. Le plus connu est celui de la prise de la Bastille (le), le marquis de Launay (Bernard-René Jourdan de Launay), où il fut arrêté. Il mourut sur la place de Grève, lynché puis décapité (les Parisiens n'acceptaient pas sa résistance lors de la prise de la forteresse) ; sa tête fut ensuite traînée au bout d'une pique dans les rues de Paris avec d'autres personnes.

Article détaillé :Liste des gouverneurs de la Bastille.

Prise de la Bastille le

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Prise de la Bastille, parJean-Pierre Houël.
Article détaillé :Prise de la Bastille.

Juste après la prise des Invalides pour trouver des armes et des canons, la Bastille est prise d’assaut le par le peuple parisien (une grande majorité des émeutiers venant dufaubourg Saint-Antoine) venu chercher de lapoudre et des munitions. Cette forteresse symbolisait aussi l'arbitraire royal. La Bastille est défendue par une garnison de82 invalides et32 grenadiers durégiment suisse de Salis-Samade et accueille aussi sept prisonniers qui sont libérés par les émeutiers au cours de l'assaut.

Des délégations essayent de négocier avec le gouverneur de la BastilleBernard-René Jourdan de Launay, en vain. Après la prise de la forteresse, ce dernier est emmené sur laplace de Grève, où il est lynché, poignardé, fusillé et sa tête découpée par un boucher. Les révolutionnaires auxquels se sont ralliés certains membres de lagarde bourgeoise et desGardes françaises s'emparent notamment de ses archives, les dispersent en partie (avec les meubles et la vaisselle) dans les fossés de la forteresse mais les collectionneurs, notammentBeaumarchais, mettent rapidement la main sur certaines[13]. Dès le, les autorités municipales tentent de les récupérer. La grande majorité est transférée en 1798 à laBibliothèque de l'Arsenal, dont le directeur est alorsHubert-Pascal Ameilhon, et cataloguée depuis leXIXe siècle (60 000 dossiers comprenant 600 000 feuillets[38], essentiellement des lettres de cachet, interrogatoires, suppliques au roi, rapports de police, correspondances de l'embastillé)[24].

La prise de la Bastille est aujourd’hui considérée comme le symbole de laRévolution française, dont elle marque le commencement.

Cependant, lafête nationale françaisecommémore simultanément lafête de la Fédération, le, qui coïncidait avec le premier anniversaire de laprise de la Bastille[39].

Démolition de la Bastille

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Estampe représentant la démolition de la Bastille,musée de la Révolution française.

La Bastille fut abattue à partir du 15 juillet 1789 par un entrepreneur privé,Palloy[40], qui vendit une partie des pierres en guise de souvenirs (pierres sculptées représentant la Bastille en miniature), dont un certain nombre furent vendues en province (Palloy fit faire également desmaquettes de l'édifice qui furent envoyées dans tous les chefs-lieux desdépartements français). Le suivant, les ouvriers trouvèrent dans la tour de la Comté cinq boulets incrustés dans la pierre. On suppose qu'ils avaient été lancés en cet endroit lors de labataille du faubourg Saint-Antoine en 1652. Une partie des matériaux qu'on tira de la démolition servit à construire lepont Louis XVI (actuel pont de la Concorde). Le chantier de démolition dura jusqu'en 1806[41].

On peut y ajouter la transformation en objets de piété et de culte de tout ce qui put être récupéré sur les boiseries et les ferronneries de la vieille forteresse. Lemarquis de La Fayette envoya une des clés de la Bastille àGeorge Washington, l’une des grandes figures de larévolution américaine et premierprésident des États-Unis[42]. Elle est aujourd’hui exposée à la résidence deMount Vernon, transformée en musée.

C'est à la fonderie deRomilly, dans l'Eure, qu'ont été conservées jusqu'à sa fermeture l'horloge et les cloches de la forteresse. Le carillon se trouve actuellement aumusée européen d'art campanaire, àL'Isle-Jourdain (Gers).

La disparition de la Bastille n'empêche pas son mythe de renaître dès laRévolution sous la forme d'une mode « à la Bastille » (bonnet, souliers, éventails…)[39].

Détenus célèbres

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La prison de la Bastille abrita entre autres :

Moyen Âge

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Guerres de Religion

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Règne d'Henri IV et deLouis XIII

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Règne deLouis XIV

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Régence et règne deLouis XV

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Règne deLouis XVI

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Détenus à la Bastille le

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Ils étaient sept prisonniers[34] :

  • quatre faussaires : Jean Béchade, Bernard Laroche, Jean La Corrège et Jean-Antoine Pujade, accusés d'avoir falsifié des lettres de change. Leur procès était en cours d'instruction ;
  • le comte Hubert de Solages, criminel enfermé durant l'affaire de Solages à la demande de son père, qui payait sa pension ;
  • Auguste Tavernier, supposé complice deRobert-François Damiens, l'auteur d'une tentative d'assassinat sur Louis XV ;
  • le comte de Whyte de Malleville, embastillé pour démence à la demande de sa famille.

Juste après leur libération, les deux derniers furent internés à l'asile de Charenton[43].

Les révolutionnaires sont tellement déçus de trouver ces prisonniers en nombre si faible et manquant de prestige qu'ils en inventent un faux, appelé comte de Lorges,« un malheureux vieillard qui fut trouvé chargé de chaînes, à moitié nu, avec des cheveux et une barbe de divinité fluviale, au fond d'un cachot où ne pénétrait pas la lumière et dont les murailles suintaient l'humidité […]. Le misérable vieillard, qui gisait là depuis des années et des années, fut comme de juste porté en triomphe par les amis de la liberté aux acclamations d'un peuple en délire »[44].

La Bastille aujourd’hui

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Article détaillé :place de la Bastille.

Depuis 1880, la prise de la Bastille est commémorée tous les, jour defête nationale. Elle est célébrée conjointement avec un autre évènement : laFête de la Fédération qui eut lieu un an après la prise de la Bastille, le, sur l’esplanade duChamp-de-Mars. En 1880, lors des débats parlementaires pour l'adoption d'une fête nationale, la date du ne faisait pas l'unanimité parmi les députés conservateurs de l'opposition. Pour la faire accepter, le gouvernement républicain a mis alors en avant la date du. Le régime de laTroisième République qui veut créer un consensus a laissé le choix implicite aux Français de fêter soit la date de 1789, soit celle de 1790[39]. Depuis, l’inconscient collectif français semble bel et bien associer la fête nationale à la prise de la Bastille : une immense majorité ne se souvient que rarement du.

Sous la présidence deValéry Giscard d'Estaing, le traditionneldéfilé militaire du 14 juillet fut un temps déplacé sur la place de la Bastille au lieu de l'avenue des Champs-Élysées[45]. Et les pays anglophones parlent de « Bastille Day » quand ils font référence à la fête nationale française.

Lors de l'Exposition universelle de 1889, une reproduction de la Bastille est érigée au sud duChamp-de-Mars, 80avenue de Suffren[46],[47].

En 1899, lors de la construction de laligne 1 du métro parisien, des vestiges de la forteresse furent redécouverts. Ainsi, les fondations de latour de la Liberté (celle où fut enfermé Sade) qui était alors située au niveau duno 1 de larue Saint-Antoine[48], ont été démontées et reconstituées dans lesquare Henri-Galli[49].

De même, on peut trouver un morceau du mur de lacontrescarpe du fossé de la Bastille sur un quai de lastation homonyme de laligne 5 du métro (celui en direction deBobigny - Pablo Picasso)[50]. L'autre côté de ce mur est visible derrière une vitre dans les couloirs du métro, dans un escalier provenant de l'entrée sur leboulevard Bourdon.

Enfin, un pavage spécial a été dessiné sur la partie ouest de laplace de la Bastille afin de retracer sur le sol les contours de la forteresse. Avec la rénovation de la place en 2019[51], il a été remplacé dans sa fonction par des clous de voirie en laiton.

Utilisation du terme Bastille

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Ce site est desservi par lastation de métroBastille.

Notes et références

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  1. Fernand Bournon,Histoire Générale de Paris. La Bastille - Histoire et description des bâtiments. Administration. Régime de la prison. Événements historiques, Paris, Imprimerie nationale, 1893,p. 76-77. Citation :
    « LA PERSONNE (Jean), vicomte d'Acy, chevalier, fut probablement le premier capitaine de la Bastille. Dans les montres et quittances des gens de guerre son nom se rencontre fréquemment, de 1386 à 1392, avec la qualité de « capitaine du fort et bastide Saint-Anthoine lez Paris ». »
  2. BnF,mss. collection Duchesne, vol. 121 (fol. 149 r°).
  3. Le terme « bastide » est entendu ici au sens de petit ouvrage de fortification (Jacques Hillairet,Gibets, piloris et cachots du vieux Paris, Éditions de minuit, 1956,p. 66).
  4. a etbJean Mesqui,Châteaux forts et fortifications en France, Flammarion,,p. 107.
  5. RolandDelachenal,Histoire deCharlesV,vol. 4 :1368-1377, Paris,Auguste Picard,,p. 317.
  6. Funck-Brentano Frantz, « La Bastille, histoire et description des bâtiments, administration, régime de la prison, événements historiques »,Bibliothèque de l'école des chartes,vol. 55,no 55,‎,p. 362(lire en ligne).
  7. Fernand Bournon,La Bastille, histoire et description, Paris, Imprimerie Nationale, 1893,p. 76-78. ; BnF, mss. collection Duchesne, vol. 121 (fol. 149 I°) & BnF, mss. Clairambault,Titres scellés, reg. 76, pièce 46.
  8. Renaud Gagneux et Denis Prouvost,Sur les traces des enceintes de Paris : promenades au long des murs disparus, Paris, Parigramme,, 241 p.(ISBN 2-84096-322-1),p. 124-125.
  9. Intervention deClaude Quétel, entretien radiophonique avec Patrice Gelinet, vendredi, France Inter, « 2000 ans d’histoire ».
  10. Hérodote, page sur le.
  11. Noëlle Destremeau,Trois journées pour détruire la monarchie, Nouvelles Éditions Latines, 1988,p. 27 (lire sur Google Livres).
  12. Renaud Gagneux et Denis Prouvost,Sur les traces des enceintes de Paris : promenades au long des murs disparus, Paris, Parigramme,, 241 p.(ISBN 2-84096-322-1),p. 124-126.
  13. abcde etfClaude Quétel, « La vérité sur la Bastille », émissionAu cœur de l'histoire surEurope 1,.
  14. Pierre Miquel,Les Guerres de Religion, Paris,Fayard,, 596 p.(ISBN 978-2-21300-826-4,OCLC 299354152,présentation en ligne).p. 348.
  15. Claude Quétel, entretien radiophonique avec Patrice Gelinet,ibid.
  16. Le à Monsr de Beaumont, cf.Recueil des lettres missives de Henri IV,t. V, Paris, Imprimerie nationale,(lire en ligne),p. 645.
  17. Mathurin Regnier,Œuvres complètes, page 187 sur gallica.bnf.fr.
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  19. Gérard Michel de La Jonchère,Un financier à la Bastille sous Louis XV. Journal de La Jonchère, publié par Albert Babeau, Impr. de Daupeley-Gouverneur,, 46 p..
  20. Littré, Dictionnaire de la langue française' (1872-77) :« Dans les prisons, chambre à part et autres commodités qu'un prisonnier obtient moyennant la pistole, c'est-à-dire en payant la pension. »
  21. Jean-Michel Raynaud,Voltaire soi-disant, Presses Universitaires de Lille, 1983, vol. 1,p. 289.
  22. Pomeau, René, « Voltaire et la Régence : un cas de contre-emploi ? »,Cahiers Saint-Simon, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS,vol. 19,no 1,‎,p. 11–20(DOI 10.3406/simon.1991.1155,lire en ligne, consulté le).
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  26. Constantin de Renneville,L’Inquisition française ou l’histoire de la Bastille, 1719, t. 4.
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  28. Frantz Funck-Brentano,La Vie à la Bastille, étude historique, Secrétariat de la société d'économie sociale,, 33 p..
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  31. Camus,Target,Le Chapelier,Guillotin.
  32. a etbLa Bastille ou « l’Enfer des vivants » ?[PDF].
  33. Frantz Funck-Brentano,Les Lettres de cachet à Paris : étude, suivie d’une liste des prisonniers de la Bastille (1659-1789), Paris, Imprimerie nationale, 1903.
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  35. Pierre Gaxotte,La Révolution française, Complexe, 1988,p. 112.(ISBN 287027243X).
  36. Christian Benoit,250 réponses aux questions d'un flâneur parisien, Éd. du Gerfaut, 2007,p. 109 (extrait).(ISBN 2914622821).
  37. Charpentier,La Bastille dévoilée,p. 135 et suivantes.
  38. . En 1840, un jeune bibliothécaire, François Ravaisson, qui possède un logement de fonction dans laBibliothèque de l'Arsenal, les découvre en soulevant les dalles du parquet alors qu'il voulait faire réparer sa cuisine. Ravaisson consacre le reste de sa vie à les classer et les publier. Cf. François et Louis Ravaisson-Mollien,Archives de la Bastille, éditeur Paris A. Durand et Pedone-Lauriel, 1866-1904,19 volumes.
  39. ab etcHéloïse Bocher,Démolir la Bastille. L’édification d’un lieu de mémoire, Vendémiaire,, 224 p.(ISBN 978-2-36358-030-6 et2-36358-030-3).
  40. Son chantier fait l'objet de nombreuses visites, Beaumarchais, Mirabeau, attirés par la poétique des ruines ou voulant participer à cet événement.
  41. « Mairie de Paris, Le plan de sauvegarde et de mise en valeur du Marais (P.S.M.V.) »(consulté le).
  42. Bastille Key.
  43. http://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?f=2&t=45113&view=print.
  44. Frantz Funck-Brentano,Les secrets de la bastille tirés de ses archives, Flammarion,, 125 p..
  45. Rémi Dalisson,Célébrer la nation. Les fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau Monde éditions, 2009,p. 420.
  46. « La Reconstitution de la Bastille », books.fr, 12 juillet 2019.
  47. « L’Exposition universelle de 1889 à Paris », pariszigzag.fr, consulté le 15 novembre 2021.
  48. Guyle Hallé,Histoire des fortifications de Paris et leur extension en Île-de-France, éditions Horvath,, 293 p.(ISBN 2-7171-0925-0).
  49. Le square Henri-Galli sur le site de lamairie de Paris.
  50. Les vestiges de la Bastille surLe Piéton de Paris.
  51. Par Julien Duffé Le 25 octobre 2019à 18h16 et Modifié Le 25 Octobre 2019À 19h09, « La place de la Bastille rénovée en partie ouverte aux piétons », surleparisien.fr,(consulté le)

Sources

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Annexes

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Bibliographie

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