
LeBarzaz Breiz, chants populaires de la Bretagne, sous-titré « recueillis et publiés avec une traduction française, des éclaircissements, des notes et les mélodies originales par Th. de La Villemarqué » est un recueil dechants recueillis, paroles et musique, dans la partie bretonnante de laBretagne auXIXe siècle, traduits et annotés par le vicomteThéodore Hersart de La Villemarqué. La quasi-totalité des textes sont issus d'une collecte commencée par sa mère, Marie-Ursule de Feydeau de Vaugien, et poursuivie à plus grande échelle par le jeunechartiste. Il a aussi utilisé des documents réunis par madame de Saint-Prix, deMorlaix, et parRené Kerambrun[1],[2]. Lenationalisme breton moderne doit en partie ses origines à la publication en 1839 duBarzaz Breiz[3].
Barzaz, en breton, signifie « bardit, ensemble de poèmes » (Barzhaz) etBreiz est la Bretagne (écritBreizh en breton moderne).


Chaque poème est présenté en breton avec une traduction parallèle en français, strophe par strophe, précédé d'une introduction historique et idéologique intitulée « Argument » et suivi de « Notes et éclaircissements ». En fin d'ouvrage, La Villemarqué donne la ligne mélodique de chacun des poèmes. L'ouvrage commence par un préambule sur la méthode et un copieux traité « De la poésie populaire en Bretagne » sur 80 pages, historique et ethnographique. Il se termine par une conclusion idéologique.
La première édition a été publiée en1839 à Paris aux Éditions Charpentier, sous la forme de deux volumes in-12, puis sous le même millésime aux éditions Delloye. La même édition porte parfois la date1840 avec les mentionsSeconde Édition etBarz Nizon comme nom d'auteur au tome I.
La Villemarqué publie une nouvelle édition considérablement augmentée en1845. C'est dans cette édition qu'apparaissent les chants les plus fameux, « ceux qui feront la gloire du recueil » (Gourvil)[réf. nécessaire]. L'édition de 1845, chez Didier et Cie, porte le plus souvent la date1846 avec la mention « Quatrième Édition ». Le livre est ensuite paru, pour la première fois sous la forme d'un seul volume, en1867 avec une mention : Sixième Édition. Ce tirage comprenait 2 000 volumes in-12 et 500 au format in-8. Il n'existe pas de cinquième édition, du moins est-elle introuvable à ce jour[réf. nécessaire]. La septième édition paraît la même année 1867 ; la huitième en1883 et la neuvième (dernière parue du vivant de l'auteur) en1893.
Toutes les éditions parues depuis 1867, sont basées sur la sixième édition. Contrairement aux premières éditions où le texte breton est en page paire en regard de la traduction en français en page impaire, le texte breton à partir de la sixième édition est renvoyé en bas de page sur deux colonnes, dans un caractère plus petit que la traduction en français.
L'édition de1867 a été réimprimée de nombreuses fois par laLibrairie Académique Perrin qui a racheté le fonds de Didier et Cie, sans compter les nombreuses traductions anglaises (Taylor, Fleay...), allemandes (Keller-Seckendorf...), italienne (Pascoli), polonaise, etc.
En1981, l'éditeurFrançois Maspero propose leBarzaz Breiz au format (presque) poche. En fait il s'agit d'un assez gros volume, de 540 pages(ISBN 978-2-7071-1241-5).
En1988, l'éditeur breton deLesneven,Mouladurioù Hor Yezh, a fait paraître sous le titreBarzhaz Breizh la seule édition ne comportant que le texte breton, celui-ci transcrit dans la graphie unifiée moderne, ditepeurunvan. Les nombreuses erreurs du texte breton de La Villemarqué ont aussi été corrigées.(ISBN 978-2868630384).
En1996,Coop Breizh publie une véritable version format poche du recueil sans le texte breton conformément au vœu dePierre Trépos (Au sujet d'une nouvelle édition du Barzaz Breiz,1959).(ISBN 978-2909924854).
En1999, lesÉditions du Layeur ont publié une réimpression de l'édition de1867, présentée parYann-Fañch Kemener, chanteur bretonnant et collecteur important, augmentée de l'avant-propos de l'édition de1845 et de quelques traductions en vers dues à La Villemarqué. Le principal mérite est d'avoir remis les textes français et breton en vis-à-vis, comme dans les premières éditions, en assurant une très grande lisibilité. Un disque compact accompagne l'ouvrage procurant une interprétation de 12 des chants par Yann-Fañch Kemener et laMaîtrise de Bretagne, seuls ou ensemble.(ISBN 978-2911468278).
Plusieurs éditions en fac-simile des éditions duXIXe siècle sont disponiblesLibrairie Académique Perrin (1963), Bibliobazaar,(ISBN 978-1116331066), Kessinger(ISBN 978-1161333367) etc.
Cette œuvre a connu un succès d'estime important auprès de la société littéraire parisienne, s'attirant une célèbre appréciation deGeorge Sand qui mentionna « les diamants duBarzaz Breiz » et compara un des chants du recueil,Le Tribut de Nominoë, à l'Iliade d'Homère, jugeant même le chant breton supérieur au récit antique. La Villemarqué, qui n'avait que 24 ans, a vu son statut social s'élever et cela lui permit, en approfondissant ses travaux sur lalangue bretonne et les vieilles tragédies bretonnes, de devenir une référence incontestée et de s'ouvrir les portes de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en1856.
Il incita aussi de nombreux chercheurs dont Arbois de Jubainville etFrançois-Marie Luzel, qui allaient sur le tard devenir ses principaux contradicteurs, à se plonger dans les études celtiques.
La postérité duBarzaz Breiz est l'une des plus remarquables qui soit, par ses aspects littéraires, scientifiques et politiques. Il est encore la source d'inspiration d'artistes actuels, notamment des musiciens, grâce au fait que la musique des poèmes est notée dans l'ouvrage.
L'œuvre, devenue centrale dans la culture bretonne, est donc plus qu'un recueil poëtique, c'est un document de musicologie de premier ordre, attestant de modes musicaux spécifiques aux sonorités bretonnes. Il est le premier ouvrage qui, après un long temps d'indifférence, réhabilite les héros de l'histoire bretonne telsNominoe (Nevenou),Jean IV,Pontcallec ouCadoudal et dénonce la "traîtrise" deBertrand du Guesclin (dansAn Alarc'h)[4].
Bien après la parution,François-Marie Luzel fit une critique en règle du travail de celui qu'il avait suivi pendant un temps, lors d'un congrès savant en1868. Il estimait que les chants avaient pu être complètement fabriqués à la manière deJames MacPherson, car, disait-il, il n'avait jamais lui-même rencontré des versions aussi élégantes et aussi exemptes de mots français[n. 1]. Le problème principal soulevé par ses contradicteurs était que, froissé, La Villemarqué refusait de montrer ses carnets d'enquête. Cependant, à la fin de leurs vies, La Villemarqué et Luzel se réconcilièrent. En 1890, l'introduction desSoniou Breiz Izel de Luzel parAnatole Le Braz traite le problème sur un ton apaisé[5].
Dans une thèse soutenue en 1959 et publiée en 1960,Francis Gourvil soutenait que leBarzaz Breiz était un faux et que La Villemarqué avait écrit lui-même la plupart des chants les plus remarquables du recueil. Dans une thèse soutenue en 1974 et publiée en1989[6],Donatien Laurent rejette en grande partie ces accusations en démontrant l'authenticité de la matière de l'ouvrage grâce à la découverte par le général de La Villemarqué, en 1964, des carnets decollectage de son ancêtre. En outre, des travaux d'universitaires et de linguistes ont démontré que nombre des prétendues fautes de breton relevées par F. Gourvil s'expliquaient parfaitement par les traits dialectaux de la langue du sud de la Bretagne d'où étaient originaires La Villemarqué et les chants incriminés (Gourvil étant lui du nord). L'hypothèse la plus vraisemblable est que La Villemarqué a procédé à des remaniements pour enjoliver et/ou établir une version-type des légendes collectées, comme ont pratiqué à la même époque lesfrères Grimm et Luzel lui-même. Dans sa thèse publiée en 2006, Nelly Blanchard conclut que « le travail de Donatien Laurent a donc mis un terme à cette question en montrant que leBarzaz-Breiz est bien basé sur un travail de collecte de chants populaires, mais que l'auteur a parfois arrangé des chants, compilé plusieurs versions, ajouté des éléments et quelquefois, semble-t-il, inventé des textes. »[7] Ce qui n'a pas empêchéFrançoise Morvan de tenter de démontrer dans sa biographie deLuzel parue auxPresses universitaires de Rennes que les arguments de Luzel repris par Gourvil étaient fondés.
Un article desAnnales de Bretagne en 1900 analyse la technique de recueil des chants populaires par La Villemarqué à ses débuts[8]. Quand il a commencé son travail, en 1836, La Villemarqué connaissait assez mal le breton et il a fait appel à des collaborateurs pour collecter les textes, comme le faisaitJean-Marie de Penguern à la même époque. Ceux-ci l'ont probablement parfois abusé. Quand, bien plus tard, il en a pris conscience, il ne l'a pas nié, mais ne l'a pas avoué. Luzel souligne en 1874, dans la préface du deuxième volume desGwerziou Breiz-Izel, que La Villemarqué a gardé le silence dans la controverse soulevée par la parution du premier volume[9].
LeBarzaz Breiz a eu une grande influence sur beaucoup de chanteurs et musiciens bretons et celtiques.Alan Stivell lui emprunte plusieurs musiques et textes (Marv Pontkalleg,An Alarc'h,Silvestrig,Jenovefa,Bale Arzur etDiouganGwenc'hlan), de mêmeTri Yann (An distro euz a vro-zaoz, une version deSilvestrig),Gilles Servat, le chanteur poèteDenez Prigent (Ar rannoù), le groupe folk/pop britanniqueSteeleye Span, le groupeGlaz (Marzhin,Pontkalleg,Ar rannoù,An Amzer dremenet,Silvestrig) etc.
L'ouvrage a aussi donné lieu à plusieurs arrangements et enregistrements :
Ces séries ont inspiré l'artiste peintreDodik Jégou qui en fit une série de 12 fresques en céramique qu'elle exposa au4e festival de la création artistique bretonneLes tombées de la nuit en août 1989 à Rennes, exposées à la bibliothèque municipale de Rennes puis aumusée de Quimperlé[10].
Comme il le détaille à la fin du tome 2, le dessinateurFrançois Bourgeon s'est inspiré duBarzaz Breiz pour l'écriture de sa sérieLes Compagnons du crépuscule.
« LeBarzaz Breiz est sans doute un beau livre pour un adulte averti ; mais il faut avoir le courage de dénoncer la malfaisance de ceux qui voudraient en faire un livre de chevet pour la jeunesse. »
— François Falc'hun, Le Progrès de Cornouaille,.
« L'Europe lettrée se pâma devant la beauté de ces chants populaires collectés dans les campagnes armoricaines.George Sand, notamment, clama son émotion et inventa, pour qualifier ces pièces, l'expression de « littérature orale » : « Une seule province de France est à la hauteur, dans sa poésie, de ce que le génie des plus grands poètes et celui des nations les plus poétiques ont jamais produit : nous oserons dire qu'elle le surpasse. Nous voulons parler de la Bretagne. Mais la Bretagne, il n'y a pas longtemps que c'est la France. (...) Génie épique, dramatique, amoureux, guerrier, tendre, triste, sombre, moqueur, naïf, tout est là !... » (La Filleule)[n. 2] »
— Michel Treguer, Espèce d'Homme ! Essai sur l'identité, Éditions du Temps, 2007
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