LesBanu Qasi ouBanū Qāsī (enarabe : بنوقازي « les fils de Cassius ») sont une importante famille d'originehispano-romaine[1]. Devenuemuladí, elle joue un rôle politique et militaire de premier plan dans laMarche supérieure d'Al-Andalus, pendant les premières guerres de laReconquista et lors des nombreux soulèvements que connaît l'émirat de Cordoue entre leVIIIe et le début du Xe siècle.
La famille, originaire deTudela, dans le sud de l'actuelleNavarre, étend son autorité sur la haute vallée de l'Èbre autour deTarazona,Ejea de los Caballeros etNájera. La famille donne également des gouverneurs àPampelune, du fait de leurs alliances avec lesrois de Pampelune.Musa ibn Musa, dans la première moitié duIXe siècle, est, par sa mère, le demi-frère d'Eneko Arista,roi de Pampelune.

Les Banū Qāsī descendent d'une personnalité duroyaume wisigoth, lecomte Cassius[2], actif dans les deux premières décennies duVIIIe siècle. D'après un historienmuladi duXe siècle,Ibn al-Qutiyya[3], il s'agit d'un nobleprétendumentwisigoth etvascon[pas clair], gouverneur de la région de la haute vallée de l'Èbre (entre les localités deTarazona,Ejea etNájera).Au moment de[réf. nécessaire] laconquête du royaume par les musulmans (711-716), il se convertit à l'islam, devenant vers 713vassal desOmeyyades. Peu de temps après sa conversion, il serait allé avec son fils aîné,Fortun, àDamas, afin de prêter allégeance directement aucalifeAl-WalīdIer. En échange, il conserve ses domaines propres. C'est du nom latin de ce comteCassius que provient le nom arabe de la famille desBanū Qāsī, les « fils de Cassius ».
Le clan accroît son pouvoir au cours duVIIIe siècle, sous la direction de Fortun, grâce à l'appui que ses membres apportent auxémirs de Cordoue, alors aux prises avec des conflits entreArabes etBerbères, très fréquents dans les années qui suivent la conquête. Mais la situation de leurs domaines de la haute vallée de l'Èbre les place entre plusieurs pouvoirs concurrents, principalement celui de l'émir de Cordoue au sud et celui duduc de Vasconie, dont le pouvoir s'étend de laGaronne jusqu'àPampelune au nord. Leduché de Vasconie, indépendant de fait desrois francsmérovingiens, retombe sous le contrôle des Francs à l'époque desCarolingiens (Charles Martel,maire du palais de 717 à 741 etPépin le Bref, maire du palais de 741 à 751, puisroi des Francs de 751 à 768), qui luttent simultanément contre les musulmans présents en Gaule (reprise de Narbonne en 759). Un peu plus loin à l'ouest se trouve leroyaume chrétien des Asturies fondé parPélage le Conquérant vers 720. Enfin, les Banu Qasi sont en butte à l'hostilité d'autres grandes familles musulmanes,muladi (Banu Amrus) ou arabes (Banu Tujib).
Il faut noter qu'à partir de 750, lesOmeyyades deDamas sont dépossédés du califat par lesAbbassides deBagdad, mais qu'ils se réfugient en Espagne et réussissent à conserver le contrôle de l'émirat de Cordoue.
Les Banū Qāsī entretiennent des relations avec leurs voisinschrétiens, particulièrement notables en 778 lorsqueCharlemagne, fils de Pépin le Bref, roi des Francs mais pas encore empereur, lance une opération en Espagne à la demande du gouverneur de Barcelone, Sulayman, venu en 777 àPaderborn solliciter le soutien du roi des Francs.
Lorsque les armées franques arrivent en Espagne (l'une par l'est, l'autre par l'ouest), un oncle de Musa,Abou Taur, gouverneur deHuesca, traite avecCharlemagne pour obtenir son soutien. Mais l'opération envisagée par Sulayman et Charlemagne échoue devant Saragosse, dont le gouverneur, al-Husayn, refuse d'ouvrir les portes.
Confronté à une situation problématique, Charlemagne décide de se replier sans trop attendre. Il repasse par Pampelune, puis par la route ducol de Roncevaux, où a lieu un combat d'arrière-garde devenu très célèbre sous le nom debataille de Roncevaux, sujet principal de laChanson de Roland, première œuvre majeure de la littérature française (XIe siècle).
En 790, Abou Taur se rapproche du fils de Charlemagne,Louis[réf. nécessaire],roi d'Aquitaine et donc maître du duché de Vasconie.
Le fils de Fortun,Musa, petit-fils de Cassius/Qasi,exerce son pouvoir sur la partie supérieure de la vallée de l'Èbre (Ejea,Tudèle,Tarazona,Borja etArnedo) jusqu'aux abords deSaragosse[réf. nécessaire].
D'un premier mariage, il a un filsMutarrif ibn Musa (assassiné en 799).
En 784, il épouse en secondes noces Oneca, veuve duVasconÍñigo Ximenes Arista et mère (du fait de ce premier mariage) d'Eneko Arista, futurroi de Pampelune et considéré comme le premierroi de Navarre. Du mariage d'Oneca et de Musa naîtMusa ibn Musa (mort en 862).
En 788, Musa ibn Fortun soutient l'émirHichamIer contre la révolte des Banū Husayn à Saragosse,mais il conditionne son aide au retrait de l'émir[réf. nécessaire]. Il élimine le gouverneur rebelle, Said ibn al-Husayn, et s'empare de Saragosse.
En 796, il entre en rébellion contre le nouvel émir de Cordoue,al-HakamIer, rébellion qui se prolonge jusqu'en 806, après la mort de Musa.
En 799, desVascons favorables au pouvoircarolingien assassinent son fils Mutarrif, qui occupe alors le poste dewali dePampelune,
Musa ibn Fortún est lui-même assassiné en 802 par un proche de Said ibn al-Husayn.

La famille parvient au zénith de son pouvoir avecMusa ibn Musa. En 806, il décide de rentrer dans la soumission à l'émir de Cordoue, mettant fin à vingt ans de guerre contre le pouvoir de l'émir. Dans le même temps, il renforce l'alliance avec lesrois de Pampelune, les Arista, et épouse sa nièce Assona, fille de son demi-frèreEneko Arista de Pampelune.
La situation change en 840. Musa ibn Musa ne supporte en effet pas l'éviction d'un de ses cousins, Abd al-Yabbar ibn Qasi, du poste de wali deTudèle, tandis que les frères Abdallah ibn Kalayb et Amir ibn Kalayb sont nommés par l’émir de Cordoue,Abd al-Rahman II, comme walis deSaragosse et Tudèle. À la suite d'une campagne menée en 841 par le fils de l'émir, Mutarrif, il participe aux côtés de l'émir à une campagne contre les seigneurs chrétiens deCerdagne. Mais en 842, il reprend le conflit contre l'émir avec le soutien de son neveu,García Íñiguez, fils du roi de Pampelune. Il s'empare de Saragosse, Borja et Tudèle. En 842, 843, 844, 845, 846, 847 et 850, le conflit perdure et voit les armées d'Abd al-Rahman II revenir dans la vallée de l'Èbre, mener des expéditions punitives contre les Banū Qāsī. En 844 et 846, Musa ibn Musa est battu et soumis, mais reprend systématiquement les armes. En 852, Musa ibn Musa se réconcilie finalement avec Abd al-Rahman II, qui le confirme comme wali de Tudèle.
À partir de ce moment, Musa ibn Musa s'oppose plus vigoureusement aux princes chrétiens. En 852, il défait les armées desAsturiens d'OrdoñoIer et desAquitains à la premièrebataille d'Albelda. Cette victoire ouvre la décennie de plus grande influence des Banū Qāsī. Musa ibn Musa étend son contrôle sur l'ensemble de l'actuelle région dela Rioja et obtient d'Abd el-Rahman II le titre de wali de Saragosse et de laMarche supérieure. Son gouvernement s'étend sur les terres de Tudèle, Saragosse,Calatayud etDaroca jusqu'àCalamocha. Il intervient dans la région deHuesca, et installe même son filsLubb II ibn Musa comme wali deTolède. Il se fait alors appeler « troisième roi d’Espagne » (tertius regem in Spania), aux côtés du roi des Asturies et de l'émir de Cordoue.
En 854, Musa ibn Musa s'oppose à la rébellion qui agite Tolède, alors qu'elle est soutenue par les rois des Asturies, OrdoñoIer, et de Pampelune,GarcíaIer. Cela marque une première rupture entre Musa ibn Musa et son neveu. En 856, il attaque les seigneurs de Catalogne, àBarcelone etTarrasa. En 859, Musa ibn Musa permet à unraid viking de traverser ses territoires et d'attaquer son ancien allié, le roi de Pampelune, GarcíaIer, rançonné pour une somme de 70 à 90 000 dinars d'or. La même année, il est cependant défait à la deuxièmebataille d'Albelda : GarcíaIer apporte son soutien à OrdoñoIer, qui détruit la forteresse de Musa ibn Musa àAlbelda. Son propre fils,Lubb II ibn Musa, soutient les rois chrétiens, tandis que l'émir retire à Musa ibn Musa son titre de wali de la Marche supérieure. En campagne dans la région deGuadalajara, Musa ibn Musa trouve la mort à Tudèle en 862, à la suite des blessures reçues alors qu'il attaquait le wali deGuadalajara, Azraq ibn Mantil ibn Salim, qui avait épousé une des filles de Musa ibn Musa[4].
La décennie de 862 à 872 est une période de déclin pour les Banū Qāsī, qui restent fidèles àCordoue, alors que leurs domaines sont peu à peu diminués. En 870, Amrus ibn Umar ibn Amrus,muladí deHuesca, est à l'origine d'une nouvelle révolte contre l'émir de Cordoue,MuhammadIer. En 871, les fils de Musa ibn Musa se joignent à la rébellion.Lubb, avec ses frèresIsmail ibn Musa,Mutarrif II ibn Musa etFortún II ibn Musa, se soulève : Lubb et Ismail occupentSaragosse, Mutarrif entre dans Huesca et Fortún conquiertTudèle. MuhammadIer réagit en renforçantDaroca etCalatayud qu'il confie auxBanū Tujib. En 873, il mène une campagne militaire et organise une expédition contre les fils de Musa : il récupère la ville de Huesca avec l'aide d'Amrus, qui s'est soumis, et le nommewali de cette ville, où sa famille se maintient jusqu'au milieu duXe siècle.
Les Banū Qāsī réagissent vivement et Mutarrif II ibn Musa s'empare deBarbitaniya, au point qu'en 874, hormis Huesca, toute laMarche supérieure est soumise aux Banū Qāsī. Jusqu'en 878, ils profitent même des affaires qui éloignent l'émir loin de la région. En 878, 879, 881, 882 et 883, les campagnes militaires se multiplient contre les Banū Qāsī. Finalement, Saragosse tombe aux mains de MuhammadIer en 884, qui y place les Banū Tujib. Les territoires contrôlés par les Banū Qāsī sont alors coupés en deux : d'un côté, la zone deLérida etMonzón, attaquée par les Banū Amrus depuis Huesca, de l'autre côté les régions occidentales.
Lubb II ibn Musa, qui dirige Tudèle et Tarazona, voit les complications se multiplier. Leroi des Asturies,Alphonse III, entre dans la vallée deBorja, à l'ouest, tandis que lecomte de Pallars l'attaque au nord-est, lecomte de Barcelone par l'est et leroi de Pampelune,SancheIer, parla Rioja. Les défaites, puis les dissensions mènent les quatre frères Banū Qāsī à la ruine : Mutarrif est exécuté et Lubb II doit affronter la rébellion de Fortún et Ismail. Lubb II ibn Musa se soumet à l'émirAbd Allah, mais il ne reçoit pas vraiment de soutien dans sa lutte contre les princes chrétiens.
Au cours du premier quart duXe siècle, les Banū Qasi perdent leurs positions dans la vallée de l'Èbre au profit de lignages concurrents comme lesBanū Tujib. En 924, l'émirAbd al-Rahman III leur enlève la dernière charge qu'ils conservent comme walis de Tudèle et les oblige à le suivre à Cordoue.