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| Nom de naissance | Balthasar Klossowski |
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| Enfants | Stanislas Klossowski de Rola(d) Thadée Klossowski(d) Harumi Klossowska de Rola |
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Pour les articles homonymes, voirBaltus.
Balthasar Kłossowski, parfois appeléBalthasar Kłossowski de Rola[1], plus connu sous sonpseudonymeBalthus, est unpeintre figuratiffrançais d'origineprussienne[2] etpolonaise, né le àParis et mort le àChâteau-d'Œx enSuisse[3].
Il est le frère de l'écrivain et dessinateurPierre Klossowski. Leur mèreElse Spiro est peintre, de même que leur pèreErich Klossowski et que leurs oncles le peintre allemandashkénazeEugene Spiro et le peintre autrichien Emil Trebicky.
Pour le poèteAntonin Artaud,
« la peinture dramatique de Balthus ramène au jour quelque chose d'une époque électrique de l'histoire, un de ses points où le drame se joue[4]. »
« La meilleure façon de commencer est de dire, Balthus est un peintre dont on ne sait rien. Et maintenant, regardons les peintures », telle est la réponse laconique que le peintre adresse à laTate Gallery, qui en1968, organisant une exposition de ses œuvres, souhaitait également agrémenter le catalogue de quelques éléments biographiques[5].
LeRoi des chats — titre d’un de ses autoportraits peint à 27 ans — a en effet toujours souhaité s’entourer d’une aura de mystère, ce qui a sans aucun doute contribué à occulter sa personnalité et son œuvre aux yeux du grand public.
Dans ce tableau, le peintre, en pied et le corps déformé, peint sur un fond ocre jaune. À sa gauche un chat se frotte à ses jambes trop longues, alors que sur un tabouret à sa droite repose un fouet sous lequel est écrit en anglais « The portrait of H.M, the King of Cats painted by Himself, MCMXXXV[6] ».« Son autoportrait est à la fois ironique, teinté de comique, d’emphase mélodramatique et de solennité » et décrit l’art de Balthus comme« celui qui laisse ses sujets en paix mais qui veut inquiéter le spectateur[7] », par une étrangeté explorant rêveries et pulsions secrètes plus ésotériques qu’érotiques.

Rare et discret, il l'est dès sa naissance, un29 février ; un anniversaire qu'il ne peut fêter que les années bissextiles qui fait aussi partie de la « légende Balthus ».
Ses parents sontprussiens, d'ascendance catholique polonaise mais convertie au protestantisme pour son père,Erich Klossowski, historien d’art, peintre et décorateur de théâtre, etrusse-ashkénaze[8] pour sa mèreBaladine Klossowska, peintre également. Ils se sont mariés àLondres en 1904. Le 9 août 1905, Baladine donne naissance à Paris àPierre, son premier enfant. Balthus naît trois ans plus tard à Paris, mais sa famille, du fait de ses origines allemandes, se réfugie en Suisse lors de laPremière Guerre mondiale, puis àBerlin où elle est hébergée parEugene Spiro, l'oncle maternel, et Emil Trebicky[9]. Les parents de Balthus se séparent peu après. Baladine et ses fils s'installent à Berne, puis à Genève, tout en effectuant des séjours chez Erich à Munich ou chez les oncles de Berlin.
Baladine s'engage dans une relation amoureuse avec le poèteRilke à Genève en 1919 : le jeune Balthasar Klossowski a 11 ans. Il suit dès cette époque àBeatenberg les cours de lasculptrice Magrite Bay et de son amie lagraveuse sur bois Dora Timm et ce, régulièrement, jusqu'en 1923[10]. En 1921, le garçon publie son premier livre de dessins,Mitsou, avec une préface de Rilke. Il signe le recueil du surnom de « Baltusz » qu'on lui donnait à l'époque et qu'il transformera en « Baltus », puis en « Balthus » par la suite. En 1922, il échoue au concours d'entrée de l'école des Beaux-Arts de Berlin.
Durant son adolescence, il rencontre les nombreuses relations de sa mère et de Rilke qui viennent lui rendre visite :André Gide,Maurice Denis,Pierre Bonnard,Albert Marquet,Julius Meier-Graefe ouWilhelm Uhde. Il pose avec son frère à plusieurs reprises pour son oncleEugene Spiro, et à travers lui connaît aussi bien laSécession de Munich queviennoise ou berlinoise.

Balthus part pour Paris avec sa mère Baladine et son frère Pierre en1924. Ils s'installentrue Malebranche. Là ils reçoivent la visite deKlaus Mann,Pierre-Jean Jouve,Jean Cassou ouPierre Leyris. Il peint ses premiers tableaux, et copie le tableauNarcisse et Écho deNicolas Poussin aumusée du Louvre suivant les conseils deMaurice Denis[11] etPierre Bonnard.
En 1925, Rilke lui dédie le poèmeNarcisse. En 1926, il va en Italie étudier les peintres de la Renaissance, en particulier les fresques deLa Légende de la Vraie Croix dePiero della Francesca àArezzo, ainsi que celles deMasaccio àFlorence qui ont une influence déterminante sur son style. Il écrit dans ses mémoires :
« De Piero della Francesca, j'ai tant appris : sa manière d'occuper l'espace dans ses tableaux, de le diviser, de loger des diagonales qui donne l'ordre à l'ensemble[12]. »
En 1929, il expose pour la première fois àZurich à la galerie Forter. En 1932, il revient à Paris. Il illustreLes Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, dont la thématique plastique deviendra centrale dans le reste de son œuvre, en particulier dans les tableauxLa Chambre,Les Enfants,Les Poissons rouges[13] et rencontreAntonin Artaud, qui voit en Balthus son double[14].
À partir de 1933, il loue un atelier au 4 de larue de Furstemberg dans lequartier Saint-Germain-des-Prés puis, non loin de là, à partir de 1936, à lacour de Rohan (quartier de la Monnaie) où il résidera plusieurs années. Il fréquente dès cette époqueDerain etGiacometti.
Il entre en contact avec le mouvementsurréaliste par l'intermédiaire du galeristePierre Loeb, et participe à la revueMinotaure, mais il ne se sent guère de point commun avec la mouvance d'André Breton : Balthus récuse la notion d'inconscient freudien. Il expose à la galerie Pierre Loeb en 1934 une série de tableaux mettant en avant des jeunes filles à la pose équivoque, thème qui crée le scandale et qui fera sa célébrité. Mais l'exposition est un échec, aucun tableau n'est vendu[15]. Il réalise alors son autoportrait en « roi des chats » en 1935, dont le titre fait directement allusion àAlice au pays des merveilles deLewis Caroll. La thématique des contes pour enfants apparaît par des citations plus ou moins directes, en particulier Struwwelpeter,« Pierre l'ébouriffé » en français que sa mère Baladine lui avait offert. Balthus affirme qu'il peint comme il avait vu les contes dans son enfance[13].
En mai 1935, Balthus devient le scénographe, décor et costumes deLes Cenci, pièce d'Antonin Artaud[16] dont le thème central est la souffrance injuste des enfants, la culpabilité du père destructeur et l'inceste[17].
En 1936, il expose à Londres la série de dessins surLes Hauts de Hurlevent. Il entame des séries de portraits, dont celui deDerain, puis deMiró avec sa fille Dolores (1937), aujourd'hui tous deux auMoMA de New York. Il peint alors les portraits de Lady Abdy, Thérèse,Marie-Laure de Noailles, Lady Schuster, la baronneAlain de Rothschild…
Il se marie en 1937 avec Antoinette de Watteville (1912-1997) àBerne, ils partent en voyage de noces avecIsabel Rawsthorne (1912-1992[11]).
Son épouse lui sert demodèle dans plusieurs toiles, dontLa Toilette[18] etJeune fille en costume d'amazone[19].
En 1938 a lieu sa première exposition à New York avec la galerie dePierre Matisse. La même année, il peintThérèse rêvant[20] qui présente une jeune femme assoupie posant un pied sur un tabouret alors qu'un chat au premier plan lape une assiette de lait, faisant de ce thème l'emblème du peintre :
« Les petites filles de Balthus sont aujourd'hui un lieu commun au même titre que les gares deDelvaux, lapipe de Magritte ou lesready-made de Duchamp[21]. »

Balthus est mobilisé en Alsace au début de laSeconde Guerre mondiale mais est rapidement démobilisé. Il s'installe alors àChamprovent en Savoie, puis àFribourg en Suisse, où naissent ses fils, Thadeus et Stanislas, et enfin àCologny près de Genève. Il expose à la galerie Moos de Genève en novembre 1943. Il rencontre l'éditeurAlbert Skira et André Malraux en 1945. L'année suivante, il se sépare de sa femme et retourne à Paris. Il achève cette année-làLes Beaux Jours[22].
Il réalise à Paris les décors et les costumes d'une pièce d'Albert Camus,L'État de siège, et peintLa Chambre[22] en1947-1948. En1950, il crée les décors de l'opéraCosì fan tutte deMozart aufestival d'Aix-en-Provence. À cette époque, il lie une relation discrète avec la fille deGeorges Bataille, Laurence[23] (1930-1986) qui vit alors avec sa mèreSylvia Bataille etJacques Lacan. En 1952, la Lefevre Gallery lui consacre sa première exposition londonienne[15].
En1953, Balthus quitte Paris pour lechâteau de Chassy[24], àMontreuillon,Nièvre, dans leMorvan, enBourgogne, où il reste jusqu'en1961, après l'avoir loué puis acheté[25], et où il s'installe avec sa nièce par alliance Frédérique Tison. Il y achèveLa Chambre etLe Passage du Commerce-Saint-André[26]. Il y peint plusieurs paysages, vus de ses fenêtres, dont les deuxJeune fille à la fenêtre, de 1955 et 1957, deux portraits de Colette, la fille des métayers de Chassy. Il se crée un personnage dedandy et d’aristocrate « féodal », alors que son appartenance à la noblesse est non établie et fantasmée[27].
En 1956, Balthus est exposé auMoMA de New York. En novembre à Chassy, il reçoit la visite d’Alberto et Annette Giacometti et du galeristePierre Matisse. Il peintGrand paysage à l'arbre[28].


En1961, Balthus est nommé directeur de l'Académie de France àRome, à lavilla Médicis, parAndré Malraux. Il reste 16 ans en poste marquant profondément l'institution.Setsuko Ideta (née en 1943), jeune étudiante japonaise francophone et peintre qu'il a rencontrée àTokyo en 1962 et dont il tombe amoureux, l'y rejoint. Elle lui sert de modèle dans plusieurs tableaux dontLa Chambre turque[29]. Il l'épouse en1967 au cours d'un voyage au Japon[30].
Lors de son séjour romain, à son initiative[31], Balthus rénove la villa Médicis, ses ateliers et les jardins[32] en leur redonnant l'esprit qu'ils avaient auXVIe siècle[33]. Son élève et pensionnaire, le sculpteur Michel Bourbon (1937-2014) réalise la copie de l'obélisqueMédicis en poudre de marbre et résine synthétique, placé au centre du jardin de la villa à l'endroit où était auXVe siècle l'original aujourd'hui à Florence dans lejardin de Boboli. Ils réalisent ensemble, avec la même technique, leCarré desNiobides ouJardin des Dioscures, installation de copies de statues antiques et académiques présentées avec humour[34].
Balthus intègre le décor deHorace Vernet qu'il a fait restaurer à la villa Médicis dans sa toileLa Chambre turque. Son successeur, l'historien d'artJean Leymarie, qui professe son admiration pour le peintre, respectait cette ré-invention et l'empreinte du Maître dans la Villa[35]. Sous le règne du « prince de la villa Médicis », l'institution est un des hauts lieux de l'influence française dans la vie culturelle et mondaine de Rome. Les relations avec les pensionnaires ne sont pas toujours aisées comme en témoigneraHervé Guibert dans son récitL'Homme au chapeau rouge[36].

En 1970 Balthus acquiert leCastello di Montecalvello, près deViterbe, au nord de Rome qu'il entreprend de faire restaurer.
Le 3 novembre 1968 naît son fils Fumio, qui meurt jeune le 3 avril 1971 ; sa fille Harumi naît en 1973.

En1977, à la fin de son mandat romain, le peintre prend le thé auGrand Chalet de Rossinière, en Suisse — alors un hôtel — il s'éprend du lieu et l'achète. Il y vivra jusqu'à sa mort avec son épouse et leur fille, Harumi. Travailleur infatigable, selon son fils Stanislas :
« Il se lève très tôt. Son atelier est orienté pour recevoir la lumière du nord. Il travaille toute la journée et ne déjeune pas. Quand la lumière baisse, comme il ne travaille jamais à la lumière artificielle, il rentre, mange un sandwich et se repose[21]. »
Ses toiles sont présentées dans de nombreuses expositions de par le monde et il est encensé par la presse et les critiques. Il apparaît parfois, dans les interviews filmés et les reportages, vêtu d'un costume traditionnel japonais comme sa femme, qui donne de lui une image ascétique.
En 1983-1984 ont lieu plusieurs rétrospectives à Paris (Centre Pompidou), New York, Kyoto.
En 1991, Balthus reçoit lePraemium Imperiale japonais pour l’ensemble de son œuvre[37].
De 1994 à 1996, il a comme secrétaire l'écrivaine d'origine chinoiseShan Sa[38] qui participe à l’organisation de ses expositions à Taiwan, Hong Kong et Pékin.
Le, il meurt àChâteau-d'Œx.
Dans le village deRossinière où il repose, une chapelle est dédiée à son souvenir avec la projection d'un film et une bibliothèque. Elle est accessible toute l'année au public.
La famille a déposé en 2020 les archives du peintre ainsi que de nombreuses œuvres auMCBA à Lausanne.
L'œuvre peint de Balthus, figuratif, est relativement peu abondant et se répartit en deux grands thèmes : des paysages (dont le fameux paysage « Larchant 1939 ») qui sont « inertes et calmes » suivant le mot d'Antonin Artaud[4], des portraits et quelques scènes de genre (La Rue[40] où figure une citation directe dePicasso) ; peintures qui puent« la mort, la peste et les épidémies »[4].
Dans une première partie de sa carrière, jusqu'aux années 1950, son œuvre est profondément marqué parCourbet[41] etGéricault, avec une texture ample et des couleurs sombres, puis, dans une seconde partie, son œuvre est marqué par des textures plâtreuses avec de nombreuses citations de la Renaissance et dePiero della Francesca en particulier.
L'artiste a réalisé durant sa vie trois cents peintures environ, dont beaucoup ne sont pas datées[42].
Déclarant ne pas aimer les artistes, il se veut le continuateur de « ses véritables contemporains » que sont les peintres de la Renaissance, Pisanello, Masaccio et Piero della Francesca[21]. Parlant de son projet pictural, il écrit dans une lettre à sa première femme :
« Je veux y mettre beaucoup, beaucoup de choses, de la tendresse, de la nostalgie enfantine, du rêve, de l’amour, de la mort, de la cruauté, du crime, de la violence, des cris de haine, des rugissements et des larmes ! Tout cela, tout ce qui est caché au fond de nous-mêmes, une image de tous les éléments essentiels de l’être humain dépouillé de sa croûte épaisse de lâche hypocrisie[43] ! »
Artiste méticuleux — certains tableaux nécessitant plusieurs années pour être achevés et après de nombreuses études préparatoires —, Balthus est resté célèbre pour ses tableaux de jeunes filles nubiles, souvent peintes dans des poses ambiguës, jouant sur l'idée de l'innocence perdue à l'adolescence[44] :
« Je vois les adolescentes comme un symbole. Je ne pourrai jamais peindre une femme. La beauté de l’adolescente est plus intéressante. L’adolescente incarne l’avenir, l’être avant qu’il ne se transforme en beauté parfaite. Une femme a déjà trouvé sa place dans le monde, une adolescente, non. Le corps d’une femme est déjà complet. Le mystère a disparu. »
Dans le film deFrançois TruffautDomicile conjugal (1970 ; scène reprisein extenso dansL'Amour en fuite, 1979), les deux personnages principaux,Antoine Doinel (interprété parJean-Pierre Léaud) et sa femme Christine (Claude Jade), se sont disputés et vivent séparément. À un moment donné, Christine décroche du mur un petit dessin d'environ 25 × 25 cm et le tend à son mari qui est venu voir leur enfant, Alphonse :
« Christine : – Tiens, prends le petit Balthus.
Antoine : – Ah, le petit Balthus, je te l'ai offert, il est à toi, garde-le. »
DansPéril en la demeure deMichel Deville, les allusions à Balthus font partie de la trame même du film. Celui-ci baigne dans un érotisme cérébral directement inspiré de l'œuvre du peintre, la reproduction d'un tableau de Balthus, représentant une demeure, y est aperçue à plusieurs moments-clés de l'intrigue, dont le personnage principal donne des leçons de guitare à une adolescente aguicheuse, qu'il rejoindra dans la scène finale.
— in Vincent Freylin,Valeurs actuelles, « Villa Médicis, la France à Rome », le 14 juin 2012.
« Au-delà du tableau, la réouverture de la Chambre turque, restaurée avec le concours de la Fondation du patrimoine et la Fondation Total, est un hommage au long règne de Balthus, qui dirigea la Villa Médicis de 1961 à 1977. "Il a dépoussiéré l'institution en y introduisant le cinéma, la BD, une bibliothèque contemporaine et en y organisant d'importantes expositions (Poussin, Giacometti, Derain)", confie la commissaire de l'exposition, Cécile Debray. PourJean Clair, de l'Académie française, il faudrait restaurer la villa dans l'état exact où l'avait laissée Balthus. Car il l'a transformée en véritable œuvre d'art en jouant avec la peinture des murs et le mobilier. »
— inLes Échos, « Balthus et la réouverture de la chambre turque », le 13 novembre 2015.
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