Lesasuras sont des êtres démoniaques dans la mythologie de l'hindouisme[1]. Ils apparaissent originellement comme un groupe particulier desdeva (parfois appeléssura) avant de devenir dans l'Inde brahmanique leurs ennemis (divins en Iran, démoniaques en Inde)[2].
Le vocable védique désignait une créature divine et servit à qualifier des dieux commeIndra,Agni etVaruna. Puis, à la suite d'un détournement de sens, le mot qui était un dérivé deasu, le souffle, la vie, devint unnon-dieu parmétanalyse du mot comme étant construit avecsurra, dieu, précédé du préfixesanscrit privatifa. On retrouve d'ailleurs les dénominationsahura etdeva dans lezoroastrisme mais les significations sont inversées, lesahura y étant des créatures du bien alors que lesdeva y sont celles du mal, ce que semble induire une origine commune aux peuples qui ont engendré ces croyances.
Condamnés à vivre dans les régions inférieures dans les palais construits par leur architecteMaya, leurs tentatives pour conquérir les cieux est dans l'hindouisme classique à l'origine de la tension permanente qui les oppose aux dieux.
Puissants par nature, ils peuvent accroître leur pouvoir grâce à l'ascèse. En effet, au terme d'une ascèse, le dieuBrahmâ accorde une faveur à l'ascète méritant, sans faire de distinction quant à son identité et à sa nature. Et comme ils engendrent des catastrophes cosmiques en oppressant les créatures, du fait de leurs nombreux pouvoirs ascétiques dévoyés, le dieuVishnou est obligé de s'incarner pour rétablir l'ordre universel (Dharma) grâce à cesAvatârs innombrables, dont les principaux et plus célèbres sont au nombre de dix ; c'est le sujet duRâmâyana, par exemple.
Dans ce cas, lesasura peuvent acquérir une telle puissance que l'intervention des divinités majeures,Shiva ouVishnu qui descend sur terre (avatar) est nécessaire. Cette opposition est au cœur de la plupart des récits mythologiques indiens :
Dans leRāmāyana,Vishnu s'incarne enRâma pour lutter contre le démonRavana qui avait acquis l'invincibilité mais avait par mépris négligé d'inclure l'homme parmi ses ennemis potentiels
Dans leMahābhārata, les dieux s'incarnent dans les cinqPândava pour lutter contre les centKaurava considérés comme des incarnations d'asura.
L'avatarKrishna dut lutter contre de nombreuxasura notamment pendant son enfance où il dut vaincre tous les démons envoyés par son oncle malveillant,Kamsa, pour le tuer.
Shiva est connu pour avoir vaincu l'asura éléphantGajâsura,Andhaka, et avoir détruit les trois forteresses en or, en argent et en fer que les fils de l'asura Târaka avaient fait bâtir dans les cieux parMaya.
Le combat le plus connu de la déesseDurgâ est celui qu'elle livra contre l'esprit polymorphe Mahisha (le « Buffle », forme qu'il avait initialement adopté) ce qui lui a valu l'épithète de Mahishamardinî ouMahishâsuramardinî, la tueuse du démon buffle.
Parmi lesnavagraha,Rahu (l'éclipse) etKetu (lacomète) sont considérés comme les deux parties du corps de l'asura qui avait tenté de dérober la liqueur d'immortalitéamrita lors dubarattage de la mer de lait, tandis queShukra (Vénus) est considéré comme le précepteur et le « chapelain » (purohita : responsable du culte) desasura.
Certainsasura repentis viennent parfois en aide aux dieux, la rédemption leur est donc possible.
Un Asura, Ashura en japonais, à six bras et trois têtes, protecteur duDharma et duBouddha. Statue creuse colorée: laque, tissu, bois.H: 1.49m. Datation: 734. TempleKōfuku-ji,salle dorée, aile Ouest,Nara,Japon.
Lesasura (aussiashura) japonais sont des gardiens et protecteurs de la loi et du Bouddha. On les représente avec trois têtes et six bras, et ils sont commandés par Taishakuten, qui serait en Inde un ennemi héréditaire.Une célèbre représentation d'Asura date de l'époque de Nara (710 – 794), réalisée enlaque sèche, et conservée auKōfuku-ji deNara (voir illustration ci-contre).
Les asuras sont décrits comme des êtres jaloux, paranoïaques et belliqueux. Comme dans la mythologie indienne, ils jalousent l'énergie divine et complotent, bataillent contre les dieux. Ils sont parfois appelés anti-dieux.
Dans la description des cycles des naissances et des morts, la jalousie est l'émotion qui induit les renaissances asuras. Là, la jalousie devient le moteur psychique majeur de ces êtres. Les querelles, batailles, meurtres, médisances... et autres activités néfastes qui en découlent les font renaître dans les enfers.
D'autres textes décrivent la jalousie, émotion répandue, comme une énergie blafarde, verte, froide, qui gèle les belles qualités des autres en les empêchant de se déployer (le gel asura).
Selon l'écoleMahayana l'antidote à la jalousie est la réjouissance : se réjouir de belles qualités des autres permet d'empêcher la jalousie de se développer. Des textes précisent que se réjouir sincèrement d'une qualité offre à la personne qui se réjouit les mêmes résultats que si elle avait elle-même cette qualité.
Dans levajrayana, lorsque la jalousie est reconnue par l'esprit dans sa nature éphémère, conditionnée et vide d'existence autonome, elle se libère en la sagesse de l'activité éveillée des bouddhas. Cette sagesse est symbolisée par le BouddhaAmoghasiddhi.