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Assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach

46° 12′ 28″ nord, 6° 08′ 56″ est
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Assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach
Image illustrative de l’article Assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach
Reconstitution de l'assassinat de l'impératrice Élisabeth d'Autriche.

LocalisationGenève (Suisse)
CibleÉlisabeth de Wittelsbach
Coordonnées46° 12′ 28″ nord, 6° 08′ 56″ est
Date
13 h 45 (UTC-1)
ArmesArme blanche (lime)
Morts1
AuteursLuigi Lucheni
MouvanceAnarchisme
Géolocalisation sur la carte :Genève
(Voir situation sur carte : Genève)
Assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach
Géolocalisation sur la carte :canton de Genève
(Voir situation sur carte : canton de Genève)
Assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach
Géolocalisation sur la carte :Suisse
(Voir situation sur carte : Suisse)
Assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach
Géolocalisation sur la carte :Europe
(Voir situation sur carte : Europe)
Assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach
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L'assassinat d'Élisabeth de Wittelsbach, diteSissi,impératrice d'Autriche etreine de Hongrie, s'est produit au début de l'après-midi du àGenève. Il a été perpétré parLuigi Lucheni, un Italien qui se réclamait de lamouvance anarchiste.

Le jour du meurtre, l'impératrice, âgée de60 ans, séjourne à l'hôtel Beau-Rivage avec une suite restreinte. Vers13 h 30, elle quitte son hôtel avec sa dame de compagnie,Irma Sztáray de Sztára et Nagymihály, afin de rejoindre le bateauLe Genève sur lequel elles ont l'intention d'embarquer. Luigi Lucheni les devance et se précipite sur Élisabeth, à qui il assène un coup delime au cœur. C'est à bord duGenève que sa dame de compagnie constate l'état préoccupant de l'impératrice. Elle est reconduite à l'hôtel Beau-Rivage, où elle meurt un peu plus d'une heure après avoir été agressée.

L'annonce de sa mort provoque la stupéfaction dans l'Europe entière. Plusieurs arrestations de personnes qualifiées d'anarchistes ont lieu, notamment en Suisse et en Belgique. ÀVienne et àTrieste, des ouvriers italiens sont pris à partie, tandis qu'àBerlin, les mesures de police sont renforcées. ÀBruxelles, des afficheurs delibelles sont mis sous les verrous. De prétendus complots anarchistes envers d'autres souverains ou héritiers, tels le roiCharlesIer de Portugal, la reineWilhelmine des Pays-Bas et le princeVictor-Emmanuel d'Italie, sont évoqués par la presse.

Les funérailles de l'impératrice-reine, une semaine après sa mort, donnent lieu à de nombreuses marques d'hommage rendues par une importante représentation de membres duGotha et par la population viennoise envers leur souveraine. Son assassinat consolide le mythe dont elle était déjà auréolée de son vivant et qui est toujours présent auXXIe siècle.

Historique

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Contexte

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Photographie en noir et blanc de deux dames habillées sombrement. La première se tient droite et la seconde est légèrement penchée.
Dernière photographie de l'impératrice Élisabeth (à gauche de l'image) la veille de son assassinat, avecIrma Sztáray àTerritet.

L'impératrice-reine, n'ayant jamais pu s'adapter au mode de vie de la cour impériale, évitait de séjourner à Vienne, demeurait en Hongrie ou voyageait à travers l'Europe où elle pratiquait assidûment l'équitation. Un tel comportement indignait la cour et amusait la presse qui, à l'occasion des noces d'argent du couple impérial en 1879, souligna que l'on fêtait moins25 ans de ménage que25 ans de manège.

Lamort tragique de son fils Rodolphe à Mayerling, en 1889, ne fit qu'amplifier le mal-être de la souveraine bientôt surnommée« l'impératrice errante »[1]. Au cours de l', elle passe quelques jours en compagnie de son époux l'empereurFrançois-Joseph dans la résidence d'été de la famille impériale àBad Ischl, enHaute-Autriche[2]. Après cette parenthèse, elle entreprend un nouveau périple d'un mois et demi enAllemagne, où elle effectue une cure àBad Nauheim pour soigner sonanémie, sanévrite et une légère dilatation cardiaque, avant de se rendre dans saBavière natale. L'impératrice Élisabeth, âgée de60 ans, séjourne àMunich. Ensuite, en compagnie d'une suite réduite[2], elle se dirige versGenève ; elle arrive le àCaux, près deMontreux, d'où elle excursionne. Elle demande à l'empereur de la rejoindre, mais ce dernier est trop absorbé par son devoir : la politique et la préparation des fêtes de son jubilé de50 ans de règne prévues dans la seconde quinzaine de septembre[2].

Le vendredi, Élisabeth se rend de Caux à Genève afin de déjeuner auprès de la baronne Julie de Rothschild auchâteau de Pregny. La baronne lui propose son propre yacht, leGitana II, pour revenir àTerritet, près de Caux, mais l'impératrice décline l'offre, préférant emprunter le lendemain le vapeur de laCompagnie générale de navigation sur le lac Léman[3]. Elle passe donc la nuit à l'hôtel Beau-Rivage en ayant l'intention de rentrer à Caux par la ligne de navigation régulière le samedi[4].

Le registre de l'hôtel Beau-Rivage précise que l'impératrice et sa suite ont retenu dix-huit chambres : trois à son usage personnel et sous sa véritable identité, deux pour sa dame d'honneurIrma Sztáray de Sztára et Nagymihály, une pour son secrétaire particulier Eugen Kromar, deux pour la comtesse Marie-Thérèse de Harrach et la comtesseMarie Festetics, dames de la cour, une pour le prince d'Auersperg, grand chambellan, deux pour le comte de Bellegarde, et quatre autres pour les caméristes (Mademoiselle de Meissel et Mademoiselle de Hennike), le comte de Kuefstein, ministre d'Autriche-Hongrie àBerne, etM. Mader, contrôleur du train impérial[5].

Parvenue à l'hôtel à17 h 30, l'impératrice se repose durant une heure avant de se rendre, avec sa dame d'honneur, dans quelques pâtisseries. Quai du Rhône, elle achète chez un antiquaire une petite table pour sa filleMarie-Valérie et s'exprime enhongrois chez le commerçant, afin de ne pas être reconnue. À21 h 45, elles sont de retour. L'impératrice, qui aime dormir toutes fenêtres ouvertes, est indisposée par le bruit de la rue et les vocalises d'un chanteur italien. Elle ne s'endort qu'àh du matin et se lève àh[6].

Assassinat

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Photographie en couleur d'une lime effilée montée sur un court manche arrondi et formant un stylet.
Lime triangulaire de 9 cm de long utilisée pour poignarder l'impératrice.

Le samedi, dans la matinée, Élisabeth dit à sa dame d'honneur, Irma Sztáray de Sztára, qu'elle veut aller en ville à11 h du matin, pour écouter un nouvelorchestrion. Ensuite, elles doivent prendre le bateau pourMontreux à13 h 40. Les deux femmes quittent l'hôtel à11 h précises pour se diriger vers le magasin de musique Baecker, rue Bonnivard. L'impératrice y achète un appareil à musique à manivelle et24 rouleaux. À13 h, elles reviennent à l'hôtel où Élisabeth boit du lait frais, tandis qu'Irma Sztáray déjeune rapidement. À13 h 25, sa dame d'honneur informe Élisabeth que le bateau s'apprête à partir[7]. Habituellement pressée, l'impératrice s'attarde pourtant encore quelques minutes pour contempler lemont Blanc. À13 h 35[8], les deux femmes sortent de l’hôtel Beau-Rivage et pressent le pas pour se rendre au bateau à vapeur car ce dernier, prêt à lever l'ancre à13 h 40, a déjà fait sonner sa cloche à deux reprises. L'impératrice est rassurée car elle voit au loin que les passagers embarquent lentement[9].

Se dépêchant, les deux femmes ne remarquent pas la présence d'un homme aposté derrière le douzième arbre du quai. Luigi Lucheni devance l'impératrice. Au moment où elle parvient à l'embarcadère, l'homme vient à sa rencontre, le pas rapide. Les femmes s'effacent pour le laisser passer. Lucheni se précipite alors, en levant le poing droit serré sur Élisabeth, vérifie si c'est bien elle et la poignarde d'un coup de lime de 9 cm au cœur. Croyant initialement qu'il ne s'agit que d'un simple coup de poing, Élisabeth s'évanouit, sa longue chevelure amortissant quelque peu sa chute[10]. Forte de l'aide de sa dame de compagnie et d'un cocher, elle se relève, tandis que le cocher appelleM. Planner, le concierge de l'hôtel Beau-Rivage. La dame d'honneur, tout en brossant la robe de l'impératrice, lui demande si elle souffre. Elle répond négativement. Le concierge insiste afin qu'elle retourne à l'hôtel, mais l'impératrice refuse. Elle déclare :« Je me demande ce que voulait cet homme. Peut-être arracher ma montre ? », tout en se dirigeant vers le bateau, avec sa dame ; elle effectue quelque120 pas avant d'atteindre la passerelle où elle monte. Une fois devant le bateau, elle se met à parler en hongrois :« Ne suis-je pas très pâle ? » et ajoute que sa poitrine lui fait très mal[11].

Photographie en couleurs d'un bateau à vapeur blanc devant des immeubles.
Le Genève, bateau du dernier voyage de l'impératrice.

Arrivée sur le pont du bateauLe Genève, l'impératrice demande à sa dame de la soutenir. Elle est sujette à un nouveau malaise. Irma Sztáray demande si un médecin est présent. En l'absence de médecin, plusieurs personnes participent aux soins dispensés à l'impératrice : une ancienne infirmière, madame Dardalle, Gabriel Monet, comptable du bateau, son épouse et un passager français nommé Teisset[12]. La dame de compagnie demande de l'eau, on lui en donne. L'impératrice prend machinalement un sucre trempé dans du vinaigre[13], puis ouvre les yeux et dit :« Mais qu’est-il donc arrivé ? » Elle retombe inanimée à13 h 54. Sa dame, en délaçant le corset, voit que le corps d'Élisabeth présente une tache de sang de la taille d'unflorin d'argent. Elle comprend de suite que celle-ci vient d'être assassinée et révèle l'identité de la victime en demandant au capitaine d'accoster au plus vite. Le capitaine Roux fait donc exécuter un demi-tour à son bateau[14], tandis que son pilote improvise une civière à l'aide de rames, de toile de voile et d'une banquette en velours. On la ramène à l’hôtel, mais il est trop tard. Mandés à l'hôtel, les médecins Mayer et Étienne Golay, accompagnés d'un prêtre, constatent l'état désespéré de l'impératrice, qui meurt à14 h 40[15],[11],[16].

Mise en bière et autopsie

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Photographie d'une feuille manuscrite écrite en français.
Dernière page du procès-verbal d'autopsie du corps de l'impératrice.

Provisoirement, le soir de l'attentat, le corps de l'impératrice estmis en bière dans un doublecercueil frigorifique. La mise en bière a lieu en présence du général Adam de Berzeviczy, chambellan de la souveraine, arrivé par train spécial, de la dame d'honneur et de plusieurs serviteurs de la défunte. Deux religieuses veillent le corps[17].

Le dimanche, le lendemain de l'assassinat, l'empereur télégraphie qu'il autorise les autorités helvétiques à procéder à uneautopsie. Le médecin suisseAuguste Reverdin réalise l'intervention, qui révèle une blessure étroite, mais profonde de huit centimètres et demi. L'arme a pénétré lacage thoracique à la hauteur de la quatrième côte, traversé lepoumon et transpercé lecœur[18]. Le procès verbal d'autopsie indique que le stylet a traversé la paroi thoracique et perforé lepéricarde et le ventricule de part en part. Le sang s'est écoulé lentement dans l'espace entre ce péricarde inextensible et le cœur qu’il enserre, réduisant progressivement l'espace de battement du ventricule gauche, jusqu'à diminuer peu à peu la quantité de sang mobilisée par chaque contraction pour la grande et la petite circulation, selon le mécanisme appelé latamponnade. Le rapport conclut :« la mort a été causée sans aucun doute par l'écoulement progressif et lent d'une quantité suffisante de sang pour comprimer le cœur et en suspendre les fonctions. »

Le mardi, un train spécial en provenance d'Autriche amène à Genève plusieurs personnalités de la cour : la comtesse Marie-Thérèse de Harrach, grande-maîtresse de la cour de l'impératrice, la comtesseMarie Festetics de Tolna, dame d'honneur, le comte Franz de Bellegarde, chambellan, et le prince d'Auersperg, grand-chambellan, auxquels s'est joint le colonel Wenger, inspecteur principal duJura-Simplon[19].

Le mercredi 14, àh du matin, a lieu la levée du corps. De l'hôtel Beau-Rivage à lagare de Genève-Cornavin, le cercueil est tiré par quatre chevauxcaparaçonnés sous les regards d'une foule nombreuse et silencieuse. À la gare, leConseil fédéral et leConseil d'État rendent un ultime hommage à la souveraine. Àh, le train mortuaire s'ébranle en direction de Vienne. Il traverse la Suisse, puis entre en territoire autrichien àFeldkirch peu après midi. Sur le passage du convoi funéraire, les cloches sonnent sans discontinuer dans toute la principauté deLiechtenstein[20].

Rapatriement et funérailles à Vienne

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Photo en noir et blanc montrant un cercueil tiré par quatre paires de chevaux empruntant une rue courbe et entouré par des forces de l'ordre qui contiennent une foule assez dense.
Cortège funèbre de l'impératrice, le à Vienne.
Photo d'un sarcophage clair avec ornements en bronze posé sur un dallage de marbre blanc.
Le tombeau de l'impératrice dans lacrypte des Capucins à Vienne.

Le jeudi, le train funèbre s'arrête àInnsbruck àh 22. Le soir, à22 h, la dépouille de l'impératrice parvient à Vienne, dont les rues sont remplies de monde. La population rend un dernier hommage à la défunte durant la journée du vendredi en se recueillant auprès de l'impératrice qui repose dans un cercueil en métal dans l'église de laHofburg[21]. Lorsque les portes de l'église ferment à18 h, des milliers de personnes attendent encore leur tour. Huit personnes s'évanouissent sous l'effet de la chaleur[22]. Dans la soirée, leRing, ordinairement désert, est très animé. Une foule de gens de diverses conditions sont présents. À23 h, un train spécial ramène le corps d'Élisabeth vers le palais impérial[23].

Les obsèques ont lieu le samedi 17 et donnent lieu à une affluence massive avant les cérémonies à l'église Saint-Michel et l'inhumation dans lacrypte des Capucins, nécropole des Habsbourg-Lorraine[11]. Le cortège funèbre est imposant : le char funèbre est traîné par huit chevaux et le cercueil disparaît sous les couronnes et guirlandes de fleurs. Parmi les hôtes étrangers, figurent notamment des souverains allemands : l'empereur allemandGuillaumeII, le roiGeorgesIer de Saxe, le prince-régentLuitpold de Bavière, le grand-ducPierreII d'Oldenbourg, le ducAlfredIer de Saxe-Cobourg et Gotha, le grand-duc héritierGuillaume-Ernest de Saxe-Weimar-Eisenach, le grand-duc héritierAdolphe-Frédéric de Mecklembourg-Strelitz, le grand-duc héritierFrédéric de Bade[24], mais aussi le roiCarolIer de Roumanie, le roiAlexandreIer de Serbie, le prince souverainFerdinand de Bulgarie, le princeAlbert, héritier du trône de Belgique, le princeVictor-Emmanuel, héritier du trône d'Italie[25], lediadoqueConstantin de Grèce, le prince héritierDanilo de Monténégro, le duc de CumberlandErnest-Auguste de Hanovre[26], le princeGuillaume de Hohenzollern-Sigmaringen, le grand-ducAlexis de Russie, le duc d'AlençonFerdinand d'Orléans.

Profil de Luigi Lucheni

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Photographie en noir et blanc d'un homme au visage légèrement souriant, portant une veste et un gilet avec un col en V qui laisse entrevoir un tricot rayé, ses cheveux sont coupés court.
Luigi Lucheni.

Luigi Lucheni, âgé de25 ans, voulait initialement tuerHumbertIer, roi d'Italie, mais celui-ci, averti par la France (un agent de laSûreté générale française assistait à la réunion des anarchistes), a renforcé la sécurité autour de lui. De même, la seconde cible de Lucheni,Philippe, duc d'Orléans, prétendant au trône de France, avait changé ses plans et n'était pas présent à Genève. L'assassin a choisi en troisième lieu une « victime de rechange » et s'est tourné vers une autre aristocrate. Il voulait se faire connaître en tuant une personnalité car, étant maçon au passé malheureux, il voulait prendre une revanche sur son enfance d'orphelin[27].

Après avoir commis son crime, Lucheni s'enfuit par la rue des Alpes et veut pénétrer dans le vaste square des Alpes où il aurait pu se dissimuler aisément. Cependant, il est rapidement saisi par deux cochers, Victor Vuillemin et Louis Chamartin, qui stationnaient sur le quai et avaient vu l'attentat. Ils remettent leur prisonnier, qui les a suivis sans résistance en chantant et en disant« Je l'ai bien touchée, elle doit être morte ! », à un batelier nommé Albert Fiaux et au gendarme Kaiser qui le conduisent au poste de police desPâquis[27].

Lors de son interrogatoire, il« s'exprime avec clarté et une grande lucidité d'esprit[19] ». Il déclare qu'au moment d'acheter la lime avec laquelle il a perpétré son crime, à l'éventaire d'un marchand de vieux outils à laplace de la Riponne à Lausanne, il n'avait pas encore l'idée de frapper un haut personnage, mais qu'il voulait avoir un stylet. En agissant sur le territoire ducanton de Genève, Lucheni ne peut être, selon les tribunaux genevois, ni extradé, ni exécuté. Il encourt la peine de réclusion à perpétuité[28].

Luigi Lucheni est jugé, condamné à laréclusion à perpétuité, puis emprisonné à Genève, où il est retrouvé pendu dans sa cellule de prison en 1910, après qu'un gardien a subtilisé ses mémoires. IntitulésHistoire d'un enfant abandonné à la fin duXIXe siècle racontée par lui-même, ses mémoires ont d'abord pour objet de réfuter les « théories absurdes » qui furent avancées à son propos. Le bien connuCesare Lombroso, fondateur de l'école italienne d'anthropologie criminelle, a personnellement enquêté sur Lucheni, qu'il décrit comme un« superbe spécimen de criminel-né ». Ses successeurs, chacun à leur manière, aliénistes, criminalistes ou philanthropes, lui ont emboîté le pas.« Or l'assassin de Sissi ne se reconnaît ni dans ces portraits, ni dans celui d'« anarchiste convaincu », qu'il a lui-même composé. Tardif, initié au contact des milieux italiens exilés en Suisse, son anarchisme n'est que de surface. S'il déteste l'injustice et l'Église, Lucheni aime l'armée, croit l'autorité nécessaire, et a pensé un jour être gardien de prison. Passée la griserie du procès, son crime lui devient incompréhensible[29]. »

Réactions nationales et internationales

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Photographie en noir et blanc d'une femme morte allongée sur un lit, de profil, couverte d'un voile blanc.
L'impératrice Élisabeth sur son lit de mort, à Genève.

C'est l'agence Havas qui la première communique par dépêche, l'après-midi même de l'assassinat, la nouvelle sous forme conditionnelle, mais les correspondants des journaux européens à Genève confirment presque aussitôt l'attentat[27]. Dans les heures suivant la diffusion de la nouvelle, l'empereur reçoit des télégrammes de condoléances des souverains et chefs d'État du monde entier, y compris duJapon, duPérou, duChili, de l'Uruguay et deZanzibar[30].

Vienne

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Peinture en pied d'un militaire, le crâne nu, les moustaches épaisses, portant une veste bleu avec des brandebourgs dorés et revêtu d'un lourd manteau dont on ne voit que les revers rouge vif.
François-Joseph parLászló en 1899.

Lorsque la nouvelle parvient à Vienne, les ministres sont réunis en Conseil. Le comteAgenor Maria Gołuchowski, ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, se rend immédiatement àSchönbrunn où se trouve l'empereurFrançois-Joseph. Ce dernier avait déjà appris, à16 h 30, la nouvelle par le comteEduard von Paar, son aide de camp, et avait éclaté en sanglots. Le texte du premier télégramme chiffré, adressé à François-Joseph par la dame d'honneur de l'impératrice, mentionnait qu'Élisabeth avait été blessée. L'empereur pensait initialement que sa femme s'était donné la mort avant qu'une seconde dépêche adressée au comte Paar confirme l'assassinat[31]. L'empereur se rend avec Gołuchowski à Vienne, où il est rejoint par son frère, l'archiducLouis-Victor[32].

Aussitôt connue la nouvelle, la population manifeste sa profonde sympathie pour l'empereur, qui fait suspendre les représentations théâtrales dans le cadre du Jubilé des 50 ans de son règne. Le deuil est général. Exceptionnellement, le ministre du Commerce autorise les journaux viennois à paraître le dimanche, afin de couvrir l'événement. L'affluence des ouvriers italiens à Vienne est fustigée par une partie de la population qui déclare :« Les Italiens ne se contentent pas de prendre notre pain, ils tuent encore notre impératrice. » Les signes de deuil se multiplient dans la ville, les drapeaux, cravatés de noir, flottent en berne sur les édifices municipaux et autres[33].Le gouvernement autrichien invite les autres puissances à se joindre à lui, afin d'adresser au gouvernement suisse une note l'invitant à accorder son droit d'asile avec davantage de circonspection, surtout à l'égard des révolutionnaires italiens[34]. Dans le même esprit, les autorités viennoises décident la« convocation d'une conférence internationale [...] pour organiser une union de l'Europe contre l'anarchie »[35].

Genève

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Photographie en couleurs d'une plaque de cuivre rappelant le lieu de l'assassinat de l'impératrice Élisabeth en face d'une étendue d'eau.
Plaque rappelant l'assassinat de l'impératrice à Genève.

Le gouvernement fédéral, qui avait été officiellement avisé de la prochaine arrivée en Suisse de l'impératrice, avait régulièrement informé les gouvernements des cantons sur le territoire desquels elle devait résider, qu'il leur incombait de prendre les mesures de police ordinaires. Cependant le projet de l'impératrice de se rendre à Genève a été totalement ignoré du gouvernement qui n'a pu intervenir, l'impératrice voyageant incognito sous le nom de « comtesse de Hohenems »[27],[36]. Une polémique éclate toutefois au sujet du manque de protection de l'impératrice. Celle-ci ayant donné l'ordre de supprimer une surveillance qu'elle jugeait désagréable,M. Virieux, chef de police ducanton de Vaud, avait obtempéré en retirant ses agents la veille de l'assassinat. L'impératrice avait également congédié une importante partie de sa suite, favorisant le crime de Lucheni qui aurait peut-être été dissuadé d'agir en présence de policiers ou de membres de la suite impériale. Enfin, l'annonce dans la presse de la présence de l'impératrice à Genève le samedi matin, attribuée à quelque indiscrétion du personnel de l'hôtel, a pu être décisive[37]. Une polémique plus discrète et plus brève pose la question de la qualité des soins prodigués à l'impératrice[37].

La sensation produite dans toute la Suisse a été profonde. La population a été à la fois émue et indignée. Tous les journaux publient des suppléments exprimant l'horreur que le crime a provoquée[27].Le, à la demande des autorités de Genève, des manifestations populaires ont lieu en face de l'hôtel Beau-Rivage. L'impréparation de ces hommages engendre un désordre, critiqué par la presse étrangère[38].Le, leconseiller fédéral Lachenal se rend auConseil d'État, dont la séance est en partie consacrée aux dernières dispositions relatives à la levée du corps[19]. La veille, plusieurs arrestations d'« anarchistes » ont eu lieu à Lausanne[39].

Budapest

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Les journaux hongrois manifestent particulièrement leur admiration pour l'impératrice qui aimait tant la Hongrie et soulignent le courage héroïque de l'empereur[40]. Les journaux de Budapest publient un appel à la population en vue d'une souscription pour élever un monument en hommage à l'impératrice[41]. Un correspondant hongrois écrit :« le poignard qui a percé le cœur de l'impératrice-reine Élisabeth a aussi blessé le cœur de la nation magyare. Pendant le temps de l'oppression par l'Autriche, de 1857 à 1866, les Hongrois n'ont eu d'autre appui, à la cour de Vienne, que l'impératrice d'Autriche »[42]. L'empereur François-Joseph comprend la tristesse exprimée à Budapest :« Oui, ils peuvent pleurer. Ils ne savent pas quelle amie ils ont perdue en leur reine[20]. »

Berlin

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La nouvelle de l'assassinat conduit au renforcement de la police allemande.Eberhard von der Recke von der Horst, ministre de l'Intérieur de Prusse, envoie une circulaire aux magistrats des villes pour les engager à augmenter le nombre de leurs agents. Il recommande surtout aux grandes agglomérations ouvrières de veiller à ce que la police soit suffisante[43]. Après avoir adressé un télégramme de condoléances, l'empereur allemandGuillaumeII décrète un deuil de cour[44]. Ailleurs en Allemagne, àSpandau, la presse relève de graves désordres qui se sont produits, le 14, entre des ouvriers maçons allemands et italiens. La police doit intervenir pour accompagner les ouvriers italiens et les protéger des attaques de leurs collègues allemands[45]. Un correspondant berlinois affirme qu'« à la suite des ordres sévères envoyés à la police après l'attentat [...], tous les individus louches de nationalité étrangère seront expulsés de Berlin »[22].

Le correspondant berlinois deL'Indépendance belge écrit :« Le crime de Genève a eu un douloureux retentissement à Berlin. L'impératrice Élisabeth était une princesse de sang allemand, les rapports des cours de Berlin et de Vienne ont toujours été très amicaux [...]. L'empereur ira en personne à Vienne porter ses condoléances à son allié et ami François-Joseph [...]. Dans Berlin, à côté du deuil officiel des ministères et monuments publics, il s'est produit maintes manifestations d'ordre particulier. Nombre de maisons ont arboré les couleurs autrichiennes cravatées de crêpe [...]. Il a été question, au lendemain du crime, d'une entente internationale contre les anarchistes. Quoique ce sentiment d'indignation soit légitime sous l'emprise de l'émotion ressentie, il faut se défier de ces mesures de représailles proposéesab irato. C'est ainsi que des feuilles conservatrices englobent [...] les socialistes dans la secte à persécuter [...]. On voudrait profiter de l'émotion générale [...] pour forger quelque loi à multiple effet, dont la liberté générale aurait à pâtir par la suite [...]. Toujours faut-il que la loi à faire s'en tienne à son but strict et ne devienne pas une arme antilibertaire entre les mains des ministres réactionnaires[46]. »

Paris

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Gravure en couleurs représentant, sur un quai d'embarquement, un homme portant une casquette poignardant de face une femme vêtue de noir avec un châle bleu foncé et accompagnée d'une autre dame portant un châle bordeaux sur une robe bleu foncé.
Reconstitution du meurtre enUne du quotidienLe Petit Journal ().

Legouvernement français apprend la nouvelle par une dépêche du consul général de France à Genève[47]. Quelques heures après le forfait, les dépêches se succèdent au sujet de l'assassin ; certaines précisent que s'il est italien, l'anarchiste Lucheni est né à Paris[48]. Le président de la République,Félix Faure, envoie alors son secrétaire général porter à l'ambassade d'Autriche ses condoléances et adresse un télégramme à l'empereur d'Autriche. Le président du Conseil,Henri Brisson, et le ministre des Affaires étrangères,Théophile Delcassé, envoient également un télégramme à Vienne. La presse française est unanime à flétrir l'attentat de Genève :Le Figaro estime que l'empire austro-hongrois vient de perdre sa meilleure et sa plus malheureuse souveraine, tandis queL'Écho de Paris rappelle que Lucheni a été condamné à mort parcontumace après les troubles de l'Italie[49].

En France, l'attentat de Genève rappelle l'assassinat de Sadi Carnot commis par un autre jeune anarchiste italien,Sante Geronimo Caserio, faisant également usage d'une arme blanche àLyon en 1894[50]. Comme après l'attentat contre Carnot, dans les quatre jours suivant l'attentat de Genève de 1898, des exactions se produisent contre lacommunauté italienne française. Les maisons, magasins et négoces de ressortissants italiens sont incendiés et pillés et des Italiens sont agressés[51].

Rome

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Luigi Pelloux, président du Conseil des ministres d'Italie, ordonne qu'un drapeau cravaté de crêpe soit hissé en berne sur tous les édifices publics. Les navires de lamarine royale hissent également un pavillon de deuil. Les ministres et sous-secrétaires d'État apportent leur carte à l'ambassade d'Autriche-Hongrie[52]. À Rome, la police procède à plusieurs arrestations de « socialistes et anarchistes », dont celles de deux rédacteurs deAvanti!. Ailleurs en Italie, le journal socialisteIl Lavoratore Comasco qui avait publié à Milan un article d'Edmondo De Amicis intitulé« Comment on devient anarchiste » est saisi par les autorités[53]. D'autre part, le président du Conseil des ministres adresse une circulaire aux préfets relative à la « surveillance des anarchistes »[35].

À la suite de plusieurs attaques commises sur des ouvriers italiens en Autriche et tout particulièrement àTrieste, alors en territoire autrichien,Costantino Nigra, ambassadeur d'Italie à Vienne,« appelle encore une fois l'attention du comte Gołuchowski sur le péril de nouvelles agressions contre des Italiens à Trieste et autres lieux »[54]. Le journalIl Caffaro demande que, pour l'honneur de l'Italie, le gouvernement autrichien soit ferme, car il estime pour sa part que« depuis trop longtemps, l'élément italien est persécuté dans le monde [...]. On cherche à mettre une sourdine à l'indignation »[54]. En Italie, la presse prétend, avant de démentir l'information, que le prince héritierVictor-Emmanuel avait fait l'objet d'un attentat lors de sa venue à Vienne pour assister aux obsèques de l'impératrice[55].

Vatican

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Le papeLéonXIII, qui a appris la nouvelle par les journaux, et n'a eu la confirmation officielle que le lendemain matin[56], fait exprimer à Vienne sa« profonde consternation pour l'inqualifiable forfait de Genève »[57]. Le souverain pontife annonce la célébration d'une messe solennelle dédiée au repos de l'âme de l'impératrice à l'église Santa Maria in Traspontina dans lerioneBorgo le[58].

Bruxelles

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La presse belge est unanime pour condamner l'attentat.LéopoldII dépêche son neveu, le futur roiAlbert, à Vienne pour le représenter aux funérailles. À sa sœurHenriette, le prince Albert écrit :« L'empereur a été très aimable et nous a reçus isolément. La cérémonie a été très courte et très simple[59]. » Un service funèbre pour le repos de l'âme de l'impératrice est célébré le par les soins de l'ambassade d'Autriche en l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg où deux représentants du roi sont présents : John d'Oultremont, grand-maréchal de la cour, et le généralMaximilien Strauch[60].

Dans les jours suivant l'attentat de Genève, plusieurs « anarchistes » sont arrêtés à Bruxelles[61]. Dans la capitale, de virulents placards anarchistes ont été apposés sur de nombreuses maisons, et particulièrement dans les quartiers aristocratiques. L'un des textes de ces libelles est cité par la presse :« Exécution d'une grande .... L'impératrice d'Autriche est occis  [sic] ! La .... vient d'être poignardée à coup de lime par un révolté anarchiste. À qui le tour maintenant ? Ce n'est pas le dernier, il y a encore des mâles ici-bas ! la race desRavachol, desHenry, desCaserio, desAngiolillo, etc n'est pas encore éteinte »[62]. Deux des afficheurs sont arrêtés : ce sont des citoyens français séjournant à Bruxelles sans résidence fixe. Un peu plus tard dans la journée du, une autre arrestation a lieugare du Nord à Bruxelles où un individu, armé d'un long couteau, a brandi son arme en proférant des propos à la gloire de l'anarchisme, de Caserio et d'Émile Henry[35].

Ces arrestations nombreuses suscitent quelques commentaires du journalL'Indépendance belge :« L'abominable attentat de Genève a mis en ébullition toutes les cervellesréactionnaires. Avec une ingéniosité digne d'admiration, elles se mettent depuis quatre jours en travail pour découvrir un moyen efficace de prévenir les crimes des anarchistes. C'est un phénomène qu'on a vu se produire chaque fois qu'un attentat de ce genre s'est produit. [...] Un anarchiste n'est pas un criminel avant d'avoir commis un crime, et l'on ne voit pas quel moyen pratique ou moral permettrait de prévoir que tel ou tel individu va commettre un attentat. [...] La justice à chacun, son droit et sa liberté à chacun, telle est la plus sûre garantie contre l'anarchie[63]. »

Amsterdam

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Le lendemain de l'attentat de Genève, des journaux européens prétendent que la reineWilhelmine a été victime d'une tentative d'attentat àEijsden, non loin de lafrontière belgo-hollandaise. Les villes belges situées à proximité des Pays-Bas font l'objet d'une attention particulière de la police judiciaire qui, munie de portraits d'anarchistes, surveille les voyageurs. Cette information est démentie dès le lendemain par la presse qui confirme qu'aucun attentat n'a eu lieu contre la jeune souveraine[64].

Athènes

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La population hellène, qui connaît la défunte grâce àses fréquents séjours en Grèce, exprime un« sentiment d'horreur indescriptible », tandis que la presse rappelle que la souveraine assassinée parlait et écrivait à merveille leur langue[65]. Le diadoqueConstantin de Grèce est envoyé à Vienne afin d'assister aux obsèques[24].

Madrid

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Les journauxEl Imparcial etEl Liberal font l'éloge de l'impératrice, et toute la presse exprime« de vifs regrets pour le crime et la mort d'une si auguste personne »[66].Eugenio Montero Ríos, président duSénat, se rend au palais afin d'exprimer, au nom du Sénat, ses condoléances àMarie-Christine d'Autriche, régente du royaume d'Espagne et cousine de l'empereur d'Autriche[67]. L'attentat de Genève intervient un an après celui qui a coûté la vie, le, àAntonio Cánovas del Castillo,président du Conseil des ministres en exercice, assassiné par un jeune anarchiste italien,Michele Angiolillo[68].

Lisbonne

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Un prétendu complot anarchiste contre le roi portugaisCharlesIer, qui demeure àLisbonne, est évoqué dans la presse internationale, engendrant de sévères mesures de police dans l'entourage du souverain[69].

Londres

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Une communication de la reineVictoria exprime« le chagrin ressenti à la nouvelle du crime horrible »[70]. Elle dépêche son gendre, le princeChristian de Schleswig-Holstein, pour la représenter aux funérailles à Vienne[24]. Son second fils, le ducAlfredIer de Saxe-Cobourg et Gotha, est également envoyé aux obsèques, mais en qualité de souverain duduché de Saxe-Cobourg et Gotha[24].

Saint-Pétersbourg

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Les journaux russes expriment leur« horreur profonde pour l'abominable forfait de Genève »[71]. Le tsarNicolasII envoie un télégramme de condoléances à l'empereur d'Autriche avant de dépêcher à Vienne son oncle, le grand-ducAlexis Alexandrovitch de Russie, qui représente lamaison impériale russe aux funérailles[20].

Washington

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Le présidentWilliam McKinley envoie un télégramme de condoléances à Vienne[20].

Le mythe de Sissi

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Photo en couleurs d'un buste sur un pilier représentant une femme sculptée portant un chapeau à plumes couvrant ses cheveux nattés.
Mémorial de l'impératrice Élisabeth par Philipp Jackson à Genève (1998).

Plus d'un siècle après sa mort, la figure de l'impératrice Élisabeth demeure vivace.Jean des Cars, l'un de ses biographes, affirme que« Lucheni a tué une personnalité, mais il a fait naître un mythe. La mort a encore grandi Élisabeth. À ce feuilleton exemplaire, il a ajouté le dernier épisode »[72].Quant à l'historien et essayiste suisseJean-Jacques Langendorf, il établit un parallélisme entre deux mythes : celui duTitanic et l'assassinat d'Élisabeth d'Autriche, car tous deux préfigurent la fin d'un monde, ajoutant que le mythe de Sissi a pris corps de son vivant en raison des tragédies qu'elle a vécues, et surtout lamort de son fils unique Rodolphe à Mayerling[73]. Langendorf prétend qu'« elle désirait mourir brutalement. La lame de Lucheni, elle l'a inconsciemment appelée de ses vœux ». Le psychanalysteBruno Bettelheim estime, pour sa part, que« sa mort n'a pas eu plus de sens que sa vie »[73].

Le mythe d'Élisabeth s'exprime volontiers au cinéma, notamment par la trilogie réalisée parErnst Marischka, qui a déjà créé entre 1932 et 1936, desopérettes autour de Sissi, et ses films avec l'actriceRomy Schneider jouant le rôle titre dans les filmsSissi (1955),Sissi impératrice (1956) etSissi face à son destin (1957). SelonDavid Lelait-Helo, biographe de Romy Schneider, Marischka prédit à l'actrice :« Tu vas faire rêver toutes les jeunes filles d'Europe. » Le réalisateur édulcore le mythe de l'impératrice d'Autriche en oubliant son instabilité, ses excès et son assassinat pour ne garder d'elle que l'image d'une adolescente élevée dans la verdure bavaroise et tombant amoureuse d'un prince charmant. Sans le savoir, la comédienne s'apprête à porter le mythe austro-hongrois, en même temps que les espoirs de peuples qui rêvent encore à leur passé glorieux. Le succès de la saga est immense, au-delà de toutes les attentes. Les recettes du film sont supérieures àAutant en emporte le vent[74]. En 1973, dans le filmLudwig deLuchino Visconti, Élisabeth est de nouveau interprétée par Romy Schneider[75]. La mort de l'impératrice d'Autriche est évoquée dans le film de manière presque métaphorique : le scénaristeEnrico Medioli l'explique en retenant que« Visconti nous éclaire sur ce que sera le destin de certains personnages, dont la vie se prolonge au-delà de celle deLudwig. Ainsi voilà Élisabeth, assassinée, couverte par son voile comme dans la photo de Genève : seulement une image »[76]. Julien Sellier, autre biographe de Romy Schneider, va jusqu'à évoquer« la Sissimania » qui atteint la France en attirant une quinzaine de millions de spectateurs dans les salles de cinéma[77]. En 2004, le téléfilm françaisSissi, l'impératrice rebelle, réalisé parJean-Daniel Verhaeghe, avecArielle Dombasle dans le rôle-titre, relate les trois derniers jours de Sissi avant son assassinat[78],[79].

Notes et références

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  1. des Cars 1983,p. 415.
  2. ab etcdes Cars 1983,p. 441.
  3. Yelmarc Roulet, « Pèlerinages en Suisse (4) : Le dernier cri de la mouette marine »,Le Temps,‎(lire en ligne).
  4. Schiel 1980,p. 212.
  5. des Cars 1983,p. 443-444.
  6. des Cars 1983,p. 445.
  7. des Cars 1983,p. 446-447.
  8. Clément 1992,p. 14.
  9. des Cars 1983,p. 447.
  10. des Cars 1983,p. 448.
  11. ab etcSchiel 1980,p. 213.
  12. De Burgh 1899,p. 311.
  13. « Le récit du drame »,L'Indépendance Belge,no 256,‎,p. 1(lire en ligne, consulté le).
  14. De Burgh 1899,p. 317.
  15. Clément 1992,p. 18.
  16. De Burgh 1899,p. 310.
  17. « La mise en bière »,Le Vingtième Siècle,no 255,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  18. « L'autopsie »,Le Vingtième Siècle,no 255,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  19. ab etc« Assassinat de l'impératrice d'Autriche »,Journal de Genève,no 241,‎,p. 3(lire en ligne, consulté le).
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  23. « L'impératrice d'Autriche assassinée »,Le Vingtième Siècle,no 261,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  24. abc etd« Funérailles de l'impératrice d'Autriche »,Journal de Bruxelles,no 261,‎,p. 1(lire en ligne, consulté le).
  25. « Les funérailles de l'impératrice »,Le Vingtième Siècle,no 262,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  26. « Autriche-Hongrie »,L'Indépendance Belge,no 261,‎,p. 4(lire en ligne, consulté le).
  27. abcd ete« L'assassinat de l'impératrice d'Autriche »,L'Indépendance Belge,no 255,‎,p. 1(lire en ligne, consulté le).
  28. « À propos de l'attentat »,Journal de Bruxelles,no 259,‎,p. 1(lire en ligne, consulté le).
  29. Kalifa 1998.
  30. « L'assassinat de l'impératrice »,L'Indépendance Belge,no 259,‎,p. 4(lire en ligne, consulté le).
  31. des Cars 1983,p. 453.
  32. « À la Hofburg »,L'Indépendance Belge,no 255,‎,p. 1(lire en ligne, consulté le).
  33. « À Vienne »,Le Vingtième Siècle,no 255,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  34. « Le droit d'asile en Suisse »,Le Vingtième Siècle,no 255,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  35. ab etc« Les mesures internationales contre les anarchistes »,Le Vingtième Siècle,no 259,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  36. De Burgh 1899,p. 307.
  37. a etbdes Cars 1983,p. 456.
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  42. « Autriche-Hongrie »,L'Indépendance Belge,no 260,‎,p. 1(lire en ligne, consulté le).
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  44. « L'impression à Berlin »,L'Indépendance Belge,no 255,‎,p. 1(lire en ligne, consulté le).
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  50. « Les attentats dirigés contre les souverains depuis 50 ans »,Journal de Bruxelles,no 255,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
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  52. « Rome »,Le Vingtième Siècle,no 255,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  53. « Nouvelles arrestations en Italie »,Le Vingtième Siècle,no 259,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
  54. a etb« Les conséquences des troubles »,Le Vingtième Siècle,no 261,‎,p. 2(lire en ligne, consulté le).
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  76. Alain Sanzio et Paul-Louis Thirard,Luchino Visconti cinéaste, Paris,Ramsay,coll. « Poche cinéma »,, 173 p.(ISBN 978-2-85956-527-5),p. 128.
  77. Julien Sellier,Romy Schneider : Une vie de star, une fin tragique, asap,(ISBN 978-2-35932-683-3,lire en ligne).
  78. « Sissi, l'impératrice rebelle » (présentation de l'œuvre), surl'Internet Movie Database.
  79. Dominique Delpiroux, « Arielle Dombasle, l'autre Sissi »,La Dépêche du Midi,‎(lire en ligne, consulté le).

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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