Certaines sources[5] attestent leur présence dans toute l'Europe du nord-ouest au début duMoyen Âge. Les Ashkénazes constituent la catégorie la plus nombreuse du monde juif.
Letalmudiste françaisRachi (né vers1040 àTroyes enFrance et mort le à Troyes) est le premier auteur à utiliser le motashkenaz pour désigner la langue allemande et donc, pour lui, le pays d'Ashkenaz est celui où l'on parle allemand, de même que le pays deTsarfat est celui où l'on parle français. Ashkenaz désigne laRhénanie où il a étudié, notamment les villes deMayence et deWorms. Ce terme est repris dans lalittérature rabbiniquemédiévale pour désigner l'Allemagne. La proximité phonétique entreashkénaz etsaxons a pu contribuer à donner au terme sa signification actuelle mais cette hypothèse paraît peu fondée[8]. À partir de Rachi, auxXIe – XIIe siècle, « ashkénaze » commence à devenir un terme hébreu courant pour désigner l'Allemagne. Pendant laPremière croisade, des lettres écrites par les communautés juives byzantines et syriennes qualifient les Croisés d'Ashkénazim[9].
Plus tard, le terme d'Ashkenaz ne se limite plus à l'Allemagne mais désigne les Juifs d'Europe centrale et orientale puis finalement tous les Juifs d'Europe du Nord[8].
Dans l'ethnographie et l'imaginaire ashkénazes ce vaste territoire est appeléYiddishland. Il définit les différents dialectesyiddishs et la subdivision ethnique ashkénaze à savoir les Daïtschs d'Alsace (parlant une forme de yiddish occidental nomméYédisch-Daïtsch), d'Allemagne et des Pays-Bas notamment, les Polakn de Pologne et de l'ancien Empire austro-hongrois, les Litvakes des pays Baltes et les Galitsiyaners (Galiciens) des terres plus à l'Est (actuelles Roumanie, Ukraine, Biélorussie…).
Selon une théorie soutenue auXVIIIe siècle par le pasteurJames Anderson dans son ouvrageRoyal Genealogies, le personnage biblique Ashkenaz fonde le royaume de Germanie sur la côte occidentale de lamer Noire[10].
En 722 av. J.-C.,Salmanazar V prend laSamarie et détruit le royaume d'Israël dont une partie des habitants se réfugie dans le royaume de Juda et particulièrement à Jérusalem[11]. Les autres formeraient lesdix tribus perdues, dont les lieux de dispersion ont donné cours à de très nombreuses conjectures, souvent erronées voire fantaisistes.
Dès 70 et l'échec de laPremière guerre judéo-romaine, des communautés juives se sont établies dans le bassin méditerranéen. En remontant les fleuves (leRhône, leRhin et leDanube), elles forment progressivement de nouvelles communautés enGaule et enGermanie. EnGaule et dans l'ouest de laGermanie, la présence juive est un phénomène nouveau qui résulte de l'immigration provenant du sud de l'Europe[12].
Les communautés ashkénazes sont formées auXIe siècle enLotharingie, c'est-à-dire dans une région correspondant à l'actuelle France du nord-est, à la Lorraine, à la Flandre et à la Rhénanie. AuXe siècle, les Juifs désignent la France du nord sous le nom « Tsarfat » et la Rhénanie sous le nom d'« Ashkenaz ». Ces deux régions font partie de « Loter », la Lotharingie. Progressivement, Ashkenaz finit par s'appliquer à l'ensemble du judaïsme rhénan au sens large et aux régions avoisinantes[13]. À partir duXe siècle, les communautés juives sont suffisamment importantes pour développer une forme spécifique d'identité juive. Elles apparaissent alors comme un nouveau groupe au sein du peuple juif[14]. Sous l'impulsion de personnalités charismatiques, le judaïsme ashkénaze prend son autonomie par rapport auxcentres juifs de Babylonie. Ashkenaz devient un pôle auquel les Juifs de France et d'Allemagne viennent s'adresser en matière deloi juive. Des maîtres, tels que Joseph Bonfis (Joseph Tov Elem),Guershom Meor Hagola ouRachi deviennent des sources d'autorité dont les décisions forment le socle de la tradition religieuse ashkénaze. L'influence des maîtres de Babylonie reste cependant présente en Europe[15].
Carte datée des diverses expulsions des Juifs au Moyen Âge ainsi que les routes prises par les exilés
De 1050 à 1300, les communautés ashkénazes sont présentes dans le Nord de la France, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Suisse et en Italie du Nord[16]. Lescroisades puis les expulsions d'Angleterre (en1290), de France (principalement en1306 puis définitivement en1394) et de certaines régions de l'Allemagne auXVe siècle amenèrent les Juifs à migrer encore à l’Est enPologne (auXe siècle), enLituanie (Xe siècle) et enRussie (XIIe siècle). De plus, une partie de cette population, soit au plus 12 %[17],[18], pourrait descendre desKhazars, peuple turc partiellement converti au judaïsme[19] dont des populations ont migré vers l’ouest après la destruction de leur empire auIXe siècle. À partir duXVe siècle, la communauté juive polonaise fut la plus importante de laDiaspora.
Famille ashkénaze - PologneAshkenazes résidant à l'American colony àJérusalem, entre 1900 et 1920
Après deux siècles de relative tolérance, lespogroms poussèrent à nouveau les Juifs vers l'Ouest de l'Europe et enPalestine ottomane appelé leYichouv auXIXe siècle et au début duXXe siècle. De nombreux Juifs émigrèrent aussi vers le continent américain pour rechercher de nouvelles opportunités. La grande majorité desJuifs américains est d’origine ashkénaze depuis la première moitié duXIXe siècle (sauf en ce qui concerne lesJuifs d'Amsterdam, d'origine espagnole ou portugaise).
Au cours de laSeconde Guerre mondiale, laShoah perpétrée par lesNazis décima méthodiquement les communautés ashkénazes d’Europe que l’on estimait à 8,8 millions de personnes avant la guerre. Environ 6 millions de Juifs furent ainsi massacrés : 3 millions des 3,3 millions de Juifs polonais, 900 000 de 1,1 million de Juifs d’Ukraine, la quasi-totalité des Juifs des Pays-Bas et entre 50 et 90 % des Juifs des paysslaves, despays baltes, de l’ex-Empire austro-hongrois, d’Allemagne et deGrèce, 26 % des Juifs deFrance.
La plupart des survivants des communautés d'Europe centrale et orientale émigrèrent après la guerre versIsraël et, dans une moindre mesure vers lesÉtats-Unis.
Les Juifs ashkénazes tirent leurs coutumes duTalmud de Jérusalem (mais ils étudient et obéissent aux décrets du Talmud de Babylone) et leur liturgie des sages deTibériade, contrairement aux Juifsséfarades etmizrahim, descendants des exilés de Babylone, qui suivent la liturgie et leTalmud de Babylone[20]. Plusieurs coutumes spécifiques et certaines particularités liturgiques vont dans ce sens, et cela correspond à l'origine géographique de chaque groupe[21]. On pense que l'étude du Talmud de Jérusalem a été peu à peu abandonnée par lesyeshivot ashkénazes par manque de sources et de commentaires, la plupart des textes ayant été perdus[réf. nécessaire]. Il semblerait ainsi queRachi ne disposât que de fragments de celui-ci. L'étude se serait donc progressivement reportée sur le Talmud de Babylone, moins virulent contre le christianisme et donc moins censuré. Cependant certains documents retrouvés dans laGuéniza du Caire pourraient indiquer un abandon du Talmud de Jérusalem beaucoup plus ancien, en fait dès que la rédaction du Talmud de Babylone fut achevée[21].
Les traditions des Ashkénazes sont légèrement différentes de celles desSéfarades etMizrahi, même si le service synagogal a la même structure dans les différentes communautés et si les textes principaux sont le plus souvent identiques. Avec le temps, des différences apparaissent également entre les Ashkénazes d'Europe de l'Est (notamment de Pologne, Lituanie, Russie) et les Ashkénazes plus occidentaux (surtout d'Allemagne et de France). Les coutumes d'Europe de l'Est sont mentionnées dans le commentaire duChoulhan Aroukh deMoses Isserles mais nous manquons de sources écrites sur les coutumes d'Europe occidentale. La liturgie de cette dernière est en revanche bien connue grâce auMahzor Vitry, datant duXIe siècle. Peu d'ouvrages sur le service synagogal d'Europe de l'Est nous sont parvenus, la plupart datant duXIXe siècle et présentant lenoussa'h sfard desHassidim.
LesXIe et XIIe siècles virent l’éclosion d’une vie intellectuelle très riche ; c’est à cette époque que vécurent le rabbinGuershom de Mayence (Magenza), dit Meor Hagola, « la Lumière de l’Exil », dont deux des grandes décisions sont l’abolition dulévirat et de lapolygamie et Salomon Ben Isaac de Troyes, ditRachi (1040-1105),« éminent commentateur juif de la Bible et du Talmud, né àTroyes enChampagne, région dans laquelle, durant la majeure partie de sa vie, les Juifs bénéficiaient de bonnes conditions de vie ». LemoinefranciscainNicolas de Lyre lisait Rachi dans le texte original, et reconnaissait la dette intellectuelle qu’il avait envers lui ; les érudits de laRéforme et plus tardMartin Luther lui empruntèrent également beaucoup[23].
Les études génétiques récentes ont révélé que les Juifs ashkénazes sont originaires d'une ancienne population duMoyen-Orient (2000 avant notre ère - 700 avant notre ère) qui s'est étendue en Europe. Les Juifs ashkénazes présentent l'homogénéité d'ungoulet d'étranglement génétique, c'est-à-dire qu'ils descendent d'une population plus importante dont le nombre a été considérablement réduit. Les schémas de diversité témoignent d'une longue période de faible taille effective dans l'histoire de la population ashkénaze. Selon une étude relativement ancienne, réalisée en 2004, les données correspondent le mieux à un modèle de goulet d’étranglement (environ 100 générations), correspondant peut-être aux migrations initiales des ancêtres ashkénazes au Proche-Orient ou en Europe[24]. D'autres études plus récentes, réalisées en 2022, précisent la date de ce goulet d'étranglement avant leXIIe siècle de notre ère[25],[26] et, plus précisément, il y a environ 40 à 45 générations, soit approximativement entre les années 800 et 1000[27].
Ce goulet d'étranglement génétique suivi du phénomène récent de croissance démographique rapide est probablement à l'origine des conditions qui ont conduit à la fréquence élevée de nombreux allèles demaladies génétiques dans la population ashkénaze[24].
Diverses études ont abouti à des conclusions divergentes concernant à la fois le degré et les sources du mélange non levantin chez les Ashkénazes, en particulier en ce qui concerne l'étendue de l'origine génétique non levantine observée dans les lignées maternelles, ce qui contraste avec l'origine génétique levantine prédominante observée dans les lignées paternelles. Toutes les études s'accordent néanmoins sur le fait qu'il existe un chevauchement génétique avec leCroissant fertile dans les deux lignées, bien qu'à des vitesses différentes. Collectivement, les Juifs ashkénazes sont moins diversifiés sur le plan génétique que les autres divisions ethniques juives, en raison de leur goulot d'étranglement génétique.
Une étude réalisée en 2001 par Nebel et al. a montré que les populations juives ashkénazes etséfarades partagent les mêmes ancêtres paternels du Proche-Orient. En comparaison avec les données disponibles provenant d'autres populations concernées de la région, il a été constaté que les Juifs étaient davantage liés aux groupes du nord ducroissant fertile. Les auteurs font également état de l'haplogroupe R1a, très fréquent chez les Européens d'Europe centrale et orientale, à une fréquence élevée (13 %) chez les Juifs ashkénazes. Ils ont émis l'hypothèse que les différences entre Juifs ashkénazes pourraient refléter un flux de gènes de bas niveau provenant de populations européennes environnantes ou une dérive génétique pendant l'isolement. Une étude ultérieure de 2005 de Nebel et al. a révélé un taux similaire de 11,5 % d’ashkénazes mâles appartenant à R1a1a (M17+), l’haplogroupe dominant du chromosome Y en Europe centrale et orientale. Cependant, une étude de 2017, centrée sur les Lévites ashkénazes où la proportion atteint 50 %, tout en indiquant qu'il existe une« riche variation de l'haplogroupe R1a en dehors de l'Europe qui est phylogénétiquement séparée des branches de R1a typiquement européennes », précise que le sous-clade R1a-Y2619 témoigne d'une origine locale et que« l'origine moyen-orientale de la lignée des Lévites ashkénazes basée sur ce qui était auparavant un nombre relativement limité d'échantillons rapportés peut désormais être considérée comme fermement validée »[28].
L'haplogroupe du chromosome YE-M12332(en) a une fréquence de 11,7 % chez les Ashkénazes[29].
↑« Ashkénazim », dansDictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, Cerf
↑Almut Nebel, Dvora Filon, Marina Faerman, Himla Soodyall et Ariella Oppenheim."Y chromosome evidence for a founder effect in Ashkenazi Jews", (European Journal of Human Genetics (2005) 13, 388–391. doi:10.1038/sj.ejhg.5201319 Published online 3 November 2004)