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Devenuprésident du Sénat en 1899 après l'élection d'Émile Loubet à l'Élysée, il est élu chef de l’État en 1906, succédant à nouveau à celui-ci. À l’issue de son septennat, il ne sollicite pas un second mandat présidentiel et se retire des affaires publiques.
Clément Armand Fallières est issu d'une famille de propriétaires ruraux de l'Albret[1], localisée àMézin (Lot-et-Garonne). Son grand-père paternel, Joseph Fallières (1781-1866), estforgeron, tandis que son père, Pierre Fallières[2] (1810-1874), occupe la fonction de géomètre-arpenteur[3]. Pierre Fallières est marié à Marie-Magdeleine Sérizac[4]. Lorsque son beau-père, M. Sérizac, prend sa retraite, Pierre Fallières le remplace en tant que greffier de la justice de paix de Mézin[5].
Armand Fallières naît dans la maison de son grand-père, forgeron, située à proximité de l'église Saint-Jean-Baptiste de Mézin[6]. La maison obstrue la vue sur la place et entrave l'entrée des fidèles : en conséquence, elle est achetée par la Fabrique en 1872, puis immédiatement démolie. Une gravure ancienne réalisée par l'abbé Barrère offre une reproduction de cette maison. M. Lafitte, secrétaire de la mairie de Mézin, récupère tous les matériaux de la maison et se fait construire, sur la route de Condom, une habitation à peu près à l’identique[7].
Après la vente de leur maison, les parents Fallières habitent dans une maison dont ils ont hérité d'une de leurs cousines, Mme Larroze. C'est dans ce nouveau logis situé sur le boulevard de Tartas, presque en face la poste, qu'ils finissent leur vie[5].
Armand Fallières est baptisé le 8 novembre 1841 en l'église Saint-Jean-Baptiste deMézin. Le parrain est Clément Larroze, et la marraine Marie-Luce Sérizac[5].
Armand Fallières commence à étudier avec M. Bergès, ancien directeur du collège de Mézin, qui est devenu professeur privé dans la rue du Pont. Par la suite, il devient élève externe au collège de Mézin, puis poursuit ses études aulycée Guez de Balzac d'Angoulême[8], où il obtient son baccalauréat ès lettres à dix-huit ans. Ensuite, il se rend àBordeaux pour préparer sonbaccalauréat ès sciences, en résidant dans une pension. Il étudie avec M. Jaboul, fils d’un colonel de gendarmerie à Poitiers qui deviendra préfet d'Indre-et-Loire[5].
En 1860[6], il entreprend une année d'études de droit à Paris mais échoue[8]. Ne considérant pas son fils suffisamment investi dans ses études, son père l’envoie àToulouse, où il s'installe rue Saint-Rome. Après avoir obtenu de bons résultats, il est autorisé à retourner à Paris, où il décroche sa licence de droit[6].
Le 14 janvier 1868, Armand Fallières épouse, au cours d'une cérémonie civile se tenant à la mairie de Nérac,Jeanne Bresson (1849-1939). Le couple a deux enfants : Anne-Marie Fallières (1874-1962) etAndré Fallières (1875-1968)[réf. souhaitée].
En 1868, Armand Fallières est élu membre du conseil municipal de Nérac, dont il devient maire en 1871. Il est révoqué après la chute de Thiers, le 24 mai 1873[8].
En mai 1877, Fallières devient à nouveau maire de Nérac. Il occupe à nouveau cette fonction brièvement, jusqu'en septembre, soit quatre mois après son investiture municipale.
Il vote contre l'amnistie plénière et pour la proposition Gatineau.
Le 18 mai 1877, il fait partie des 363 parlementaires de la majorité qui votent lamotion de censure contre leduc de Broglie. C’est la Crise du 16 mai 1877, qui conduit à la dissolution de la Chambre des députés par le Sénat le 24 juin 1877[9].De nouvelles élections eurent lieu le 14 octobre 1877. Les 363 députés furent réélus jusqu'à concurrence de 333, dont Armand Fallières par 8 961 voix (15 690 votants, 18 758 inscrits), contre 6 619 à M. C. Dollfus, ancien député au Corps législatif, candidat officiel. M. Dollfus était le gendre du baron Haussmann[5].
Armand Fallières vote pour le ministère Dufaure, pour le retour de l'Assemblée à Paris, pour l'élection deJules Grévy à la présidence de la République, pour l'article 7 de la loi sur l'enseignement supérieur.
Dans sa troisième législature, Fallières vote en faveur du rétablissement du scrutin d'arrondissement (11 février 1889), pour l'ajournement indéfini de la révision de la constitution (chute du ministère Floquet), pour les poursuites contre trois députés membres de la Ligue des patriotes pour le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, pour les poursuites contre le général Boulanger[10].
En, Fallières devient à nouveau maire de Nérac. Il occupe à nouveau cette fonction brièvement, jusqu'en septembre, soit quatre mois après son investiture municipale.
Le, il est appelé par le présidentGrévy, de sorte à diriger un gouvernement, dont il prend leministère des Affaires étrangères. Après trois semaines à la présidence d'unéphémère cabinet, il présente au président de la République sa démission, le 17 février.
Fallières, par la suite, occupe de nouvelles fonctions ministérielles de premier plan, entre 1883 et 1892, soit pendant neuf ans : ministre de l'Intérieur, puis de laJustice, et enfin de l'Instruction publique. Fallières est, entretemps, élusénateur de Lot-et-Garonne, en 1890.
Portrait d’Armand Fallières alors président du Sénat.
Peu après son élection auSénat, Fallières prend la décision de s’inscrire dans trois groupes parlementaires : laGauche républicaine, l’Union républicaine et laGauche démocratique. Lorsque cette pluralité de groupes n’est plus admise, il choisit finalement le groupe de la gauche démocratique,« le plus avancé des trois » selon le sénateur Fallières.
De 1892 à 1899, Fallières, simple sénateur, fait preuve d’une grande discrétion : il ne prend pas une seule fois la parole en séance publique, même s'il contribue beaucoup au travail parlementaire.
Élu le 17 janvier 1906 avec 78 voix d’avance sur le radicalPaul Doumer, il succède àÉmile Loubet le 18 février 1906. Il devient ainsi le huitième président de laIIIe République.
Évitant d'occuper un rôle politique trop influent, comme le veut la tradition sous le régime alors en place, le nouveau président cherche à se poser en arbitre des luttes politiques et souhaite rapprocher la fonction présidentielle des Français. Aussi se déplace-t-il facilement en province, notamment sur ses terres du Sud-Ouest. En 1907, il inaugure àMarmande (Lot-et-Garonne) le monument commémoratif deLéopold Faye, homme politique local (maire de la ville puis conseiller général et président duconseil général de Lot-et-Garonne) décédé en 1900.
C'est durant la présidence de Fallières que prend fin l'affaire Dreyfus. En effet, par la loi du 13 juillet 1906, Dreyfus est réintégré partiellement dans l'armée, au grade de chef d'escadron (commandant). Le 4 juin 1908, les cendres du plus connu défenseur de Dreyfus, l'écrivainÉmile Zola, sont transférées auPanthéon.
Armand Fallières et le roi Aakon VII de Norvège remontant les Champs-Élysées en juin 1907.
Opposant à lapeine de mort, il gracie systématiquement les condamnés à mort pendant les premiers temps de son mandat. C'est d'ailleurs lors de son mandat, en 1908, qu'un projet de loi visant à l'abolition de la peine capitale est soumis à la Chambre des députés par legarde des SceauxAristide Briand, qui y affronte notamment le député nationalisteMaurice Barrès, partisan résolu de la peine de mort. Le projet n’est finalement pas voté, les députés et l'opinion publique y étant d'autant plus hostiles que la toute récente affaireSoleilland (1907) était encore dans les mémoires.
Le, en effectuant une promenade sur lesChamps-Élysées, un garçon de café, qui futCamelot du roi, nomméJean Mattis, se jette sur le président Fallières pour lui tirer la barbe. Mais Armand Fallières réagit en voyant l'énergumène, et est griffé au cou et à l'oreille droite. Jean Mattis est condamné à quatre années de prison[11].
La présidence Fallières est également une ère politique marquée par des progrès importants : un ouvrier gagne en moyenne 1 100 francs net annuels ; les savoirs fondamentaux — lecture, écriture, calcul — constituent le bagage du plus grand nombre. En 1902, une réforme adapte l’enseignement secondaire aux nécessités de la vie moderne en attribuant une plus grande place aux sciences et aux langues étrangères ; après lecertificat d’études, plus de la moitié des enfants entrent dans la vie active dès treize ou quatorze ans.
Ceci étant, c'est sous la présidence de Fallières que legouvernement deGeorges Clemenceau, « le briseur de grèves », réprime durement certains mouvements, comme larévolte des vignerons du Languedoc. C'est également sous la présidence d'Armand Fallières et sous le gouvernement du même Clemenceau que les forces de police sont modernisées, notamment par la création des « Brigades du Tigre ».
En 1913 est votée la loi instaurant l'usage de l’isoloir lors des votes[13].
Très populaire, le président est affectueusement surnommé par les Français « le père Fallières » en raison de son apparence bonhomme.
Dans le domaine de politique internationale, le président Fallières travaille au renforcement de laTriple-Entente (France/Russie/Royaume-Uni) face à l'Empire allemand deGuillaume II et à laTriplice (Allemagne/Autriche-Hongrie/Italie).En 1908, il se rend en visite officielle au Royaume-Uni où il rencontre le roiÉdouard VII,oncle de l'Europe. Lareine, née princesse de Danemark et sœur de lamère du tsar, est une prussophobe convaincue.L'année suivante, le, il rencontre letsar de RussieNicolas II lors de manœuvres de la marine àCherbourg.
Le président Fallières aux côtés de la reineWilhelmine lors de sa visite officielle en France (1912).
En 1911, sur fond de « seconde crise marocaine » (coup d'Agadir), alors que les troupes françaises commencent à occuper leMaroc que l'Allemagne convoite également, le président Fallières se rend enBelgique et auxPays-Bas.
En, c'est enBelgique qu'il se rend. Il y sonde les intentions du roiAlbertIer. En effet, le jeune souverain, monté sur le trône quelques mois plus tôt, membre d'une dynastie d'origine allemande, est marié àune nièce de l'empereur d'AutricheFrançois-Joseph, allié de l'Allemagne.
En 1912, il commet un impair dont les journalistes se font l’écho. Le 17 avril, il présente ses condoléances au roiGeorge V et au présidentaméricainWilliam Howard Taft, en hommage aux nombreuses victimes dunaufrage duTitanic. Parti en vacances, il oublie en revanche d'adresser ses condoléances aux familles françaises endeuillées.
Le mandat présidentiel d'Armand Fallières se termine en 1913. Après réflexion, le chef de l'État sortant choisit de ne pas se représenter pour un second mandat de sept ans, justifiant sa décision par la phrase :« La place n'est pas mauvaise, mais il n'y a pas d'avancement[14]. »
Retiré de la vie politique, l'ancien président Fallières prend le temps de se reposer dans sa résidence de Loupillon à Villeneuve-de-Mézin (Lot-et- Garonne), au milieu de son vignoble.
Pendant cette retraite, il fait un seul retour à Paris, lors de l’élection dePaul Deschanel à la présidence de la République. À cette occasion, il participe à une réception à l’hôtel de ville de Paris du nouvel élu avec les anciens présidents Raymond Poincaré et Émile Loubet.
Armand Fallières meurt dans sa résidence de Loupillon des suites d'unecrise cardiaque, le 22 juin 1931, près de vingt ans après avoir quitté l'Élysée.
Le 23 juin 1931,Fernand Bouisson, président de la Chambre des députés, ouvre la séance de l’après-midi par une allocution pour faire l’éloge funèbre d’Armand Fallières.Pierre Laval, président du Conseil, s’associe par une prise de paroles à cet éloge. Pour le Sénat, c’estAlbert Lebrun, en tant que président, qui prononça l’éloge et pour le gouvernementLéon Bérard, ministre de la Justice, s'associe à cet hommage. Le Sénat suspend la séance pendant une demi-heure en signe de deuil[15].
Ses obsèques se tiennent le 25 juin 1931 en l’église Saint-Jean-Baptiste de Mézin, en présence notamment du général Braconnier (chef de la maison militaire du président de la République et représentantPaul Doumer), de membres du gouvernement (Mario Roustan, ministre de l’Instruction publique, etPierre Cathala, sous-secrétaire d'État à l'Intérieur), du président du Sénat, Lebrun. À l'issue de la cérémonie religieuse, des discours sont prononcés parGeorges Leygues et Marraud, au nom du conseil général, et Mario Roustan au nom du gouvernement[16].
Armand Fallières est inhumé dans le caveau familial.
Dans sa ville natale, une statue de bronze de près d'une tonne fut édifiée, en 1938, en l'honneur du « patriarche de la République », selon l'expression de l'historienJean-Pierre Koscielniak. Ce monument attira les foudres du gouvernement de Vichy qui souhaita le détruire, en 1942.
Encore de nos jours, Armand Fallières reste une grande figure locale deLot-et-Garonne : le collège de Mézin porte son nom, ainsi que lelycée agricole deNérac.
↑Le patronymeFallières désigne celui « qui est originaire de Fallières, de Fallière, de Faillère », nom de différents lieux, toponymeoccitan qui désigne lui-même un lieu où pousse lafougère. Le nom est surtout porté dans l'Aveyron et leTarn (sources :Généanet.org/onomastique).
↑« LA MORT DU PRESIDENT ARMAND FALLIERES »,La Dépêche,
↑abcd ete« Election de M. Fallières »,Le Petit Parisien,
↑ab etc« Fallières »,Le Pays de Retz : journal des communes et des mutualités de l'arrondissement de Paimboeuf, du Canton de Machecoul et des communes limitrophes,
↑« "L'agression physique contre le président de la République est le signe d'une désintégration de la société française" »,Le Figaro,,p. 20(lire en ligne).
↑François Fouger, « L’importance des sociétés de chemin de fer dans le développement de la première station de ski française, le Mont-Revard. »,In Situ, revue des patrimoines,(lire en ligne, consulté le)
Stéphane Baumont,Fallières ou la République de la province, Toulouse, Éché, 1988.
La France de Monsieur Fallières : actes du colloque national Armand Fallières, 9-12 octobre 1986, Agen, Service éducatif des Archives départementales, 1990.
Hubert Delpont et Janine Dréano-Sestacq,Fallières : la République aux champs, AVN, 1996, 258 pages.
Un Lot-et-Garonnais à l'Élysée : Fallières en son temps, Agen, conseil général de Lot-et-Garonne, 2007 (actes du colloque d'Agen tenu en 2006).
Frédéric Lavignette,L'Affaire Liabeuf : histoires d'une vengeance, Fage éditions, 2011.