Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant lesréférences utiles à savérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références ».
Si auMoyen Âge elle était parlée sur la plus grande partie du territoire aragonais, elle a reculé pour n'être plus parlée aujourd'hui que dans quelques valléespyrénéennes dans la province deHuesca (principalement dans lescomarques deJacetania,Alto Gallego, leSobrarbe et la partie occidentale deRibagorce). On évalue le nombre de locuteurs à 25 500.
L'aragonais est classé, pour des motifs géographiques et historiques, parmi leslangues ibéro-romanes. Certains traits caractéristiques de celles-ci — comme la sonorisation des occlusives sourdes intervocaliques — sont toutefois absentes de l'aragonais (particulièrement le dialecte central, et cela a diffusé dans legascon de lavallée d'Aspe)[5].
Bien que certains linguistes classent l'aragonais dans le groupe deslangues ibéro-romanes, l'aragonais présente des divergences qui l'éloignent des langues romanes de l'ouest de la péninsule (castillan,astur-léonais,galicien-portugais), et qui le rapprochent plutôt ducatalan et dugascon, par exemple en ce qui concerne la conservation des particules pronominales adverbialesibi/bi/i eten/ne. On retrouve de plus, dans le lexique élémentaire de l'aragonais, un pourcentage légèrement supérieur de vocables apparentés au catalan (particulièrement l'occidental) et au gascon qu'au castillan, encore que cela dépende des variétés. Ainsi, l'aragonais occidental ne partage pas autant son lexique avec ses voisins orientaux que ne le fait l'aragonais duSobrarbe et deRibagorce. Les anciennes langues de Navarre et de la Rioja sont des variétés navarro-aragonaises plus proches du castillan.
Par voie de conséquence, l'aragonais moderne se situe à mi-distance entre le groupeibéro-roman et le groupeoccitano-roman, formant un pont entre le castillan et le catalan, mais aussi souvent entre le castillan, catalan et gascon[6]. Le fait de partager exclusivement avec le gascon et lecatalan nord-occidental (et à l'occasion, avec le basque) une série de vocables romans et aussi pré-romans[7],[Selon qui ?]
Ces classifications font que l'aragonais peut apparaître comme la plus orientale des langues ibéro-romanes (dans lesquelles ne sont pas inclus le catalan ou le gascon), ou bien comme la plus sud-occidentale des langues occitanes, pyrénéennes ougallo-romanes.[Selon qui ?]
L'aragonais peut aussi être rapproché, sur bien des aspects, avec lalangue mozarabe qui l'influença quelque peu comme substrat lexical principal lors de l'expansion de l'aragonais au sud jusque versSaragosse etTeruel. Il a été l'intermédiaire pour l'introduction de nombreux arabismes ou mozarabismes en catalan.[réf. nécessaire]
Les principales caractéristiques de l'aragonais dans son évolution diachronique depuis le latin sont :
Les O, E ouvertes du protoroman sont systématiquement diphtongués en [we], [je], y compris devantyod (cas où le castillan ne produit pas dediphtongue)[8] :
le E est aussi diphtongué en [ja] dans quelques parlers centraux (puande, fiarro) ou dans quelques mots généraux (balluaca). La diphtongue [ue] s'est occasionnellement maintenue à un stade archaïque [uo]: (luogo)[8].
Comme pour la majorité deslangues romanes occidentales, et à la différence de l'espagnol, les groupes romans -Lj-, -C'L-, -T'L- deviennent latérales palatales ll [ʎ][8] :
Comme en castillan, en catalan (partiellement), en gascon (partiellement), en asturien et en galicien, le V devient /b/:
VALORE > balor (Cast. valor [b-]; Cat. valor [b-/v-]; Occ. valor [b-/v-]; Ast. valor [b-]; Gall. valor [b];Port. valor [v](ne se prononce [b] qu’au nord du Portugal))
Maintien partiel de la forme archaïquelo (< ILLUM) de l'article défini masculin singulier, et présence d'une variantero/ra (à rapprocher du gascon pyrénéeneth/era)[9].
Les adjectifs possessifs sont généralement précédés de l'article défini (possessif articulé), comme en catalan et partiellement en occitan. Le substantif ainsi déterminé peut se trouver au milieu de la combinaison résultante :
O mío campo; a mía casa; a casa mía; etc. (mon champ, ma maison, ma maison, etc).
L'article peut être omis dans certains cas :
Casa nuestra ye zerqueta d'aquí (notre maison est proche d'ici).
Avec certains substantifs se référant à des parents proches, on peut aussi employer la forme courte du possessif, qui ne s'accompagne pas de l'article (à rapprocher du catalan, où les possessifs atones sont maintenus localement dans des cas similaires) :
L'aragonais, comme beaucoup d'autres langues romanes, mais à la différence des langues ibéro-romanes et comme en catalan, conserve les formes latines ENDE et IBI comme particules pronominales :en/ne (en français : en) etbi/i/ie (en français : y).
La combinaison, commune en aragonais, des pronoms personnels de la troisième personne du complément direct ou indirect, ne distingue pas seulement le nombre de l'indirect (li/le; lis/les) mais à la fois le genre et le nombre, associé en une seule forme (en).
Li'n / Le'n
Lis ne / Les ne
La forme est très particulière si l'on compare avec les langues voisines, dans lesquelles ou bien on différencie le genre et le nombre dans l'indirect (castillan) ou bien on les différencie dans l'indirect (catalan) :
As mazanas, ta Chusepa,li'n daban siempre que en quereba.
(castillan :Las manzanas, a Josefa,se las daban siempre que quería.)
(catalan :Les pomes, a Josepa,les hi/li les donaven sempre que en volia.)
Il est à noter qu'il existe des formes, dans certaines variétés dialectales de l'aragonais, qui laissent apparents le nombre et le genre du complément direct. Il en est ainsi dans les formes du parler de Ribagorcelo i, la i, los i, las i; ou dans celles de la belsetanale'l/le lo,le la,le's/le los,le las, comparables avec les formes du catalan classiqueli'l,li la, etc. encore vivantes dans une bonne partie dupays Valencien :
Las mazanas, ta Chusepa,las i daban siempre que en queriba.
Las mazanas, ta Chusepa,le las daban siempre que en quereba.
À la différence du castillan et du catalan (sauf très localement), maintien du -B- latin dans les terminaisons de l'imparfait de l'indicatif des deuxième et troisième conjugaison[9] :teniba (occ.teniá/tienèva, es.tenía, cat.tenia, gal.-port.tinha)
Carte des différenteslangues occitano-romanes et de leurs variétés. L'aragonais est parfois considéré comme une langue de cette sous-famille des langues romanes.
La figure principale de la langue aragonaise fut sans aucun douteJuan Fernández de Heredia, qui fut grand maître desHospitaliers de Saint Jean de Jerusalem àRhodes. Il fut l'auteur d'un grand nombre d'œuvres en aragonais (médiéval), fut de plus le premier à traduire des ouvrages du grec vers l'aragonais.
Avec l'arrivée, en1412, de lamaison de Trastamare à la couronne d'Aragon, le castillan devint progressivement la langue de la cour et de la noblesse aragonaise. Les hautes classes et les noyaux urbains furent les premiers foyers d'hispanisation, reléguant petit à petit l'aragonais au rang de langue domestique et rurale, et lui faisant alors perdre progressivement son prestige dans la société.
Les siècles suivant lesdécrets de Nueva Planta dePhilippe V d'Espagne virent l'implantation presque totale de la langue castillane en Aragon, qui en est maintenant l'unique langue officielle, et la langue maternelle de 95 % de la population aragonaise.
À la fin duXIXe siècle, le philologue françaisJean-Joseph Saroïhandy redécouvre les langues pyrénéennes (dialectes) d'Aragon, qui ont un dénominateur commun entre tous. Grâce au mécénat deJoaquín Costa, qui a fait un grand travail d'étude, de collecte et de diffusion, et qui aurait une continuité dans leXXe siècle avec trois éminents philologues internationaux :Alwin Kuhn(de),Gerhard Rohlfs et William Dennis Elcok, qui ont étudié l'existence d'une langue spécifique dans le nord de l'Aragon. Par la suite, les professeurs espagnolsMenéndez Pidal etManuel Alvar se sont plus consacrés à l'étude de la langue dans son contexte historique qu'à la diffusion de la langue vivante, en raison des restrictions du régime dictatorial de Franco.
Dans les années postérieures à la dictature deFranco, l'aragonais vécut une revitalisation notable, avec la création d'associations de défense et de promotion de la langue, l'élaboration progressive d'une standardisation des dialectes — ainsi que d'une normalisation orthographique consensuelle, une créativité artistique croissante, principalement littéraire, et une recherche de statut de langue officielle (avec le castillan) dans diverses municipalités duhaut-Aragon. Cependant, en dépit de l'augmentation du nombre d'étudiants de l'aragonais et du nombre de personnes concernées par la sauvegarde de la langue, l'aide des institutions reste très faible, et l'état de conservation devient de plus en plus précaire parmi les locuteurs natifs. Aujourd'hui, les parlers aragonais les mieux conservés se trouvent dans les valléesjacetanas deHecho (Echo) et d'Ansó, appelé Cheso, dans lavallée de Gistaín (Chistau), dans celle deTena, particulièrement àPanticosa, ainsi que dans la Ribagorce occidentale, principalement àBenasque (Benás).
La langue est principalement parlée dans les vallées pyrénéennes aragonaises, et s'étend vers le sud, jusqu'àHuesca, en se mâtinant progressivement de castillan. Les zones dans lesquelles on peut affirmer que l'aragonais estconservé (classées par ordre décroissant de vitalité) sont : la vallée deBielsa, Ribagorce (où l'on peut trouver diverses variétés dialectales), la zone d'Ayerbe, la vallée deAragüés, les hauts duCinca, leSomontano de Barbastro, l'Alto Gállego et lavallée de Tena, leSobrarbe central, la vallée deBasa, les rives duGállego et la vallée deRasal, laJacetania, les rives deFiscal, laHoya de Huesca, la vallée deBroto et la vallée deCanfranc.
Il existe divers dialectes de l'aragonais, dont les proximités géographiques induisent des proximités linguistiques, certains dialectes étant plus proches du castillan, d'autres du catalan.
L'attribution dubénasquais (le parler de Bénasque) comme dialecte aragonais ou catalan est sujette à caution. Il faut aussi distinguer les divers parlers de Ribagorce : un premier comme variété de l'aragonais, un second, plus à l'est, comme variété du catalan.
Une variété standard de l'aragonais est en cours d'élaboration, mais il y en a deux conceptions différentes :
Les partisans de lagraphie de Huesca (en particulier le CFA,Conseil de la Langue Aragonaise) élaborent petit à petit une variété standard ditearagonais commun ouaragonais standard, qui sélectionne plus les traits occidentaux qu'orientaux. Mais certains points ne sont pas encore totalement fixés. Faut-il préférer les participes passés en-ato -ata ou bien en-au -ada ? Faut-il accepter la formero/ra de l'article défini, à côté des formes plus répandueso/a etlo/la ?
les partisans de la graphie SLA (de laSociété de linguistique aragonaise) estiment que le modèle précédent de l'aragonais commun, qu'ils qualifient péjorativementnéo-aragonais, se constitue bien imprudemment en faisant preuve de méconnaissance des dialectes réels, et en entérinant des formes très artificielles. Selon la SLA, ce fait provoquerait une grave déconnexion entre les locuteurs naturels et un standard inefficace. La SLA projette de faire des études approfondies des dialectes et de créer des standards dialectaux qui serviraient éventuellement de base à un standard ultérieur plus général, plus connecté avec la connaissance réelle des dialectes. La SLA insiste aussi sur le fait que le bénasquais est intermédiaire entre l'aragonais et le catalan, et mériterait de ce fait une standardisation appropriée.
L'aragonais connaît deux orthographes concurrentes :
Lagrafía de Uesca(graphie de Huesca). Elle est majoritairement utilisée, mais pas complètement généralisée. Elle a été fixée en 1987 par une convention qui s'est tenue à Huesca. Elle est soutenue par leConsello d'a Fabla Aragonesa (CFA,Conseil de la Langue Aragonaise). Son principe est de noter les phonèmes de manière quasi uniforme, sans tenir compte de l'étymologie. Par exemple,v etb sont uniformisés enb ; de mêmech, j, g(+e), g(+i) sont uniformisés ench... Certaines notations calquent l'espagnol (leñ, les signes diacritiques pour noter les accents toniques)
Lagraphie SLA est apparue en 2004 avec la fondation de laSociedat de Lingüistica Aragonesa (SLA,Société de linguistique aragonaise). Elle est minoritaire dans l'usage. Son ambition est de remplacer la graphie d'Huesca, estimée trop espagnolisée, afin de rendre à l'aragonais ses traditions graphiques médiévales et pour le rapprocher du catalan et de l'occitan. Par exemple, comme en aragonais médiéval,v etb sont distincts ; de mêmech, j, g(+e), g(+i) sont distincts ; on écritny à la place deñ. les accents fonctionnent un peu comme en catalan et en occitan.
Le manque de généralisation complète de la graphie d'Huesca et sa contestation par la SLA ont généré la création de l'Academia de l'Aragonés (Académie de l'Aragonais) en 2005. Ce nouvel organisme a reçu le soutien de quelques associations pour trouver une orthographe plus consensuelle ainsi que pour élaborer un aragonais standard : son travail est en cours et ses résultats se sont pas encore publiés.
Comparaison entre les deux orthographes de l'aragonais[10]