Apostrophe droite et apostrophe courbée sur une machine à écrire portable Remington de 1920.
L’apostrophe a traditionnellement la forme d’une virgule placée en hauteur. On retrouve déjà cette définition d’« une virgule que l’on met un peu au-dessus du mot » dès la première édition duDictionnaire de l’Académie française (1694)[1] et plus récemment chezJean-Pierre Lacroux :« Une virgule libérée de la pesanteur qui la clouait sur la ligne de base »[2]. En allemand, dans le langage courant ou populaire, elle est nomméeHochkomma, littéralement« virgule haute ». L’apostrophe est donc généralement courbe et plus ou moins inclinée ; cependant de nombreuses polices de caractères la représentent par une barre oblique.
En raison des contraintes techniques des claviers de machines à écrire, puis de nos jours de ceux des ordinateurs, elle est très souvent tracée comme une barre verticale droite dans les documents informatiques. Cette apostrophe est alors appelée« apostrophedactylographique » (car apparue avec lesmachines à écrire mécaniques utilisant une seule touche pour l’apostrophe et leguillemet anglais ouvrant ou fermant, ou même d’autres signes comme l’accent aigu),« apostrophe droite » (car elle est souvent droite pour le guillemet anglais ouvrant ou fermant, mais pas toujours),apostrophe informatique[3] ou d’autres noms plus imagés[4]. Les expressions« apostrophe dactylographique » et« apostrophe typographique » sont utilisées parAurel Ramat[5].
Selon les usages des typographes, l’apostrophe dactylographique ne devrait pas être employée[6],[7] et, par exemple, pour Lacroux, ce« n’est pas une apostrophe. […] Ce n’est typographiquement rien »[2].
Unicode distingue bien les différentsœils de l’apostrophe ainsi que ses différentes fonctions : signe typographique d’élision, signe diacritique ou lettre. Il recommande d’utiliser le guillemet-apostrophe « ’ » (U+2019) comme apostrophe typographique[8],[9]. Patrick Andries, expert Unicode, fait la même recommandation[10]. Le caractère apostrophe dactylographique hérité de l’ASCII conserve les sens qu’il a dans ce codage, c’est-à-dire « apostrophe, guillemet anglais fermant, accent aigu »[11] ; le caractère guillemet-apostrophe, recommandé pour l’apostrophe, ayant été codé pour enlever certaines ambiguïtés[12].
Il existe plusieurs signes proches de l’apostrophe. Il est fréquent qu’on emploie, dans une composition typographique moins appliquée, l’apostrophe au lieu d’un demi-anneau à droite dans la transcription deslangues sémitiques. L’utilisation d’une apostrophe « droite » est à déconseiller car il existe pour la transcription de ces langues deux consonnes qu’on note par les demi-anneaux, l’un tourné à droite, l’autre à gauche : l’apostrophe droite ne permet plus de différencier les deux. Ainsi,شَيْء [ʃajʔ], « chose » (arabe), peut être transcritšayʾ (anneau à droite) ou, moins conseillé,šay’ (apostrophe) mais, de préférence, pasšay' (apostrophe droite), qui ne permet pas de savoir si l’on a affaire à la consonne [ʔ], notée parʾ (parfois remplacée par’) ou àʿ (anneau à gauche, parfois remplacé par‘, une apostrophe culbutée), notant [ʕ] (selon l’analyse traditionnelle ; on peut voir dans l’articlephonologie de l’arabe que le cas est plus complexe).
À l’inverse, l’okinahawaïenne, une apostrophe culbutée, note bien un coup de glotte. Enfin, on utilise pour l’alphabet phonétique international une ligne verticale courte en hauteur proche de l’apostrophe droite précédant la syllabe portant unaccent tonique (il existe aussi une ligne verticale basse, mais qu’on ne peut confondre avec une apostrophe). Enpandunia, l’apostrophe droite est précisément utilisée dans le but de signaler un accent tonique sur la syllabe finale d’un mot. Exemple :heroˈ est prononcé en appuyant surro.
L’apostrophe est initialementunsigne diacritique de l’alphabet grec[7], qui a donné naissance à undiacritique de cet alphabet[Quoi ?], lacorônis, de forme similaire, indiquant lacrase (contraction de deux voyelles enhiatus entre deux mots liés par le sens). On le retrouve en latin populaire et notamment dans des manuscrits deVirgile ouPriscien[7]. SelonWeil et Benloew, il aurait évolué à partir dusicilicus pour indiquer une lettre supprimée[13]. Au Moyen Âge, il apparaît en ancien français, par exemple dans le roman manuscritLancelot ou Chevalier de la charrette deChrétien de Troyes vers 1180 ; et auXVe siècle[14] dans la première grammaire italienne, aussi en manuscrit,Regole della lingua fiorentina deLeon Battista Alberti[7].
Enimprimerie, la première utilisation de l’apostrophe remonte auXVIe siècle en Italie.Alde Manuce l’utilise en 1501 dans l’ouvrageLe cose volgari di messer Francesco Petrarcha[7],[15]. En France, Balthazard de Gabiano l’utilisera àLyon dès 1502, etGeoffroy Tory l’utilisera de manière anecdotique en 1529 puis systématique en 1533[7]. En Angleterre, il faut attendre 1559 pour queWilliam Cuningham(en) l’emploie dansThe Cosmographical Glasse[16].
L’adoption de l’apostrophe dans l’imprimerie se fait donc relativement rapidement. Aussi rapidement les grammairiens recommandent son utilisation. Jacques Dubois, ditJacobus Sylvius, publie en 1531 une grammaire en latin nomméeIn linguam gallicam isagoge préconisant l’usage de l’apostrophe pour l’élision.Robert Estienne etÉtienne Dolet feront de même en 1539 et 1540[7].
Sa pratique s’élargit auxXVIe et XVIIe siècles puis connaît un recul progressif de ses domaines d’application qui sont actuellement relativement restreints[17].
C’est en français que l’apostrophe est la plus fréquente, et dans les grands textes traduits en plusieurs langues on retrouve toujours ces proportions[18] :
Enfrançais, l’apostrophe sert de signe typographique marquant l’élision des voyelles finalesa ete de certains mots, eti pour ce qui est de la conjonctionsi suivie du pronomil[19]. L’élision se fait lorsque ces mots sont suivis d’un mot commençant par une voyelle ou unh muet. Ainsi on a :la + apostrophe →l’apostrophe,le + oiseau →l’oiseau,si + il →s’il,que + elle/il →qu’elle/qu’il,presque + île →presqu’île,le + homme →l’homme,le + hôtel →l’hôtel,le + hôpital →l’hôpital. Dans le langage populaire, l’élision de la voyelle finalei du pronom relatif sujetqui est aussi représentée par l’apostrophe par certains auteurs[19], et, dans le langage familier, pour l’élision de la voyelle finaleu du pronom personneltu[19]. Par exemple :qui est →qu’est en langage populaire,tu es →t’es en langage familier. L’élision peut aussi porter sur une partie du mot, en particulier pour restituer certaines prononciations populaires défectueuses. Par exemplepauvre con →pauv’ con.
Des mots dont la voyelle finale peut être élidée incluent :
les mots monosyllabiques :le,la,de,je,me,te,se,ce,ne,que, de même que la conjonctionsi, uniquement lorsque celle-ci est suivie du pronom sujetil ouils ;
autres mots et locutions :jusque,lorsque,puisque,quelque,quoique,parce que,quoi que,tel(le) que.
L’élision due muet final n’est pas soulignée par l’apostrophe dans les autres cas. On écrit en effetla cuisine est vaste et lumineuse.
Quelques mots notables ne pouvant être précédés d’une apostrophe incluent (dont l’élision ne peut se faire devant) :
huit,huitième,huitante,huitantième,onze,onzième,un (seulement lorsqu’il est utilisé comme un nom, un chiffre ou un numéro). Ainsi, on a : « Un total de huit livres - Un paquet de onze kilos - Le un de cette rue – Une bouteille de un litre – Le huitième rang – Le onzième jour ». Une exception avec l’expression « le bouillon de onze heures » qui peut aussi s’écrire : « le bouillon d’onze heures ». L’article indéfiniun peut être précédé d’une apostrophe. « Elle le regardait d’un air inquiet ».
oui – « Des millions de oui »
Devant les[réf. nécessaire] mots commençant par uny suivi d’une autre voyelle avec laquelle il forme le son [j], comme dansyaourt,yacht,yoyo. « Le yaourt - Un port rempli de yachts - Une boîte pleine de yoyos ». Cependant, à "la Yougoslavie" et "le Yémen" s'oppose "l'Yonne" et non *la Yonne.
Les voyellesa ete, de même quei pour ce qui est de la conjonctionsi suivie du pronom sujetil, étant les seules à pouvoir être élidées, en conséquence :
Lei dequi n’est jamais élidé. Il ne faut pas confondreque etqui notamment lorsqu’il s’agit d’utiliser une apostrophe. Comparez : « La photoqui illustre cette page » et « La pagequ’illustre cette photo ».
De même, leu dedu n’est jamais élidé. L’articledu — contraction dede le — ne peut être ni élidé, ni suivi d’un mot commençant par une voyelle ou unh muet. Avec un mot commençant par une voyelle ou unh muet, on doit utiliserde l’ comme dans l’exemple suivant : « l’équipagede l’avion » et non « d’avion ». À comparer avec : « l’équipagedu navire ».
Dans certains cas, l’emploi de l’apostrophe est erroné bien qu’entré dans l’usage au début duXXe siècle parhypercorrection. Il n’y a aucune élision dansprud’homme (prud, anciennementprod, c’est-à-direpreux, + homme) ougrand’rue (grand, forme de féminin en ancien français écrite normalementgrant, +rue). Aujourd’hui, dans ce cas, on écrirait plutôtprudhomme,grand rue ougrand-rue. En revanche, sigrand’mère a été employé jusqu’au début duXXe siècle, on n’est jamais allé jusqu’à écriremère grand’ ouRochefort’.
Si les usages autres que l’élision sont considérés comme fautifs, on observe cependant de façon anecdotique d’autres utilisations. Il subsiste de façon archaïque, avec la fonction d’un trait d’union, dans des termes comme grand’mère, grand’voile ou grand’chose, dont l’élision semble absente (ce qui n’est en fait pas le cas ; les termes qualifiés pargrand’ étant toujours féminins, il s’agit d’une élision due final degrande). La huitième édition (1932-1935) duDictionnaire de l’Académie française entérine le remplacement de cette apostrophe par un trait d’union[20].Grand’ était alors invariable et l’on écrivait par exemple « les grand’mères » et « les grands-pères ». Les milieux proches de l’ordre national de la Légion d’honneur semblent attachés contre l’Académie à la graphie « grand’croix »[21].
Dans l’usagesuisse, quelle que soit la langue (allemand, français, italien,romanche), l’apostrophe droite est souvent utilisée comme séparateur de milliers, quoique leGuide du typographe préconise une espace fine insécable.
Exemple : 100'000 (cent-mille)
Équivaut à « 100 000 » selon la norme duBIPM (SI) et l’usage de l’Imprimerie nationale française, qui recommandent une espace insécable fine et non justifiante comme séparateur des milliers[23] ; ou « 100 000 » selon l’usage sur Wikipédia en français (qui ne justifie jamais les lignes) et l’usage auCanada francophone[24].
L’apostrophe est communément utilisée pour indiquer les caractères omis en raison d’unamuïssement :
dans desabréviations, commegov’t pourgovernment (« gouvernement ») ou’70s pour1970s (seventies) ;
dans descontractions telles quecan’t pourcannot (« ne pas pouvoir ») etit’s pourit is (« c’est ») ouit has (« cela a »).
De façon exceptionnelle, on peut aussi trouver une combinaison des deux :bo’s’n’s pourboatswain’s.
L’utilisation la plus courante de l’apostrophe, cependant, est liée augénitif anglais (encore appelécas possessif), qui se marque normalement par unedésinence« ’s » ajoutée au mot voulu. Autrefois le génitif et le pluriel étaient marqués à l’identique -(e)s, l’introduction de l’apostrophe a permis de distinguer le génitif du pluriel.
Enfin, l’apostrophe est utilisée par certains écrivains dans une fonction similaire de séparation des morphèmes pour despluriels d’abréviations ou de symboles dans lesquels n’ajouter que la désinence-s (homophone du-s de génitif) serait ambigu, comme dansmind your p’s and q’s plutôt quemind your ps and qs (« surveillez vosp etq », c’est-à-dire « comportez-vous correctement », expression idiomatique intraduisible telle quelle). Ce procédé n’est pas nécessaire quand il n’y a pas d’ambiguïté :CDs,videos et1960s suffisent,CD’s,video’s et1960’s n’ayant pas de justification liée à la lisibilité. De même, l’emploi systématique actuel de l’apostrophe pour des mots n’ayant normalement pas de pluriel (verbes, adverbes…) est souvent erroné : le titre du filmDating Do’s and Don’ts devrait être écritDating Dos and Don’ts.
L’apostrophe deit’s (« c’est » ou « cela a ») marque une contraction deit is ou bienit has. Le possessif (adjectif ou pronom)its (« son, sa », « le sien, la sienne », quand le possesseur estneutre) n’a pas d’apostrophe. On peut se souvenir qu’il n’y a pas d’apostrophe dans les pronoms possessifshis (masculin),hers (féminin) etits.
Who’s signifie « qui est » ou « qui a ». On ne le confondra pas avec le possessif dewho,whose « dont » / « à qui » :the person whose responsibility it is is the member who’s oldest (littéralement « la personne dont c’est la responsabilité est le membre qui est le plus âgé »).
You’re signifie « vous êtes [tu es] », qu’on ne confondra pas avec le possessifyour (« votre [ton/ta] »). « Your nuts » signifie « tes noix » alors que « you’re nuts » peut se traduire par « espèce de noix ! », idiotisme familier pour « tu es fou ».
Quand un nom est mis au pluriel en-s, le génitif ne prend pas de-s supplémentaire mais l’apostrophe est conservée :lady’s hat, « le chapeau de dame » (singulier) maisladies’ hats, « le(s) chapeau(x) des dames » (pluriel). Les pluriels irréguliers sans-s sont construits normalement au génitif :child’s hat, « le chapeau de l’enfant »,children’s hats, « le(s) chapeau(x) des enfants ».
Un nom terminé au singulier par un-s peut ne pas recevoir un-s supplémentaire au génitif. Encore une fois, l’apostrophe est conservée :Jesus’ parables (« les paraboles de Jésus »). Cet usage est le plus courant aux États-Unis d’Amérique, surtout avec les noms anciens :Eros’ statue (« la statue d’Éros »),Herodotus’ book (« le livre d’Hérodote »). Des noms modernes se terminant par-es (prononcé avec /z/ et non /s/) suivent parfois cette règle :Charles’ car (« la voiture de Charles ») alors que lanorme enseigne qu’il faudrait écrireCharles’s car. Par extension, on fait aussi de même avec des mots terminés par-x ou-z. (À l’oral, on prononce le’s, par exemple « Jesus’ » se prononce souvent /dʒi:zəsəs/.)
Il existe des irrégularités, qu’on rencontre surtout dans lestoponymes : si on trouve àLondres unSt James’s Park (James est un singulier terminé par-s), il y a àÉdimbourg unePrinces Street, qu’il faudrait écrire avec une apostrophe puisquePrinces est au pluriel ;
Des apostrophes mal placées, en particulier avec un « s » de pluriel, sont nomméesGreengrocers’ apostrophes (ou, ironiquement,Greengrocers apostrophe’s), « apostrophes de l’épicier » (littéralement, du primeur), en raison des occurrences erronées censées être fréquentes sur les panonceaux écrits à la main qu’on peut trouver dans leur magasin, indiquant despotatoe’s (« pommes de terre ») ou descabbage’s (« choux »).
L’utilisation de la lettre modificative apostrophe (ʼ, U+02BC) est recommandée par l’Office public de la langue bretonne[25], mais l’usage de l’apostrophe dactylographique (U+0027) ou de l’apostrophe typographique (U+2019) reste courant.
L’usage de l’apostrophe typographique enespéranto est limité à la seule élision de la finale desnoms. Tout substantif se finit par-o et il est possible de retirer cette finale et de la remplacer par une apostrophe. L’article définila est également concerné par cette règle. Par exemple :
Ho, mia kor’! Post longa laborado
Ĉu mi ne venkos en decida hor’?
Sufiĉe! trankviliĝu de l’ batado,
Ho, mia kor’!
En principe, cetteélision est toujours correcte, mais en pratique elle est réservée à la poésie et est quasi inexistante dans la langue parlée[26].
L’apostrophe droite, quant à elle, était suggérée parLouis-Lazare Zamenhof sous l’appellation « petit trait » dans leFundamento de Esperanto pour séparer les groupes de lettres formant une idée :mal'san'ul'ejo est un hôpital, « lieu pour personne qui n’est pas en bonne santé » ; on rencontre plus souvent labarre oblique ou letrait d’union, de nos jours.
L’amuïssement de certains phonèmes (apocope etaphérèse) se marque avec l’apostrophe engaélique (où il existe des amuïssements obligatoires et facultatifs, comme en anglais). Par exemple, engaélique écossais :is toil leam a bhith ag dannsadh →’s [facultatif]toil leam a bhith a’ [obligatoire]dannsadh « j’aime danser »).
L’apostrophe peut servir à séparer desmorphèmes, surtout dans des mots sentis comme étrangers ou spécifiques. Ainsi, ennéerlandais, elle peut être utilisée dans certains pluriels étrangers pour séparer leradical de laterminaison depluriel irrégulière :foto’s,taxi’s. Le procédé se retrouve enturc : elle sert surtout dans les noms propres et joue là aussi un rôle séparateur (entre le radical et les suffixes). On trouvera donc souvent écritİzmir’de, « à Izmir » au lieu deİzmirde. On a aussi vu que l’anglais fait parfois de même, dans des cas plus rares, cependant.
Par exemple, en pīnyīnchangan est une graphie ambiguë : faut-il lirechang an ouchan gan ? L’ambiguïté disparaît une fois que l’on écritchang’an, l’apostrophe indiquant la séparation virtuelle entre les deux syllabeschang etan. Dans les faits,changan doit se lirechan gan et c’estchang an qu’on distingue par l’apostrophe (on n’écrit paschan’gan).
Pour le japonais, c’est avec lanasalemoraïque qu’on peut trouver des ambiguïtés : dans cette langue, en effet, il existe une consonne comptant pour une more et ne pouvant se trouver qu’en fin de syllabe et s’opposant à une consonne nasale simple n’existant qu’en début de syllabe. Dans un mot polysyllabique, la coupure entre les syllabes n’est pas toujours évidente dans la transcription : ainsikan’i (avec trois mores :ka+n+i) peut être différencié dekani (en deux mores :ka+ni) dès que l’on utilise l’apostrophe. Ce détail prend toute son importance quand on sait que l’orthographe enkanas change radicalement. Par exemple,kan’i s’écritかんい tandis quekani s’écritかに (hiragana).
Il est fréquent que l’apostrophe serve, soit dans uneorthographe latine, soit dans lestranscriptions et translittérations, à noter la présence d’unepalatalisation. Elle joue là un rôlediacritique adscrit (l’apostrophe ne se place normalement pas sur ou sous une lettre ; c’est dans ce cas un autre type de diacritique, comme unevirgule sous- ou suscrite).
Le cas duslovaque et dutchèque est notable : alors que dans ces langues la palatalisation est normalement indiquée par leháček, il est d’usage, pour les textes imprimés, de le remplacer par une apostrophe après les consonnes à hampe, soientt,d,l et lacapitaleL. Cet usage permet d’améliorer la lisibilité mais n’est pas obligatoire avec toutes les lettres ; ainsi, on trouve les couples suivants :
Selon la police de caractères à utiliser pour afficher cette page, il est possible que leháček soit utilisé à la place de l’apostrophe, surtout pourL ~l.
PourUnicode, ces caractères sont dits « avecháček », quel que soit l’œil du glyphe. L’apostrophe, le cas échéant, n’est pas un caractère supplémentaire mais fait bien partie de la lettre. Il serait maladroit d’écriredostʼ (ou, pire,dost') au lieu dedosť. Cette erreur est encore plus visible avec leĽ slovaque :Ľ n’est pas identique àLʼ ouL' (pour peu que votre navigateur affiche bien unL avec apostrophe adscrite). LeĽ ne doit pas non plus être confondu avec leĹ, l long, qui existe également dans cette langue.
L’apostrophe est aussi utilisée pour marquer la palatalisation dans certaines transcriptions de motsrusses. Dans l’alphabet cyrillique, c’est souvent un « signe mou » qui joue ce rôle. Ainsi, on pourra transcrireобъя́ть parob”ât’ « embrasser », oùt’ transcrit leт palatalisé (indiquéparь). Le signe dur (indiquant l’absence de palatalisation et la présence d’un phonème /j/ intercalaire) est rendu par un guillemet fermant courbe. Enbiélorusse et enukrainien, l’apostrophe est utilisée dans l’orthographe cyrillique entre une consonne et une voyelle molle pour indiquer la présence d’un phonème /j/ intercalaire au lieu du signe dur du russe.
Dans diverses orthographes et transcriptions ou translittérations, l’apostrophe indique uncoup de glotte ([ʔ]) :cheyennema’eno [maʔɪno̥], « tortue » (orthographe) ouamharique ስብአsäbʾä [sɜbʔɜ], « peuple » (transcription). L’apostrophe est dans ce cas une lettre à part entière. Il est notable qu’elle est aussi utilisée à cet effet enturc, langue dans laquelle le coup de glotte n’est cependant pas pertinent (et rarement prononcé) :tel’in [telʔin], « dénonciation ». Le turc utilise donc ce signe de deux manières différentes (séparation des morphèmes et coup de glotte).
L’utilisation de l’apostrophe pour marquer le coup de glotte est aussi très répandue dans latranscription des langues sémitiques. Le caractère attendu dans une bonne composition typographique pour ces dernières langues, cependant, est un demi-anneau à droite,ʾ (voir plus haut). À l’inverse des conventions sémitiques, c’est une apostrophe culbutée, diteokina, qui note le coup de glotte propre à beaucoup delangues polynésiennes.
Enalphabet phonétique international ainsi que dans l’orthographe latine de certaineslangues d’Afrique, la lettre apostrophe placée après uneconsonne sourde indique qu’il s’agit d’uneéjective. Dans certaines langues d’Afrique (mais pas en API dans les cas les plus courants, où l’on utilise des lettres àcrosse : /ɓ, ɗ/), elle peut aussi précéder une consonne sonore pour en indiquer le caractèreinjectif ; inversement, la graphieconsonne sourde +lettre apostrophe est assez rare dans les orthographes africaines, des graphies avec un caractère à crosse étant préférées (ƙ,ƭ). Il faut donc là considérer la lettre apostrophe comme une consonne (notant en dernière analyse un coup de glotte) faisant partie d’undigramme.
Ainsi, en API [pʼ] note uneéjectivebilabiale et on trouve dans les orthographes de quelques langues d’Afrique les combinaisons suivantes (le nom du pays indiqué entre parenthèses n’est pas tant celui où la langue est parlée — certaines étant étendues sur plusieurs nations — que celle où l’orthographe indiquée est suivie) :
Remarque : le symbole deglottalisation simple, [ˀ], n’est pas non plus une apostrophe.
Dans certains cas, l’apostrophe ne joue qu’un rôle diacritique sans lien avec une éventuelle glottalisation :ng’ ensouahéli (Kenya) note /ŋ/ tandis queng noteŋg. Seulng’ est undigramme,ng étant une suite de consonnes.
On remarque que, dans ces deux derniers emplois, coup de glotte etglottalisation, l’utilisation de l’apostrophe est graphiquement liée (une consonne éjective pouvant être vue comme une consonne suivie d’un coup de glotte ou précédée d’un coup de glotte quand c’est une injective). Les graphies sont, dans les orthographes africaines, parfois plus analytiques qu’en API (k’ =k +’ = /k/ + /ʔ/ = /k’/ et inversement’b =’ +b = /ʔ/ + /b/ = /ɓ/).
Dans la transcription traditionnelle de l’arménien, c’est le demi-anneau gauche qui note l’aspiration d’une consonne, souvent remplacé pour des raisons de commodité typographique par une apostrophe culbutée courbe, symbole qui s’utilise exclusivement pour la même fonction dans latranscription des langues chinoises. Ainsi, les digrammeskʿ ouk‘ se liront [kʰ].
En attié, grebo, nyabwa, wobé et yaouré, la double apostrophe ˮ (U+02EE lettre modificative double apostrophe) est utilisée pour indiquer le ton haut et le différencier du ton mi-haut, indiqué avec la simple apostrophe.
L’apostrophe droite est souvent utilisée pour représenter le signemathématiqueprime, le symbole des mesures enpieds (en concurrence avecft) et desminutes d’arc :A' (ouA′ idéalement) se lit donc « A prime » et12' (ou12′ idéalement) vaut « 12 pieds » ou « 12 minutes d’arc » (″ signifie alors respectivement « pouces » ou « secondes d’arc »). Il convient cependant de ne pas l’utiliser pour les minutes temporelles (dont l’abréviation estmin). Unicode prévoit cependant un caractère distinct (voir plus bas dans le tableau :#Codage du caractère apostrophe).
Certains logiciels de calcul scientifiques savent interpréter l’apostrophe droite comme un prime. AinsiMathematica (mais pasMaple) lit f' comme la dérivée de la fonction f (cela ne fonctionne que si f est une fonction d’une seule variable).
Le caractère apostrophe ‹ ' › U+0027, codé dans le standard ASCII commeapostrophe, guillemet anglais fermant, accent aigu, et repris comme tel dans Unicode est ambigu. Des caractères supplémentaires ont été codés pour lever certaines ambiguïtés car celui-ci peut être courbe, droit ou oblique.Il est principalement utilisé pour représenter l’apostrophe mais il peut être utilisé pour représenter plusieurs signes ou lettres lorsque ceux-ci ne sont pas disponibles :
‹ ’ ›, le caractère guillemet-apostrophe, dite apostrophe typographique, recommandée pour le signe d’élision apostrophe,
par exemple « l'enfant » au lieu de « l’enfant » ;
‹ ʼ ›, la lettre apostrophe, lettre de certains alphabets ou symbole phonétique,
par exemple « ma'eno » au lieu de « maʼeno », ou [p'] au lieu de [pʼ] ;
Dans certains langages, les apostrophes et les guillemets sont équivalents. Ainsi, on peut entourer sans ambiguïté de guillemets une chaîne contenant des apostrophes, et inversement, sans devoir utiliser uncaractère d’échappement. C’est par exemple le cas des langages respectant la syntaxeXML, commeXHTML :
<imgsrc='cui cui.jpeg'alt="l'oiseau"/>
Certains langages font la distinction entre un simplecaractère et unechaîne de caractères. Dans ce cas, les simples caractères sont entourés d’apostrophes et les chaînes de guillemets. Exemple enlangage C qui affiche « ABCD » :
putchar('A');puts("BCD");
Deslangages de script utilisent les apostrophes pour entourer les chaînes, les guillemets pour entourer les chaînes qui subissent une interpolation des variables, et l’accent grave pour entourer les chaînes qui sont remplacées par la sortie de la commande informatique qu’elles contiennent. Par exemple, le scriptshell Unix suivant :
A=`date`# A vaut le résultat de la commande dateecho'la date : $A'echo"la date :$A"
affiche :
la date : $Ala date : ven déc 31 19:39:43 CET 2004
Les apostrophes sont utilisées pour marquer l’emphase typographique dans la syntaxewiki du logicielMediaWiki. Ainsi, entourer un mot de deux apostrophes le met enitalique, de trois le fait représenter engras :''italique'' →italique,'''gras''' →gras.
Usages de guillemets dans les langages informatiques
↑aussi appelée de façon plus imagée« chiure de mouche » (dans l’argot des typographes) ouimpostrophe (néologisme et belgicisme,mot-valise composé de« imposteur » et« apostrophe »).
↑Sur la persistance de la graphie « grand’croix », voir le titre de l’ouvrage : Michel et Béatrice Wattel,Les Grand’Croix de la Légion d’honneur : De 1805 à nos jours, titulaires français et étrangers, Archives et Culture, 2009, 701 pages(ISBN9782350771359).