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Anubis

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Pour les articles homonymes, voirAnubis (homonymie).

Anubis
Divinité égyptienne
Image illustrative de l’article Anubis
Caractéristiques
Autre(s) nom(s)Inpou, Inp, Anpou, Yinepu
Nom enhiéroglyphes
in
p
wC6
Translittération Hannigἰnpw
Fonction principaleDieu de l'embaumement
Fonction secondaireMaître des nécropoles
ReprésentationHomme à tête de chacal
Métamorphose(s)Chacal
RésidenceDouât
Groupe divinTriade de Cynopolis etEnnéade d'Héliopolis
ParèdreAnupet ouHésat
Associé(s)Oupouaout,Khentamentiou,Sothis,Horus
Culte
Région de culteÉgypte antique
Temple(s)Cynopolis
Lieu principal de célébrationCynopolis,Assiout,Saka,Hout Nesout,Gebelein,Abydos,Thèbes,Deir el-Bahari,Létopolis,Tourah,Memphis,El-Lahoun, etc
Famille
PèreOsiris ou ouSeth
MèreNephtys ouIsis ouHésat ouBastet
FratrieOupouaout etHorus ouBata
• Enfant(s)Qébéhout
• Enfant(s)Oupouaout
Symboles
Attribut(s)Tête de Chacal etÂnkh
AnimalChacal
AstreSirius
CouleurNoir
modifier 
photographie d'un coffret décoré par une image d'Anubis assis sur un trône.
Coffret funéraire d'une adoratrice d'Anubis.Musée archéologique de Florence.

Anubis (prononcé[a.ny.bis]Écouter) est undieu funéraire de l'Égypte antique, maître desnécropoles et protecteur desembaumeurs, représenté comme un grandcanidé noir couché sur le ventre, ou comme un homme àtête de canidé[n 1]. La signification du mot Anubis,inpou enégyptien ancien,Anoub encopte,Ἄνουβις /Anoubis engrec ancien, demeure obscure : de nombreuses explications ont été avancées, mais il peut s'agir simplement d'uneonomatopée traduisant le hurlement du chacal. La forme canine du dieu a peut-être été inspirée aux Anciens Égyptiens par le comportement des canidés, souventcharognards opportunistes errant la nuit dans les nécropoles à la recherche de cadavres.

Les principalesépithètes du dieu Anubis mettent en avant ses liens avec les grandes nécropoles du pays et son rôle de divinité funéraire qu'il y exerce. Son culte est attesté à travers tout le territoire égyptien depuis leXXXIIe siècle av. J.-C. et a été intense durant plus de trois millénaires, pour ne s'éteindre qu'entre lesIVe et VIe siècles de notre ère, à la suite de l'essor duchristianisme. Si Anubis est une divinité nationale, il est toutefois régionalement très lié auxXVIIe etXVIIIe nomes deHaute-Égypte et plus particulièrement à la ville de Hardaï, plus connue sous le nom grec deCynopolis, la « ville du chien ».

Les prêtres égyptiens sont à l'origine de multiples traditions relatives aux liens familiaux d'Anubis, en faisant de lui le fils de la vache primordialeHésat ou le fils de avecNephtys. Une version, transmise par le grecPlutarque auIIe siècle de notre ère, fait de lui le fils adultérin deNephtys avecOsiris. Quand ce dernier est assassiné et démembré parSeth, Anubis participe avecIsis et Nephtys à la reconstitution du corps d'Osiris, inaugurant par ce geste la pratique de la momification. Assigné à la surveillance du « Bel Occident » — uneuphémisme pour lepays des morts —, Anubis accueille les défunts auprès de lui. Il momifie les corps afin de les rendre imputrescibles et éternels, il purifie les cœurs et les entrailles souillés par les turpitudes terrestres, il évalue les âmes lors de lapesée du cœur, puis accorde de nombreuses offrandes alimentaires aux défunts ayant accédé au rang de dignes ancêtres.

Dénomination

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Le dieu Anubis est l'une des plus anciennes divinités égyptiennes. La manière d'écrire son nom encaractères hiéroglyphiques a évolué au cours des époques, passant du symbole unique du chien couché à un groupe de signes phonétiques augmenté ou non du symbole canin. Malgré de nombreuses hypothèses, la signification du nom reste floue et non élucidée. La dernière en date propose d'y voir uneonomatopée. Les différentes fonctions funéraires d'Anubis transparaissent dans ses cinq principales épithètes et font de lui le maître du domaine des morts.

Nom

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Hiéroglyphes

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Article connexe :Translittération des hiéroglyphes.
TranscriptionHiéroglypheTraduction
inpou
E15
Anubis
inpou
E16
Anubis
inpou
M17N35
Q3
Anubis
inpou
M17N35
Q3
G43E15G7
Anubis
inpou
M17N35
Q3
C6
Anubis
sab
S29D58E17
chacal
inp
M17N35
Q3Aa2
décomposition
inpou
M17N35
Q3
G43A42
enfant royal
inpou
M17N35
Q3
A18
enfant royal
Hiéroglyphes.

LethéonymeAnubis provient de l'égyptien ancieninpou (Inpou, Anpou, Anoup, Anoupou)[n 2] par l'intermédiaire de sa formehelléniséeἌνουβις (Anoubis)[4],[5],[6],[7].

Le dieu Anubis, ou un dieu canidé du type d'Anubis, figure parmi les plus anciennes divinités de l'Égypte antique. Lehiéroglyphe du canidé couché (sur le sol ou sur une chapelle)[n 3] est connu depuis lapériode prédynastique. Des fouilles archéologiques àOumm el-Qa'ab, la nécropole royale de la cité d'Abydos, ont permis de découvrir des tessons de poterie et des plaquettes en ivoire où figure l'idéogramme du canidé couché, datés du roiScorpion de ladynastie Zéro et du roiDen de laIre dynastie (entre 3200 et 3000 avant notre ère)[8]. Durant l'Ancien Empire, ce hiéroglyphe se rencontre fréquemment dans les textes des formules d'offrandes funéraires. Il est généralement interprété par leségyptologues comme étant Anubis. Il est cependant très difficile de l'attribuer à cette seule divinité, car le nom d'Anubis n'est pas écrit avec des hiéroglyphes phonétiques avant laVIe dynastie, vers 2200 avant notre ère. Sur les monuments, l'idéogramme est le seul mode d'écriture durant lesIVe etVe dynasties. La graphie phonétique, avec ou sans ledéterminatif du canidé, apparaît occasionnellement à la fin de laVIe dynastie, sous le règne dePépi II, et ne devient fréquente qu'à partir de laPremière Période intermédiaire (entre 2180 et 2040 avant notre ère)[9]. Pour les temps les plus reculés, la lecture du hiéroglyphe du canidé couché enInpou (Anubis) n'est donc pas garantie. Les autres possibilités de lecture sont relativement nombreuses :Khenty Imentyou (« Celui qui est à la tête des occidentaux »),Inpou Khenty Imentyou (« Anubis, celui qui est à la tête des occidentaux »)[10],Sedi (« celui à la queue »),Oupiou (« celui qui ouvre (l'aîné) »),Meniou (« le gardien du troupeau »),Sheta (« le mystérieux ») etSab, un terme générique servant à désigner les chacals et les chiens du désert[11],[12].

Étymologie

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La signification du nominpou (Anubis) reste le sujet de nombreuses discussions entre spécialistes et aucun consensus ne s'est encore dégagé. La même situation s'applique à d'autres divinités importantes. Malgré maintes hypothèses, lesthéonymes,Min,Ptah,Osiris,Seth et Anubis ne disposent pas d'étymologies scientifiquement satisfaisantes[13].

hiéro.trans.symbolesignificationdivinité
i
iroseauventShou
n
nvagueletteeauOsiris
p
pnatte, tabouretdésertAnubis
Étymologie du nom d'Anubis d'après lePapyrus Jumilhac.

La plus ancienne explication du nom d'Anubis remonte à la fin de l'époque ptolémaïque et apparaît dans lePapyrus Jumilhac (VI, 6-7). Cette monographie religieuse, traduite en 1961 parJacques Vandier, expose les principaux mythes et rituels dunomecynopolite enMoyenne-Égypte. Il y est indiqué qu'Anubis a reçu son nom de sa mèreIsis et qu'il« fut prononcé relativement au vent, à l'eau et au désert ». Ces trois mots sont les représentations symboliques des trois hiéroglyphes phonétiques qui composent la racineinp du nom d'Anubis. Le roseaui représente le vent, la vagueletten évoque l'eau duNil et, plus curieusement, le meuble en roseaup est interprété comme le symbole du désert[14],[15]. SelonGeorges Posener, cette étymologie sacrée viserait à cimenter une association entre les dieuxShou (vent),Osiris (eau) et Anubis (désert)[16].

À l'instar des auteurs antiques duPapyrus Jumilhac, nombre de savants modernes ont enfreint les règles de l'étymologie pour trouver une signification au nom d'Anubis. Avant le déchiffrement des hiéroglyphes en 1752, le théologien et orientalistePaul Ernest Jablonski relie le nom d'Anubis au mot coptenoub (or) en affirmant que les chacals sont associés à ce métal[17]. En 1872, le britanniqueCharles Wycliffe Goodwin[18] avance l'idée assez improbable que le mot égyptieninpou est une corruption de la racine sémitiquealp, dont les nombreuses variantes serviraient à désigner des animaux[19].

Les égyptologues allemandsKurt Sethe etHermann Kees considèrent que la signification du motinpou est « chien » et plus spécialement « chiot », après avoir remarqué qu'en égyptien ancien le mot s'appliquait aussi pour désigner un « jeune prince ». En 1929, l'italien Giulio Farina[20] suppose que le mot égyptieninpou est similaire au mot sémitiqueṷlp, ṷulūp qui désigne le chacal. Dans un article publié à titre posthume en 1972,Pierre Lacau estime que plusieurs divinitésthériomorphes tirent leur nom de leur animal sacré. Concernant Anubis,inp est un terme archaïque qui sert à désigner un canidé etInpou est le nom de la divinité canine. Le termeinp ayant été divinisé, le motsab aurait pris le relais pour désigner les canidés sauvages[21]. En 1976, Dimitri Meeks traduit le nominp par « celui qui est couché sur son ventre », cette attitude étant la pose traditionnelle de la forme animale du dieu. Il remarque aussi qu'un passage desTextes des sarcophages rapproche le nom d'Anubis du motinp « putréfaction », unhapax issu d'uncalembour élaboré à partir des motsirpou (« vin ») etrepou (« fermentation »)[22].

Plus récemment, en 2005, le britanniqueTerence DuQuesne, notamment auteur d'une considérable monographie sur les dieux-chacals égyptiens, propose de ne voir, dans le termeinpou (vocalisé sous*yanoup), qu'une simpleonomatopée visant à imiter le hurlement duchacal, en conformité avec la pratique égyptienne de former les noms d'animaux à partir de leur cri :miou pour le chat,reret pour le cochon, pour l'âne[23].

Plus simplement, In-pou et a-nub-is qui sont des synonymes, le second étant la version copte du premier, pourraient vouloir dire, si l'on se réfère au Sumérien, « le rassembleur de troupeau », c'est-à-dire le chien[réf. souhaitée].

Épithètes

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Les principalesépithètes appliquées à Anubis mettent en exergue son rôle de divinité funéraire et le décrivent volontiers comme étant le chef du domaine funéraire en son entier ou comme le chef d'une des subdivisions de ce domaine. Dès les débuts de la civilisation égyptienne, Anubis est doté de ses cinq principales épithètes :Khenty imentyou (« Celui qui est à la tête des Occidentaux — les morts »),khenty ta djeser (« Celui qui est à la tête du pays sacré »),tepy djouef (« Celui qui est sur sa montagne »),Khenty seh netjer (« Celui qui préside au pavillon divin ») etimy-out (« Celui qui préside à la salle d'embaumement »), les quatre dernières persistant jusqu'à l'époque gréco-romaine (entre leIVe siècle avant notre ère et leIVe siècle après)[24],[25].

Celui qui est à la tête des Occidentaux

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TranslittérationHiéroglypheTraduction
khenty imentyou
xntn
ty
imnttywZ3
Celui qui est à la tête des Occidentaux
Hiéroglyphes.

L'épithètekhenty imentyou, « Celui qui est à la tête des Occidentaux » (variantes :khenty imentet, « Celui qui est à la tête de l'Occident » ;neb imentet, « Seigneur de l'Occident »), est surtout attribuée àOsiris à partir de la toute fin de l'Ancien Empire, quand il devient la divinité majeure du domaine funéraire, mais Anubis n'en sera jamais totalement dépourvu[24]. Cette épithète pose de nombreux problèmes carKhentyimentyou est aussi le nom du dieu-canidé de la ville d'Abydos attesté dès laIre dynastie par des documents archéologiques. Il s'agit donc de bien distinguer le nom d'une divinité indépendante et la fonction homonyme attribuée à Anubis à partir de laVe dynastie et à Osiris à partir de laVIe dynastie[26].

Seigneur du pays sacré

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TranslittérationHiéroglypheTraduction
neb ta djeser
V30
N16
D44
Seigneur du pays sacré,
Seigneur de la terre consacrée
Hiéroglyphes.

Les aspects d'Anubis, en tant que divinité du monde souterrain, se reflètent dans les épithètesKhenty ta djeser — « Celui qui est à la tête du Pays sacré » — etNeb ta djeser — « Seigneur du pays sacré ». La première expression est sans doute la plus ancienne, la seconde n'apparaissant que sous laIVe dynastie (aux alentours de 2500 avant notre ère), seule ou en association avec l'épithètekhenty seh netjer. Le « pays sacré » est une désignation de la nécropole et, par extension, de tout le royaume de l'au-delà. D'après une stèle duNouvel Empire conservée auMusée Royal des Antiquités deLeyde, leta djeser est aussi untoponyme qui sert à désigner la nécropole dunomethinite (la région de la ville d'Abydos) dont les liens avec les divinités canines sont attestés depuis les époques historiques les plus reculées. L'épithèteneb ta djeser est surtout attribuée à Anubis, mais très communément aussi au dieuOsiris, essentiellement durant leMoyen Empire, à Abydos et dans le reste du pays[27],[28].

Celui qui est sur sa montagne

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TranslittérationHiéroglypheTraduction
tepy djouef
D1N26
I9
A40
Celui qui est sur sa montagne,
Celui qui se tient sur sa montagne
Hiéroglyphes.

L'épithètetepy djouef, « Celui qui est sur sa montagne », est l'une des plus fréquentes depuis les débuts de l'histoire égyptienne et jusqu'à lapériode romaine. Elle se retrouve très souvent sur les murs desmastabas de l'Ancien Empire et sur des stèles élevées àAbydos durant leMoyen Empire. Cette expression apporte une précision géographique quant aux lieux où les Égyptiens ont installé leurs nécropoles. L'épithète montre que la puissance d'Anubis s'exerce sur les collines rocailleuses (gebel enarabe) situées entre la fin des terres cultivables bordant leNil et le début des vastes désertsLibyque etArabique. Dans cette zone montagneuse, le terrain est fort accidenté mais très riche en pierres de taille ainsi qu'en minerais et métaux précieux, utilisés lors des funérailles les plus somptueuses[29]. En outre errent dans cette zone les canidés prédateurs et charognards en quête de pitance. L'égyptologue Georg Möller[30] a proposé une explication géographique en rapprochant cette épithète du toponymedjouefet — « la montagne de la vipère » —, le nom duXIIe nome deHaute-Égypte, une région située en face du nomelycopolitain dédié au canidéOupouaout[31],[32]. Le mot égyptiendjou survit dans la languecopte sous le termetoou, qui sert à forger destoponymes en lien avec les montagnes désertiques et lesmonastères reculés[29].

Celui qui préside au pavillon divin

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TranslittérationHiéroglypheTraduction
khenty seh netjer
xntn
ty
R8O21
Celui qui est à la tête du pavillon divin,
Préposé au pavillon divin
Hiéroglyphes.

L'épithètekhenty seh netjer, « Celui qui préside au pavillon divin », apparaît régulièrement dans les plus anciennes formules d'offrandes inscrites, durant l'Ancien Empire, sur les murs desmastabas des particuliers ainsi que sur ceux despyramides à textes des souverains de laVIe dynastie. Leseh netjer est une structure temporaire (tente) ou une structure durable (bâtiment), un endroitliminal situé entre le monde des vivants et le monde des morts, une sorte de sas d'entrée de la nécropole. Il s'agit d'un lieu où Anubis exerce sa protection sur les corps morts, en cours de transformation lors de la momification. Le coffre qui représente un temple ou unnaos et sur lequel Anubis est souvent figuré couché est peut-être une représentation duseh netjer[33].

Celui qui préside à la salle d'embaumement

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TranslittérationHiéroglypheTraduction
imy-out
Z11G43X1
O49
Celui qui préside à la salle d'embaumement
Hiéroglyphes.

La fonction la plus connue du dieu Anubis s'exprime dans l'épithèteimy-out (« Celui qui préside à la salle d'embaumement », « Celui de la bandelette »), qui lui est spécifiquement attribuée. Le sens précis de cette expression n'est pas clairement établi. Le motout est en rapport avec lamomification et plus particulièrement avec les bandelettes, tandis que les prêtres qui participent à l'emballement des corps sont désignés sous le terme générique deoutyou. En tant quesubstantif, le motout se réfère aussi au lieu où se déroule le rituel de la momification. Il est également possible que ce mot soit en rapport avec le termeouhat, « oasis », lieu d'où sont originaires de nombreux produits, comme les résines nécessaires à la conservation des corps. Sous ladynastie des Ptolémées, le toponymeOut désigne la nécropole duXVIIe nome de Haute-Égypte, un lieu sacré fortement lié à Anubis[34].

Iconographie

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L'Égypte antique est une civilisation qui a accordé une grande importance aux images. Avec ses quelque 700 signes hiéroglyphiques, son écriture le démontre aisément. Cet art du dessin (ouiconographie) se remarque aussi dans la mise en image du monde divin. L'apparence du dieu Anubis, symbolisé par un canidé, est sûrement dictée par ses fonctions funéraires, les chacals et les chiens hantant et gardant les cimetières situés en bordure des déserts.

Canidé divin

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Animal emblématique

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Statue d'Anubis couché.
Anubis couché sur le sarcophage de Djeddjehoutefankh,XXIIIe dynastie.

Comme d'autres divinités funéraires égyptiennes, telsOupouaout,Khentyimentiou etSed, Anubis appartient au groupe des divinités canines. La morphologie générale d'Anubis sous sa forme entièrement animale, avec son museau pointu, ses deux oreilles dressées, son torse mince, ses quatre longues pattes et sa queue allongée, indique clairement qu'il s'agit d'un membre de la famille desCanidae qui regroupe enAfrique de l'Est lesloups, lesrenards, leschiens sauvages et les chiens domestiques. Cependant, la combinaison des éléments morphologiques d'Anubis ne correspond à aucune espèce connue de canidé encore existante. L'emblème animal du dieu semble bien plus être un mélange de plusieurs types. Si la tête et le museau correspondent à un large éventail de canidés, les oreilles pointues sont surtout semblables à celles du renard, tandis que le corps efflanqué rappelle celui dulévrier. La queue d'Anubis ressemble à celle duchacal, mais est bien plus longue et plus étroite ; la queue du renard, si elle tombe à terre comme celle d'Anubis, est bien plus touffue et plus épaisse. De plus, Anubis est dans la plupart des cas représenté avec un pelage noir, une couleur assez peu commune chez les diverses espèces de canidés[35].

Tout au long duXXe siècle, nombre de spécialistes ont estimé que l'animal d'Anubis est un êtrehybride, chien-loup, loup-chacal, chacal-chien, etc.[36].

Selon George Hart, écrivain et conférencier auBritish Museum[37],« le chien Anubis est probablement un chacal […] Mais d'autres chiens, par exemple leparia de couleur rouille, peuvent avoir servi de prototype. Anubis représente peut-être la quintessence des chiens du désert[38]. »

L'assimilation d'Anubis au à ce canidé se base sur un critère comportemental : ce canidé nocturne est connu pour hanter les cimetières durant la nuit, et plus particulièrement autour des tombes fraîchement creusées, afin de déterrer et dévorer les cadavres. Ce comportement aurait été associé par les anciens Égyptiens à la mort et par extension à la momification et aux cérémonies funéraires. La couleur noire d'Anubis est un symbole principalement expliqué de deux manières : d'abord par la coloration en noir du corps du défunt sous l'effet des résines utilisées durant l'embaumement, ensuite par l'association de la couleur noire au concept de la régénération, la crue du Nil apportant, chaque année, du limon noir et fertile sur les terres agricoles[39].

Canidés fouisseurs

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photo d'un chacal dans la savane.
Loup doré africain (Canis lupaster).

Le loup doré n'est toutefois pas le seul canidé à errer dans les cimetières, car les renards et leshyènes font de même. Les canidés, s'ils diffèrent physiquement, ont cependant certains comportements communs. L'un des plus saisissants est de s'éloigner puis de cacher de la nourriture en enterrant le surplus lorsqu'il est impossible de tout consommer sur place. Ce comportement inné suit invariablement un même schéma stéréotypé. L'animal s'éloigne d'abord avec un reste de viande dans la gueule, afin de trouver un endroit propice à l'enfouissement. Pour trouver l'emplacement adéquat, il renifle périodiquement le sol et gratte la terre avec une de ses pattes avant. Une fois un lieu convenable trouvé, il creuse un trou de plus en plus rapidement, en utilisant alternativement les deux pattes avant. La viande est alors déposée dans l'excavation, parfois en étant poussée à plusieurs reprises avec le bout du museau. L'animal comble ensuite le trou en poussant la terre excavée et en la tapotant avec le museau. À l'issue de l'opération, seule reste visible une légère perturbation du sol, et l'animal s'éloigne pour ne revenir qu'un jour ou deux plus tard afin de retrouver et consommer la viande enterrée. Les anciens Égyptiens n'ont sûrement pas manqué de remarquer ce comportement chez leurs chiens de chasse ou chez les canidés qu'ils connaissaient, tels leLoup doré africain (Canis lupaster), leRenard roux (Vulpes vulpes), leFennec (Vulpes zerda) ou leLycaon (Lycaon pictus). Le dieu Anubis a peut-être été représenté sous la forme canine à cause de ce comportement fouisseur, le principal rôle d'une divinité funéraire étant de soustraire les dépouilles mortelles à la vue des vivants[40].

Représentations

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Forme animale

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Le dieu Anubis est représenté sous forme dehiéroglyphes, peintures murales, bas-reliefs, amulettes ou statues tout au long de l'histoire de l'Égypte antique, de lapériode prédynastique jusqu'à l'occupation romaine. La plus ancienne et la plus commune des représentations est la forme animale, tel un canidé noir efflanqué en alerte, couché sur son ventre à même le sol ou sur un coffre reliquaire[41]. Dès les époques les plus reculées, un rare signe hiéroglyphique montre le canidé couché, avec une grande plume lui sortant du dos. Il s'agit sans doute d'une manière d'associer Anubis au dieuShou (souffle vital) ou à laMaât (vérité-justice), le canidé exerçant la fonction de juge dans le tribunal des âmes. La plume apparaissant aussi sur la coiffure d'Anupet, la déesse deCynopolis, il se peut que l'on soit en présence d'une manière de différencier le mâle Anubis (sans plume) de la femelle Anupet (avec plume) ou bien d'un procédé scriptural permettant de lier Anubis au nome cynopolitain[42]. On trouve aussi des représentations montrant le canidé couché tenant dans ses pattes avant leflagellum et le sceptre-sekhem, ou avec le flagellum lui sortant du dos[43].

Il est généralement admis que les représentations du canidé debout et marchant sur ses quatre pattes sont à mettre en rapport avec le dieuOupouaout. Cette assertion se vérifie de manière générale, mais tout systématisme est à éviter car, en de rares occurrences — à partir de laIVe dynastie —, ce signe peut désigner Anubis, l'inverse étant vrai également. Le hiéroglyphe du canidé debout sert aussi de déterminatif au nom de la divinitéOupiou, à l'herminette-noua et au motsab (chacal)[44].

Forme hybride

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Article connexe :Cynocéphalie.
Anubis en dieu anthropomorphe à tête de chacal (musée du Louvre).
Statue du roi Niouserrê vivifiée par Anubis et Ouadjet.
Statue du roiNiouserrê vivifiée par Anubis et Ouadjet.

Vers la fin de laIIe dynastie apparaissent les premières représentations de divinités hybrides combinant des éléments animaux et humains[45]. La plus ancienne attestation d'un dieu à tête de chacal remonte à cette période et figure sous la forme d'ungraffiti sur un fragment d'un bol enporphyre, de provenance inconnue et conservé, depuis 1977, auBritish Museum àLondres. Le dieu, dont le nom est inconnu, est figuré debout, tenant dans sa main droite unsceptre-ouas et dans sa main gauche un symboleânkh (vie). L'apparence de la tête avec son museau caractéristique laisse suggérer qu'il s'agit d'Anubis mais il a aussi été proposé d'y voirSeth ouAch[46]. La plus ancienne attestation certaine de l'image d'Anubis en dieuanthropomorphe à tête de chacal remonte à laVe dynastie et figure sur un fragment d'un relief du temple haut de lapyramide de Niouserrê. Ce bloc de pierre découvert au début duXXe siècle est depuis lors exposé auNeues Museum deBerlin. On y voit le roi assis sur son trône tenir de sa main gauche trois signes-ânkh et en recevant trois autres dans sa main droite, d'Anubis. Le dieu, debout dans l'attitude de la marche, vivifie le souverain en lui touchant les lèvres et le nez avec un septièmeânkh. La déesseOuadjet, symbole de laBasse-Égypte, se tient immobile derrière le roi et lui touche une épaule. Il est probable que, dans ce contexte, Anubis symbolise laHaute-Égypte. Sur le socle du trône est représentée l'union desDeux Terres par le symbole duSema-tawy. Le registre inférieur de cette scène montre treize hommes courbés en train d'exécuter le rituelkhebes-ta ou « piochage de la terre », un geste rituel en lien avec le renouveau printanier, mais aussi connu pour être effectué lors de l'inauguration des temples[47],[48].

Formes exceptionnelles

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relief d'un temple égyptien.
Anubis entièrement anthropomorphe (à gauche), relief du temple deRamsès II à Abydos.

Outre les représentations du dieu Anubis en canidé ou en homme à tête de canidé, il existe des modes de figuration moins courants. La seule image connue d'Anubis en une divinité entièrementanthropomorphe se rencontre àAbydos, sur un relief peint du temple funéraire deRamsès II édifié durant les premières années du règne de ce pharaon, vers. Une autre image d'Anubis, peu courante, est celle d'un oiseau à tête de canidé. Les occurrences de l'âme-Ba d'Anubis ont été trouvées dans la nécropole d'El-Deir (oasis d'Al-Kharga) sur un fragment d'un cartonnage peint, àDendérah, dans un relief du kiosquehathorique sur le toit du temple, sur un linceul d'un homme enterré àDeir el-Médineh (répétée quatre fois), dans la tombe de Qetinous (oasis de Dakhla) et dans une tombe de l'époque romaine[49]. L'Anubis à corps de serpent est un autre type de représentation rare. Deux exemples ont été trouvés à Douch et à Labakha (oasis d'Al-Kharga), respectivement sur un élément d'un lit funéraire et sur un cartonnage d'une momie (époque romaine). La figuration la plus ancienne de l'Anubis serpentiforme est attestée àDeir el-Médineh, dans la tombe deSennedjem, sur une peinture représentant un lit funéraire (XIXe dynastie)[50]. Durant l'époque gréco-romaine se développe la thématique de l'Anubis « à la clé » où le dieu est, dans les papyrus magiques, « celui qui détient les clés de l'Hadès » (Enfers) ou « le porteur de clés ». Dans l'iconographie, Anubis tient la clé à la main (homme à tête de canidé) ou à son cou (canidé) et se rencontre sur des sarcophages, des linceuls, des bandelettes de momie. L'égyptologue allemand Siegfried Morenz y voyait un rapprochement avec la divinité grecqueÉaque, l'un des trois juges des Enfers. Jean-Claude Grenier réfute cette idée et privilégie l'hypothèse d'une adaptation de l'iconographie religieuse causée par la diffusion de la clé dans la vie quotidienne des individus[51].

Éléments mythologiques

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Mythe osirien

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Anubis est l'une des plus anciennes divinités de l'Égypte antique, antérieure même au célèbreOsiris, considéré pourtant, dans le mythe, comme son père. L'intégration d'Anubis au sein de la famille osirienne (Osiris,Isis,Horus,Nephtys) s'est montrée complexe, difficile, et a probablement été dictée par le besoin de donner à Osiris, le dieu assassiné, le plus efficace des dieux en lien avec le monde des morts.

Origines

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Le processus d'élaboration des croyances égyptiennes est complexe. Concernant Anubis, quelques faits dominent dans la thématique funéraire. Pour le souverain, l'au-delà est un domaine situé dans le ciel et la personne royale est considérée comme un fils de, le dieu soleil —conception qui se met progressivement en place à partir de laIIe dynastie, mais ne culmine que sous lesIVe etVe dynasties. Le reste de la population égyptienne n'a pas les contrées célestes pour destinationpost-mortem : pour elle, l'au-delà est situé à l'Occident, considéré comme une extension desnécropoles terrestres. Durant les trois premières dynasties (de 3000 à 2600 avant notre ère), Anubis est la seule divinité funéraire qui soit aussi bien au service du roi qu'à celui des particuliers. À partir de la fin de laIVe dynastie, l'Occident est surtout connu pour être le royaume d'Osiris, le dieu-roi assassiné puis ressuscité. Mais cette vision de l'Occident n'est qu'une seconde étape ; antérieurement, il était surtout dominé par Anubis[52].

photo d'un monument
Fausse-porte du tombeau de Manéfer. Règne deDjedkarê Isési,Ve dynastie,
Musée égyptien de Berlin.

Une fois la royauté pharaonique bien installée, les familiers et les fonctionnaires royaux se font édifier des tombeaux et desmastabas autour du domaine funéraire royal, constitué par des pyramides plus ou moins monumentales[53]. Pour le groupe des serviteurs royaux, la religion funéraire consiste en une vie post-mortem qui se déroule à l'intérieur de ces sépultures. Le défunt bénéficie d'offrandes funéraires distribuées par faveur royale et sous le regard d'une divinité funéraire. L'Occident est d'abord le cimetière réel, puis cette notion s'élargit et se charge d'un caractère plus spirituel, devenant une contrée lointaine gouvernée par une divinité[54]. Entre lesIre etIVe dynasties, la religion funéraire patronnée par Anubis parvient à attirer à elle de nombreux fidèles non royaux. Mais cette prédominance d'Anubis sur l'Occident ne s'est pas faite sans la concurrence d'autres divinités funéraires. La divinité qui garantit des aliments au défunt est en effet très variable. Durant laIre dynastie, la grande rivale d'Anubis dans cette fonction est la déesseNeith, issue de la ville deSaïs[55].

Durant la première moitié de laIVe dynastie, les grands personnages de l'État pharaonique se placent presque tous sous la protection d'Anubis. Le recours à ce dieu apparaît dans des formules gravées sur les murs des chapelles qui surmontent les tombeaux. À l'extrême fin de laIVe dynastie ou durant les débuts de laVe dynastie,Osiris prend place à côté d'Anubis. Au cours de laVe dynastie, Osiris supplante Anubis comme souverain incontesté des mondes de l'au-delà. Toutefois, Anubis conserve une place non négligeable dans les croyances funéraires en tant que divinité protectrice[56]:

« Une offrande que donne le roi et que donne Anubis, préposé au pavillon divin, qui se tient sur sa montagne,imi-out, seigneur de la terre consacrée, afin qu'il puisse recevoir un enterrement parfait dans sa tombe qui est dans la nécropole occidentale, après être devenu très vieux en tant que possesseur de la condition d'imakhou auprès du dieu grand, seigneur de l'Occident.

Une offrande que donne le roi et que donneOsiris, préposé àBousiris, afin qu'il soit accompagné par seskas dans les places pures, et que sa main soit reçue par le dieu grand, et qu'il soit conduit sur les chemins sacrés de l'Occident, sur lesquels se promènent les possesseurs de la condition d’imakhou.

Une offrande que donne le roi et que donne Anubis, préposé à la ville deSépa, afin qu'il joigne la terre (soit enterré) et traverse le firmament, et que la (déesse de la) Nécropole lui offre ses bras en paix, en paix auprès du dieu grand, (au) possesseur de la condition d'imakhou auprès de son seigneur, qui a fait des offrandes et qui a atteint la condition d’imakhou.

Une offrande que donne le roi etOsirisKhentamentiou, seigneur d'Abydos, afin que l'offrande lui soit donnée dans sa tombe qui est dans la nécropole (...), en toute belle fête, chaque jour, par jour pour la durée de l'éternité, car j'étais un qui est aimé de son père, loué de sa mère. »

— Linteau d'une tombe anonyme deSaqqarah.VIe dynastie[57].

Osiris ou la momie idéale

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Articles détaillés :Osiris etMythe d'Osiris.
Anubis dans le mythe osirien
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Anubis sur une photographie de la tombe du roi Horemheb.
Osiris sous la protection d'Anubis et Horus.

Les relations entre Anubis etOsiris sont étroites mais relativement tardives. Cela provient du fait qu'historiquement Anubis est un dieu bien plus ancien qu'Osiris. Le premier est déjà bien attesté sous laIre dynastie, tandis que le second n'apparaît que 600 ans plus tard, durant laVe dynastie. L'apparition d'Osiris, un dieu roi assassiné par un meurtrier, son frèreSeth au caractère bien trempé, fait probablement suite à une décision politique d'affermissement du pouvoir royal, décision qualifiée par l'égyptologueBernard Mathieu de « Réforme osirienne »[58].Terence DuQuesne avance l'idée qu'il se pourrait qu'Osiris résulte de l'anthropomorphisation d'une divinité chacal. Le but recherché par le pouvoir pharaonique aurait été de faciliter l'identification du roi défunt avec une divinité bien définie. Avant l'introduction du mythe osirien, les monarques pouvaient prétendre posséder les caractéristiques des chacals Anubis etOupouaout, mais la légitimation d'un pouvoir politico-religieux puissant, d'origine divine, ne pouvait facilement se faire accepter qu'à travers l'assimilation du roi à un dieu entièrement anthropomorphe[59], à savoir Osiris dont le nom signifierait « le Puissant », « Celui du trône » ou « Celui qui est devenu un dieu par les rites »[60].

À la fin de l'Ancien Empire, dans lesTextes des pyramides, Anubis est bien plus lié au pharaon défunt qu'à Osiris et il ne semble pas qu'Anubis soit déjà lié aux divinités du mythe osirien. Par la suite, sous leMoyen Empire, Anubis devient un intermédiaire entre les morts et le dieu Osiris, érigé en tant queparangon de la surviepost-mortem. Visiblement, Anubis n'a pas acquis son caractère de divinité funéraire par son intégration au mythe d'Osiris. Tout au contraire, Anubis a été rapproché d'Osiris de par ses anciennes fonctions de ritualiste funèbre auprès des rois défunts. La première mention d'une action d'Anubis sur la dépouille mortelle d'Osiris figure dans lesTextes des sarcophages, un corpus funéraire destiné auxnomarques de laMoyenne-Égypte durant le Moyen Empire. Rê, affligé de la mort d'Osiris, envoie son fils Anubis prendre soin du corps de l'assassiné afin de lui redonner une belle apparence, un statut d'ancêtre et la possession éternelle d'une tombe bien approvisionnée en offrandes funéraires[61] :

« Que le roi soit gracieux et donne, et Anubis qui préside au pavillon divin, maître de la Douat, à qui les occidentaux rendent hommage, maître de Sepa, qui préside à la Terre sacrée, lui qui (?) réside au ciel médian, le quatrième des enfants de Rê, qu'on a fait descendre du ciel pour parfaire Osiris tant est grande son excellence au cœur de Rê et des dieux ! »

— Chapitre 908 desTextes des Sarcophages, traduction de Paul Barguet[62]

Les liens filiaux entre Osiris et Anubis se mettent en place à partir duNouvel Empire comme lorsqu'Anubis est qualifié de fils d'Osiris (sa Ousir) sur une stèle memphite de laXIXe dynastie (tombe de Hor-Min à Saqqarah). Cette affirmation ne devient cependant courante qu'à partir de laBasse Époque. Cette relation tire probablement son origine dans le fait que l'organisation des funérailles du père incombait à son fils aîné. Or pour un dieu aussi prestigieux qu'Osiris, ce privilège ne pouvait revenir qu'à Anubis, le plus ancien et le plus efficace des dieux funéraires[63].

Mères, multiples traditions
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Article connexe :Famille osirienne.
statuette de la déesse Bastet à tête de chat.
Statuette de la déesse Bastet.

Bien qu'Anubis joue un rôle essentiel dans le mythe d'Osiris à partir de laPremière Période intermédiaire, les théologiens égyptiens n'ont pu l'intégrer dans la famille osirienne qu'avec de grandes difficultés. Cet embarras se révèle dans son ascendance maternelle, plusieurs déesses coexistant dans le rôle de la mère d'Anubis[64].

AuNouvel Empire, leConte des deux frères, consigné sur lePapyrus d'Obiney et daté du règne deSéthi II (le petit-fils deRamsès II), fait d'Anubis le frère aîné du vigoureux Bata, le dieu taureau de la ville de Saka[n 4]. D'après cette source, les deux divinités sont nées de la même mère et du même père. L'identité des parents n'est toutefois pas révélée.

D'après un relief gravé sur une paroi dutemple funéraire deSéthi Ier àAbydos, la déesse chatteBastet est la mère d'Anubis. Le papyrus N3776 (S), daté de l'époqueptolémaïque et conservé auMusée du Louvre, suit cette même filiation[65]. Les liens théologiques entre Bastet et Anubis sont obscurs. Les deux divinités ont peut-être été liées du fait de leur proximité cultuelle àMemphis, le temple duBubasteion voisinant avec l'Anoubieion dans la nécropole Ânkh-Taouy « La Vie des Deux-Terres ». Selon l'AllemandHermann Kees, le nom de Bastet inclut la notion d'onguent et évoque l'activité du momificateur[66].

D'autres déesses, tellesHésat,Isis ouNephtys, apparaissent comme étant la mère d'Anubis. La mention de la vache primordiale Hésat, quoique implicite, est la plus ancienne et remonte au règne dePépi II lorsqu'il est dit du roi qu'il monte au ciel sur une échelle consolidée par le cuir de l'imy-out enfanté par Hésat, ce fétiche étant une des formes du dieu Anubis (T.P.,§ 2080e). La vache Hésat a ensuite été assimilée à la vacheHathor, très souvent représentée en train d'allaiter le prince héritier,inpou en langue égyptienne[67].

La mention de la déesse Isis en tant que mère d'Anubis est très tardive, seuls deux documents faisant état de cette filiation : lepapyrus Jumilhac[n 5] et lepapyrus démotique magique de Londres et de Leyde[68]. Ces deux sources professent une similitude entre Horus et Anubis. D'après le dernier document, une compilation de formules magico-médicales datée duIIIe siècle de notre ère, Anubis se trouve en Syrie le jour où les mauvais dieux complotent contre la vie de son père Osiris. Isis appelle son fils Anubis à son secours mais, en cours de route, il est piqué par un scorpion. Isis guérit Anubis en lui appliquant de l'huile curative et après lui avoir ordonné de lécher la plaie, tel un chien blessé. Une mésaventure presque similaire est arrivée au jeuneHorus, d'après le texte magique de lastèle de Metternich. Isis réussit à guérir son fils après avoir poussé le vieux à révéler son nom secret, ce nom étant la plus puissante des formules magiques[n 6].

Fils adultérin d'Osiris
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Statuette de Nephtys.
Statuette deNephthys.

La relation filiale d'Anubis avec le dieu solaire est attestée dès leMoyen Empire (chap. 908 desTextes des sarcophages). Dans le cadre d'une conjuration magique sur l'eau, lePapyrus magique Harris, daté de la fin de lapériode ramesside (XIIe siècle), poursuit ce dire tout en affirmant d'abord la maternité de la déesseNephtys, sœur d'Osiris, Isis etSeth :

« Autre formule: Ô âme ! Ô âme ! Moi, je suis Anubis, dieu de l'Orient, fils de Nephtys ! - (dire quatre fois).
Autre formule: Côté droit ! Côté gauche ! Moi, je suis Anubis, dieu de l'Orient, fils de Rê ! - (dire quatre fois). »

— Extrait duPapyrus magique Harris (7/7-7/8). D'après la traduction de François Lexa[69].

Cette citation est la seule affirmation égyptienne de la maternité de Nephtys sur Anubis avant la rédaction du traitéIsis et Osiris, le premier récit continu dumythe osirien, par le philosophe et historien grecPlutarque (vers 110-120 de notre ère), qui fait d'Anubis le fils issu de la relation adultérine entre Nephtys et Osiris, cette relation (pudiquement présentée sous la forme d'une méprise) causant la fureur de Seth et le meurtre par celui-ci de son frère Osiris[70] :

« Isis apprit ensuite qu'Osiris amoureux avait eu, par méprise, en la prenant pour Isis elle-même, commerce avec Nephtys sa sœur. Ayant trouvé dans la couronne demélilot qu'Osiris avait laissée auprès de Nephtys, un témoignage évident de leur union, Isis se mit à rechercher l'enfant que la mère, dans la crainte deTyphon, avait exposé tout aussitôt après lui avoir donné le jour. Isis conduite par des chiens, le retrouva difficilement et à grand’ peine. Elle se chargea de le nourrir, et cet enfant, répondant au nom d'Anoubis, devint son accompagnateur et son gardien. On le dit préposé à la garde des dieux, comme les chiens le sont à la garde des hommes. »

— Plutarque,Isis et Osiris (extrait du §14), traduction deMario Meunier[71].

Anubis, le rassembleur des membres d'Osiris
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Photographie des berges herbeuses du Nil.
Berges duNil.

Le mythe d'Osiris a donné lieu à de nombreuses variantes locales, parfois contradictoires, les prêtres ayant pour habitude de placer les épisodes centraux de ce mythe national dans leur périmètre régional. Ainsi, lePapyrus Jumilhac, rédigé à l'époque gréco-romaine, même s'il se concentre sur les légendes anubiennes ayant cours dans lesXVIIe etXVIIIenomes deHaute-Égypte, n'est pas exempt de contradictions, l'auteur de cette compilation religieuse plaçant successivement la découverte de latête d'Osiris par Anubis dans les montagnes proches d'Abydos dans leVIIIe nome deHaute-Égypte (III.19 -IV.4), puis dans les marais de Nedjit dans leIXe nome deBasse-Égypte (X.20 àXI.14). Ce dernier passage fournit, avec quatre autres mentions[n 7], l'origine légendaire du rituel de l'ouverture de la bouche et de la pratique annuelle de façonner des statues d'Osiris en argile lors du mois deKhoiak[72]. Le dieuSeth, après avoir assassiné son frère Osiris, maquille son crime en dépeçant le corps de la victime et en en dispersant les membres. Anubis part à la recherche des lambeaux et trouve la tête à Nedjit, un banc de sable situé près de la ville d'Andjéty (Bousiris). La tête est ensuite transportée à la nécropole deCynopolis (Hardaï), soit par Anubis lui-même transformé enHorus sous la forme d'unfaucon, soit par les quatreenfants d'Horus. Pour retrouver les autres membres d'Osiris, Anubis etThot se mettent à réfléchir. Le dernier finit par trouver une solution en ensorcelant la tête, le but étant de faire parler l'esprit d'Osiris. Mais, pour ce faire, la tête doit disposer d'un corps de substitution en glaise. Après de nombreuses paroles magiques, la tête du dieu mort révèle finalement l'emplacement des autres membres et Anubis se rend aussitôt vers les lieux indiqués. Pour transporter plus facilement les membres, Anubis fabrique un récipientimy-out, probablement sous la forme d'une corbeille en papyrus. De retour à Hardaï, Anubis momifie le corps d'Osiris et dépose la dépouille dans un caveau funéraire, afin de le soustraire à la furie de Seth[73]:

« Anubis alla, pour chercher son père Osiris, sur la butte des papyrus, sur ce banc de sable de Nedjit, à côté d’Andjty, après que le grand naufrage (?) eut lieu dans ce pays. Il trouva la tête auguste de son père sur la colline, trouvé manquant : tout son corps. Son fils Anubis se transforma en faucon, il la mit entre ses bras, il vola avec elle aux confins de l’horizon, il atteignit Hardaï, (plus précisément) la nécropole qui est là. Or, Thot était avec lui. Ils réfléchissaient vigoureusement. Ils apportèrent de l’argile pure du lac en ce lieu, sur le côté ouest de la nécropole. Une statuette fut dressée debout, sa (partie) manquante étant en terre, après qu’il (Anubis ou Thot ?) eut réuni la tête de son père avec sa poitrine. Elle (c’est-à-dire la tête) fut ensorcelée par Thot grâce à de nombreuses incantations, pour lui (la tête ou Osiris ?) faire révéler le(s) lieu(x) où se trouvaient ses membres. Et ce dieu [tint conseil avec eux] et les (c’est-à-dire les membres) indiqua dans le Double-pays, les déserts à tribord (c’est-à-dire à l’ouest) et à bâbord (c’est-à-dire à l’est), et les îles de la Grande-verte. Son fils Anubis alla les chercher. Il les trouva dans le(s) lieu(x) qu’il avait divulgué(s) pour eux. Puis, il arracha des tiges de papyrus et les lia comme cette image : (imy-out). Il y réunit les membres du dieu et les mit sur son épaule jusqu’au sanctuaire - out. Il les déposa en ce lieu, il les cacha dans la chambre auguste, après qu’il les eut rappareillés dans le coffre mystérieux. »

— Extrait duPapyrus Jumilhac (X.20 àXI.14), traduction de Sandra L. Lippert[74].

Divinité pastorale et bouchère

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Si Anubis est surtout connu pour ses fonctions funéraires, dès ses origines, il est aussi assigné à la protection des troupeaux de bovidés. L'élevage étant la principale richesse des Anciens Égyptiens, le sacrifice d'une bête à corne constitue alors le point d'orgue des rituels funéraires. La protection d'Anubis s'exerce naturellement lors des abattages et des répartitions des offrandes. Les fonctions pastorales et funéraires du dieu canin sont inextricablement liées dans le récit mythologique duConte des deux frères (Anubis etBata).

Maître du bétail

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Anubis et les bovidés
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Maquette funéraire d'un troupeau de bétail.
Dénombrement du bétail du défunt Meketrê (maquette funéraire).

Si les aspects funéraires du dieu Anubis sont bien documentés durant toute l'histoire de l'Égypte antique, la personnalité du dieu est riche d'autres caractéristiques. Une des traditions secondaires fait d'Anubis le maître des bêtes à cornes. Ce trait, connu dès l'Ancien Empire, est surtout documenté par des inscriptions de temples tardifs. ÀKôm Ombo,Dendérah etEdfou, trois importants sanctuaires réédifiés durant lapériode gréco-romaine, Anubis apparaît comme le « maître des vaches laitières » (inpou neb oupout) et comme le « souverain des taureaux de combats » (inpou ity en ousheb), un trait agraire résumé par l'épithète « le bon bouvier » (pa-mer-âh nefer) dans lePapyrus magique démotique de Londres et de Leyde[75]. À l'époque ramesside, leConte des deux frères rappelle cette maîtrise en faisant d'Anubis le riche propriétaire d'un opulent domaine agricole où, grâce aux bons soins de Bata, « les vaches dont il avait la charge devenaient extrêmement belles, ellesvêlaient deux fois plus et excellemment »[76]. Ces liens mythologiques entre les canidés et le bétail est toujours d'actualité dans la vallée duNil, mais plus au sud, dans des récitsShilluk etAnyuak (lire plus bas). D'après ces deux ethnies, des esprits canins habitent des pâturages qui ne connaissent pas la sécheresse estivale et veillent sur le troupeau deJwok, le dieu créateur[77]. En Égypte antique, la possession d'un large bétail est une bénédiction divine et un marqueur d'importance sociale, la puissance économique permettant de larges sacrifices animaliers à des fins d'offrandes funéraires. Dans ce contexte, Anubis endosse les traits du sacrificateur sous le titre de « chef des bouchers » (hery-tep menhouy)[78].

Pourvoyeur d'offrandes
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Scène de sacrifices de bovidés.
Sacrifices de bovidés en l'honneur du défunt Kagemmi.

Dès les époques les plus reculées, la fonction d'Anubis est d'approvisionner les défunts dans le cadre de ses activités de divinité funéraire. Le dieu est leneb qereset, c'est-à-dire le « maître de la sépulture » ou le « maître de l'enterrement ». Les formules d'offrandes funéraires, les épithètes et les actions d'Anubis qui apparaissent dans les textes funéraires attestent clairement ce rôle. Sous l'Ancien Empire, les défunts lui demandent très fréquemment d'assurer de bons enterrements dans le désert occidental (semyt imentet) afin qu'ils puissent devenir desimâkhou (esprits glorifiés, morts bienheureux), c'est-à-dire des ancêtres aptes à bénéficier d'un culte funéraire régulier et pérenne, financé par des dotations royales ou privées[79]. Dans tous lescorpus de textes funéraires, desTextes des pyramides auLivre des Morts, en passant par lesTextes des sarcophages, apparaissent des souhaits où il est demandé à Anubis de garantir des offrandes alimentaires en abondance :

« Qu'Anubis donne une offrande au Chef des Occidentaux ! Tes milliers de pain ! Tes milliers de bière ! Tes milliers d'huile ! Tes milliers d'albâtre ! Tes milliers de vêtement ! Tes milliers de bovin ! »

— Antichambre de laPyramide de Mérenrê,VIe dynastie,§ 745 a-d[80].

« (L'Osiris N[n 8]. est) un pur dans la suite d'Osiris, chef des Occidentaux, au cours de chaque jour ; ses champs sont dans la Campagne des Félicités parmi les initiés, parmi ceux qui préparent les aliments pour Osiris ; N. est auprès deThot parmi ceux qui préparent les offrandes alimentaires. Anubis a ordonné (à) ceux qui sont parmi les offrandes que les offrandes de N. soient en sa possession, sans que cela puisse lui être enlevé par ceux qui s'occupent du butin. »

— Livre des Morts,Nouvel Empire, chapitre 144[81].

Conte des Deux Frères

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Anubis et le taureau Bata
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Photographie d'un pin parasol.
Pin parasol.

LeConte des Deux Frères, découvert en 1852, est rédigé à l'occasion de l'accession au trône du jeune roiSéthi II, à la fin duXIIe siècle ; c'est l'un des textes de l'Égypte ancienne les plus traduits et commentés[82]. Sa nature exacte n'est cependant pas encore bien déterminée. Ses premiers traducteurs,Emmanuel de Rougé etAuguste Mariette ont pensé qu'il s'agissait d'un conte. Depuis, l'opinion générale parmi les égyptologues est qu'il s'agit d'une œuvre littéraire chargée de données mythologiques[83]. En 2003, Wolfgang Wettengel[84] y voit un mythe politique destiné à expliquer, dans une période de crise successorale et de migration sémitique, l'origine divine et séthienne de la lignée deRamsès II, les dieuxSeth etBaal se cachant sous les traits deBata, un berger devenu roi avec l'aide d'Anubis[85]. En 2011, sur la base d'une comparaison avec les données consignées dans lePapyrus Jumilhac,Frédéric Servajean estime que cette histoire est une sorte de mythe qui camoufle les relations conflictuelles entre les clergés desXVIIe etXVIIIe nomes deHaute-Égypte, la frontière entre ces deux régions étant très fluctuante. Les deux principaux personnages sont en effet Anubis et Bata, chaque frère étant la divinité majeure de l'un des deux nomes rivaux[86].

Bata et ses multiples vies
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Anubis, le frère aîné, est l'heureux propriétaire d'un domaine agricole et d'un large cheptel bovin, tandis queBata, le cadet, s'occupe de tous les travaux de la ferme. Les deux frères mènent une existence paisible mais entrent en conflit le jour où la femme d'Anubis tente de séduire Bata. Ce dernier refuse les avances de la séductrice. Affolée par l'idée d'être dénoncée, l'épouse invente un mensonge et dit à Anubis qu'elle a été violentée par Bata. Anubis, furieux, tente d'assassiner son cadet, mais Bata réussit à fuir aidé par Rê. Le lendemain, les deux frères s'expliquent et Anubis reconnaît s'être emporté à tort. Pourtant, les frères se séparent. Anubis rentre chez lui et tue son épouse infidèle. Bata, bouleversé par cette mésaventure incestueuse, se châtre et décide de quitter l'Égypte pour la « Vallée du Pin parasol », située probablement dans l'actuelLiban[87]. Il mène quelque temps une vie solitaire, se construit une demeure sous le plus grand despins parasols et survit grâce aux produits de ses chasses quotidiennes. Pris de pitié, l'Ennéade lui fabrique une magnifique compagne. Lorsque Pharaon apprend l'existence de cette déesse, il monte une armée, enlève la femme et trouve le moyen de tuer Bata en suivant les consignes de la déesse, cette dernière ayant choisi de trahir Bata. Chez lui, Anubis apprend la mort de Bata par l'entremise d'intersignes (vin aigre et bière rance). Il accourt aussitôt auprès de la dépouille de son frère et s'active à le faire revivre en lui faisant boire son cœur placé dans un bol d'eau fraîche[n 9]. Ayant recouvré la vie, Bata se transforme en taureau et retourne en Égypte, guidé par Anubis. Offert en cadeau à Pharaon, le taureau Bata se présente devant sa compagne qui, entre-temps, était devenue la concubine préférée de Pharaon. Prise de terreur, la déesse supplie Pharaon de sacrifier le taureau aux dieux. Pharaon cède à cette demande, mais deux gouttes du sang de Bata éclaboussent les montants d'un portail et donnent naissance à deux magnifiquesperseas. La déesse, sachant qu'il s'agit de Bata, demande à Pharaon de les faire abattre afin d'en faire des meubles. Lors de la coupe, un copeau s'envole et finit dans la bouche de la déesse. Ayant avalé l'esprit de Bata, la déesse se trouve ainsi enceinte de lui et lui redonne naissance en tant que prince héritier. À la mort de Pharaon, Bata lui succède et fait traduire en justice la déesse traîtresse. Il règne sur le pays durant trente ans, et, au bout de ce temps de vie humaine, il meurt et rejoint le ciel, non sans avoir fait d'Anubis son successeur légitime[88].

Bata ou Seth capturé
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Anubis attrape au lasso un taureau.
Anubis capture Seth transformé en taureau lors du vol de la momie d'Osiris.

À sept reprises, leConte des deux frères met en relation le personnage deBata avec une étable. D'aprèsFrédéric Servajean, il est probable que ces mentions sont des allusions à une étable à fonction rituelle qui devait exister dans l'enceinte du temple de la ville deSaka, le « Dos du Taureau » (l'actuelle bourgade d'El-Qîs). Plusieurs passages duPapyrus Jumilhac parlent de cette localité et deux d'entre eux citent nommément l'enclos-medjet de Saka consacré au dieu taureau Bata[89]. D'après une inscription du temple deDendérah, la ville de Saka est, durant la période gréco-romaine, la capitale duXVIIe nome deHaute-Égypte, et Anubis est son dieu principal. Une source postérieure, lePapyrus de Tebtynisno II, daté de l'époque romaine, rapporte que les dieux Bata,Horus,Isis etNephtys sont vénérés à Saka, tandis qu'en face, sur l'autre rive, les dieux Anubis,Osiris et Hor-hery-ouadjef (Horus sur son papyrus) sont vénérés à Houtredjou dans le sanctuaireSeh-Netjer, le « Pavillon du Dieu »[90]. Selon lePapyrus Jumilhac, Bata est en réalitéSeth, l'ennemi et le meurtrier d'Osiris, mais sous une forme inoffensive, le fougueux Seth ayant été vaincu, ligoté et castré par Anubis après avoir tenté de dérober la momie d'Osiris. Depuis cette capture et pour l'éternité des temps, Seth est enfermé dans l'étable sacrée du temple de Saka sous l'apparence du pacifiquebœuf Bata. Cet épisode mythologique est illustré dans le papyrus par une vignette qui représente un taureau courant au galop mais dont la fuite est stoppée par Anubis qui l'a attrapé au lasso. La corde maintient liées les deux pattes postérieures du taureau et Anubis tient fermement de ses deux mains l'autre extrémité afin que Seth ne puisse s'échapper. Sur le dos du bovidé est déposée lamomie d'Osiris, Anubis ayant condamné Seth à porter la dépouille sur son dos afin de la ramener dans la crypte mortuaire[91]:

« [Seth] se transforma en Anubis afin que les gardiens des portes ne puissent le reconnaître. Il entra à l'intérieur et il vola les affaires en tant que « simulacres de sacrifices » (khet em kheftyou) du corps (hâou) du dieu, il traversa le fleuve en les portant. Or Anubis l'avait déjà appris. Il se mit alors à le poursuivre avec les dieux de sa suite et ils le rejoignirent. Seth rendit sa forme méconnaissable en tant que taureau sauvage. Mais Anubis attacha ses bras avec ses jambes et il coupa son phallus et ses testicules, et il plaça sur son (= celui de Seth) dos les choses qu'il (= Seth) avait prises. Puis Anubis l'emprisonna dans sa place d'abattage et il rapporta à leur place les choses qu'il (= Seth) avait saisies ; on l'appelle (depuis lors) : « Bata dans Saka », à cause de cela, et on appelle Saka le lieu où il a été emprisonné jusqu'à ce jour, et un enclos pour bovidés vit le jour sur cette terre à cause de cela. »

— Extrait duPapyrus Jumilhac (III, 12-25), traduction de Frédéric Servajean[92].

Nécropoles et sanctuaires

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Croyance égyptienne nationale

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Les nombreuses découvertes archéologiques réalisées sur l'ensemble du territoire égyptien, au cours desXIXe et XXe siècles, ont démontré qu'Anubis a été une divinité funéraire très populaire auprès de l'ensemble de la population antique, des plus humbles paysans jusqu'aux plus prestigieux pharaons. Sa présence se manifeste dans les nécropoles grâce aux textes, reliefs et statuettes que chaque défunt a laissé dans sa sépulture. Son culte est bien attesté dans les grands centres religieux qu'ont été les villes deMemphis etThèbes.

Maître des nécropoles

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La plupart des dieux funéraires égyptiens ne sont vénérés qu'au niveau local. La zone d'influence de ces divinités mineures ne dépasse pas les frontières de la ville ou de laprovince d'origine. Seuls quelques rares dieux et déesses, très vénérés localement, ont été hissés au niveau national, comme c'est le cas d'Oupouaout d'Assiout et d'Anubis du nomecynopolitain, lequel acquiert très tôt une large influence nationale[93].

photo d'une statuette d'Anubis.
Un adorateur agenouillé devant Anubis.

Dès les débuts de l'Ancien Empire, Anubis est invoqué dans les formules d'offrandes funéraires des nécropoles situées entreMemphis etÉléphantine. Certaines de sesépithètes le relient plus particulièrement aux grandes nécropoles du pays. Elles font de lui le seigneur deRo-Sétaou, un cimetière situé près deGizeh, et le seigneur deRo-Qereret, la nécropole de la ville d'Assiout. Anubis est aussi lié à Sepa, une ville non localisée avec certitude, mais située dans les environs de Memphis. Anubis exerce aussi sa puissance sur la carrière deTourah, d'où ont été extraits les blocs de calcaire ayant servi à l'édification des pyramides de Gizeh et deSaqqarah[94]. Par comparaison, saparèdreAnupet reste, à toutes les époques, exclusivement cantonnée à son rôle de déesse tutélaire duXVIIe nome deHaute-Égypte[93].

Avant leMoyen Empire, les preuves de l'existence de temples consacrés à Anubis sont indirectes. Une inscription de la tombe de Tefib révèle ainsi la présence d'un lieu de culte à Assiout, et plusieurs stèles démontrent l'existence d'un culte florissant àEl-Lahoun, dans leFayoum[95]. Vers le début de laVIe dynastie, dans une variante de la traditionnelle énumération des bonnes actions accomplies durant la vie terrestre, le gouverneur Henqou duXIIe nome deHaute-Égypte déclare vénérer le dieu chacal, d'après une inscription de sa tombe deDeir el-Gebraoui :« J'ai donné du pain à l'affamé dans le nome de la Montagne de la Vipère. J'ai donné des vêtements à celui qui était nu. (…) J'ai satisfait les chacals de la montagne et les oiseaux de proie du ciel avec de la viande de mouton et de chèvre[96] » Cette affirmation funéraire, sans mentionner un temple, suggère néanmoins la présence d'une activité rituelle en lien avec les chacals dans cette région[97].

Pharaon en tant qu'Anubis

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Article détaillé :Textes des pyramides.
Hiéroglyphes gravé sur un mur intérieur d'une pyramide.
Textes de lapyramide de Téti.

Dans lesTextes des pyramides — écrits religieux gravés sur les parois des complexes funéraires royaux entre 2320 et 2150 avant notre ère — le roi défunt est transfiguré en un être éternel et se voit attribuer les sceptres, les couronnes, les trônes, mais aussi les fonctions judiciaires et régaliennes d'un nombre considérable de divinités, les plus prestigieuses étant etOsiris. Quelque cent trente chapitres, sur le millier que compte ce corpus, font référence à des divinités chacal, à Anubis etOupouaout en premier lieu, mais aussi àKhentamentiou,Oupiou,Igay etDouamoutef ainsi qu'auxÂmes de Nekhen[98]. Lorsque le roi s'identifie à Anubis, le texte mentionne souvent l'aspect animal du dieu, à savoir le chacal couché, manifestation d'Anubis en tant que gardien vigilant et protecteur du corps momifié[98]:

« Dresse-toi en tant qu'Osiris, tel unBienheureux, le fils deGeb, son premier-né ! Puisses-tu te tenir comme Anubis qui est sur le coffre afin que l'Ennéade tremble à cause de toi […] »

— Extrait du chapitre 437 de la pyramide à textes dePépi II, traduction de Claude Carrier[99]

Comme la momification est une étape cruciale dans le processus de revitalisation, le roi, qui a bénéficié des compétences d'Anubis, affirme maîtriser cette même compétence en déclarant être « Anubis qui préside au pavillon divin » ou en apparaissant dans la « mystérieuse forme d'Anubis dans le pavillon divin ». Ailleurs, le roi devient « Anubis le magistrat du tribunal divin » ou un terrible chacal carnivore qui détruit les ennemis d'Osiris[100]:

« C'est de son équipement (?) que tu as débarrassé Horus afin qu'il puisse presser ceux qui sont derrière Seth ! Puisses-tu les éviscérer ! Puisses-tu arracher leurs cœurs ! Puisses-tu boire de leur sang ! Puisses-tu examiner leurs esprits en ce nom qui est tien de "Anubis qui examine les esprits" ! Si tes deux yeux t'ont été donné, c'est en tant que tes deux uræus telOupouaout qui est sur son pavois, Anubis qui est à la tête du pavillon divin ! »

— Extrait du chapitre 535 desTextes des Pyramides, traduction deClaude Carrier[101]

Mastabas de l'Ancien Empire

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Article détaillé :Mastaba.
photo en noir et blanc de la gravure d'Anubis chez Koufoukhâef.
Mastaba de Koufoukhâef (relief nord).

ÀGizeh, vers 2530 avant notre ère, dans le cadre d'une série très restreinte de formules d'offrandes, des reliefs datés de laIVe dynastie font voir deshiéroglyphes de chacals couchés, considérablement agrandis par rapport au texte où ils figurent. Il semble que toutes ces représentations trouvent leur origine dans l'entourage familial du roiKhéops, le bâtisseur de laGrande Pyramide. Pour chaque formule d'offrandes, l'image du chacal est à la fois un immense hiéroglyphe intégré au texte et une figuration du dieu, telle une icône[n 10]. Le plus ancien relief figure dans lemastaba du princeKaouab, fils de Khéops, et montre un chacal bien plus grand que les hiéroglyphes qui l'accompagnent. Le texte, dégradé lors de sa découverte, a été restauré en 1946-1947 par l'égyptologue américain William Stevenson Smith[102]. Dans les autres reliefs, la dimension du chacal est légèrement atténuée, mais les détails de la gravure sont plus affirmés. Dans le mastaba du princeKoufoukhâef, un autre fils de Khéops, figurent deux chacals gravés enbas-relief sur lesjambages de la porte de la chapelle méridionale. La tête des canidés est pourvue d'un œil humain et coiffée d'une perruque à mèches tressées. L'une de ces perruques dispose d'unménat en guise de contrepoids (relief sud)[103].

« Une offrande donnée par Anubis khenty ta djeser, à savoir une heureuse vieillesse avant d'arriver auprès du grand dieu, pour le fils royal Khoufoukhâef (relief nord).

Une offrande donnée par Anubis imy-out, à savoir puissance et noblesse avant d'arriver devant le grand dieu, pour le fils royal Khoufoukhâef (relief sud). »

— Mastaba de Koufoukhâef[104]

Des représentations assez similaires figurent sur le seuil de la chapelle funéraire du mastaba de la reineMérésânkh III, fille de Kaouab, épouse et nièce du roiKhéphren. Le même type de grand chacal peut aussi se retrouver sur dessarcophages, tel celui de la princesseMérésânkh II, une fille de Khéops[105]. Le sarcophage de Hotep (un dignitaire de la fin de laVe dynastie), découvert àSaqqarah en 1937 parSelim Hassan, est cependant le plus spectaculaire, avec un chacal figuré dix fois plus grand que les autres hiéroglyphes. Toujours àSaqqarah, dans lemastaba de Ti, le chacal est présenté avec de nombreux détails, sa longue queue étant plus particulièrement mise en évidence. L'importance accordée à l'appendice caudal du chacal est d'ordre symbolique. Le nom du dieu chacalSed signifie « queue » et la queue-sed de taureau est l'un des accessoires du costume cérémoniel des dieux mâles et des pharaons[106]. La taille démesurée d'Anubis est peut-être une manière de manifester l'importance du dieu dans son rôle de protecteur des tombes de la famille royale et de souligner l'importance vitale du culte funéraire royal, le dieu chacal étant l'une des apparences divines que revêtent les souverains et les courtisans égyptiens dans l'au-delà[107].

Chapelle d'Anubis à Deir el-Bahari

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Articles détaillés :Deir el-Bahari etHatchepsout.

Anubis n'a bénéficié d'un grand temple indépendant que dans la cité deCynopolis. Il pouvait cependant posséder une chapelle dans les grands temples funéraires royaux, les « Châteaux des Millions d'Années » consacrés auKa des souverains égyptiens. La plus fameuse d'entre elles est la chapelle inférieure d'Anubis, àDeir el-Bahari, consacrée par la pharaonneHatchepsout durant laXVIIIe dynastie[108].

La cour supérieure du temple funéraire d'Hatchepsout est délimitée à l'ouest par des portiques, le portique intermédiaire étant prolongé au sud par la chapelle d'Hathor et au nord par la chapelle inférieure d'Anubis. Cette dernière est accessible depuis une salle hypostyle rectangulaire à douze colonnes cannelées et au plafond parsemé d'étoiles. Le mur septentrional est percé d'une niche consacrée à Anubis tandis que son vis-à-vis méridional est percé d'une niche consacrée àOsiris. La salle est ornée de nombreux bas-reliefs montrant Hatchepsout, son épouxThoutmôsis II et son beau-filsThoutmôsis III faisant des offrandes à différents dieux dont Anubis, Osiris,,Amon etSokaris. Le mur occidental est percé en son milieu par une ouverture conduisant au Saint des Saints, organisé en une succession de trois petites chambres voûtées se succédant en chicane. Le programme décoratif de ce sanctuaire a été interprété parChristiane Desroches Noblecourt comme les ultimes métamorphoses de la pharaonne avant sa renaissance, Anubis étant la souveraine elle-même[109].

  • Chapelle d'Anubis
  • photo de la chapelle
    Façade orientale de la chapelle d'Anubis.
  • photo du plafond
    Plafond étoilé de la salle hypostyle.
  • photo d'une fresque
    Anubis devant des offrandes.

Anoubieion de Saqqarah

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Article détaillé :Anoubieion (Saqqarah).
Croquis d'une momie de canidé.
Croquis d'une momie de canidé.

À partir de laXXVIe dynastie se développe pour les canidés un aspect de la religion égyptienne qui vise à les sacrifier puis à les momifier rituellement, afin de les consacrer à la divinité qu'ils représentent, en l'occurrence Anubis et Oupouaout. Les momies étaient vendues par les prêtres à des croyants en pèlerinage, servaient d'ex-voto puis étaient déposées en masse dans des nécropoles spécialement dédiées. Ce rite a perduré et prospéré jusqu'à l'époque romaine puis a disparu avec la fermeture des temples païens en 391 sur ordre de l'empereurThéodose Ier. Les recherches archéologiques ont permis de découvrir une douzaine d'importantes nécropoles de canidés réparties entreMemphis etThèbes (outre ces deux villes on peut signalerLycopolis,Cynopolis,Coptos,Dendérah,Abydos, etc.)[110].

L'Anoubieion (en grec :Άνουβιείον) deSaqqarah, un sanctuaireptolémaïque consacré à Anubis, s'inscrit dans cette pratique cultuelle. Cette aire sacrée de la région memphite a été aménagée à l'est de lapyramide de Téti et au nord duBubasteion, une nécropole de félins consacrée à la déesseBastet. L'Anoubieion reste encore très mal connu, faute de fouilles archéologiques détaillées. On sait cependant qu'il y était joint une nécropole, où des canidés momifiés étaient entassés en masse dans des puits et dans de vastes souterrains. LeMusée égyptien du Caire conserve plusieurs beaux sarcophages de canidés provenant de cette nécropole, bien que très peu de momies animales aient bénéficié de ce meuble funéraire. Ces caisses sont rectangulaires avec un couvercle plat et portent des décorations funéraires. Un exemplaire présente sur ses côtés plusieurs figurations peintes d'Anubis couché sur une barque en roseaux avec un couvercle portant une statuette d'un canidé noir couché. D'autres cercueils en bois desycomore, hauts de 55 cm, reproduisent sous forme de statuette le dieu Anubis assis sur un trône, sous sa forme hybride d'homme à tête de canidé, le trône ou le torse du dieu servant de réceptacle à la momie. À l'époque romaine, certaines momies étaient conservées dans de grossiers vases en terre cuite rouge, avec pour décor un ou plusieurs canidés debout[111].

Dieu régional de la Cynopolitaine

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Si Anubis a été vénéré sur l'ensemble du territoire égyptien, il est manifeste qu'il n'a bénéficié d'un culte dans ungrand temple indépendant que dans la ville deCynopolis, située enMoyenne-Égypte. Jusqu'à présent, ce sanctuaire n'a pas encore été localisé avec certitude, l'emplacement même de la ville restant problématique, faute de preuves archéologiques convaincantes. Il est cependant un fait avéré que la région de Cynopolis (la Cynopolitaine) a été, dès son origine, placée sous la protection du dieu canin et de sa compagneAnupet.

Hardaï (Cynopolis)

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photo d'une liste écrite en hiéroglyphe
Liste des nomes de laChapelle blanche de Karnak.

Anubis est étroitement lié auxXVIIe etXVIIIe nomes deHaute-Égypte, le pavois du premier représentant d'ailleurs un chacal couché. Durant laVIe dynastie, Anubis est associé à la ville de Hout-Benou, située dans leXVIIIe nome. Jusqu'à lapériode ramesside, les deux nomes sont clairement délimités : leXVIIe se trouve sur la rive occidentale, avec la ville de Hénou pour capitale, tandis que leXVIIIe est situé sur la rive orientale et a pour capitale Houtnésou. Une inscription gravée sur laChapelle blanche, édifiée parSésostris Ier àKarnak, durant laXIIe dynastie, révèle qu'Anubis est le dieu majeur de Hénou, alors que le fauconDounânouy règne sur Houtnésou. À partir de la période ramesside et jusqu'au règne dePtolémée V, la ville deHardaï, installée sur la rive orientale, est la capitale duXVIIe nome ; celle de Houtnésou, sur la même rive, reste la cité majeure duXVIIIe. À partir dePtolémée V et durant le reste de la période gréco-romaine, la ville de Saka (rive occidentale) est la capitale duXVIIe nome, et Houtredjou (rive orientale), celle duXVIIIe[112].

Après avoir voyagé à travers l'Égypte vers l'an 25 avant notre ère, le géographe grecStrabon entreprend de décrire le pays. Il nomme la ville de HardaïCynopolis, la « ville des chiens » :

« Ensuite, on trouve le nome cynopolite et Cynopolis où l'on rend un culte à Anubis ; les chiens y sont honorés et reçoivent une nourriture fixée par le rite »

— Strabon,Géographie, Livre 17, 1, 40[113].

Il est probable que le culte traditionnel d'Horus a été évincé, dans cette ville, au profit de celui d'Anubis, originaire de la rive d'en face, même si le toponyme Hardaï signifie « Horus est ici ». Le changement de culte s'est sans doute effectué durant laXIXe dynastie, peu avant la rédaction duPapyrus d'Orbiney, ce conte mythologique reflétant la rivalité religieuse de la région. Mais la première mention certaine ne remonte qu'à laXXe dynastie, lorsqu'un domaine est attribué à Anubis – le seigneur de Hardaï – à l'occasion de l'accession au trône deRamsès IV (Papyrus Harris). Peu de données archéologiques existent au sujet de cette localité. On y a toutefois découvert une nécropole de canidés datée de l'époque gréco-romaine. Ces animaux ont été tués puis momifiés, afin d'être transformés enex-voto en l'honneur d'Anubis. La nécropole est située au sud-est de l'actuelle Sheikh Fadl, dans un paysage de collines désertiques : une série de tombes humaines désaffectées, datées duNouvel Empire, a servi à inhumer les canidés[114].

Enseigne duXVIIe nome

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photographie d'un groupe de trois statues.
Le roi Mykérinos entouré par Hathor et Anupet (à droite de la photo).
Emblème montrant Anubis couché.
Emblème du nome d'Anubis.

Durant toute l'histoire de l'Égypte ancienne, l'enseigne duXVIIe nome représente un canidé couché sur un pavois en tout point similaire à l'aspect animal du dieu Anubis. Ce fait a d'abord encouragé les égyptologuesHeinrich Brugsch en 1879,Henri Gauthier en 1925 etPierre Montet en 1961, à lire cet emblème sous legenre masculin « nome d'Anubis ». Cependant, en 1958, à partir d'inscriptions figurant sur lePapyrus Ramesséum VI et sur laStèle de Kamosé, dans lesquelles le hiéroglyphe du canidé couché est suivi desglyphes du genre féminin et de la ville,Hermann Kees a proposé la lecture « nome d'Anupet », une proposition reprise parJacques Vandier en 1961.

Cette lecture présuppose l'existence d'un culte rendu primitivement à une déesse-chienne ou à un couple de chiens (Anubis et Anupet). Il existe, en effet, dans la religion égyptienne, des doublets féminins dotés de peu de consistance, en association avec des dieux importants et bien caractérisés, telsAmon etAmonet. Toutefois, d'autres spécialistes,Alan Henderson Gardiner en 1957 etLabib Habachi en 1972, préfèrent la traduction « nome de la ville d'Anubis », cette dernière expression étant très courante dans les textes géographiques des temples tardifs de l'époque gréco-romaine. Il n'en reste pas moins que leXVIIe nome (ou sa ville principale) est représenté sous l'aspect d'une femme dès laIVe dynastie, dans un groupe statuaire dénomméTriade de Mykérinos. La déesse personnifiant le nome, affublée sur sa tête d'une plume d'autruche barrée par un chacal couché, se tient à la gauche du roiMykérinos, la déesseHathor étant figurée à sa droite[115].

Anupet, parèdre d'Anubis

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L'existence de la déesseAnupet ou Anubet (inpout) n'est attestée de manière certaine que très tardivement. Son nom figure sur des scènes d'offrandes royales gravées sur les murs dutemple d'Hathor deDendérah, réédifié durant l'occupation romaine de l'Égypte. Dans ce lieu saint, la déesseHathor est comparée à Anupet et un lien est tissé avec le nome d'Anubis. Ces mentions décrivent Anupet comme la protectrice du défuntOsiris et comme une chienne couchée sur son ventre, dont les crocs déchirent les corps des alliés deSeth, le dieu malfaisant[116]:

« [Le nome d'Inpou[n 11]]. Le roi de Haute et Basse-Égypte (cartouche vide), le fils de Rê (cartouche vide) vient auprès de toi Hathor la grande, maîtresse de Iounet, Œil de Rê.
Il t'apporte la métropole du nome d'Inpou, portant ses offrandes alimentaires sans qu'il y manque rien, car tu es Anubet établie sur son ventre, aux dents aiguisées pour découper le Malfaisant. »

— Temple de Dendérah (I, 95,9 - 96,3), traduction de Nicole Durisch Gauthier[117].

Au cours de l'histoire égyptienne, la déesse Anupet ne patronne aucune nécropole et ne réside dans aucun temple. Elle ne semble donc être qu'une spéculation religieuse issue des réflexions des prêtres de Dendérah. Même lePapyrus Jumilhac, consacré aux traditions entourant Anubis, ne mentionne pas le nom d'Anubet. Cependant, l'auteur de ce document théologique évoque les aspects de cette chienne dangereuse lorsqu'il rapporte qu'Isis-Hathor se transforma en une chienne (avec un couteau au bout de sa queue), afin d'échapper à Seth, transformé en taureau, qui tentait de la violer[118]:

« Alors, Isis se transforma en Anubis, et, s'étant emparée de Seth, le dépeça, enfonçant ses dents dans son dos »

— Papyrus Jumilhac (XX, 11-12). Traduction deJacques Vandier[119]:

Fonctions funéraires

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Momification

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Dès lesTextes des pyramides, les plus anciens écrits religieux de l'Égypte, le dieu Anubis participe aux rites sacrés destinés à éviter le pourrissement des cadavres. Les techniques de conservation des corps morts ont connu de lentes améliorations au cours des époques, pour aboutir à un haut degré de perfection durant leNouvel Empire. Le personnel chargé de cette besogne est naturellement placé sous la protection d'Anubis. Le processus de lamomification est symbolisé par le féticheimy-out, tandis que celui de la purification l'est par la déesseQébéhout, la fille d'Anubis[réf. nécessaire].

Patronage

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Chef des embaumeurs
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photographie d'un masque d'Anubis.
Masque à l'effigie d'Anubis, Musée deHildesheim.

Les textes de la littérature funéraire fourmillent de mentions et d'allusions à Anubis et certains passages décrivent volontiers ses activités d'embaumeur ou de chef embaumeur dans leta-djeser, le « Pays sacré » (c'est-à-dire la nécropole) et leseh-netjer, l'atelier d'embaumement : c'est lui qui replace les viscères dans l'abdomen, place ses mains sur la dépouille, enveloppe, parfume, embaume et redresse le défunt, rend le cœur ou replace la tête sur le reste du corps[120]:

« […] le cœur des habitants de l'horizon est joyeux quand ils te voient dans cette tienne dignité que ton père Geb t'a réservée ; il t'a livré tes ennemis révoltés contre toi dans l'atelier d'embaumement. Anubis a rendu agréable ton cœur devant ta place dans le pavillon divin ; il te donne l'encens en tout temps sans qu'il y ait diminution à la nouvelle lune ; [Anubis et Geb] te sauvent des Accroupis, les agents de mort de la secrète salle d'abattage. Tu es apparu à l'avant de la barque et tu commandes à tribord, sans qu'on ait pouvoir sur ton âme, sans que ton cœur te soit enlevé, […] car tu es le roi, le fils du prince héritier ; aussi longtemps que ton âme existera, ton cœur sera en toi. Anubis se souvient de toi dans Busiris, ton âme jubile dans Abydos et ton corps, qui est dans le plateau désertique, se réjouit, celui qui a été embaumé jubile dans toutes ses places. Ah oui, soit dénombré, soit préservé dans cette momie qui est devant moi ! Anubis est joyeux du travail de ses mains, le chef du pavillon divin est heureux quand il voit ce dieu parfait, maître de ceux qui existent, souverain de ceux qui ne sont plus. »

— Extraits du chap. 45 desTextes des Sarcophages. Traduction dePaul Barguet[121]

Mystères funéraires
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En tant que chef des embaumeurs, toutes les activités funéraires du dieu Anubis se résument dans son appellation dehery seshta, traduite en français par « Maître des secrets », « Supérieur des mystères » ou « Celui qui préside aux secrets (funéraires) ». L'écriturecryptographique de cette expression est le hiéroglyphe du canidé couché sur un coffre ressemblant à une chapelle[122]. Ce meuble de rangement sert à entreposer les outils et les matériaux nécessaires aux rituels de l'embaumement, une pratique qui doit rester un secret aux oreilles et aux yeux des démons à la solde deSeth, l'assassin du dieuOsiris, mais aussi à tout Égyptien des cercles profanes. Dans la tombe du roiToutânkhamon, la salle qui contenait lesvases canopes était gardée par une représentation d'Anubis, maître des secrets, sous la forme d'un magnifique coffre en bois doré surmonté d'une statue de chacal noir couché ; l'intérieur du coffre contenait des amulettes, des objets du culte, des simulacres d'offrandes, des scarabées[123].

Photographie d'un coffre anubien.
« Anubis sur ses secrets », coffre du roiToutânkhamon.

Bien plus que simplesthanatopracteurs, les embaumeurs sont des prêtres funéraires chargés d'intégrer les défunts dans le monde divin de l'au-delà en les assimilant à Osiris. Le chef des prêtres funéraires et directeur des rites de l'atelier d'embaumement est le prêtre « Anubis, supérieur des mystères » (hery-seshta) ; il porte un masque reproduisant la figure d'Anubis et son rôle est de veiller au bon déroulement de la cérémonie. Sa surveillance est plus particulièrement active lors de l'enveloppement de la tête du défunt[124].

L'exécutant principal est le « Chancelier divin » (khetmou-neter). À l'origine, il est le principal prêtre d'Osiris dans la ville sainte d'Abydos, où il joue le rôle d'Horus, fils d'Osiris et d'Isis. Dès laVIe dynastie, il devient le chef des praticiens-embaumeurs. Il est secondé par plusieurs autres prêtres-lecteurs, leshery-heb « ceux qui portent la fête », dont le rôle est de lire la liturgie funéraire. Les diverses manipulations du cadavre (préparateurs des onguents et des bandelettes, laveurs de viscères, porteurs d'eau et denatron, etc.) sont exécutées par une série d'hommes désignés sous le nom générique deoutyou « les poseurs de bandages », le motout signifiant « bandelettes, bandages ». Parmi ces artisans funéraires, ceux qui sont les plus élevés en grade officient à côté du Chancelier divin et portent les titres d'« Enfants d'Horus » et d'« Enfants de Khenty-en-Irty »[n 12],[125].

Fétiche imy-out
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photographie du dieu Osiris.
Osiris entouré par deux imy-out.
fétiche imy-out
Z11G17G43X1
Aa2
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Le termeimy-out est connu pour être l'une des principales épithètes d'Anubis. Il s'agit cependant aussi de la désignation d'un objet sacré, la peau d'un animal, canidé ou bovidé, sans tête ni pattes postérieures, probablement une sorte d'outre funéraire attachée à un poteau fiché dans un pot ou dans le sol[126]. Ce fétiche est étroitement associé au dieu Anubis, à toutes les périodes de l'histoire de l'Égypte antique. En tant que désignation du fétiche, le termeimy-out est parfois traduit en français par « nébride », en référence à la peau de cerf portée par les adorateurs deDionysos[n 13]. Les plus anciennes attestations de l'imy-out remontent à la période prédynastique, avec des figurations sur des fragments de poteries, sur des sceaux et sur des étiquettes en ivoire, dont un vase découvert àHiérakonpolis et daté de la périodeNagada II (3500 à 3200 avant notre ère). L'imy-out est rarement représenté durant l'Ancien Empire. Il apparaît toutefois sur des stèles frontières datées du règne deDjéser (IIIe dynastie), accompagné de textes faisant référence à « Anubis à la tête du pays sacré », les plus anciennes mentions du lien spécifique entre le dieu et le fétiche. Plus tard, l'imy-out figure sur des reliefs sculptés à l'occasion des jubilésHeb Seb des roisNiouserrê etPépi II, desVe etVIe dynasties[127]. Dans lesTextes des pyramides, les quatreenfants d'Horus aident le roiPépi II à monter au ciel auprès d'Atoum, grâce à une échelle dont les barreaux sont renforcés avec des lanières coupées dans le cuir de l'imy-out mis au monde par la vache primordialeHésat[67]. Un seul exemplaire réel de l'imy-out a été découvert, il mesure 62 cm de haut et conserve encore des restes d'une véritable peau, l'animal est toutefois non identifié. Cette trouvaille archéologique remonte à laXIIe dynastie et a été exhumée lors des fouilles du temple de laPyramide de Sésostris Ier àLicht[128]. La chambre funéraire dutombeau de Toutânkhamon (XVIIIe dynastie) contenait, quant à elle, deux répliques en bois doré hautes de 1,67 m et plantées dans de pseudo-vases enalbâtre[129]. Le fétiche, perçu comme une pocheplacentaire, est un puissant symbole de renouveau et de régénération. Une des anecdotes duPapyrus Jumilhac (XII, 20 -XIII, 14) rapporte que la vache Hésat a fait revivre le fauconÂnti, une forme du dieuHorus, grâce à l'imy-out, en plaçant ses ossements et ses organes à l'intérieur et en ayant aspergé le tout d'une goutte de son lait[130].

Qebehout, l'eau lustrale
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Qebehout
W16X1I12H6
R12
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Durant l'Ancien Empire, la déesseQébéhout est la seule divinité à être dotée explicitement d'un lien de parenté avec Anubis :

« QueNéferkarê puisse aller vers le Champ de Vie, vers la demeure de Rê dans le Firmament ! Que Néferkarê trouve [Qébéhout], la fille d'Anubis, qui va au-devant de lui avec ses quatre jarres-néméset dont elle rafraîchit le cœur du grand dieu son jour de réveil (et) dont elle rafraîchira pour Néferkarê son cœur pour la vie ! »

— Extrait desTextes des pyramides (§ 1180a-1181a), Trad. de Claude Carrier[131]

Le nom de Qébéhout est déterminé par uneserpente et par uneaiguière d'où s'écoule de l'eau. Il a été proposé de traduire son nom par « Celle qui purifie avec de l'eau fraîche », le motqébeh signifiant « purification » et « pureté ». Dans lespyramides à textes, le motqébéhou sert à désigner le ciel, ce qui permet de voir en Qébéhout une serpente évoluant dans les eaux célestes. Cette divinité n'a jamais bénéficié d'un lieu de culte attitré et il s'agit bien plus de l'anthropomorphisation d'une fonction rituelle que d'une véritable déesse. Il a aussi été proposé de voir en Qébéhout une manifestation du cobra femelleouadjet, symbole duXe nome deHaute-Égypte[132].

Ouâbet
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Ouâbet signifie « la place pure », le lieu où l'on pratique la momification ; c'est l'atelier des embaumeurs. Anubis en est le maître, il veille sur les opérations mystérieuses qui s'y passent[133] :

« Les secrets de la place pure m'appartiennent. »

— Extrait desTextes des sarcophages (PartieIII, 310e)[133]

Embaumement

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Article détaillé :Momification en Égypte antique.
Préservation des corps
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photographie d'une momie au Musée du Louvre.
Momie duMusée du Louvre.

Dès le début duIIIe millénaire, les Égyptiens se sont attachés à préserver les corps de leurs morts. Les premiers essais ne concernent d'abord que la famille royale (la plus ancienne momie royale à avoir été retrouvée est celle du roiMérenrê Ier) et la méthode employée est très rudimentaire. Les corps sont enveloppés dans des linges gorgés de résine ou de plâtre et le visage est peint sur la toile (entre 2600 et 2100 avant notre ère). L'éviscération abdominale commence à être pratiquée dans les débuts de laIVe dynastie, sur le corps de la reineHétep-Hérès Ire par exemple, mais est loin d'être systématique[134]. La théologie qui entoure la momification à ses origines est peu connue, mais il semble qu'aux époques les plus reculées, la fonction principale d'Anubis consistait surtout à approvisionner le défunt en offrandes alimentaires[135].

Les techniques commencent à être plus efficaces à partir duMoyen Empire. L'éviscération devient habituelle sous laXIIe dynastie (entre 1990 et 1784 avant notre ère) comme en témoigne la présence devases canopes dans les tombes, pour recueillir les viscères momifiés. Parallèlement à ces progrès techniques, on assiste à un fort développement de l'idéologie osirienne. Le but de la momification est alors detransfigurer la dépouille mortelle en un corps glorieux et éternel assimilé àOsiris, ce dieu étant le premier mortel à avoir bénéficié de ce rituel de revivification. Dans ce cadre, Anubis, tout en conservant son rôle de pourvoyeur d'offrandes, s'enrichit de la fonction depréposé à la momification[135] :

« Qu'elles [Isis et Nephtys] empêchent que tu te décomposes selon ce nom qui est tien d'Anubis ! Qu'elles empêchent que ta putréfaction ne s'écoule à terre selon ce nom qui est tien de Chacal de Haute-Égypte ! Qu'elles empêchent que l'odeur de ton cadavre ne devienne mauvaise selon ce nom qui est tien de « Horus de Shat » ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus Oriental ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus de la Douat ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus, le Maître du Double Pays ! »

— Allusion à la momification du roiPépi II (VIe dynastie). Traduction deClaude Carrier[136]

À partir de la seconde moitié duIIe millénaire, la momification atteint son meilleur niveau[137]. Sous leNouvel Empire et à laBasse Époque, la momification de la dépouille mortelle d'un personnage de haut rang (roi, noble, grand-prêtre) ou d'un animal sacré comme le taureauApis s'étale sur une durée de soixante-dix jours[n 14]. Le jour du décès, la famille confie le corps aux embaumeurs qui le placent dans la « Tente de purification » pour le laver et l'oindre. Durant quatre jours, la famille est astreinte à un jeûne strict. Le cinquième jour après le décès, le corps est déposé dans laouâbet, la « place de l'embaumement », un lieu mis sous la protection active d'Anubis[138] :

« La longueur de sa vie sur terre fut de soixante-deux ans, cinq mois et quatorze jours, quand il fut placé dans la salle de purification (ouâbet) à la charge des mains d'Anubis. Il fut fait pour lui tout ce qui doit être fait pour chaque grand personnage décédé. Il passa soixante-dix jours dans la Belle Maison (per nefer: lieu où étaient momifiés les cadavres). Il fut content d'être un Bienheureux (imakh) et fut tiré dans samaison d'éternité, y restant pour toujours »

— Texte gravé sur une statue d'Osiris, Karnak,XXIe dynastie[139].

Processus
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L'entrée d'une dépouille mortelle dans la « Place pure » (ouâbet) marque, pour son âme-Ba, le début de sa protection par Anubis dans le monde de l'au-delà. Pour la famille, débute une période de soixante-dix jours de deuil marquée par un jeûne constitué de maigres repas de pain, d'eau et de légumes cuits. Le matin de cette journée, l'abdomen du mort est incisé au flanc gauche pour permettre à son âme de monter au ciel[140]. Le corps est ensuite éviscéré :

« Cet auguste défunt devra être couché sur le flanc droit, sur de la paille de blé. La partie gauche de l'abdomen sera incisée puis seront enlevés le foie, la rate, les poumons et ce qui reste à l'intérieur du ventre. Le coupeur. C'est lui qui fera le traitement dans la place de l'embaumement (ouâbet) »

— Extrait duPapyrus médical du Louvre E.32847. Traduction de Thierry Bardinet[141]

photographie de quatre vases canopes.
Vases canopes au nom deRamsès II,Musée du Louvre.

Durant quinze jours, le corps est desséché par un salage aunatron. La dernière nuit de cette période, le corps est placé dans un bain de résinesefet afin que toutes les parties du corps en soient imprégnées. Lesefet est probablement un onguent à base d'huile de lin, car cette substance a la propriété de se solidifier au bout de quelque temps. Durant les trente-quatre jours qui suivent, la dépouille est entourée par une sorte de coque imperméable constituée d'une douzaine de couches de bandelettes collantes imprégnées dans une solution chaude de graisse de bœuf, d'huilesefet, d'encens et de cire, à raison d'une couche tous les quatre jours, chaque nouvelle couche devant d'abord sécher durant deux jours. La momie continue à sécher pendant encore une vingtaine de jours, durant lesquels elle continue à être habillée par un entrelacement de bandelettes et d'amulettes protectrices[142]. Le soixante-dixième jour, la momification est achevée et le corps est de nouveau déposé dans la « Tente de purification », où il subit le rituel de l'ouverture de la bouche, une opération magico-funéraire destinée à rendre les cinq sens au défunt. Le jour suivant, le corps est déposé en procession dans le caveau funéraire, son lieu de repos éternel[143]. Sur le plan de l'iconographie, l'embaumement commence à être représenté au début de laXVIIIe dynastie. Anubis y apparaît sous la forme d'un prêtre grimé d'un masque canin et posté debout derrière un lit funéraire, entouré parIsis etNephtys[144].

Revivification

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La momification n'est pas qu'une simple technique de préservation des cadavres. En tant que rituel religieux, il s'agit de traiter la mort comme une maladie que l'on peut soigner. Par l'intermédiaire des prêtres, cette guérison est effectuée par Anubis lorsqu'il redonne magiquement la vie au cœur et aux organes du défunt. Devant la tombe, la momie subit un ultime rituel, celui de l'Ouverture de la bouche, destiné à rendre lescinq sens au défunt dans le monde de l'au-delà. Dans lemythe osirien, toutes ces actions ont été accomplies pour la première fois par Anubis pour son pèreOsiris assassiné parSeth[réf. nécessaire].

Retour à la vie

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Boire son cœur
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Anubis et une momie.
Anubis fait boire le cœur-haty à la momie de Inerkhaou (TT359).

Selon les Anciens Égyptiens, à la mort d'un individu, le cadavre, l'âme-Ba, leKa, l'ombre-shout et leCœur se séparent et deviennent indépendants. Dans lemythe osirien, cette séparation des organes physiques et des éléments immatériels (Ba, Ka, prénom) est symbolisée par le dépeçage du corps d'Osiris parSeth[145]. Concernant le cœur, il s'agit de bien distinguer le muscle cardiaque-haty des autres organes internes (foie, poumons, intestins, vaisseaux sanguins, ligaments, sang, lymphes, etc.) désignés par le terme générique de cœur-ib[n 15], le second étant dirigé et soumis par les pulsations du premier, qui est aussi le siège des sentiments et de la conscience individuelle. La vieillesse est le symptôme d'une fatigue du cœur-haty, tandis que la mort est le résultat de sa disparition, c'est-à-dire de l'arrêt de sa « danse » pulsative. Par conséquent, de nombreuses divinités,Nout par exemple, sont invoquées afin d'aider le mort à retrouver son cœur[146]. Ce souhait est plus particulièrement lié à la momification et Anubis joue un grand rôle dans sa réintégration dans le corps. Une scène de la tombe thébaine deInerkhaouy (TT359) montre Anubis, un bol à la main, debout devant la momie, en train de faire boire le cœur-haty au défunt[147]. Plusieurs vignettes illustrant le chapitre 26 duLivre des Morts font de même, l'objectif de la formule magique étant de« rendre son cœur-haty (au défunt) dans leNetjer Kheret (nécropole) »[148]. Ce geste est explicité dans leConte des deux frères (XIXe dynastie), lorsque Anubis tire son frère Bata du sommeil de la mort en lui faisant boire son cœur disparu :

« Alors [Anubis] pleura, en voyant son frère cadet gisant sans vie. Il alla sous le pin pour chercher le cœur de son cadet, le pin sous lequel Bata avait coutume de s'allonger durant le jour. […] Et voilà qu'il trouva une graine, et s'arrêta alors, en la portant ; c'était le cœur de son frère cadet. Il amena un bol d'eau fraîche, il l'y jeta, et s'assit selon sa coutume quotidienne. Après que la nuit fut venue, et que le cœur eut absorbé l'eau, Bata se mit à trembler en tout son corps ; il advint alors qu'il put apercevoir son frère aîné, tandis que son cœur était encore dans le bol. [Anubis] saisit le bol d'eau fraîche où reposait le cœur de son cadet, et le fit boire à celui-ci. Et le cœur se tint (à nouveau) à sa place ;Bata redevint comme il avait été. »

— Extraits duConte des deux frères, traduction deClaire Lalouette[149]

L'embaumement ou fin d'une maladie
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D'après les papyrus médicaux, la maladie étant un dérèglement duib, tout acte médical doit viser à rétablir l'état initial d'équilibre. Certains textes suggèrent même que leib est un dieu ou un endroit habité par un dieu, en fait un souffle vital d'origine divine[150]. Ce souffle se mêle au sang et aux lymphes et leurs interactions animent le corps. La mort est une destruction totale duib et le but des rituels funéraires est de le restaurer et de le rendre au défunt. Durant l'embaumement, les organes internes (ib) sont retirés du corps puis insérés dans quatrevases canopes placés sous le patronage des quatreenfants d'Horus. Le cœur-haty est laissé à sa place afin de garantir au défunt sa personnalité. Quand la momie est déposée dans le caveau funéraire, les quatre vases canopes sont placés auprès d'elle. L'intervention d'Anubis permet au défunt de retrouver son unité en se penchant sur lui[151] :

fresque de la tombe de Sennedjem.
Anubis penché sur le cœur de la momie de Senndejem.

« Paroles dites par Anubis qui préside à la salle de l'embaumement : « Si je suis venu au-dessus de toi, (ô) Osiris dessinateur Pached, juste de voix, c'est parce que j'ai replacé tonib à sa place. Ton ventre est ainsi rempli et puissant grâce à l'huile divine et à l'onguent d'Osiris » […] »

— Tombe thébaine de Pached (TT323), d'après la traduction de Fr. Servajean[152]

Dans le chapitre 151 duLivre des Morts, ce même discours est mis dans la bouche deQebehsenouf, l'un des quatreenfants d'Horus. Toutefois, dans l'exemplaire du défunt Qenna, conservé par le Musée de Leyde, Anubis invite le défunt à se rendre dans la « maison des cœurs » afin d'y chercher ses organes et de les remettre en place, dans le ventre[réf. nécessaire] :

« Tu entres dans la maison des cœurs-ib et dans la place remplie de cœurs-haty, tu prends le tien et le mets à sa place. Ta main n'est pas détournée, ton pied n'est pas dévié de sa marche, tu ne vas pas la tête en bas, tu marches debout. »

— Extrait du chap. 151 duLivre des Morts de Qenna, d'après une traduction de Jan Assmann[153].

Ouverture de la bouche

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Rituel de vivification
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procession funéraire.
Procession funèbre de Hounéfer.

Après soixante-dix jours de momification, le corps sort de la salle d'embaumement tel un nouvelOsiris. La nuit précédant la mise au tombeau, se déroulent douze heures de veille pendant lesquelles sont invoqués les dieux assignés à la garde de la momie d'Osiris, afin qu'ils préservent aussi la momie du défunt des assauts deSeth. Avec force lamentations poétiques, les Deux Sœurs (Isis etNephtys), figurées par des prêtresses, appellent l'âme Ba à se poser sur le corps momifié. Le défunt est ensuite glorifié et justifié dans une mise en scène liturgique dujugement des morts, cette accession au statut d'ancêtre-Akh étant illustrée dans leLivre des Morts par les chapitres 30 et 125[154].

Le cérémonial de l'Ouverture de la bouche s'est mis en place durant lesIre etIIe dynasties, puis a perduré tout au long de l'histoire de l'Égypte antique. À l'origine, il s'agissait pour un fils d'aller chez des artisans afin de leur faire confectionner, sur ses directives, une statue de son père décédé dans le cadre du culte rendu auKa (esprit familial qui se transmet de père en fils). La statue était ensuite inaugurée par des prêtres, sans doute lors de la taille du visage, pour qu'elle puisse passer de l'inertie de la pierre au stade d'image cultuelle propice à recevoir les offrandes funéraires. Avec l'amélioration des techniques de momification au cours de l'Ancien Empire, le rituel s'est ensuite attaché aux corps momifiés[155]. Les premières représentations détaillées du cérémonial ne remontent toutefois qu'auNouvel Empire et figurent surtout dans les tombes des dignitairesthébains[156].

Seth ou le meurtrier sacrifié
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Le jour de la mise au tombeau, la momie est déposée sur une civière, placée sur un traîneau tiré par des bœufs blancs, et menée en procession vers la tombe. Lesvases canopes, déposés dans un coffre et placés sous la protection d'une statue d'Anubis couché, suivent le cortège sur un traîneau halé par un groupe d'hommes. Un prêtre ouvre le chemin en faisant deslibations de lait. Il est suivi de près par un groupe depleureuses professionnelles, deux d'entre elles endossant les rôles d'Isis et deNephtys. Devant la tombe, vers midi et tournée vers le soleil[157], la momie bénéficie du rituel de l'Ouverture de la bouche parHorus, représenté par leprêtre-Sem vêtu de sa traditionnelle peau de panthère. Son principal assistant est le prêtre-lecteur (perruque à mèches et étole croisée sur la poitrine), représentant deThot, auquel se joint, durant les offrandes, le prêtre-out « l'embaumeur », figuré auNouvel Empire sous les traits d'un homme au masque d'Anubis[n 16]. Ce dernier soutient la momie, tenue dressée devant l'entrée de la tombe, en l'enserrant dans ses bras[158].

cérémonie de l'ouverture de la bouche.
Rituel de l'Ouverture de la bouche de Hounéfer.

Le geste cultuel le plus important est l'abattage du taureau-nag, le bovidé étant le substitut du dieuSeth, l'assassin d'Osiris et, par voie d'assimilation, le responsable de la mort du défunt[159]. Une patte avant du taurillon est coupée par un boucher. En courant, un prêtre porte le cuisseau encore palpitant de vie à la bouche de la momie. Ce geste est suivi par la présentation du cœur de l'animal. Cet abattage ne vise pas à alimenter la momie mais à l'animer en transmettant la force vitale du jeune bovidé vers le défunt[160]. Après cela, des gestes rituels mettent en contact la bouche, les yeux et les oreilles de la momie avec de nombreux objets liturgiques inspirés par les outils des sculpteurs (herminettes, ciseaux, polissoirs, etc.). Dans la tombe thébaine de Pairy[n 17], il est par exemple question de l'herminette-noua d'Anubis, un outil de menuisier-charpentier formé d'un manche à double courbure en bois exotique rouge et d'une lame à large tranchant[161]. Tous ces gestes, sacrifices et passes magiques, sont dédoublés : la première fois pour laHaute-Égypte, la seconde fois pour laBasse-Égypte[162]. À la fin, la momie est placée dans son tombeau et commence à bénéficier du service des offrandes funéraires[163].

Combats contre Seth
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Prêtre égyptien avec une peau de panthère sur l'épaule.
Revêtu d'une peau de panthère, le roiSéthi Ier endosse le rôle de prêtre funéraire de son pèreRamsès Ier.

Le début duPapyrus Jumilhac expose une série d'affrontements mythiques autour de la tombe du dieuOsiris. Un des épisodes, sur la base dejeux de mots, d'assonances et d'allitérations, raconte l'origine fabuleuse du prêtre funéraireSem (ouSetem) et de son habit cérémoniel consistant en une peau deléopard. À l'origine, leprêtre-Sem était un membre du clergé dePtah àMemphis chargé de l'habillage des statues divines. Il tenait aussi le rôle de l'héritier royal lors des cérémonies funèbres royales. Cet officiant est aussi devenu le chef du clergé deSokaris, le dieu faucon momifié, une divinité funéraire très tôt assimilée àOsiris. À travers cette fonction, leSem est devenu l'un des principaux acteurs du rituel de l'ouverture de la bouche pratiqué sur les défunts momifiés le jour de la mise au tombeau[164].

Assigné à la protection de son père défunt, Anubis et ses fidèles mettent tout en œuvre afin de protéger la dépouille momifiée des assauts malfaisants deSeth et de ses complices. Seth trompe la vigilance des gardiens de la crypte en prenant l'apparence d'Anubis et parvient ainsi à s'approcher au plus près du corps d'Osiris. Il réussit à dérober un des vases funéraires contenant les entrailles d'Osiris, puis s'enfuit. Mais Horus et Anubis se mettent à le poursuivre. Ils réussissent à le capturer et à le traduire en justice devant le tribunal de Rê. Seth est reconnu coupable mais il réussit à s'évader en emportant avec lui son précieux butin. Il trouve refuge dans le désert dans unoued, mais il est très vite repéré par Horus qui réussit à lui reprendre le vase et à le déposer dans une crypte surmontée d'une colline sacrée et sous la protection d'un serpent. Transformé en léopard, Seth tente une nouvelle attaque. Anubis parvient à capturer son ennemi et, en l'honneur de Rê, jette son corps dans un feu, en tant qu'animal sacrificiel[165] :

« Puis Anubis coupa la peau de Seth, le dépeça et mit cette peau sur son dos. Puis il entra dans la Chambre Pure d'Osiris, afin de faire des libations pour son père disant : « Seth est là. » (Depuis) on appelleSetem le prêtre pur de ce dieu, à cause de cela. Anubis, ensuite apposa sur Seth sa marque au fer rouge, qui demeura jusqu'à ce jour. Leprêtre-Sem, porte sur lui une peau de panthère, à cause de cela aussi, jusqu'à aujourd'hui[n 18]. »

— Papyrus Jumilhac (II, 11-15), traduction deClaire Lalouette[166].

Herminette d'Anubis
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Anubis sur une fresque d'une tombe thébaine.
Anubis ouvrant la bouche à la momie de Nakhtamon (Tombe thébaine 335).

Le but du rituel de l'Ouverture de la bouche est de faire retrouver au défunt l'usage de ses sens et de sa capacité de mouvement. Quelques passages duLivre des Respirations vont dans ce sens[167]. Les exemplaires de ce document funéraire sont surtout attestés dans la régionthébaine et sont très tardifs (deux premiers siècles de notre ère), même si une légende datée du règne de l'empereurAuguste fait remonter leurs origines à laXXVIe dynastie[168] :

« […] ta chair adhère à tes os selon la forme qui était tienne quand tu étais sur terre. Tu bois avec ton gosier, tu manges avec ta bouche, tu reçois les offrandes en même temps que lesbaïs des dieux. Anubis te protège, il assure que tu ne sois pas repoussé aux entrées de laDouât. Thoth […] a rédigé pour toi un document de respiration, de ses propres doigts, et tonbaï respire pour toujours. […]Oupouaout t'ouvre le bon chemin ! Tu vois avec tes yeux, tu entends avec tes oreilles, tu parles avec ta bouche, tu marches avec tes jambes, tonbaï est divin dans la Douât, accomplissant n'importe quelle transformation, selon son désir. »

— Livre des Respirations, extraits des§ V-VI, trad. deJean-Claude Goyon.

Leprêtre-Sem est le principal officiant du rituel de l'Ouverture de la bouche. Dans les tombes thébaines des ouvriers deDeir el-Médineh, chargés de creuser et de décorer les tombeaux royaux du Nouvel Empire, ce rôle est souvent attribué à Anubis en personne. On voit par exemple, dans la tombe de Nebenmaât (TT219) ou dans celle de Nakhtamon (TT335), le dieu Anubis penché sur la momie, uneherminette à la main, en train de pratiquer ce rituel de revivification[169]. Un cercueil, découvert dans la nécropole de ce même village, relie le dieu à la fonction de ritualiste des défunts, en affirmant qu'Anubis est le prêtre-lecteur en chef (shery-heb tepy) de la Place de Vérité[n 19] et, selon lePapyrus Jumilhac, Anubis a pris la forme du prêtre-Sem pour ouvrir la bouche de son père Osiris afin de le protéger. Anubis procède au rituel en utilisant l'herminette-nou, parfois désignée à partir du métal-bia (cuivre) dont elle est faite. Le dieu Anubis a détaché ce métal du ciel et l'a donné au dieu funéraireSokaris deMemphis, connu par ailleurs pour ses talents de forgeron[réf. nécessaire] :

« Lebia a été détaché du ciel par Anubis. Lebia est descendu. L'Occident est ouvert : c'est cebia qui est posé sur ma bouche, (cebia) que Sokaris a rendu efficient dansHéliopolis et qui purifie ma bouche. »

— Extrait du chapitre 816 desTextes des sarcophages, traduction de Jean-Claude Grenier[170].

Ancestralisation

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Selon lemythe osirien, la haine deSeth enversOsiris n'a pas pris fin avec la mort de ce dernier. À de nombreuses reprises,Seth s'est attaqué à la momie et au tombeau de son frère ennemi. Tout défunt égyptien étant considéré comme un nouvel Osiris, chaque momie se doit d'être mise à l'abri de Seth et de ses sbires. Pour bénéficier de l'aide d'Anubis — fils et protecteur d'Osiris — le défunt doit démontrer qu'il est digne d'être perçu comme un autre Osiris. Pour ce faire, son âme parcourt les chemins de l'au-delà, afin d'atteindre le Tribunal d'Osiris pour y être jugé. Si le verdict est favorable, le mort devient unancêtre, c'est-à-dire un Bienheureux qui partage le destin et la vie des dieux éternels[réf. nécessaire].

Tombeaux

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Protecteur de la momie d'Osiris
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À partir duMoyen Empire, la géographie de l'au-delà est consignée sur certainssarcophages de notables, où figurent les cartes duLivre des deux chemins (chapitres 1029 à 1131 desTextes des sarcophages). L'idée principale est que la momie d'Osiris est sous la menace perpétuelle de démons maléfiques à la solde deSeth. Toutefois, le dieu Osiris n'est pas sans défense, et la crypte sainte, où repose sa dépouille, est entourée d'une armée de génies munis de couteaux[171]:

« Quant à ces Accroupis, c'estGeb qui les a installés dans Ro-setaou auprès de son fils Osiris, par crainte de son frère Seth, pour qu'il ne le malmène pas. Tout homme qui connaît le nom de ces Accroupis, il sera avec Osiris éternellement ; il ne peut mourir jamais. »

— Notice du chap. 1079 desTextes des sarcophages, traduction dePaul Barguet[172].

Sous leNouvel Empire, les noms de ces dieux « accroupis » sont connus grâce aux exemplaires duLivre des Morts. Les chapitres 144 et 147 énumèrent sept portesârryt, chacune gardée par trois gardiens, les chapitres 145 et 146 listent vingt-et-un porches et gardiens, tandis que les chapitres 149 et 150 indiquent respectivement les noms de quatorze et quinze collines, chaque butte sacrée étant hantée par un dieu gardien. Ces lieux de passages barrent la route qui conduit les défunts auprès du tribunal d'Osiris (chapitre 125) et auprès d'un lieu paradisiaque, imaginé comme une riche contrée agricole aux champs fertiles et aux récoltes abondantes : le « Champ des Souchets » ou « Campagne de Hotep » (chapitre 110)[173].

Dans le chapitre 17 duLivre des morts (aussi connu comme chapitre 335 desTextes des sarcophages), le défunt, en tant qu'accompagnateur de dans ses voyages, demande à ce dieu qu'aucun mal ne lui soit fait, car les dieux assignés à la protection d'Osiris et de son monde souterrain se montrent intraitables envers les défunts de mauvaise vie. Pour ne pas être considéré comme l'un de ces malfaisants, le défunt s'adresse à un tribunal créé par Anubis et composé de trois membres.Seth (parfois remplacé parThot) etIsdès en sont les juges (maîtres deMaât), et le cobra femelle (uréus) Hotepes-Khoues « celle qui est favorable et qui protège » en est la gardienne. Elle ne laisse passer que les justes, ceux qui peuvent prétendre égaler la valeur des sept esprits-Akh[n 20] qu'Anubis a assignés à la garde rapprochée de la dépouille d'Osiris depuis le jour de son assassinat[174]:

« Salut à vous, Maîtres deMaât, tribunal autour d'Osiris, qui placez la terreur chez les coupables, qui êtes dans la suite de "Celle qui apaise celui qu'elle conduit" ! Regardez-moi qui suis venu près de vous (afin) que vous chassiez le mal qui (me) concerne comme ce que vous avez fait pour ces septBienheureux qui sont dans la suite du Maître du nome (et) dont Anubis a créé la place ce jour de "Viens donc là". »

— Extrait du chap. 335 desTextes des sarcophages, traduction de Claude Carrier[175].

photo d'une scène d'un papyrus funéraire montrant des dieux
Illustration du chapitre 17 duLivre des Morts (Papyrus d'Ani)
à gauche : la tête de Rê surgit hors du sarcophageabydéen d'Osiris gardé par les quatreenfants d'Horus et par Maanitef, Kheribaqef, Horus Khenty-en-irty.
au centre : Anubis
à droite : les gardiens Nedjeh-nedjeh, Aâqed-qed, Khentihehef, Amy-ounou-tef, Desher-irty, Bes-mââ-em-ghereh, Ini-em-herou.
Protecteur des tombes
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photo d'un papyrus funéraire montrant le plan idéal d'une tombe
Papyrus d'Ani,Nouvel Empire, chapitre 151A.

Dans la pensée égyptienne, les images et les textes funéraires inscrits sur les murs, sur les sarcophages ou sur des rouleaux de papyrus ont une puissanceperformative au même titre que la voix humaine. Tout ce qui a été dit au cours d'un cérémonial, ou écrit sur un support quelconque, est considéré comme ayant été accompli dans les faits, par la grâce du verbe créateur : quand un prêtre assimile un défunt à un dieu, le défunt devient ce dieu ; quand un défunt affirme être protégé par uneamulette, il est protégé par cet objet, peu importe si cette amulette est un objet réel ou un simple dessin sur papyrus[176]. À partir duNouvel Empire et jusqu'au premier siècle de notre ère, les riches défunts égyptiens se dotent d'un exemplaire duLivre des morts pour bénéficier dans l'au-delà de la puissance magique d'écrits et de dessins performatifs. Parmi les nombreuses formules de ce corpus funéraire, les chapitres 137A et 151A accordent au défunt la protection de quatre amulettes censées être placées sur des briques d'argile et déposées dans des cavités creusées dans les parois de la chambre funéraire. Pour le mur oriental, il est question d'une statuette d'Anubis figuré sous la forme d'un canidé couché sur une chapelle, et chargé de repousser toute attaque malfaisante venant en sa direction[177] :

« Ce qui doit être mis dans le mur Est. Paroles à dire : « Je (t')écarte, je te surveille, Celui qui est sur (sa) montagne veille à ce que ton attaque soit repoussée ; j'ai repoussé ton attaque, rageur ; je suis la protection de l'Osiris N. »

Qu'on dise cette formule sur un Anubis d'argile crue mélangée d'encens, placé sur une brique d'argile crue sur laquelle est gravée cette formule ; on fait pour lui une niche dans le mur est et on le tourne vers l'ouest ; (puis) on mure sur lui. »

— Chap. 137A duLivre des Morts, traduction dePaul Barguet[178].

La chambre funéraire du roiToutânkhamon (fin de laXVIIIe dynastie) a réellement bénéficié de ce genre de protection magique. Après avoir retiré le sarcophage royal, l'équipe deHoward Carter s'est attachée à mettre au jour ces quatre amulettes en perçant l'enduit de plâtre qui masquait les niches secrètes. La disposition de ces amulettes est toutefois différente des prescriptions magiques figurant dans leLivre des morts. Chez le jeune roi, la figurine d'Anubis a été placée dans le mur occidental tournée vers le nord[179].

EstOuestNordSud
Livre des Morts
chap. 137A
statuette d'Anubis
tournée vers l'ouest
pilier Djed
tourné vers l'est
statuette d'un homme
tourné vers le sud
mèche enflammée
tournée vers le nord
chambre funéraire
de Toutânkhamon
statuette d'Osiris
tournée vers le sud
statuette d'Anubis
tournée vers le nord
statuette d'un homme
tourné vers l'ouest
pilier Djed
tourné vers l'est
Disposition des statuettes magiques dans la tombe.

Anubis psychopompe

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L'au-delà égyptien est une contrée dangereuse, peuplée de démons qui, tels des brigands, parcourent les routes afin d'attaquer les âmes voyageuses. Un des principaux rôle d'Anubis est de guider et de protéger les défunts afin qu'il ne leur arrive rien de fâcheux, d'où sonépiclèse grecque de « psychopompe » (ψυχοπομπóς /psykhopompós) qui signifie littéralement guide des âmes[réf. nécessaire].

Chemins de l'occident
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photo du chacal Anubis couché sur un portail.
Anubis gardant la porte du tribunal divin.

Dès l'Ancien Empire, les défunts égyptiens souhaitent parcourir l'au-delà sous la protection d'Anubis sur « les beaux chemins sur lesquels vont les Bienheureux » ou sur « les beaux chemins qui mènent au Bel Occident »[180]. Ces routes sont semées d'embûches car de nombreux génies hantent les lieux afin de protéger la momie d'Osiris. À partir duNouvel Empire et jusqu'à la période romaine, Anubis est mis en scène dans l'iconographie funéraire dans le rôle de guide des défunts. Dans les tombes de Irynefer (TT290)[181] et de Neben-Maât (TT219), deux artisans deDeir el-Médineh, des fresques montrent Anubis à tête de chacal et à corps d'homme en train de tenir la main du défunt et de le faire entrer dans le tribunal d'Osiris[182]. Ce geste d'accompagnement illustre aussi le chapitre 117 duLivre des morts et permet au défunt de marcher en toute sécurité sur les chemins deRo-sétaou (les nécropoles) :

« […] Je suis venu remettre en ordre les affaires dans Abydos ; j'ai ouvert les chemins dans Ro-setaou, et j'ai guéri les maux d'Osiris. Je suis celui qui crée l'eau, qui fend son trône, et qui fait son chemin dans la vallée, en lac. Grand, arrange-moi le chemin qui est le tien, qui est le sien, qui est (aussi) le mien. […] Qu'il marche comme vous marchez, qu'il se tienne debout comme vous vous tenez debout, qu'il s'asseye comme vous vous asseyez, qu'il parle comme vous parlez au granddieu maître de l'Occident ! »

— Extraits du chapitre 117 duLivre des Morts, traduction de Paul Barguet[183].

Guide des morts
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L'action du chapitre 125 duLivre des morts se déroule dans le tribunal d'Osiris et expose une double liste de quarante-deux fautes, que le défunt nie avoir commis de son vivant. Ce texte est tout naturellement présent dans lePapyrus d'Ani. Dans cet exemplaire, ce chapitre présente cependant l'originalité d'être introduit par un texte presque unique, car seule une version très déformée et abrégée existe par ailleurs dans lePapyrus de Anhai[184]. Le défunt discute avec Anubis dans un jeu de questions-réponses où le dieu chacal cherche à mettre en défaut le défunt quant à ses connaissances théologiques, signes de sa pureté spirituelle. Dans ce court passage, Anubis apparaît comme l'ultime portier stationné devant le roi Osiris et agissant tel unchambellan récalcitrant[n 21], que le défunt doit convaincre de sa bonne foi afin de pouvoir se présenter, très humblement, en audience devant Osiris, le souverain des morts[185]:

« Dire par l'Osiris, le scribe Ani justifié : Je suis venu ici pour voir tes perfections, mes mains levées en adoration de ton nom véritable. […] Il est entré dans la demeure d'Osiris, il a vu les secrets qui s'y (trouvent). L'assemblée divine des portes est constituée d'Akhou. Anubis a dit [à celui qui est] à ses côtés : [entendons] la voix d'un homme venu d'Égypte. Il connaît nos chemins (et) nos villes ; j'en suis satisfait. Je sens son odeur comme une de vous. Il me dit : je suis l'Osiris, le scribe Ani, justifié en paix, triomphant ! Je suis venu ici pour voir les dieux grands, je vis des offrandes parmi leurskaou. […]
Paroles de la majesté d'Anubis : « Connais-tu le nom de cette porte, pour me le dire ?
Que dise l'Osiris, le scribe Ani justifié, en paix, triomphant, (qu'il dise) ceci : « Éloignement deShou » est le nom de cette porte.
Paroles de la Majesté d'Anubis : « Connais-tu le nom du linteau et du seuil ? »
« Maître de Justice sur ses deux pieds » est le nom du linteau ; « Maître de Puissance commandant le bétail » [est le nom du seuil].
Passe donc, (car) tu connais, Osiris, le scribe comptable des divines offrandes à tous les dieux de Thèbes, Ani justifié, maître vénérable. »

— Extraits du chap. 125 duLivre des Morts (Papyrus d'Ani), traduction deGuy Rachet[186].

La pesée du cœur du défunt Hounéfer.
Le défuntHounefer guidé par Anubis devant le tribunal des dieux.

Juge du tribunal des morts

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Article détaillé :Jugement de l'âme (Égypte antique).
Premières attestations
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Ruines de la pyramide de Pépi 2.
Vestiges de laPyramide de Pépi II.

Durant toute l'histoire de l'Égypte pharaonique, Anubis est considéré comme un dieu impliqué dans le jugement des morts. La plus ancienne mention d'une association d'Anubis à un quelconque tribunal apparaît vers la fin de l'Ancien Empire, lorsque les dieuxThot et Anubis sont conjointement honorés du titre deser djadjat c'est-à-dire de « magistrat du tribunal ». Cette mention se trouve gravée sur la paroi méridionale du vestibule de laPyramide de Mérenrê Ier. Le même texte figure ensuite chezPépi II, son successeur, dans le vestibule de sapyramide. Ces deux modestes monuments, situés àSaqqarah et culminant respectivement à 52 et 79 mètres de haut à l'origine, sont aujourd'hui fortement ruinés et réduits à l'état de collines informes[187] :

« (Si) la terre te parle, c'est qu'est ouverte pour toi la porte d'Aker (et) que sont ouverts pour toi les deux vantaux de la porte deGeb (afin) que tu puisses sortir à la voix quand [il te] glorifie telThot (et) tel Anubis le magistrat du tribunal. Puisses-tu juger quand tu t'appuies sur la DoubleEnnéade qui se trouve entre les deux sceptres-sekhem avec ce pouvoir-akh qui est tien dont les dieux ont commandé que ce soit pour toi ! »

— Extrait desTextes des pyramides (§ 1713a-1714b), traduction de Claude Carrier[188].

Pesée du cœur
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À partir duNouvel Empire, Anubis apparaît très clairement comme l'un desmagistrats attachés au tribunal divin d'Osiris dans la « Salle des Deux-Maât ». Les illustrations des chapitres 30B et 125 duLivre des Morts dépeignent le dieu Anubis en train de contrôler une grande balance constituée d'un fléau auquel sont suspendus deux plateaux[189]. Le cœur du défunt est placé sur l'un des plateaux et son poids est jaugé par rapport à une plume d'autruche placée sur l'autre plateau. Le poids du cœur est constitué par les multiples errements et fautes du défunt, ses mauvaises actions ne devant pas peser plus lourd que la plume, qui symbolise la déesseMaât, la déesse Vérité-Justice. Dans certains cas, le défunt demande expressément à Anubis de maintenir l'équilibre de la pesée : « Celui qui est dans la tombe dit : je te prie, ô peseur d'équité (Maât), fais que la balance reste stable »[190]. D'après le chapitre 335 desTextes des sarcophages, la peur d'un verdict défavorable de la part d'Anubis est déjà connue durant leMoyen Empire, lorsque le défunt implore le dieu créateur Rê de le sauver du « dieu aux formes mystérieuses, dont les sourcils sont les deux bras de la balance, cette nuit où l'on examine le malfaiteur ». Ce texte funéraire est ensuite identifié comme étant le chapitre 17 duLivre des morts. Dans ce dernier corpus, uneglose ajoute que cette mystérieuse divinité se dénomme Inâef « Celui qui produit son bras » — en fait un surnom d'Anubis lorsqu'il lève son bras pour arrêter les oscillations du fléau de la balance. Il est à remarquer que, dès le paragraphe 896a desTextes des pyramides, Anubis est qualifié de dieu aux formes mystérieuses[191].

photo d'un papyrus funéraire montrant la balance du tribunal
Pesée du cœur d'Ani dans le tribunal des dieux.

Un conte de l'époque ptolémaïque, la trilogie desTribulations de Setni-Khaemouas met en scène le princeKhâemouaset, quatrième fils deRamsès II et grand-prêtre dePtah à Memphis, que sa réputation de sagesse a transformé en personnage légendaire et en magicien de talent. Lors de sa deuxième aventure, le prince descend dans les Enfers guidé par son jeune fils, le prodigieux Sa-Ousir. Après avoir traversé six salles de tortures, les deux voyageurs arrivent dans le tribunal d'Osiris[192] :

« […] Setni put contempler la forme cachée d'Osiris, le grand dieu, siégeant sur un trône d'or fin, couronné de l'atef ; Anubis, le grand dieu, était à sa gauche, le grand dieu Thoth à sa droite, et les divinités constituant le tribunal du monde des morts se tenaient (de part et d'autre) à gauche et à droite. La balance était placée au centre (de la salle), devant eux, et ils pesaient les méfaits face aux bonnes actions ; Thoth, le dieu grand en tenait le registre, tandis qu'Anubis informait son collège. L'homme dont les méfaits étaient trouvés plus nombreux que les bonnes actions était livré à la « Dévoreuse », qui dépendait du maître de l'au-delà ; sonba était à jamais arraché de son corps, et il ne lui était plus permis de respirer encore. Mais celui pour lequel les bonnes actions étaient jugées plus nombreuses que les méfaits, celui-là était admis au nombre des divinités qui constituent le tribunal du maître de l'au-delà, cependant que sonba montait jusqu'au ciel avec les esprits illustres. […] »

— Extrait de la deuxième histoire desTribulations de Setni-Khaemouas et de son fils Sa-Ousir, traduction de Claire Lalouette[193].

Hors d'Égypte

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L'influence d'Anubis ne s'est pas arrêtée aux limites du territoire égyptien. Il fut, un temps, avancé que les origines d'Anubis étaient à chercher auprès des populations préhistoriques duSahara, mais cette affirmation reste encore problématique. Dès l'Antiquité son culte s'est exporté enNubie et dans le monde gréco-romain. On le retrouve étonnamment chez un auteur commePlaton au travers de l'exclamation « Par le chien ! » fréquemment employée par Socrate notamment dans le dialogue duGorgias (482 b)[194]. Auprès des Anciens Grecs, Anubis a fusionné avecHermès, autre importante divinité funéraire devenant ainsiHermanubis. À l'aube du Christianisme, la symbolique d'Anubis se porte sur la figure deSaint Christophe qui reste jusqu'à nos jours très vénéré par les croyants. Depuis le déchiffrement des hiéroglyphes, la culture contemporaine, imprégnée d'égyptomanie, accorde une place non négligeable à l'antique dieu Anubis.

Afrique

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Cynocéphales du Sahara

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photographie du désert libyen.
Paysage du sud-ouest libyen.

La forme hybride du dieu Anubis, avec corps d'homme et tête de canidé, a été rapprochée d'une série de gravures préhistoriques représentant des hommescynocéphales. Ces œuvres se répartissent dans tout leSahara central, mais se concentrent principalement sur les parois rocheuses des plateaux montagneux du Messak et duTadrart Acacus, dans le sud-ouestlibyen. La datation de ces images est une entreprise difficile, mais il est admis que la plupart de ces œuvres remontent auNéolithique. À cette époque, cette zone ne s'était pas encore désertifiée mais ressemblait encore à l'actuellesavane africaine[195]. Des figurations delions, derhinocéros, d'éléphants, d'hippopotames côtoient des scènes pastorales où des femmes gardent moutons et bovidés. Ailleurs, des scènes de chasse exposent des hommes portant des masques animaliers. On rencontre aussi des géants mythiques à tête delycaon et armés de haches. La force surhumaine de ces créatures est indiquée par leurs activitéscynégétiques. Tel Cynocéphale porte unaurochs adulte sur ses épaules, tel autre traîne le cadavre d'un rhinocéros, tel autre empoigne d'une seule main unoryx. Une série de gravures met en scène des cynocéphalesithyphalliques. Certains désirent s'accoupler à des éléphants adultes en fuite, d'autres avec des femmes cuisses écartées[196]. En 1966, se basant sur des représentations de danseurs à masque de chacal duFezzan libyen, Jacques Bernolles[197] propose de situer les origines du dieu Anubis dans cette région car, pour lui, « le sens de migration du concept Anubis-Chacal n'est point Égypte-Sahara mais bien Sahara-Égypte »[198]. En 1998,Jean-Loïc Le Quellec, après avoir passé en revue les multiples similitudes existant entre les données sahariennes et égyptiennes, estime que les rapprochements ne sont guère convaincants. Sa principale objection tient au fait que le chacal Anubis n'a jamais été représenté en train de dompter ou de massacrer d'énormes bêtes sauvages[199]. Avant lui, en 1991,Alfred Muzzolini estime que les similitudes entre les Cynocéphales sahariens et l'Anubis égyptien tiennent plutôt d'un fond archaïque africain commun, et que l'influence culturelle des populations sahariennes sur l'Égypte prédynastique puis pharaonique est assez improbable[200].

Cultes funéraires nubiens

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photo de plusieurs pyramides dans le sable du désert
Pyramides nubiennes àMéroé.

LaNubie, située entre la premièrecataracte du Nil (ancien barrage d'Assouan) et lepoint de confluence duNil Blanc avec leNil Bleu (région deKhartoum), est durant l'Antiquité une contrée à la charnière de l'Égypte et des peuples de l'Afrique tropicale. Après avoir été tantôt soumise aux pharaons et tantôt indépendante, la Nubie voit évoluer sur son sol, durant leIer millénaire, une nation indépendante connue sous le nom deroyaume de Koush. Entre -660 et -350, sous l'autorité successive des rois deNapata et deMéroé, les traits culturels propres aux Nubiens continuent de se teinter d'une forte influence égyptienne. En matière funéraire, le culte royal et princier s'exerce au sein de modestespyramides, la plus haute ne culminant qu'à trente mètres de haut. Cette architecture s'inspire des édifices funéraires que les colonisateurs égyptiens duNouvel Empire (gouverneurs, prêtres) se firent édifier en Basse-Nubie. Plus de 200 pyramides nubiennes ont été recensées, chacune étant précédée, sur sa façade orientale, d'une chapelle mémorielle constituée d'unpylône d'entrée et d'un sanctuaire à salle unique[201]. La théologie funéraire qui s'y exerce repose sur lemythe osirien, le roi défunt devenant, comme en Égypte, un nouvelOsiris, tandis que l'héritier du trône endosse le rôle d'Horus. Malgré le fait que la momification des corps soit peu prouvée, Anubis n'est pas exclu de la pensée funéraire nubienne et tient manifestement une grande place dans les rites delibations. On peut ainsi observer sur la table d'offrande de Qenabelile, conservée auBritish Museum deLondres, le dieu Anubis se tenant en face deNephtys, tous deux en train d'offrir l'eau revivifiante au défunt[202]. Une variante de cette scène se trouve sur la table de Tedeqene (Musée des Beaux-Arts de Boston)[203], sur la table du roi Takideamani (Neues Museum deBerlin)[204], sur la table du prince Amanikhe-dolo (Musée national du Soudan deKhartoum)[205] et sur une table anonyme[206] conservée auMusée du Louvre àParis[207]. Originellement, chaque table d'offrandes était installée sur un promontoire en brique dans la chapelle funéraire et permettait aux vivants d'interagir avec le ou les ancêtres enterrés sous la pyramide. L'offrande liquide était versée, soit directement sur la table, soit sur des nourritures déposées auprès ou sur la table. En suintant à travers le sol, l'eau cérémonielle rejoignait les défunts, les abreuvait et les régénérait dans leur au-delà[208].

Mythes des ethnies du Nil Blanc

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Le thème mythologique du chien gardien du monde des morts et guide des âmes est répandu à travers le monde :Cerbère etOrthos chez lesanciens Grecs,Garm chez lesGermains,Xolotl chez lesAztèques. Une multitude de récits similaires ont été récoltés par lesethnologues auprès des populations contemporaines de l'Afrique subsaharienne dont lesSérères, lesAzandés et lesBantous. Le mythe duRenard pâle desDogons duMali est largement connu du public européen, grâce aux travaux des FrançaisMarcel Griaule etGermaine Dieterlen[réf. nécessaire].

photo d'une hutte africaine sur une colline.
Résidence duroi Shilluk àFachoda en 1910.

Comme d'autres ethnies africaines, lesShilluk et lesAnyuak, installés dans l'actuelSoudan du Sud le long duNil Blanc et des rivièresSobat,Pibor etBaro, pensent que les âmes des défunts parcourent lasavane sous l'apparence de chiens ou d'humains à demi-canins[209]. La mythologie des Shilluk accorde une très large place à leurs deux héros culturels, les roisNyikang etDak. Un des épisodes de leurgeste les met aux prises avec de mystérieux esprits ayant épousé des femmes transformées en chiennes de chasse. Ces êtres sont capables d'apparaître et de disparaître dans les prairies herbeuses incendiées par la foudre des orages de la saison chaude[210]. D'autres histoires décrivent l'au-delà comme étant lePays des Chiens. Dans cette contrée, les esprits-jwok qui peuvent se transformer en canidés sont les possesseurs d'opulents troupeaux de bovidés et vivent en concubinage avec de jeunes et nobles belles femmes. Le linguiste allemandDiedrich Westermann a collecté, en 1910, un grand nombre de mythes Shilluk qu'il a ensuite publiés en 1912 en anglais. Plusieurs de ces récits présentent des analogies structurelles ou événementielles avec leConte des deux frères, qui met en scène le chien Anubis et le taureauBata. DansThe Girl and the Dog, « La Fille et le Chien », une princesse devient l'épouse d'un esprit transformé en chien, mais réussit à lui échapper grâce à l'aide de sept chasseurs. DansThe Country of the Dogs, « Le Pays des Chiens », des chasseurs s'égarent dans un au-delà peuplé de chiens possesseurs de femmes et de troupeaux. DansAn Adventure in the Forest, « Une Aventure dans la Forêt », le domaine d'un chien, d'une vieille femme et de leurs chiots se trouve dans le ciel, mais est relié à la terre grâce à un arbre gigantesque et épineux[211].

Selon un mytheanyuak, autre récit présentant des ressemblances avec leConte des deux frères, l'origine des actuels troupeaux de l'ethnieNuer remonte à une razzia effectuée, lors des temps primordiaux dans lePays des Chiens, par un groupe de guerriers avides de s'approprier le bétail et les femmes des esprits canins[212]. LesAnyuak ont par ailleurs développé un cycle mythologique autour de Medho, le premier chien et serviteur du dieu créateurJwok. Après avoir créé tous les animaux, Jwok modèle le premier couple humain. Déçu par cette œuvre, qu'il juge laide et rabougrie, Jwok ordonne à son chien de jeter les deux humains hors de son village et de les tuer. Le chien les emmène dans la savane mais décide de les protéger, de les nourrir et de les élever dans le creux d'un arbre. Quand le premier homme atteint l'âge adulte, le chien gruge Jwok et s'empare des lances qu'il destinait au taureau. Désappointé, Jwok doit se contenter d'offrir au bovidé des cornes fabriquées à partir de rames. Un jour, pour se venger, Jwok décide d'enlever la vie à l'humanité et jette un énorme rocher (symbole de la vie) dans une rivière (symbole de la mort)[n 22]. Le chien parvient cependant à grappiller quelques années de vie en arrachant avec ses dents un morceau du rocher qu'il confie à l'humanité[213].

Monde gréco-romain

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Cultes isiaques

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photo d'un temple en ruine
Ruines dutemple d'Isis àDélos.

Durant l'antiquité gréco-romaine, certains dieux égyptiens s'exportent à travers les pays bordant lamer Méditerranée (Grèce,Empire romain) et atteignent ensuite les bords duRhin et le nord de l'Angleterre. Sous lesLagides, une dynastie de pharaons originaires duroyaume de Macédoine, le culte d'Isis prend un essor remarquable en dehors de l'Égypte[214]. Cette religiosité nouvelle s'exerce au sein de petits groupes d'adorateurs et se présente partout comme un fait religieux minoritaire. Ces cultes, dits « alexandrins » ou « isiaques », s'attachent surtout à la déesse Isis. Cette dernière est toutefois accompagnée de sonparèdreSarapis (une forme hellénisée d'Osiris) et de ses deux filsHorus (Horapollon) et Anubis (Hermanubis). Même si la momification perdure en Égypte jusqu'à la conquête arabe duVIIe siècle, les communautés isiaques hors d'Égypte ne suivent pas cette pratique. Dépourvu de cette fonction de conservation, Anubis joue essentiellement le rôle de guide des âmes (psychopompe)[215]. Sa place, très secondaire après Isis, fait qu'il n'a pas bénéficié d'un grand sanctuaire indépendant. L'archéologie a toutefois prouvé la présence de chapelles en son honneur, installées dans les temples d'Isis, sur l'île deDélos par exemple. La place d'Anubis dans le cœur des dévots se remarque surtout par les nombreuses inscriptions que ceux-ci ont laissées derrière eux, près des lieux de culte isiaques, et maintenant révélées par l'archéologie. L'une des plus fameuses a été retrouvée sur un fragment de marbre àCius enBithynie, une région située au nord de l'actuelleTurquie. Le texte de cette dédicace à Anubis, gravée auIer siècle, se présente à la manière d'un hymne à Isis, les dieux isiaques étant rarement pris séparément, mais considérés comme un tout complémentaire[réf. nécessaire] :

« À la Bonne Fortune
Roi de tous les habitants du ciel, salut, impérissable Anubis ; ton père à la couronne d'or, le très auguste Osiris, qui est lui-mêmeZeus, fils deCronos, lui-même le grand et puissantAmmon, souverain des immortels, t'honore par-dessus tous, lui Sérapis. Ta mère est la grande bienheureuse, Isis aux multiples noms, qu'engendra Ouranos, fils de la Nuit, auprès des flots étincelants de la mer et qu'Érébos nourrit pour être la lumière de tous les mortels, elle la plus vénérable des Bienheureux, qui dans l'Olympe détient le sceptre de la terre entière et de la mer, reine divine à qui rien n'échappe ; de tous les biens elle est l'auteur pour les mortels »

— Dédicace grecque à Anubis. Traduction de Jean-Claude Grenier[216].

Hermanubis

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Dans le cadre des croyances isiaques et de la réinterprétationhellénistique du fait divin égyptien, Anubis a été rapproché d'Hermès, un dieu grec dont le rôle principal est de conduire les défunts auxEnfers. La fusion de ces deux divinités engendra lethéonyme « Hermanubis ». Ce nouveau terme est cependant plus à prendre comme une nouvelle appellation d'Anubis que comme une réelle divinitésyncrétique indépendante. Le nouveau vocable repose sur l'addition primitive des noms « Hermès » et « Anubis ». La préséance d'Hermès sur Anubis n'est pas à chercher dans une quelconque domination religieuse d'une divinité grecque sur une divinité égyptienne, mais dans une simple facilité phonétique, l'expression « Anubis-Hermès » ayant été elle aussi utilisée par les dévots (inscriptions duSarapieion deDélos)[217]. Sur le plan iconographique, Hermanubis emprunte les symboles visuels des deux divinités : la tête de chien à Anubis, lecaducée, la palme et les aileronstalaires à Hermès. Il est cependant à noter que les adeptes des cultes isiaques n'utilisèrent que très peu le vocable « Hermanubis », sa présence dans les textes antiques est rare et seuls quelques exemples sont parvenus jusqu'à nous[218].

  • Statuaire gréco-romaine
  • Statue d'Anubis en toge romaine
    Statue du dieuHermanubis.
  • Statue d'Hermès
    Statue du dieu Hermès.

Anubophores

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photo d'une statue à tête de chien
Tête d'Hermanubis.

Dans le cadre des cultes isiaques, il s'est aussi constitué des confréries spécialement attachées au dieu Anubis, les « sunanubiastes » enLydie àSmyrne (début duIIIe siècle av. J.-C.), les « sêkobates du dieu Hermanubis[n 23] » enMacédoine àThessalonique (époque de la Rome impériale), les « Anubiaques » enGaule narbonnaise àNîmes (IIIe siècle) et en Italie àOstie (autour l'an 250)[219]. En Égypte, certains prêtres portaient un masque d'Anubis afin de mieux s'identifier à lui, lors de funérailles ou de fêtes sacrées (àDendérah par exemple). Cette pratique s'est transmise aux cultes isiaques, et une inscription de la première moitié duIIIe siècle, trouvée sur une stèle funéraire àVienne (Isère), emploie le terme d' « Anuboforus » (Anubophore), c'est-à-dire porteur d'Anubis[réf. nécessaire] :

« Aux dieux mânes et à la mémoire éternelle de Lepidus Rufus, Anubofore, qui vécut quarante ans, huit mois et trois jours (...) -CILXII, 1919 »

— Stèle funéraire (désormais détruite), traduction Jean-Claude Grenier.

Le port du masque d'Anubis par un dévot est aussi attesté par l'iconographie : mosaïque des Saisons à Thysdrus (El Jem en Tunisie), médaillon d'applique en terre cuite découvert àOrange (Vaucluse) et conservé auMetropolitan Museum of Art, statuette d'Anubophore de la collection Schlumberger duMusée archéologique de Strasbourg[220]. Dans la littérature,Apulée a laissé une description pittoresque d'une fête isiaque qui s'est déroulée un 5 mars, jour dunavigium Isidis, àCenchrées près de la ville deCorinthe :

« Bientôt parurent les dieux, daignant, pour avancer, se servir de pieds humains. D'abord le dieu à l'aspect terrifiant qui sert de messager entre le monde d'en haut et le monde infernal, mi-parti noir et doré de visage, la tête haute et dressant fièrement son encolure de chien : Anubis, qui de la main gauche tenait un caducée, de la droite agitait une palme verdoyante. »

— Apulée (124-170),Métamorphoses,XI, 2, trad. Jean-Claude Grenier[221]

L'Aboyeur

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photo d'une stèle
Stèle funéraire gréco-romaine.

Dans les cultes isiaques, Anubis est la seule divinité à mêler les formes humaine et animale. Cette combinaison, habituelle enÉgypte antique, fut peu appréciée par nombre d'auteurs classiques, qui firent du dieu à tête de chien l'archétype d'un cultezoolâtre barbare et dégoutant[222]. Les élites grecques se firent plutôt modérées, sans doute pour ne pas froisser leurs alliéslagides. L'opposition aux dieux venus d'Égypte se fit surtout sentir àRome, à partir de la guerre entreAuguste etCléopâtre VII (bataille navale d'Actium). Les détracteurs du culte égyptien portèrent majoritairement leurs piques et quolibets contre Anubis, en tant que symbole d'un culte importé et ridicule. Sous la dynastie desJulio-Claudiens, plusieurs poètes latins - dontVirgile - imposèrent le cliché littéraire de l'Anubis aboyeur (latrator Anubis), un dieu misérable osant s'attaquer aux nobles dieux romains[réf. nécessaire] :

« La Reine, au milieu de sa flotte, appelle ses soldats au son dusistre égyptien et ne voit pas encore derrière elle les deux vipères. Les divinités monstrueuses du Nil et l'aboyeur Anubis combattent contre Neptune, Vénus, Minerve »

— Virgile (70-19 av. J.-C.),ÉnéideVIII, versets 696-700[223].

Cette attaque perdura au cours des siècles, malgré l'attitude favorable de quelques empereurs envers le culte égyptien. Les premiers auteurs chrétiens, remplis d'un zèleévangélique, reprirent à leur compte les attaques contre la zoolâtrie égyptienne, qu'ils voyaient comme une aberration[réf. nécessaire] :

« Quelle nation a l'esprit assez sot, la langue assez barbare, ou quelle superstition est assez stupide pour placer sur le trône céleste un Anubis aboyeur à tête de chien ? »

— Prudence,Apotheosis, versets 194-196[224].

Postérité

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Saint Christophe cynocéphale

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photo d'une icone
Saint Christophe à tête de chien (icone duXVIIe siècle auMusée byzantin et chrétien d'Athènes).

Durant les premiers siècles duchristianisme, le peuple égyptien se remarque par son opposition à la nouvelle croyance. Si, à partir des années 400-450, les chrétiens commencent à devenir majoritaires, une part non négligeable de la population continue toutefois à manifester son attachement aux anciennes divinités. Malgré la disparition de l'essentiel de la religion païenne avec la fermeture des temples et la dissolution des clergés entre lesIVe et VIe siècles, la résistance à l'évangélisation fait que quelques éléments des anciennes croyances continuent à subsister grâce à la piété populaire. La représentation et le mythe d'Anubis se reportent sur la figure deChristophe de Lycie. Ce saint homme, interrogé par lacritique moderne qui cherche à établir le degré d’historicité du personnage[225], est essentiellement représenté dans la sphèrecatholique tel un bon géant qui fit un jour traverser une rivière à l'Enfant Jésus en le portant assis sur ses épaules. Cet acte de bonté est à l'origine de son nom « Christophoros » (Porteur du Christ) et en a fait lesaint patron des voyageurs et des bonnes routes[réf. nécessaire] :

« Il fut (...) converti par un ermite, qui lui dit : « Puisque tu désires servir le Christ, comme tu es extraordinairement fort et robuste, fixe-toi sur la rive de cette rivière rapide et dangereuse, et tu passeras les gens à travers le gué, sur tes épaules. » Christophe accepta, et exerça cet office de charité chrétienne. Un jour qu'il portait ainsi un enfant, il se sentit écrasé par le poids, et avait peine à se tenir debout, malgré le solide bâton sur lequel il s'appuyait. Quand il eut atteint l'autre rive, il déposa son fardeau. « Enfant, dit-il, je croyais, en te portant, sentir peser sur moi le monde — Tu portais en effet le Créateur du monde, » répondit l'enfant. Et il disparut. »

— Paul Guérin,Vie des Saints, 30 juillet : Saint Christophe.

Toutefois, dans la sphère desChrétiens orientaux, où Saint Christophe est aussi très populaire, il hérite de la tête de chien, un rappel de l'antique dieu Anubis qui ouvrait les routes aux défunts méritants et qui les protégeait jusqu'à leur arrivée auxchamps de laCampagne des Joncs, imaginée comme une contrée verdoyante entourée de nombreux cours d'eau (Chap. 110 duLivre des morts)[226]. D'après le folkloristePierre Saintyves, l'origine du saint cynocéphale serait à chercher auprès des premiersCoptes deMoyenne-Égypte, la ville deLycopolis, consacrée au chacalOupouaout, étant devenue un important centre spirituel chrétien avec la fondation d'un monastère[227]. D'après lui, l'iconographie du géant portant l'enfant-Jésus dérive de la statuaire gréco-romaine montrantHermès portant Dionysos enfant etHéraclès portant le jeuneÉros[227].

L'image d'un jeune être régénéré, porté à travers les eaux par une puissante divinité, n'est cependant pas étrangère à l'iconographie funéraire des Anciens Égyptiens. Durant leNouvel Empire, la déesse Menkeret apparaît en tant que statuette dans la tombe deToutânkhamon et en tant que représentation peinte dans la tombe deSéthi Ier. Dans ces deux exemples, Menkeret est figurée en train de marcher et de transporter sur sa tête le roi assis, momifié dans un linceul et ceint de la couronne rouge de la Basse-Égypte, le rôle de Menkeret étant de faciliter le passage du roi à travers les marécages de l'au-delà. Cette mission n'est pas étrangère au mythe d'Anubis, le dieu canin ayant capturé puis condamnéSeth à porter la momie d'Osiris sur son dos[228], la lourde charge ayant fait vaciller le captif à plusieurs reprises[229].

  • Dieux porteurs
  • photo d'une statuette
    Menkeret portant Toutânkhamon.
  • photo d'une statue
    Hermès portant Dionysos.
  • photo d'un statue
    Hercule portant Télèphe.
  • photo d'un livre médiéval
    Saint Christophe portant l'enfant Jésus.

Poésie francophone

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Depuis laRenaissance et jusqu'à notre époque, nombre d'auteurs et de poètes se sont approprié les mythes et les symboles des dieux égyptiens. Sur le seul Anubis, en se restreignant à la sphère francophone et à quelques exemples, on peut signaler une reprise, aux auteurs classiques de l'Antiquité, du thème de l' « Anubis aboyeur », en 1742 parLouis Racine, fils du dramaturgeJean Racine, dans leChantIII du poèmeLa Religion :

(...) Devant son Osiris l’Égypte est en prière :
Vainement un tombeau renferme sa poussière ;
Grossièrement taillée, une pierre en tient lieu.
D’un tronc qui pourrissait le ciseau fait un dieu.
Du hurlant Anubis la ridicule image
Fait tomber à genoux tout ce peuple si sage. (...)

— Louis Racine,La Religion,ChantIII, 1742.

Durant l'été 1846,Leconte de Lisle publie dans la revue socialisteLa Phalange un long poème dénommé « Le Voile d'Isis », organisé à la manière d'un dialogue entre un pharaon brutal en quête d'immortalité divine et un prêtre thérapeute qui lui conseille la contemplation et l'initiation auxmystères d'Isis. Lorsque le poète évoque Anubis, surgit à nouveau la thématique du chien aboyeur[n 24]:

(…) Mon fils veille aux côtés de mon trône éternel ;
Et le vieil Anubis, le dieu cynocéphale,
Aboie en mon honneur d'une voix triomphale !
Non ! quel que soit le sort, sinistre ou fortuné,
Quel que soit l'avenir que nul n'a deviné,
Non, rien n'ébranlera les bases impassibles
D'où s'élancent aux cieux mes œuvres invincibles. (…)

— Leconte de Lisle,Le Voile d'Isis, 1846.

Le poèteStéphane Mallarmé s'est attaché à composer plusieurs textes commémoratifs, tel les « tombeaux, » àEdgar Allan Poe,Charles Baudelaire etPaul Verlaine, tous trois rédigés presque immédiatement après la mort des personnes célébrées. Les aspects canins et funéraires d'Anubis sont évoqués dans le premier quatrain de l'hommage rendu à Baudelaire décédé en 1867 :

Le temple enseveli divulgue par la bouche
Sépulcrale d'égout bavant boue et rubis
Abominablement quelque idole Anubis
Tout le museau flambé comme un aboi farouche

— Stéphane Mallarmé,Le Tombeau de Baudelaire[n 25]

En 1888, épris demysticisme et inspiré des premières traductions duLivre des morts des Anciens Égyptiens,Maurice Bouchor s'attache à décrire poétiquement les pérégrinations de l'âme, depuis la momification jusqu'à sa proclamation d'éternité par le tribunal d'Osiris, le dieu Anubis participant à l'emmaillotement du cadavre et à la pesée du cœur :

(…) Enveloppé de lin, pris dans mes bandelettes,
Baigné d’huile de cèdre et couvert d’amulettes,
J’habite le Lieu frais, l’immuable Dessous.
J’attends. Par Anubis ma chair fut raffermie.
Lui-même a parfumé la sereine momie ;
Mon corps d’éternité ne sera point dissous.
(…)
Ils vont peser mon cœur. Ô terrible silence !
Plein d’angoisse, je vois osciller la balance.
Si j’avais oublié quelque faute ? mais non :
Tout le pays de Kemt glorifiait mon nom !
Et, tandis que je roule en moi cette pensée,
Ils observent, les dieux à la barbe tressée,
Si mon cœur pèse autant que l’image d’or fin,
Symbole rayonnant de la Justice… Enfin,
Les deux plateaux se font lentement équilibre.
Victoire à moi ! mon cœur triomphe ; je suis libre.
« Horkem a satisfait aux immuables lois,
Dit Anubis ; son cœur pèse le juste poids. »
Le silence est profond dans l’intègre assistance ;
Et le scribe des dieux, Thoth, écrit la sentence. (…)

— Maurice Bouchor,Les Symboles, L'Âme heureuse, 1888.

Personnage de fiction

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Depuis leXIXe siècle et l'apparition du phénomène de laculture de masse, l'image d'Anubis est véhiculée par l'entremise de nombreux supportsmédiatiques tels les livres devulgarisationégyptologique, les reproductions d'artéfacts antiques (statuettes et papyrus illustrés), les romans, les bandes dessinées, le cinéma, les sitesinternet. Grâce à ces moyens d'information et de divertissement, la représentation d'Anubis en tant qu'homme vêtu d'un pagne et doté d'une tête de canidé est devenue immensément populaire, le dieu finissant par représenter leparangon desdieux hybrides de l'Ancienne Égypte. Fort de cette popularité, Anubis est intégré dans la trame de nombreuses fictions.[réf. nécessaire]

En 1983, dans le romanLes Voies d'Anubis, œuvre fondatrice du genreSteampunk, l'américainTim Powers mêle, à travers différentes époques, divinités égyptiennes et personnages historiques (dont des poètes telsColeridge etLord Byron), dans des événements surnaturels ou fantastiques[230].

Dans lasérie télévisée américano-canadienneStargate SG-1 (dix saisons diffusées entre 1997 et 2007 auxÉtats-Unis), Anubis est présenté comme un tyran intergalactique issu de la race des puissants extraterrestres parasitesGoa'uld. SurTerre, son action néfaste s'est surtout manifestée durant l'Antiquité, lorsqu'il se fait passer pour un dieu aux yeux du peuple égyptien.[réf. nécessaire]

Des statues à l'effigie du dieu Anubis, sont également présentes dans la trilogie deLa Nuit au musée deShawn Levy (2006-2015)[231].

Dans la bande dessinée de Fábio H. Chibilski, titréeAnubis Warrior (Le Guerrier d'Anubis) et éditée en 2012, une fraction des pouvoirs d'Anubis se transmet de génération en génération à un guerrier en lutte contre les forces du mal[232].

Annexes

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Bibliographie

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Généralités

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Hiéroglyphes

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Mythologie

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Afrique

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Cultes et croyances funéraires

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Traductions

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Pseudo-science

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Conférence

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  • YouriVolokhine, « Colère et châtiment divins en Égypte ancienne : la question des maladies cutanées »,Colloque interdisciplinaire 2012-2013, Chaire des Milieux Bibliques, Collège de France: Colères et repentirs divins, Paris,‎(lire en ligne).

Notes et références

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Notes

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  1. La quasi-totalité des sources mentionnent le chacal, plus précisément lechacal doré (Canis aureus) comme animal ayant inspiré l'iconographie d'Anubis. Cependant, des études menées au milieu des années 2010 ont montré que les chacals dorés Nord-africains s'avéraient être une espèce distincte, proche du loup du nom deCanis lupaster. Il n'y a pas de population de chacals dorés en Afrique du Nord. Pour plus de détails, voir l'articleloup doré africain. Les mentions de « chacals » ici sont conservées un temps, pour se conformer aux sources présentes.
  2. L'écriture hiéroglyphique égyptienne ne restitue que les consonnes et quelques semi-voyelles, les voyelles sont absentes. La vocalisation exacte des mots égyptiens est par conséquent perdue[1]. La présence de lasemi-voyelle-ou a fait dire àPierre Lacau que la valeur phonétique deinpou est*einoupew (ou quelque chose de similaire), le théonyme devenantἌνουβις (Anoubis) engrec ancien (LivreI de laBibliothèque historique deDiodore de Sicile par exemple) ouΆνουπις (Anoupis) ouΈνουβις (Enoubis),Anubis enlatin etAnoup encopte.Pascal Vernus utilise le théonymeAnoubis[2], le jugeant plus correct. Selon Terence DuQuesne, la prononciation égyptienne serait*yanoup[3].
  3. Hiéroglyphes E15 et E16 de laclassification des hiéroglyphes de Gardiner.
  4. La ville de Saka (ou Kasa) c'est-à-dire le « Dos du Taureau » est l'actuelle El Qis (El Kaïs) et se situe sur la rive gauche du Nil. La ville de Hardaï (Cynopolis), actuellement Ech-Cheikh Fadel, dédiée à Anubis se trouve presque en face, sur la rive droite (voirServajean 2011,p. 23-26).
  5. À savoir les colonnesV,6 etVI,2, 5-6, 11-12, 14-16.
  6. La formule magique évoquant Anubis est destinée à guérir les piqûres de scorpions. Une traduction en français se trouve dansLexa 1925,p. 144-145. Concernant la piqûre infligée à Horus, voir dans le même ouvrage la traduction de lastèle de Metternich,p. 78.
  7. à savoir les passages des colonnesIII, 11-18 (texte du bas),IV.24 -V.2,IX.6-9 etXI.19-22.
  8. La lettre N remplace le nom du défunt.
  9. Un intersigne est un fait de la vie courante que l'on perçoit, par superstition, comme l'annonce d'un événement survenu loin de nous (DictionnaireLe Petit Larousse, année 1965). Le pourrissement de ces deux boissons a été prédit par Bata à Anubis lors de leur séparation comme le signe annonciateur de sa mort. Lors de son arrivée dans la vallée du Pin parasol, Bata cache son cœur dans une pomme de pin au sommet du plus grand des arbres. Il confie ce secret d'immortalité à sa compagne. Mais cette dernière, pour se débarrasser de lui, révèle la chose à Pharaon son nouvel époux. Afin de tuer Bata, Pharaon ordonne à un corps expéditionnaire de couper l'arbre et de détruire le cœur. Ceci fait, Bata meurt sur le champ. Lorsque Anubis trouve Bata sur son lit de mort, il se met à rechercher le cœur durant trois années et ne le retrouve, sous la forme d'un pépin de raisin, qu'au début de la quatrième année (cf. section: Boire son cœur).
  10. En 2009, Olivia etRobert Temple ont publié un ouvrage pseudo-scientifique intituléThe Sphinx Mystery, the forgotten origins of the sanctuary of Anubis dans lequel ils ont rapproché Anubis duSphinx de Gizeh. Ces auteurs avancent qu'à l'origine, durant tout l'Ancien Empire, le Sphinx était une monumentale représentation du dieu Anubis taillée dans la roche. La tête aurait été détériorée durant les troubles de laPremière Période intermédiaire, puis son visage actuel aurait été taillé durant leMoyen Empire pour représenter le pharaonAmenemhat II dans ce qui restait du cou de l'Anubis. Les auteurs s'appuient sur certaines évidences : la disproportion entre la tête et le corps du Sphinx, le corps à dos plat très différent du corps d'un lion tel qu'il est représenté traditionnellement dans l'Égypte antique et plus proche de celui d'un chien, la parfaite intégration du volume du Sphinx actuel dans l'enveloppe de l'Anubis sous forme canine, mis à l'échelle et toutes proportions gardées. Selon eux, les figurations géantes de chacals dans les mastabas princiers sont la confirmation de l'existence d'une gigantesque statue de chacal couché. Ils oublient cependant que dans ces mêmes tombeaux les propriétaires de ces lieux sont eux aussi figurés plus grand que nature tels des géants donnant des ordres à une foule d'humains. La taille des sarcophages indique pourtant qu'il s'agissait d'humains comme les autres… Plutôt que de lier Anubis au Sphinx, l'évidence voudrait qu'il faille lier les propriétaires aux figurations géantes d'Anubis chacal, cet animal étant une des manifestations des défunts dans l'au-delà (par exemple dans le chapitre 213 desTextes des pyramides).
  11. Cette citation montre l'embarras des égyptologues quant à la traduction masculine ou féminine du nom du nome cynopolitain. En 2002, Nicole Durisch Gauthier préfère user du terme masculin « nome d'Inpou (Anubis) » tandis que Sylvie Cauville, spécialiste reconnue du temple de Dendérah, préfère le féminin « nome d'Anubet » dans son ouvrageDendara - I, Traduction, Peeters,coll. « Orientalia Lovaniensia Analecta / OLA 81 »,(lire en ligne).
  12. LePapyrus Boulaqno 3 parle, sans doute fautivement, des Enfants de Khent-Aout. Les Enfants de Khenty-en-Irty (Haroëris en tant que dieu créateur) sont quatre divinités très souvent mis en parallèle avec les quatreenfants d'Horus, ils participent à la veillée funéraire d'Osiris, et participent à son embaumement.
  13. Il est probable que l'épithèteimy-out et le féticheimy-out n'aient pas eu la même prononciation.
  14. Le rituel de l'embaumement n'est plus connu dans son ensemble mais deux manuscrits, lePapyrusno 5158 du Louvre et lePapyrusno 3 de Boulaq permettent d'en appréhender une partie. Ces deux documents sont datés de la première moitié duIer siècle de notre ère, mais il s'agit vraisemblablement de copies d'un texte rédigé auNouvel Empire. Le document originel se présentait à la manière d'un manuel subdivisé en paragraphes. Le début est malheureusement perdu et seuls les onze dernières étapes du procédé nous sont parvenues. Chaque paragraphe est subdivisé en deux parties, la première traite des manipulations opérées sur le corps (massage, onction, emballement) tandis que la seconde expose les paroles liturgiques à prononcer avant, durant ou après les gestes techniques. Ce rituel funéraire est toutefois bien plus ancien ; les plus anciennes allusions à ce sujet remontent à l'Ancien Empire et figurent sur les murs de lapyramide à textes.
  15. Toutes les traductions modernes ne font pas ce distinguo et rendent indifféremment par le mot « cœur », le cœur-haty (muscle cardiaque) et le cœur-ib (tous les organes internes, cœur excepté) sans préciser duquel il s'agit. Sur cette question physiologique, voirBardinet 1995,p. 82. Cet auteur traduit le motib par « intérieur-ib ».
  16. Concernant le prêtre-out en tant que ritualiste du défunt durant l'Ancien Empire, voirMartin 2012(ENIM 5).
  17. La tombe de Pairy, grand-prêtre d'Amon sousAmenhotep III, est située dans la nécropole deCheikh Abd el-Gournah sur la rive occidentale du Nil en face deLouxor (numéroTT139).
  18. Ce mythe étiologique s'appuie sur une succession d'assonances. Il apparaît ici que le dieu Anubis créé la fonction sacerdotaleSetem en faisant une libationsath et en prononçant la paroleSetesh im « Seth est là ». Le motaby « panthère » est rapproché des motsba « peau de léopard »,ouabet « place pur »,ouab « prêtre pur » etabou « marquer au fer rouge ». VoirLalouette 1987,p. 283.
  19. LaPlace de Vérité est le toponyme égyptien deDeir el-Médineh. Pour en savoir plus sur cette communauté d'artisans, voirGuillemette Andreu (directeur),Deir el-Médineh et la Vallée des Rois, Éditions Khéops, 2003 (Actes du colloque « La vie en Égypte au temps des pharaons du Nouvel Empire » des 3 et 4 mai 2002 du Musée du Louvre).
  20. Il s'agit en fait de deux équipes de sept gardiens.
  21. Dans d'autres exemplaires duLivre des morts, ce passage est remplacé par un questionnaire où le défunt communique directement avec les éléments de la porte d'entrée du tribunal (montants droit et gauche, seuil, gâche, pêne, tasseaux, etc.) puis avec un portier anonyme, mais il s'agit sans doute d'Anubis, et avec le dieu Thot qui l'annonce et l'introduit auprès Osiris.
  22. Cet épisode du cycle Anyuak du chien semble apparenté à la mythologie desKuba (République démocratique du Congo). Après avoir commis l'inceste avec sa sœur Mweel, le roi Woot quitte son village en longeant la rivière Sankuru vers l'est et emporte avec lui la lumière solaire. Plongée dans l'obscurité, Mweel envoie le chien Bondo à la recherche de Woot, mais ce dernier barre le chemin avec un gros rocher. Un ver à bois parvient à forer un passage. Woot tout en refusant de rentrer envoie sa fille Bibolo auprès de Mweel avec des animaux symbolisant le réveil du soleil (coq, singe, grillon, etc.). VoirLuc de Heusch,Le roi ivre ou l'origine de l'état, Paris, Gallimard, 1972,p. 114-115.
  23. Le « sêkos » est le saint des saints du temple.
  24. Agnès Spiquel, « Isis auXIXe siècle », dans:Mélanges de l'École française de Rome. Italie et Méditerranée, tome 111,no 2, 1999,p. 541-552.
  25. Maxime Durisotti,Les « Tombeaux » de Mallarmé, 2007, 17 pages.

Références

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