Exemplaire duBritish Museum de l’édition classique de l’Anthologie grecque en 5 tomes devan Bosch etvan Lennep (commencée en 1795 par Bosch, menée à terme et publiée en 1822 par Lennep). Abondamment illustrée, elle comporte la traduction en vers latins parGrotius de l'édition dePlanude de l’Anthologie. Elle reprend aussi le texte grec très fautif de l’édition Wechel (1600), qui n'est lui-même qu'une reprise de l'édition planudéenne de 1566 due àHenri Estienne.
L'Anthologie grecque (engrec ancien :Ἀνθολογία Ἑλληνική /Anthología Hellēnikḗ ; enlatin :Anthologia Graeca) est unrecueil de poèmes, essentiellement desépigrammes, qui vont de lapériode classique à la périodebyzantine de lalittérature grecque. Elle est parfois considérée comme synonyme d'Anthologie palatine, alors que les deux expressions ont un sens légèrement différent.
Les nomsAnthologie grecque etAnthologie palatine sont utilisés pour se référer à ce recueil, mais avec deux sens différents. Le termeAnthologie palatine fait référence au recueil tel qu'il nous est transmis par le manuscritCodex Palatinus graecus 23, conservé à laBibliothèque palatine de Heidelberg et, pour les derniers feuillets, à laBibliothèque nationale de France.
Le nomAnthologie grecque (en latinAnthologia Graeca) est utilisé pour faire référence de façon plus générale aux textes, au-delà de leur transmission à travers un manuscrit particulier. Ainsi, dans l'histoire, on a utilisé l'expressionAnthologia Graeca pour faire référence à l'Anthologie dePlanude et également pour désigner l'Anthologie palatine augmentée d'un appendice reportant les épigrammes présentes dans l'Anthologie de Planude qui ne se trouvent pas dans la Palatine[1].
Le noyau originaire qui constitue celle qu'on appelle aujourd'huiAnthologie grecque est laCouronne de Méléagre, un recueil compilé parMéléagre de Gadara auIer siècle av. J.C., où l'auteur dit avoir sélectionné des fleurs (les épigrammes) pour en faire une couronne[2]. Cet ouvrage est le prototype de l'« anthologie », terme dont l'étymologie signifie justement « choix de fleurs »[3], même si Méléagre n'a pas utilisé le mot « anthologie » dans saCouronne[4].Elle contenait, outre les poèmes du compilateur lui-même, les pièces de quarante-six autres auteurs, dontArchiloque,Alcée de Mytilène,Événos de Paros,Anacréon, etSimonide de Céos. Dans sa préface au recueil, Méléagre compare avec beaucoup de finesse l'ordre des poèmes aux fleurs d'une couronne liées par leurs tiges. Il s'agit là d'une image qui a fait passer à la postérité le mot « Anthologie » comme synonyme de recueil de pièces littéraires destiné aux générations futures. Dans le poème de sa « couronne », qui se retrouve au début du livre IV du Codex Palatinus 23, Méléagre liste les poètes choisis dans la constitution du recueil et les associe chacun à une fleur.
Le manuscrit sur lequel se basent les éditions de l'Anthologie est le Codex Palatinus 23[6]. La quasi-totalité en est conservée à la bibliothèque de l'université de Heidelberg[7], à l'exception de quelques feuillets qui se trouvent à laBibliothèque nationale de France sous la cote Suppl. Gr. 384. Ce manuscrit byzantin, daté de 940 après J.-C., a été découvert en 1606 parClaude Saumaise dans laBibliothèque palatine deHeidelberg, qui a cessé d'exister après la conquête duPalatinat au début de laguerre de Trente Ans. Ce recueil s'appuie sur une anthologie précédente, composée au début duXe siècle parConstantin Céphalas. Selon des recherches effectuées sur ce sujet[8], la plupart des épigrammes que l’on trouve dans le Codex Palatinus 23 dériveraient du travail de Constantin Céphalas. Le manuscrit de Constantin a été composé à partir de trois sources principales :
laCouronne deMéléagre, recueil daté de 100 avant J.-C. ;
L’érudit byzantinMaxime Planude réalisa lui-même uneédition de l’Anthologie grecque qui, outre l'ajout de quelques pièces, élimine oucaviarde plusieurs poèmes qui ne lui ont pas paru authentiques ou convenables. Cette version fut la seule connue de l'Occident chrétien[9] jusqu’à ce que Claude Saumaise découvre àHeidelberg, en 1606, un recueil plus complet et fondé sur l'édition antérieure deConstantin Céphalas, le manuscritCodex Palatinus 23[10]. La copie qu'en fit Saumaise ne devait pourtant pas paraître avant 1776, lorsqueRichard François Philippe Brunck l'annexa à sesAnalecta. La première édition critique est due à F. Jacobs (13 volumes, 1794-1803 ; revue en 1813-1817).
Avec sa diffusion dans toute l’Europe, l’Anthologie grecque a laissé une empreinte profonde sur ses lecteurs. Un critique duTimes Literary Supplement, commentant en 1971 la traduction partielle deRobin Skelton de l’Anthologie, a pu écrire[11] :« Le temps est suspendu s’il n'est plus possible d’y découvrir un chef-d’œuvre qu’on n’avait pas encore lu. » On peut déceler l'influence de ce recueil sur des auteurs aussi différents queProperce,Ezra Pound ouEdgar Lee Masters. Avec la publication de traductions noncensurées auXXe siècle, son influence s'est encore accrue.
L'édition courante de l'Anthologie grecque, soit la plus répandue dans les bibliothèques et les librairies modernes, est basée sur celle deFriedrich Jacobs, philologue allemand spécialiste de lettres classiques, qu'il publie en 1813 sous le nom d'Anthologia græca ad fidem codici olim palatini, nunc parisini, ex apographo gothano edita (grossièrement « Anthologie grecque fidèle aux codes palatins, maintenant parisiens, publiée d'un apographe de Gotha ») en trois volumes, après que letraité de Tolentino a astreint la cour de Rome à céder leCodex Vaticanus (leCodex Palatinus 23 rebaptisé après la prise de Heidelberg par lecomte de Tilly en1622[12]) à la France, entre autres manuscrits et objets d'art. Aidé des documents obtenus par la France ainsi que d'une copie de l'Anthologie de Planude réalisée par l'abbé Joseph Spaletti, et fort de son expérience de réédition savante desAnalecta de Richard François Philippe Brunck, Jacobs publie un travail d'une grande conformité au manuscrit d'Heidelberg[13].
Les éditions modernes divisent communément l'Anthologie en seize livres distincts, correspondant parfaitement, à quelques différences près, à la division opérée par Jacobs dans son édition.
Le livre III contient dix-neuf épigrammes anonymes décrivant lesbas-reliefs qui ornaient les colonnes du temple d'Apollonis àCyzique vers 295 av. J.-C. Ces bas-reliefs représentaient des scènes historiques et mythologiques relatives à l'amour filial.
Le livre V contient 309 épigrammes amoureuses et érotiques rédigées par une grande variété d'auteurs, dont les compilateurs de l'Anthologie eux-mêmes, comme Méléagre et Agathias. La variété des sources ainsi que la longueur de la période de temps durant laquelle les épigrammes ont été rédigées et compilées rendent difficile la datation; il est toutefois peu probable qu'elles soient postérieures au règne d'Hadrien, qui eut lieu de 117 à 138.
Le livre VI contient 358 épigrammes votives consacrées à différentes divinités grecques et romaines. Elles sont rédigées en distiques élégiaques, en hexamètres dactyliques, en trimètres iambiques ou enhendécasyllabes phaléciens[16].
Le livre VII contient 754 épigrammes funéraires. Dans les éditions françaises desBelles Lettres, ce livre, contenant beaucoup plus d'épigrammes que les autres, est séparé en deux volumes[17].
Composé de 827 épigrammes épidictiques ou démonstratives, le livre IX constitue une partie importante de l’Anthologie. Les épigrammes de ce livre comportent souvent une part d’éloge, en plus d’exprimer certaines idées philosophiques[18] .
Le livre X est constitué de 126 épigrammes dites « exhortatives et morales »[19], ouπροτρεπτικα en grec, soit « protreptiques ». Laprotreptique, dont le nom vient de l'ouvrage homonyme d'Aristote, était un genre littéraire destiné principalement à l'exhortation à la philosophie.
Le livre XI de l'Anthologie rassemble 442 épigrammes sympotiques, bachiques et satiriques. Ce livre sur les plaisirs de table terminerait supposément le recueil de Céphalas[20].
Le livre XIII rassemble 31 épigrammes de mètres divers. D’après Paul Wolters, ces poèmes sont probablement publiés dans l’Anthologie parce qu’ils servaient d’abord d’exemples dans un traité de métrique[23].
Le livre XIV, sur les problèmes, oracles et énigmes, réunit 150 épigrammes qui ressemblent à des devinettes ou des problèmes arithmétiques. Ces textes sont majoritairement anonymes, mais une grande partie d’entre eux sont attribués au mathématicienMétrodore. Jusqu’à aujourd’hui, les philologues ne savent pas si ces poèmes étaient inclus ou non dans l’architecture originale du projet de Constantin Céphalas[24].
Les 51 épigrammes dites « mêlées » du livre XV se rangent sous trois sections. La première est consacrée aux épigrammes chrétiennes; la seconde, aux poèmes figurés et la troisième, aux inscriptions traitant des courses de chars. Compte tenu de son hétérogénéité, le livre XV semble appartenir à une phase relativement tardive de l’Anthologie[25].
Les poèmes de cette anthologie proviennent de diverses époques. On peut y distinguer quatre périodes :
La période grecque à proprement parler, dontSimonide de Céos (556 av. J.-C.-467 av. J.-C.) est le parfait représentant, avec un bon nombre d'inscriptions funéraires pour les soldats tombés durant lesguerres médiques. Presque toutes les pièces de cette époque sont des inscriptions réelles ou des vers adressés à des personnes réelles, vivantes ou décédées ;
L'épigramme se développe beaucoup à lapériode hellénistique. À cette époque, son sens s'élargit pour inclure anecdotes, satires et poèmes amoureux.Callimaque est un bon représentant de cette période ;
À une période plus tardive de l'empire, un autre genre s'est développé : la satire. Lucilius, qui écrivait sousNéron, ainsi queLucien, montrent un grand talent pour des épigrammes habiles et caustiques.Palladas, un grammairien d'Alexandrie duIVe siècle, est le dernier représentant de l'épigramme classique. Dans ses vers, il se présente comme désespérément opposé au christianisme ;
La quatrième période consiste en épigrammes écrites sous le règne deJustinien. Le style en est précieux, comme en témoigne celui d'Agathias.
Cette liste des noms des poètes, ainsi que les hypothèses concernant leur identification et leur datation, proviennent de l'édition en un seul volume de l’Anthologie grecque parue aux Belles Lettres en 2019 avec une préface et des notes dePierre Laurens[26].
↑La version autographe, datée de 1301, est parvenue jusqu'à nous ; la première édition imprimée fondée sur le texte de Planude date de 1494.
↑Dirkvan Miert, « JOSEPH SCALIGER, CLAUDE SAUMAISE, ISAAC CASAUBON AND THE DISCOVERY OF THE "PALATINE ANTHOLOGY" (1606) »,Journal of the Warburg and Courtauld Institutes,vol. 74,,p. 241–261(ISSN0075-4390,lire en ligne, consulté le)
↑Cité dans les notes d'accompagnement à l'enregistrement « Select Epigrams from the Greek Anthology » de Charlton Griffin pour les éditions discographiques Audio Connoisseur.
↑SimoneFollet, « 32. Anthologie grecque, Première partie : Anthologie Palatine, tome XII (livres XIII-XV), texte établi et traduit par F. Buffière »,Revue des Études Grecques,vol. 89,no 426,,p. 647–650(lire en ligne, consulté le)
↑Aurélien Berra, « Théorie et pratique de l’énigme en Grèce ancienne »,Archive ouverte HAL,,p. 632(lire en ligne)
↑Anthologie grecque (préface et notes de Pierre Laurens, poèmes traduits par R. Aubreton, F. Buffière, P. Camelot, A. Dain, A.-M. Desrousseaux, M. Dumitrescu, J. Guillon, J. Irigoin, P. Laurens, H. Le Maître, E. des Places, G. Soury et P. Waltz) Paris, Les Belles Lettres, collection « 100 ans », 2019, XL+712 p. (traduction française seule).(ISBN978-2-251-44927-2)
Première partie :Anthologie palatine, éd. et trad. Pierre Waltz, Paris, Les Belles Lettres. T. I : Livres I-IV, 1929, XC-209 p. ; t. II : Livre V, 1929, 265 p. ; t. III : Livre VI, 1931, 338 p. ; t. IV : Livre VII, Epigrammes 1-363, 1938, 362 p. ; t. V : Livre VII, Epigrammes 364-748, 1941, 357 p. ; t. VI : livre VIII, Epigrammes de Saint Grégoire le Théologien, 1945, 194 p. ; t. VII : Livre IX. Epigrammes 1-358, 1957, LXIII-289 p. ; t. VIII : Livre IX. Epigrammes 359-827, 1974, X-477 p. ; t. IX: Livre X, 2011,72 p. ; t. X : Livre XI, 1972, X-302 p. ; t. XI : Livre XII, 1994, LXV-232 p. ; t. XII : Livres XIII-XV, 1970, VII-318 p.
Deuxième partie :Anthologie de Planude, éd. et trad. Robert Aubreton, Paris, Les Belles Lettres. T. XIII :Anthologie de Planude, 1980, VII-480 p.
Simone Beta,Moi, un manuscrit. Autobiographie de l'Anthologie palatine, trad. fr. T. Penguilly, Les Belles Lettres, 2019 (Io, un manoscritto. L'Antologia Palatina si racconta, Rome, Carocci, 2017).
Anthologie grecque, préface et notes de Pierre Laurens, poèmes traduits par R. Aubreton, F. Buffière, P. Camelot, A. Dain, A.-M. Desrousseaux, M. Dumitrescu, J. Guillon, J. Irigoin, P. Laurens, H. Le Maître, E. des Places, G. Soury et P. Waltz Paris, Les Belles Lettres, collection "100 ans", 2019 (traduction française seule).(ISBN978-2-251-44927-2)