Le nom « Antarctique » vient du grecἀνταρκτικός /antarktikós, qui signifie « opposé à l'Arctique ». Bien que desmythes et des spéculations concernant uneTerra Australis (« Terre Australe ») remontent à l'Antiquité, le continent n'est aperçu pour la première fois – de façon attestée – qu'en 1819 par le navigateur britanniqueWilliam Smith. Cette découverte suscita un vif intérêt de la part des chasseurs de phoques européens et américains qui affluèrent sur les côtes antarctiques dans les années qui suivirent et s'employèrent à décimer une population de plusieurs millions d'individus[c] au point de parvenir pratiquement à son extinction en 1830. De 1895 à 1922, denombreuses expéditions sont menées par les Européens, Américains, Australiens et Japonais afin de parvenir au pôle Sud.
À la suite dutraité sur l'Antarctique, signé en1959 par douze États et suivi en1991 par leprotocole de Madrid, l'ensemble des territoires situés au sud du60e parallèle sud acquiert un statut particulier : les activités militaires y sont interdites ainsi que l'exploitation des ressources minérales sauf celles qui sont menées à des fins scientifiques. Les signataires accordent la priorité aux activités de recherche scientifique. Les expériences en cours sont effectuées par plus de 4 000 scientifiques de diverses nationalités et ayant des intérêts différents. Considéré comme uneréserve naturelle, le continent est protégé par laConvention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) et divers accords internationaux sur la protection de labiodiversité et sur la restriction dutourisme. Modeste ressource jusque dans les années 1980, le tourisme attire de plus en plus de visiteurs : 10 000 en 2000, 37 000 en 2010, 74 000 en 2019 soit14 fois plus de touristes que de scientifiques présents. La majorité des touristes se concentre durant l'été à proximité de lapéninsule Antarctique.
L'histoire du continent antarctique est née avec les hypothèses concernant l'« équilibre » de laTerre, celui-ci expliquant sa forme. Durant l'Antiquité, lesphilosophesanciens Grecs, et en particulier lepythagoricienPhilolaos de Crotone auVe siècle av. J.-C., estiment que la Terre est une sphère symétrique ayant nécessairement un point d'équilibre appelé « pivot » (polos en grec) de part et d'autre de l'équateur[1]. C'est ainsi que l'Arctique dugrec ancienἀρκτικός (Arktikos) se trouve un opposé et que l'Antarctique est pour la première fois évoqué. Emprunt du grec ancienἀνταρκτικός /antarktikós, le mot « Antarctique » se forme à partir de deux termes :ant(i)- (ἀντί-) c'est-à-dire « ce qui est contraire, opposé » etarktos (ἀρκτικός dérivé deάρκτος /árktos) qui signifie « ours », en référence à laconstellation indiquant le nord appelée « Petite Ourse »[2].
En, envoyé par le gouvernement anglais,Francis Drake quittePlymouth avec une flotte de cinq navires pour explorer l'océan Pacifique. Le, il commence la traversée dudétroit de Magellan qu'il effectuera en seize jours. Commandant leGolden Hind, Drake et son équipage sont alors pris dans une violente tempête qui les entraîne au large de laTerre de feu. C'est alors qu'ils s'aperçoivent que l'hypothétiqueTerra Australis ne s'étend pas jusque dans cette région. La majorité des cartes de l'époque ne corrigeront pourtant l'erreur que lorsqueJacob Le Maire etWillem Schouten contourneront lecap Horn en 1616[7].
En commence ledeuxième voyage de James Cook comprenant les navires laResolution et l'Adventure. L'amirauté lui donne l'ordre d'explorer les mers australes afin de découvrir le pôle Sud. Après avoir dépasséLe Cap, Cook se dirige au sud mais ne trouve aucune terre supposée par les cartes de Bouvet de Lozier. Néanmoins, il continue sa descente au sud et franchit pour la première fois lecercle polaire, le. Par la suite, se trouvant dans unpack serré, les deux navires qu'il commande ne peuvent poursuivre leur descente au sud bien qu'ils se situent, sans le savoir, à 130 km du continent. Ils reprennent donc une route nord-est et naviguent vers laNouvelle-Zélande en franchissant à deux reprises le cercle polaire et en rejoignantWellington en. Le voyage se poursuit et, le, Cook franchit de nouveau le cercle polaire par 148° de longitude ouest et aperçoit le premiericeberg. Il reprend la direction du nord mais décide bientôt de replonger au sud pour dépasser encore une fois le cercle polaire le. Malgré le pack et le brouillard, le capitaine poursuit et s'avance, le jusqu'à71° 10′ de latitude sud et106° 54′ de longitude ouest. Il rencontre alors deschamps de glace parsemés de montagnes de glace dont la majorité sont très hautes. Jugeant la poursuite du voyage dangereuse, Cook décide de rebrousser chemin mais lui et son équipage resteront pendant cinquante ans les hommes à avoir atteint la position la plus méridionale. Enfin, l'avancée de Cook signe la fin du mythe de laTerra Australia Incognita, nouvel espace politique et économique où les gens espéraient trouver un temps clément au sud alors qu'ils rencontrent une terre de glace inhabitable[11].
C'est en définitive auXIXe siècle que l'Antarctique a été officiellement découvert[12]. En effet, le capitaine au long cours britanniqueWilliam Smith, à bord de son navire leWilliams of Blyth, révèle au monde l'existence du continent austral le, jour au cours duquel il rapporte avoir vu des terres au sud du62e degré[13]. Il y retournera le, nommant le chapelet d’îles qu’il côtoie « South Shetland » dont il prendra possession au nom du roiGeorge III, le après avoir débarqué dans une de ses baies[14]. À cette occasion, cependant, il découvre les vestiges d’un navire de guerre espagnol, leSan Telmo, qui avait disparu au cours d’une tempête à son passage du cap Horn, un mois et demi plus tôt[15]. Ce fait est rapporté dans les mémoires du capitaine Robert Fildes, ami de William Smith[16].
La période qui s'étend de 1895 à 1922 correspond à l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique, durant laquelle de nombreuses expéditions sont menées afin de parvenir au pôle Sud. Ainsi, de1897 à1898, l'expédition scientifique belgeBelgica, commandée parAdrien de Gerlache de Gomery, passe quinze mois dans les glaces, dont un hivernage complet, le premier en Antarctique. C'est une mission internationale comprenant le norvégienRoald Amundsen et l'américainFrederick Cook qui en reviendront tous deux avec une vocation polaire qui en fera de futurs conquérants des pôles, et le polonaisHenryk Arctowski, ainsi que le roumainEmil Racoviță qui, le premier, décrit en détail l'éthologie des cétacés, des pinnipèdes et des manchots.Jean-Baptiste Charcot monte la première expédition française en Antarctique qui hiverne sous le vent de l'île Wandel. Le, l'expédition quitte la péninsule antarctique après un hivernage sans encombre. Les objectifs scientifiques sont dépassés : 1 000 km de côtes découvertes et relevées, trois cartes marines détaillées,75 caisses d'observations, de notes, de mesures et de collections destinées auMuséum national d'histoire naturelle. En août de 1908, Charcot part hiverner à l'île Petermann pour sa deuxième expédition polaire. De retour en juin 1910 après un deuxième hivernage, l'expédition est riche en expériences scientifiques : des mesures océanographiques (salinité, sondage), des relevés de météorologie, une étude des marées, une étude du magnétisme, des collections dezoologie et de botanique confiées au Muséum et à l'Institut océanographique de Monaco. Il rapporte aussi des découvertes géographiques comme le tracé de laterre Alexandre et une nouvelle terre, laterre de Charcot. Résultats de l'expédition considérables qui comprennent aussi le relevé cartographique de 2 000 km de côtes. Mais Charcot, victime duscorbut, revient considérablement affaibli.Roald Amundsen participera à la course au pôle Sud géographique, et sera le premier à y parvenir, le, en un temps réduit grâce à l'usage de skis et de chiens de traîneau.Robert Falcon Scott, un Britannique, arrive un mois plus tard et meurt sur le chemin du retour[4].
Lors de l'expédition Endurance en 1914, lenavire britanniqueEndurance commandé par SirErnest Shackleton, part avec vingt-huit hommes pour traverser l'Antarctique. Mais le bateau est pris dans les glaces. Tout l'équipage réussit à revenir sain et sauf en traversant océan et montagnes sans vivres ni matériel[29].
Du au, l'expédition Fuchs-Hillary traverse pour la première fois le continent par voie terrestre. Le déplacement s'effectue à l'aide d'autoneiges américaines Tucker Sno-cat Corporation[32]. Des relevéssismologiques,gravimétriques entre autres, sont effectués tout au long de l'expédition. Aussi, des mesures sont également prises pour mesurer l'épaisseur de glace au pôle Sud et vérifier la présence du continent sous celle-ci.
De à,Arved Fuchs etReinhold Messner ont effectué à pied et à l'aide de voiles la traversée ; 2 800 kilomètres en 92 jours.« Le pôle se trouve brusquement devant nous : 90° sud. Nous ne le voyons qu'à toute la dernière heure »[33].
En 1997,Laurence de La Ferrière est la première Française à atteindre le pôle sud en solitaire[34]. En 2000, elle réalise la première traversée féminine en solitaire, du pôle sud à laTerre Adélie en passant par labase franco-italienne de Concordia[35]. Elle réalise descarottages, prélève des échantillons qui seront récupérés à la base de Concordia et effectue des mesures de températures et recherche des météorites[36]. Aujourd'hui, Laurence de la Ferrière est la seule femme au monde à avoir traversé l'intégralité du continent en solitaire[37].
Vers un continent consacré à la science, à la paix et à la préservation
En 2003, alors que des chercheurs russes étaient parvenus à une trentaine de mètres de l'eau contenue dans lelac Vostok, lacommunauté scientifique internationale demanda l'interruption du forage. Jusqu'à ce qu'en novembre 2010, une étude d'impact environnemental garantisse la maîtrise du risque de contamination.Océanographie,biologie marine,glaciologie,géophysique,astronomie… dans l'Antarctique, la recherche est un débat technique, logistique et financier. L'activité se concentre notamment sur l'étude de laclimatologie. C'est en Antarctique que l'on observait dans lesannées 1970 la diminution périodique de la couche d'ozone. C’est sur ce continent que l'alerte fut donnée en 1985 : le gaz intercepteur desUV se raréfiait avec une rapidité alarmante. C'est donc sur ce continent-témoin que l'on étudie l'origine duchangement climatique. À lui seul, le lac Vostok recèle 400 000 ans declimatologie[40].
Sur la soixantaine de bases scientifiques qui ont été construites en cinquante ans, labase antarctique Bharati est la dernière en date, ayant été construite en 2012. La précédente, lastation Princesse Élisabeth a été conçue par l'ingénieur et explorateur belgeAlain Hubert selon le principe de l'énergie durable. Elle est la première du genre, en opposition (scientifiquement parlant) avec les bases scientifiques traditionnelles qui sont grosses consommatrices d'énergie.
Centré de manière asymétrique autour dupôle Sud et situé en grande partie au sud ducercle antarctique, l'Antarctique est le continent le plus méridional de la Terre, baigné par les océansAtlantique sud,Indien etPacifique sud. Alternativement, on peut considérer qu'il est entouré par l'océan Austral, ou par les eaux du Sud de l'océan mondial. Il est constitué d'une grande terre principale ainsi que d'un ensemble d'îles plus petites, dont le60e parallèle sud marque la limite nord.
Relief de l'Antarctique en fausses couleurs (altitude en rouge).
L'Antarctique occidental est couvert par l'inlandsis Ouest-Antarctique. Ce dernier a fait l'objet de préoccupations récentes en raison du réel, mais faible, risque d'effondrement. Si cette couche de glace venait à s'effondrer, le niveau des mers s'élèverait de plusieurs mètres en unepériode géologique relativement courte, peut-être en quelques siècles. Plusieurscourants glaciaires en Antarctique, qui représentent environ 10 % de l'inlandsis, s'écoulent jusqu'à l'une des plateformes de glace.
Lemassif Vinson, point culminant de l'Antarctique avec 4 892 mètres d'altitude[46],[47], est situé dans lesmonts Ellsworth. L'Antarctique possèdebeaucoup d'autres montagnes, à la fois sur le continent lui-même mais aussi sur les îles environnantes. Situé sur l'île de Ross, lemont Erebus est le volcan actif le plus austral du monde[48]. Un autre volcan, qui se trouve sur l'île de la Déception, est devenu célèbre à la suite d'une gigantesque éruption en. Les éruptions mineures sont courantes et des coulées de lave ont été observées ces dernières années. D'autres volcans endormis peuvent être potentiellement actifs[49]. En 2004, un volcan sous-marin a été découvert dans lapéninsule Antarctique par des chercheurs américains et canadiens. Des données récentes ont montré que ce « volcan sans nom » pourrait être actif[50].
L'Antarctique abrite également des lacs qui se trouvent à la base de la calotte glaciaire continentale. Lelac Vostok découvert sous labase antarctique Vostok en 1996, est le plus grand de ceslacs subglaciaires. On le croyait isolé depuis 500 000 à un million d'années, mais une étude publiée en 2006 suggère que ses eaux circulent épisodiquement d'un lac à l'autre[51]. Le nombre de lacs recensés en 2025 est de 231[52].
La partie orientale de l'Antarctique est plus froide que la partie occidentale à cause de son altitude plus élevée. Lesfronts météorologiques peuvent rarement pénétrer l'intérieur du continent, ce qui contribue à le rendre froid et sec, bien que la glace s'y conserve sur des périodes prolongées. Les fortes chutes de neige sont courantes sur les côtes : des enregistrements montrent qu'elles peuvent atteindre 1,22 mètre en48 heures.
Sur les côtes, de fortsvents catabatiques balaient violemment leplateau Antarctique. À l'intérieur des terres, la vitesse du vent est cependant modérée. Les beaux jours d'été, il y a plus deradiations solaires qui atteignent la surface du pôle Sud qu'à l'équateur car l'ensoleillement y est alors de24 heures par jour[63].
Compte tenu de la latitude, les longues périodes successives d'obscurité et d'ensoleillement créent un climat peu familier pour les êtres humains habitant le reste du monde.
Lesaurores polaires, courantes dans les zones australes, sont un phénomène lumineux visible dans le ciel nocturne près du pôle Sud qui résulte de l'interaction desvents solaires avec la hauteatmosphère terrestre. Lescristaux de glace sont un autre spectacle unique. Ils se forment dans les nuages ou dans l'air clair parcristallisation de lavapeur d'eau. Unparhélie, un phénomène atmosphérique et optique fréquent, est caractérisé par un ou plusieurs points lumineux près duSoleil[62].
Environ 0,3 % de l'Antarctique est perpétuellement libre de glace, la plus grande zone étant lesvallées sèches de McMurdo enterre Victoria. Ces vallées creusées par les glaciers sont considérées comme l'un des endroits les plus froids et les plus secs de la planète et comme des analogues terrestres des environnements martiens[64].
En raison de sa position au pôle Sud, l'Antarctique reçoit relativement peu de radiations solaires. C'est donc un continent très froid où l'eau est principalement présente sous forme de glace. Les précipitations sont faibles (de 500 à 200 mm voire moins) et tombent presque systématiquement sous forme de neige qui s'accumule et forme un gigantesqueinlandsis recouvrant le territoire. La plus grande partie de l'Antarctique est considérée comme un « véritabledésert »[65]. Certaines parties de cet inlandsis sont formées de glaciers en mouvements appeléscourants glaciaires qui progressent en direction des pourtours du continent. Près de la rive continentale se trouvent beaucoup deplateformes de glace. Ces dernières sont des morceaux d'inlandsis flottants qui ne se sont pas détachés du continent. Près des côtes, les températures sont suffisamment basses pour que la glace se forme à partir d'eau de mer pendant la majeure partie de l'année. Il est important de comprendre les différences entre chaque type de glace présent en Antarctique pour interpréter les effets possibles sur le niveau de la mer et les conséquences sur le réchauffement de la planète.
L'Antarctique en période inter-glaciaire (été austral).
L'Antarctique en période glaciaire (hiver austral).
Labanquise s'agrandit tous les ans durant l'hiver austral mais la plus grande partie de la glace fond pendant l'été. Cette glace, formée à partir de l'eau des océans, flotte sur cette même eau et ne contribue donc pas à l'élévation du niveau de la mer. La surface de la banquise est restée approximativement constante durant les dernières décennies bien que les informations concernant ses changements d'épaisseur soient imprécises[66],[67].
La fonte des plateformes de glace flottantes (dont la glace s'est formée sur le continent) contribue peu, en soi, à l'élévation du niveau de la mer, car la glace qui fond est remplacée par la même masse d'eau. Mais l'écoulement de blocs de glace ou de glace fondue provenant du continent élève le niveau marin. Cet effet est en partie compensé par les chutes de neige sur le continent mais qui, selon les modèles récents (2012[68]), devraient diminuer en raison du réchauffement antarctique[69].
Depuis les années 1990, des effondrements importants de plateformes de glace ont eu lieu, particulièrement le long de lapéninsule Antarctique. De 2002 à 2005, la perte de masse de glace était« significative » ; de 152 ± 80 kilomètres cubes de glace par an, soit de quoi faire monter le niveau marin moyen de 0,4 ± 0,2 mm/an[70].
Des inquiétudes ont été soulevées à propos du fait que l'altération des plateformes de glace pourrait accélérer la fonte des glaciers de l'inlandsis[71].
La glace antarctique représente environ 70 % des réserves d'eau douce disponible planétaire[44],[72]. L'inlandsis acquiert constamment de la glace provenant des chutes de neige et en perd par la fonte puis l'écoulement de celle-ci vers la mer. L'Antarctique occidental connaît actuellement une fonte des glaces. Une revue d'étude scientifique qui consultait des données recueillies de 1992 à 2006 a suggéré qu'une perte nette d'environ50gigatonnes de glace par an était une estimation raisonnable (cela représente une élévation d'environ 0,14 mm du niveau de la mer)[73]. L'accélération considérable de la fonte des glaces dans lamer d'Amundsen a peut-être fait doubler ce chiffre pour 2006[74].
Principales zones oùl'inlandsis effectue une avancée en mer, formant desplateformes de glace. C'est là que se produit levêlage d'icebergs.Bilan massique de surface à partir des observations (en mm d'eau/an).
L'Antarctique est une zone particulièrement étudiée vis-à-vis du changement climatique, en raison de la quantité de glace qu'il contient[77]. Une fonte théorique de la totalité de la glace antarctique — peu probable dans l'immédiat — causerait une augmentation de près de 61 mètres (200 pieds) du niveau des océans[77]. La fonte de sa partie la plus vulnérable, l'Antarctique occidental, serait en revanche responsable d'une élévation de 5 mètres du niveau des océans[78].
L'Antarctique est la zone la plus froide de la Terre, ce qui a fait croire un temps qu'il échapperait à la fonte des glaces. Les données historiques des stations météorologiques et des observations satellitaires[Note 1] ont cependant montré un réchauffement moyen de la surface du continent de0,05 °C par décennie entre 1957 à 2006, l'Antarctique occidental étant la zone se réchauffant le plus (0,1 °C par décennie)[79],[78]. Ce réchauffement est en partie compensé par les chutes de neige en Antarctique oriental[80].
En 2008, une étude concluait à unréchauffement climatique antarctique induit par les émissions dedioxyde de carbone anthropique[81] mais il était estimé qu'au début des années 2000 la surface totale ainsi réchauffée en Antarctique occidental était encore trop faible pour affecter l'effet de l'inlandsis ouest-antarctique sur leniveau marin. De récentes accélérations de la fonte des glaciers plaident plutôt pour un afflux d'eau chaude près duplateau continental venant des profondeurs océaniques[82],[83],[84].
Géographie du réchauffement de l'Ouest-Antarctique, de1957 à2006 (image combinant données météo et satellites). Lemodèle numérique de terrain est issu de l'imagerie radar deRADARSAT.
L'Est-Antarctique serait lui, soumis à trois grands phénomènes complexes et parfois contradictoires, dont l'évolution est encore imprévisible[78]. Tout d'abord, la fonte de la glace modifie saisonnièrement la température de l'eau périphérique, mais aussi sa densité, en interférant de manière complexe avec les courants et la température de surface de l'eau[78]. De plus, l'appauvrissement de lacouche d'ozone modifie l'irradiation ultraviolette, qui contribue à l'énucléation de la vapeur d'eau et donc à la nébulosité, ce qui influence à grande échelle les fluctuations atmosphériques du continent [phénomène dit « Southern Annular Mode » (SAM) ou « Southern Hemisphere Annular Mode » (SHAM), plus particulièrement dans l'anneau climatique sud où la circulation du vent semble accélérée, ce qui tendrait à isoler et refroidir le continent]. Enfin, un phénomène opposé au précédent semble exister : des variations régionales de la circulation des vents apportent de l'air plus chaud et plus humide en matinée, augmentant les précipitations dans l'Ouest de l'Antarctique et donc l'épaisseur de neige se transformant peu à peu en glace[78].
Finalement, l'épaisseur et la surface de glace de la partie orientale de l'inlandsis semble stable voire localement en augmentation[85]. Ainsi, plus de 50 % de la surface en glace est restée très constante ou a subi une légère augmentation d'épaisseur, dans la partie orientale de la banquise, où les températures peuvent descendre jusqu'à−80 °C.
Inversement, l'Ouest-Antarctique se montre vulnérable aux changements climatiques, notamment car la calotte de glace y repose en grande partie non sur un sol émergé, mais sous le niveau marin. Si ce seul inlandsis ouest-antarctique devait complètement fondre, il suffirait à faire monter le niveau global de la mer de 5 à 6 m[78].
En2002 le segment Larsen B de laplateforme de glace de Larsen dans la péninsule Antarctique se disloque[86]. Entre le et le, environ570km2 de glace provenant de laplateforme de glace de Wilkins située dans la partie sud-ouest de la péninsule se désintègrent, mettant en danger les15 000km2 de glace restant. Ils sont alors retenus par une étendue de glace de seulement 6 km de large environ[87], avant de se désintégrer le[88],[89].
D'après laNASA, la fonte de la plus grande surface de glace de ces trente dernières années a eu lieu en 2005, quand une zone comparable en taille à laCalifornie a brièvement fondu puis gelé de nouveau ; c'est peut-être le résultat de l'augmentation de la température qui atteignit alors jusqu'à +5 °C[90].
Dans le futur proche et plus lointain, cette fonte pourrait croître de façon non linéaire, avec des instabilités climatiques régionales importantes (le réchauffement d'ici 2100 pourrait être comparable à ce qu'il a été il y a 130 000 à 127 000 ans[91]. Il a alors été accompagné d'une élévation de l'océan à plusieurs mètres au-dessus des niveaux modernes, avec une montée de l'eau« plus rapide que ce que beaucoup pensent »[91].
En se renforçant, les courants marins apportent de plus en plus d'eau chaude des profondeurs au contact de la glace, déjà en train de fondre.79km2 ont ainsi disparu au-dessous de la plateforme, rien qu'en 2009, accélérant le glissement du glacier dans l'océan.
En laNASA et l'université de Californie à Irvine ont montré dans les revuesScience etGeophysical Research Letters qu'une partie de l'inlandsis Ouest-Antarctique fond rapidement et, semble-t-il, irréversiblement, rien ne pouvant stopper les glaciers ; quarante années d'observation du comportement des six plus grands glaciers de cette région de la mer d'Amundsen dans l'Antarctique occidental :de l'île du Pin,Thwaites,Haynes, Smith, Pope et Kohler, indiquent que ces glaciers« ont passé le point de non-retour » ; ils contribuent déjà de façon significative à l'élévation du niveau des mers, relâchant annuellement presque autant de glace dans l'océan que l'inlandsis du Groenland entier ; ils contiennent assez de glace pour élever le niveau général des océans de4 pieds (1,2 mètre) et fondent plus vite qu'attendu par la plupart des scientifiques.
Éric Rignot (glaciologue, auteur principal de l'étude) juge que ces données impliquent de réviser à la hausse les prévisions actuelles d'élévation des mers[93]. En 2015, Carolyn Gramling estimait que la mer pourrait ainsi rapidement gagner3 mètres de hauteur[94] dans les siècles à venir[95].
Mi-2018, une estimation consensuelle publiée dans Nature[96], conclut que, depuis25 ans, 3 000 milliards de tonnes de glace ont été perdues sur le continent, contribuant à une élévation de 6 millimètres. Le taux de perte a triplé dans les parties les plus vulnérables (ce qui pourrait être le signe d'une catastrophe déjà enclenchée en Antarctique occidental (depuis25 ans).
Au même moment, dans la revueScience[97], des chercheurs rappellent que le processus de rebond eustatique pourrait peut-être ralentir cet effondrement : le rebond de la roche sous-glaciaire de l'Antarctique occidental qui s'allège pourrait selon eux retarder l'effondrement catastrophique de la calotte glaciaire. En effet quand la glace fond, elle allège la charge pesant sur la croûte faisant remonter le substrat rocheux sous l'Antarctique occidental (qui localement pourrait s'élever de 8 mètres dans le prochain siècle), protégeant potentiellement la glace de l'eau de mer chaude qui la fait fondre par le dessous, ce qui pourrait nous offrir quelques décennies de répit selon Rick Aster (sismologue à la Colorado State University à Fort Collins, auteur de la nouvelle étude)[95]. L'inlandsis antarctique occidental reste cependant vulnérable car son lit est profond et situé bien au-dessous du niveau marin ; le fond de cette rivière de glace s'accroche encore sur les crêtes du fond marin qui freine son écoulement et ralentit la fonte glaciaire, mais l'océan réchauffé érode le fond de la langue de glace par le dessous. Si la glace ne s'accroche plus au relief rocheux du fond marin, elle se déversera en mer avec un emballement de la fonte, alerte Natalya Gomez, géophysicienne et modélisatrice à l'Université McGill à Montréal, Canada. Avec ses collègues elle a suivi de faibles changements d'élévation via six capteurs GPS fixés au substrat rocheux libre de glace autour de la mer d'Amundsen situé au centre de la zone de déglaciation ouest-antarctique, où aboutissent les glaciers Thwaites et Pine Island. Ces capteurs se sont rapidement élevés en deux ans (2010 à 2012), montrant le rebond en cours (plus de 4 cm/an, l'un des plus rapides au monde, et bien supérieur à celui attendu par la plupart des géophysiciens).
La calotte antarctique a déjà rétréci à la fin du dernier âge glaciaire il y a 12 000 ans, pour recommencer à croître avec l'effet de rebond qui participe à une dynamique géoplanétaire dont la rapidité pourrait avoir été sous-estimée : le manteau mou situé sous l'Antarctique occidental se réadapte rapidement à la glace perdue il y a des décennies ou siècles et milliers d'années. Le soulèvement va s'accélérer au fur et à mesure de l'allègement en glace et sa vitesse pourrait tripler d'ici là (+ 8 m en un siècle dans certains endroits)[95].
Une situation assez proche est survenue il y a 125 000 ans (Éémien), lors de la dernière brève période chaude interglaciaires avec un niveau marin alors de 6 à 9 mètres plus haut qu'aujourd'hui pour une température à peine plus élevée. L'inlandsis antarctique occidental a été l'origine de cette élévation marine et sa base, située au-dessous du niveau de la mer, risque à nouveau d'être minée par le réchauffement océanique[98]. L'Éémien n'est pas un analogue parfait, car le niveau marin était aussi déterminé par de légères modifications de l'orbite et de l'axe de rotation de la Terre[99]. Mais la fonte récente de la calotte glaciaire pourrait aussi être le début d'un effondrement semblable (plutôt que d'une variation à court terme)[99] ; le rebond eustatique n'empêchera pas l'effondrement de la calotte glaciaire à long terme, car malgré les engagements pris depuis Rio (2012) l'humanité n'a réussi à freiner ni les émissions de carbone ni le réchauffement climatique[95].
Image du plus grand « trou de la couche d'ozone » jamais enregistré et dû à l'accumulation deCFC (septembre 2006).
Chaque année, une zone à faible concentration d'ozone, ou « trou de la couche d'ozone », croît au-dessus de l'Antarctique. Ce dernier couvre l'ensemble du continent et atteint sa surface maximale en septembre. Le « trou » le plus durable est enregistré en 2008 et subsiste alors jusqu'à la fin du mois de décembre[100]. Le « trou de la couche d'ozone » est détecté par des scientifiques en 1985[101] et avait tendance à augmenter avec les années d'observation. La diminution de la quantité d'ozone est attribuée à l'émission dechlorofluorocarbures (CFC) dans l'atmosphère, qui décomposent l'ozone en d'autres gaz[102].
Certains scientifiques suggèrent que la disparition de l'ozone peut avoir un rôle dominant dans les récents changements climatiques en Antarctique, voire dans une plus vaste partie de l'hémisphère sud[101]. L'ozone absorbe une grande quantité de rayonnementsultraviolets dans lastratosphère. En outre, le « trou d'ozone » peut causer un refroidissement local d'environ6 °C dans celle-ci. Ce refroidissement a pour effet d'intensifier les vents d'ouest qui circulent près du continent (levortex polaire) et donc d'éviter l'échappement de l'air froid près du pôle Sud. Ainsi, l'inlandsis Est-Antarctique est maintenu à de basses températures et les pourtours du continent, particulièrement la péninsule Antarctique, sont sujets à des températures plus élevées qui favorisent l'accélération de la fonte des glaces[101]. De récents modèles suggèrent cependant que le « trou de la couche d'ozone » améliore les effets duvortex polaire, ce qui explique la récente avancée de la banquise près de la côte continentale[103].
L'Antarctique est l'une des huitécozones ou régions biogéographiques terrestres[104]. L'océan Austral contient unebiomasse importante grâce à uneremontée d'eau (upwelling en anglais) par de forts courants marins d'eau froide en cette zone, qui apporte énormément denutriments (sels nutritifs) et d'oxygène[105]. Cettebiomasse est d'autant plus riche par la présence de laconvergence antarctique, véritable « frontière climatique » entre les autres océans et l'océan Austral aux eaux plus froides et moins salées[106]. La richesse de cettebiodiversité marine dont safaune et sa flore benthiques, s'oppose à celle terrestre, c'est-à-dire aux côtes, beaucoup plus pauvre voire inexistante à l'intérieur de l'inlandsis. En effet le climat de larégion antarctique ne permet pas une végétation dense et une vie animale foisonnante. Les températures glaciales, la pauvre qualité du sol, le manque d'humidité et de luminosité empêchent lesplantes de se développer et la faune de prospérer[107]. On n'y trouve ni arbre ni arbuste et seulement 1 % du continent est colonisé par les plantes. Les zones les plus favorables sont les parties côtières occidentales, la péninsule Antarctique et les îles sub-antarctiques[108].
La faune en Antarctique est marquée par lafaune australe du Crétacé, dont des fossiles de plusieurs espèces sont découverts auXIXe et XXe siècles[109]. Au début duCrétacé, sur l'est-Gondwana alors sans calotte glaciaire[109], plusieurs espèces sont recensées, comme des animaux endémiques. Des amphibiens et reptiles géants (Temnospondyli,Plesiosauroidea), dinosaures (Cryolophosaurus,Antarctopelta,Glacialisaurus) ou des mammifères y ont vécu, mais néanmoins, peu de fossiles de dinosaures ont été découverts en Antarctique en comparaison d'autres continents[109]. Le climat passant de tropical à polaire, semble avoir entraîné une évolution importante jusqu'à la disparition de pratiquement toutes les espèces vivantes.
Contrairement à certaines idées reçues, il n'existe pas de mammifères terrestres sur le continent. Il n'y a donc niours polaire ou ours blanc (Ursus maritimus) nicaribous (Rangifer tarandus)[120]. Seuls ces derniers, introduits par l'Homme, vivent en petits troupeaux sur les îles sub-antarctiques de la Géorgie du Sud et desKerguelen[121]. De même lemorse (Odobenus rosmarus), lenarval (Monodon monoceros) ou bien lepingouin torda (Alca torda), unique représentant du genreAlca, ne vivent que dans l'hémisphère nord[122].
L'adoption en1978 de l'Antarctic Conservation Act apporte plusieurs restrictions à l'activité humaine sur le continent. Ainsi, l'importation de plantes ou d'animaux exotiques peut entraîner des sanctions pénales, tout comme l'extraction d'espèces indigènes[123]. Lasurpêche dukrill, un animal qui joue un grand rôle dans l'écosystème de l'Antarctique, pousse les gouvernements à promulguer des réglementations sur la pêche dans ces régions. Un arrêté du interdit l’introduction de toute espèce animale ou végétale non indigène.
Les seulsautotrophes présents sur le continent sont essentiellement desprotistes. La flore antarctique se limite principalement à desmousses, desalgues, desmycètes et deshépatiques qui ne poussent généralement que quelques semaines en été.
L’Antarctique verdit considérablement sous l’effet duchangement climatique : dans lapéninsule antarctique, l'infime fraction du continent occupée par des plantes a été multipliée par presque 14 entre et, avec une accélération récente, passant de 0,9 km2 à près de 12 km2[130].
À cause d'un réchauffement continu, la calotte glaciaire fond si bien qu'une grande partie du Gondwana devient un désert. Lesfougères à graines colonisent l'Antarctique oriental et de grandes quantités degrès et deschiste se déposent sur le sol. Lessynapsides sont communs en Antarctique entre la fin duPermien et le début duTrias et comprennent des espèces commeLystrosaurus. Pendant leJurassique (206-146 Ma), lapéninsule Antarctique commence à se former et les îles émergent progressivement de l'océan. En outre, lesginkgos et lescycadophytas sont abondants. En Antarctique occidental, lesconifères dominent les forêts duCrétacé (145-65 Ma), bien que leshêtres commencent à s'imposer à la fin de cette période. Au Jurassique et au Crétacé, lesammonites sont alors courantes dans les eaux et les dinosaures sont également présents bien que seulement quatregenres spécifiques au continent soient connus en 2013 :Cryolophosaurus,Antarctopelta,Glacialisaurus etTrinisaura[136],[137]. C'est également pendant cette période que le Gondwana commence à se disloquer.
La surface neigeuse duDôme C (Concordia) est représentative de la majorité de la surface du continent.Le Kaloyan Nunatak et le Shabla Knoll parmi lesmontagnes de Tangra sur l'île Livingston.Topographie etbathymétrie sous-glaciaires de l'Antarctique.Carte topographique de l'Antarctique après avoir retiré la couche de glace et en tenant compte à la fois du rebond isostatique et de l'élévation du niveau de la mer. Ainsi cette carte suggère que l'Antarctique peut s'être figé ainsi depuis 35 millions d'années, quand la terre était assez chaude pour empêcher la formation de glace à grande échelle dans l'Antarctique.
L'étude géologique de l'Antarctique est entravée par la couverture quasi totale du continent par une épaisse couche de glace. De nouvelles techniques comme latélédétection, leradar à pénétration de sol ou l'imagerie spatiale commencent à fournir des informations sur le sol situé sous la glace.
Géologiquement, l'Antarctique occidental ressemble étroitement à lacordillère des Andes située en Amérique du Sud[135]. Lapéninsule Antarctique s'est formée grâce au soulèvement et aumétamorphisme du sédiment des fonds marins entre la fin duPaléozoïque et le début duMésozoïque. Ce soulèvement sédimentaire fut accompagné par une intrusion deroches magmatiques et par levolcanisme. Les roches les plus communes en Antarctique occidental sont l'andésite et larhyolite, roches volcaniques formées durant le Jurassique. Il existe des traces d'activité volcanique, même après que la couche de glace s'est formée, enTerre Marie Byrd et sur l'Île Alexandre-Ier. La seule zone qui présente des différences avec le reste de l'Antarctique occidental est la région desmonts Ellsworth où lastratigraphie correspond plus à la partie orientale du continent.
La principale ressource minérale connue sur le continent est le charbon[140]. Il a d'abord été localisé près duglacier Beardmore parFrank Wild durant l'expédition Nimrod. Il existe également du charbon de qualité inférieure à travers de nombreuses régions des montagnes Transantarctiques. En outre, le mont Prince-Charles renferme d'importants gisements deminerai de fer. Les ressources les plus précieuses de l'Antarctique, à savoir lepétrole et legaz naturel, ont été trouvées au large, dans lamer de Ross en 1973. L'exploitation de toutes les ressources minérales est interdite en Antarctique jusqu'en 2048 par leProtocole de Madrid.
Deux chercheuses étudient duplancton à travers des microscopes.
L'Antarctique ne compte pas d'habitants permanents mais un certain nombre de gouvernements maintiennent en permanence des équipes dans les diverses stations de recherche présentes sur le continent. Le nombre de personnes qui gèrent et qui secondent la recherche scientifique et les autres travaux sur le continent et ses îles proches varie d'environ 1 000 personnes en hiver à environ 5 000 en été. Beaucoup de ces stations sont pourvues en personnel durant toute l'année mais la majorité des employés qui passent l'hiver en Antarctique arrivent de leur pays d'origine pour des missions d'un an. Uneéglise orthodoxe, ayant ouvert en 2004 à lastation russe Bellingshausen, est également occupée par un ou deux prêtres qui alternent tous les ans[141],[142].
Les chasseurs de phoques anglais et américains furent les premiers résidents semi-permanents des régions proches de l'Antarctique (notamment des zones situées au sud de laconvergence antarctique) dont ils se servirent, à partir de 1786, pour passer un an ou plus enGéorgie du Sud. Durant l'époque de lachasse à la baleine, qui dura jusqu'en 1966, la population de cette île variait de plus de 1 000 habitants en été (voire plus de 2 000 certaines années) à environ 200 en hiver. Les chasseurs de baleines étaient principalement norvégiens mais aussi britanniques et japonais. Les principalesstations baleinières furent la baie des Baleiniers sur l'île de la Déception,Grytviken,Leith Harbour,King Edward Point,Stromness,Husvik,Prince Olav Harbour,Ocean Harbour etGodthul. Les chefs et les officiers supérieurs des stations baleinières y vivaient souvent avec leur famille. Citons par exemple le fondateur de Grytviken, le capitaineCarl Anton Larsen, un célèbre chasseur et explorateur norvégien qui acquit avec sa famille la nationalité britannique en 1910.
Le premier enfant né au sud de la convergence antarctique est une Norvégienne du nom deSolveig Gunbjørg Jacobsen qui voit le jour à Grytviken le et dont la naissance est déclarée par le représentant de la magistrature anglaise en Géorgie du Sud. Elle est l'une des filles de Fridthjof Jacobsen, le directeur adjoint de la station baleinière, et de Klara Olette Jacobsen. M. Jacobsen arrive sur l'île en 1904 afin de devenir le directeur de Grytviken ; un poste qu'il assure de 1914 à 1921. Deux de ses enfants sont nés sur l'île[143].
Bien que de lahouille, deshydrocarbures, duminerai de fer, duplatine, ducuivre, duchrome, dunickel, de l'or et d'autres minéraux aient été découverts en Antarctique, ils ne sont pas présents en quantités suffisantes pour permettre une exploitation rentable. Leprotocole de Madrid de 1991 limite par ailleurs une éventuelle activité liée aux ressources naturelles. En 1998, un accord aboutit à l'interdiction, pour une durée illimitée, d'exploiter les ressources minérales de l'Antarctique. Ce consensus, qui sera réétudié en 2048, limite davantage le développement et l'exploitation économique du continent. La principale activité économique repose sur la pêche et la vente du poisson. En 2000-2001, la quantité de poissons pêchée en Antarctique s'élevait à 112 934 tonnes.
Dans une moindre mesure, les « expéditions touristiques » existent depuis 1957 et sont théoriquement encadrées par le protocole de Madrid. En réalité, elles sont régulées par l'Association internationale des voyagistes antarctiques (IAATO). Tous les navires liés au tourisme ne sont pas membres de l'IAATO mais les adhérents de cette association sont à l'origine de 95 % de l'activité touristique du continent. Les voyages, qui s'effectuent le plus souvent sur desnavires de petite ou de moyenne taille, privilégient les sites typiques où la faune et la flore caractéristiques du continent sont facilement accessibles, c'est-à-dire les parties côtières desîles Shetland du Sud et de la péninsule Antarctique. En 1990, le continent a accueilli 3 000 touristes. Depuis 2004, environ 27 000 touristes, provenant presque tous denavires de croisière, visitent l'Antarctique chaque année, soit une augmentation de 500 % en dix ans[150]. Ce nombre a atteint 37 506 lors de l'été austral 2006-2007. Il a augmenté jusqu'à atteindre le nombre de 73 991 en 2019[151].
Récemment, les possibles effets néfastes de l'afflux de visiteurs sur l'environnement et l'écosystème furent un sujet de préoccupations. Un appel à des réglementations plus strictes envers les navires et à la mise en place d'un quota de touristes fut émis par plusieurs écologistes et scientifiques[152]. La première réponse des signataires du traité sur l'Antarctique fut de mettre en place, à travers leur comité pour la protection de l'environnement et leur association avec l'IAATO, d'une part des directives concernant l'organisation des débarquements des touristes sur les sites visités, et d'autre part l'interdiction ou la restriction d'accès aux sites qui recevaient la plus forte abondance de visites. Les vols touristiques étaient assurés par l'Australie et la Nouvelle-Zélande jusqu'au crash duvol 901 Air New Zealand sur lemont Erebus qui tua les257 passagers en 1979.Qantas reprend les vols commerciaux de l'Australie vers l'Antarctique au milieu des années 1990, on compte environ 3 000 « touristes aériens » par an[150].
Durant la dernière saison touristique avant le Covid-19, 74 000 visiteurs se sont rendus sur le continent austral[153].
Les transports en Antarctique ont été améliorés par les technologies humaines : les zones isolées et reculées traversées par les premiers explorateurs sont aujourd'hui transformées en des régions plus accessibles au transport terrestre, mais surtout aérien et maritime, plus adapté et plus rapide notamment par l'utilisation denavires brise-glace. L'utilisation dechiens de traîneaux est maintenant interdite car les chiens sont uneespèce exotique en Antarctique et par leur statut desuperprédateurs qui sont une menace pour la faune locale.
Des chercheurs de l'ANSMET découvrent une météorite durant l'été austral 2001.
Chaque année, des scientifiques de 27 pays différents effectuent en Antarctique des expériences impossibles à réaliser ailleurs dans le monde. En été, plus de 4 000 scientifiques travaillent dans la cinquantaine de stations de recherche. Ce nombre décroît à environ 1 000 en hiver[63]. Certains États y maintiennent en effet une présence humaine permanente ou semi-permanente.
Les chercheurs présents en Antarctique peuvent être desbiologistes, desgéologues, desocéanographes, desphysiciens, desastronomes, desglaciologues et desmétéorologues. Les géologues étudient notamment latectonique des plaques, les météorites provenant de l'espace et les traces du morcellement dusupercontinentGondwana. Les glaciologues travaillent sur l'histoire et la dynamique desicebergs, de laneige saisonnière, desglaciers et de l'inlandsis. Les biologistes, en plus d'étudier la faune et la flore, s'intéressent à la façon dont les températures rigoureuses et la présence de l'être humain agissent sur l'adaptation et les techniques de survie d'un grand nombre d'organismes. Les médecins ont fait des découvertes concernant la propagation devirus et la réaction du corps aux températures extrêmes. Lesastrophysiciens étudient la voûte céleste et lefond diffus cosmologique à la station d'Amundsen-Scott. Beaucoup d'observations astronomiques sont de meilleure qualité lorsqu'elles sont effectuées au sein du territoire Antarctique plutôt qu'à un autre endroit du Globe car l'altitude élevée offre une atmosphère raréfiée. En outre, les basses températures minimisent la quantité de vapeur d'eau dans l'atmosphère et l'absence depollution lumineuse permet une vision de l'espace plus nette que n'importe où sur Terre. La glace de l'Antarctique sert à la fois de protection et de milieu de détection pour le plus grandtélescope à neutrinos du monde, l'IceCube, construit à2 kilomètres en dessous de la station d'Amundsen-Scott[154].
Unepleine lune et une exposition de 25 secondes ont permis un éclairage suffisant pour réaliser cette photographie à la station d'Amundsen-Scott durant unenuit polaire. La station peut être vue à l'extrême gauche, lacentrale électrique au centre et l'atelier de réparation mécanique en bas à droite. La lumière verte à l'arrière plan est uneaurore australe.
Depuis les années 1970, lacouche d'ozone dans l'atmosphère au-dessus de l'Antarctique est un point important des différentes études menées sur le continent. En 1985, trois scientifiques britanniques qui travaillent sur les données qu'ils ont recueillies sur laplateforme de glace de Brunt, près de labase antarctique Halley, découvrent l'existence d'un « trou » dans cette couche. En 1998, les données satellites de laNASA montrent que letrou de la couche d'ozone présente une taille plus importante que jamais, couvrant 27 millions de km2. Il a finalement été montré que la destruction de l'ozone était causée par leschlorofluorocarbures émis par l'Homme. Avec l'interdiction des CFC dans leprotocole de Montréal de 1989, on estime que le « trou de la couche d'ozone » sera refermé d'ici les cinquante prochaines années.
Financé par laCEE depuis 2006 pour 4 années, ARENA (Antarctic Research, a European Network for Astrophysics) est un programme européen de recherche en astrophysique situé en Antarctique[155],[156]. Soutenu par leCNRS en ce qui concerne la France, et par chaque organe de recherche national des États membres de l'Europe, les recherches s'effectuent principalement à labase antarctique Concordia.
En 2007, selon Mark Meier de l'université du Colorado à Boulder auxÉtats-Unis, la fonte des glaces duGroenland et de l'Antarctique ne contribuerait, pour le siècle en cours, qu'à hauteurs respectives de 28 % et 12 % à l'élévation du niveau des mers. Ce serait plutôt les plus petits glaciers, qui, fondant désormais à une vitesse accélérée, contribueraient actuellement à des apports excédentaires de 417 milliards de mètres cubes en eau par an, et devraient rester les plus gros contributeurs jusqu'à la fin du siècle. Alors le niveau marin se sera élevé de 10 à 25 cm[157].
Des nations qui avaient été absentes de l'exploration polaire y sont finalement venues, comme laBulgarie qui a construit labase antarctique Saint-Clément-d'Ohrid sur l'île Livingston en1988 et comme la ChinoiseZhongshan conçue en1989 et, durant l'été2009, la station allemandeNeumayer 3 qui vient remplacer celle de1992. Elle est conçue pour fonctionner pendant 30 ans et a coûté 40 millions d'euros. Elle peut accueillir 40 personnes dont les recherches portent sur l'état de la banquise et le niveau des eaux[161].
Si c'est en 2009 que la station belgePrincesse Élisabeth est érigée non loin de l'ancienne base belgeRoi-Baudouin (1958-1968), c'est qu'elle prolonge la tradition polaire belge remontant à1898. La réalisation belge se distingue de la technique habituelle des bases polaires. Patronnée par laFondation polaire internationale, organisation scientifique basée enBelgique depuis le, elle révèle le premier projet écologique en Antarctique, celui de la stationPrincesse Élisabeth, la première base « zéro-émission » du monde[162] qui a pour but d'étudier leschangements climatiques. La station préfabriquée, construite lors de l'Année polaire internationale est expédiée par bateau de Belgique jusqu'aupôle Sud vers la fin de l'année 2008 afin de surveiller les conditions naturelles des régions polaires. La construction, le transport et l'équipement de la station auront coûté près de 22 millions d'euros[163]. L'explorateur polaire belgeAlain Hubert a déclaré que cette base serait la première de la sorte à produire « zéro émission », faisant d'elle un modèle unique de la façon dont l'énergie devrait être utilisée en Antarctique[164]. L'équipe de conception de la station a été dirigée par le directeur du projet Johan Berte qui mène des recherches englaciologie, enmicrobiologie et enclimatologie[165]. Dans le prolongement des études climatologiques, se place l'observation desaurores australes qui ne peut avoir lieu que pendant la nuit polaire, ce qui implique d'affronter un hivernage en Antarctique. En effet ces réactions lumineuses issues d'éjections de matières coronales ne peuvent pas être vues en dehors du continent[166].
ALH 84001, une météorite en provenance de Mars, tombée en Antarctique.
Lesmétéorites, disponibles en quantité sur le continent antarctique, sont une part importante de l'étude des matières qui se sont formées au début de la conception dusystème solaire. La plupart viennent probablement d'astéroïdes mais certaines proviendraient deplanètes plus importantes. Les premières météorites sont découvertes en 1912. En 1969, une expédition japonaise en découvre neuf dont la majorité est tombée sur l'inlandsis de l'Antarctique au cours du dernier million d'années. Aujourd'hui, les expéditions scientifiques pour la recherche et la récolte de ces objets célestes sont notamment envoyées dans le cadre du programmeANSMET. Les déplacements de l'inlandsis ont tendance à rassembler les météorites, par exemple au niveau des chaînes montagneuses. Sous l'action de l'érosion, les météorites recouvertes depuis plusieurs siècles par l'accumulation des chutes de neige, sont alors entraînées vers la surface. Comparées à d'autres météorites recueillies en des régions plus tempérées du Globe, celles tombées en Antarctique sont mieux préservées[167].
Le grand nombre de météorites recueillies permet de mieux comprendre leur diversité dans le système solaire ainsi que leurs liens avec lesastéroïdes et lescomètes. De nouveaux types de météorites et des météorites rares y ont été découverts. Certaines d'entre elles ont été éjectées de laLune voire probablement deMars à la suite de collisions. Ces spécimens et particulièrementALH 84001 découvert par une expédition du programmeANSMET, sont au centre de la controverse sur l'éventuelle existence de vie microbienne sur Mars. Les météorites absorbant et réémettant desrayons cosmiques dans l'espace, letemps écoulé depuis leur entrée en collision avec la Terre peut être estimé grâce à des études en laboratoire. Le temps écoulé depuis la chute ou la durée du séjour sur Terre d'une météorite constituent encore des informations qui peuvent être utiles pour les études environnementales de l'inlandsis de l'Antarctique[167].
Le continent possède des volcans actifs qui se situent dans sa partie occidentale, en mer de Ross, le long de la péninsule Antarctique, sur certaines îles sub-antarctiques comme l'île de la Déception et enfin on observe la présence devolcans sous-marins[169]. C'est au pied dumont Erebus, le volcan en activité le plus austral du monde, qu'est installé le MEVO (Mount Erebus Volcano Observatory), unobservatoire volcanologique au sein de la base de recherchegéophysique,Lower Erebus Hut[170]. Les chercheurs ont à leur disposition des données satellites fournies notamment par le spectromètre pour imagerie de résolution moyenne, leMODIS, embarqué sur les satellitesTerra etAqua du programme de la NASA, l'Earth Observing System (EOS) ou bien également par l'imagerie haute résolution de la mission de cartographie de l'Antarctique réalisée parRADARSAT[171]. L'activité volcanique dumont Belinda sur l'île Montagu a pu ainsi être confirmée en 2001 grâce à des photographies prises par le MODIS[172].
En, les scientifiques duBritish Antarctic Survey (BAS) dirigés par Hugh Corr et David Vaughan, s'appuyant sur des images radar réalisées lors d'un relevé aérien, annoncent dans le journalNature Geoscience qu'il y a 2 200 ans, unvolcan est entré en éruption sous l'inlandsis de l'Antarctique. Il s'agit de la plus grosse éruption en Antarctique au cours des 10 000 dernières années : des cendres volcaniques ont été retrouvées sur la surface de glace de lachaîne Hudson près du glacier de l'île du Pin[173].
Dernièreterra nullius de la planète, le continent antarctique fait l'objet d'un régime juridique défini par letraité sur l'Antarctique de1959 (entrée en vigueur en1961[174]) et n'a donc pas de gouvernement, c'est unterritoire neutre. En raison de la contiguïté territoriale, de la paternité de leur découverte, de leur occupation ou par intérêtgéostratégique ouéconomique (au vu des probablesressources naturelles que comporte son sous-sol et des droits depêche et dechasse), des États ont revendiqué des portions du continent, matérialisées, pour la plupart, par des sortes de tranches partant dupôle Sud, allant jusqu'à l'océan Austral, et dont les bords sont desméridiens. Bien que quelques-uns de ces pays aient reconnu mutuellement la validité de leurs revendications[175], ces dernières ne sont généralement pas admises universellement[63]. Dans certains cas, un même secteur est revendiqué par plusieurs États. La péninsule Antarctique est ainsi revendiquée par l'Argentine, le Chili et le Royaume-Uni. Le traité offre cependant un cadre juridique international aux expéditions scientifiques[174].
Le « gel » des prétentions territoriales est établi depuis 1959[176] et le continent est considéré comme « dépolitisé »[177]. C'est une différence importante avec l'Arctique qui ne bénéficie pas de ce cadre[176]. La neutralité signifie que la France, par exemple, peut continuer à affirmer que laTerre Adélie relève dudroit français alors que d'autres États, au contraire, pourront considérer que l'Antarctique est un espace international. Ce statut est réglementé par letraité sur l'Antarctique qui date de 1959, conclu sous l'égide deDwight David Eisenhower et deNikita Khrouchtchev. Selon ce traité, l'Antarctique est défini comme étant l'ensemble des terres et desbanquises situées au sud du60e parallèle Sud. À l'origine, le traité est signé par douze pays dont l'Union soviétique (et plus tard laRussie), leRoyaume-Uni, laBelgique, l'Argentine, leChili, l'Australie et lesÉtats-Unis[178]. En outre, le traité établit le continent comme uneréserve naturelle, met en place la liberté de recherche scientifique, la protection de l'environnement et y interdit les activités militaires. Il s'agit de la premièremaîtrise des armements établie durant laguerre froide, avec des mentions relatives auxarmes nucléaires[177]. Néanmoins, dès 1947, les États-Unis avaient proposé l'« internationalisation » du territoire, proposition rejetée par de nombreux États qui y voyaient un moyen de défense des intérêts américains et qui, à la suite ducoup de Prague et dublocus de Berlin, rendait impossible l'adhésion soviétique au projet[179].
Le traité est sans durée limite et renouvelable par tacite reconduction. Aujourd'hui, 49 États ont apposé leur paraphe, 28 d'entre eux disposant d'un droit de vote. Deux moratoires renforcent la protection du continent : la convention pour la protection des phoques (1972) et celle sur la conservation de la flore et de la faune marines (1978). Enfin, leProtocole de Madrid (rédigé en 1991), relatif à la protection de l'environnement et imprescriptible avant cinquante ans, stipule :« seules les activités pacifiques sont autorisées dans l'Antarctique et toute activité relative aux ressources minérales, autre que la recherche scientifique, est interdite »[180]. Il désigne l'Antarctique comme« réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». Entré en vigueur le (après dépôt des instruments de ratification, d'acceptation, d'approbation ou d'adhésion par les États), ce protocole prohibe notamment toute activité minière pour cinquante ans. Interdiction tacitement reconductible, qui ne peut être levée qu'à l'unanimité des parties.
Unique dans l'histoire du droit international, le système de gouvernance que le traité a instauré est reconnu par la plupart des juristes comme le plus innovant duXXe siècle[180].
En 1983, les signataires du traité sur l'Antarctique entament des négociations afin de réglementer l'exploitation minière du continent[181], celle-ci comme d'autres points (tourisme, pêche et chasse, navigation des sous-marins, protection de l'environnement) n'ayant pas été anticipée en 1959[182]. Cependant, une première tentative en ce sens portée par la Nouvelle-Zélande sous le nom de « convention de Wellington » n'avait pas abouti[183]. Une campagne de pression publique ayant pour but d'empêcher toute exploitation des minéraux en Antarctique est alors menée dans lesannées 1980 par une coalition d'organisations internationales[184] et notamment parGreenpeace[185] qui établit sa propre base, laWorld Park Base, dans la région de la mer de Ross[186] et mène des expéditions annuelles afin de mesurer l'impact de l'Homme sur l'environnement[187]. En 1988, la Convention pour la réglementation des activités sur les ressources minérales antarctiques est adoptée[188]. Cependant, quelques années après, l'Australie et la France refusent de signer le traité, le faisant tomber en désuétude. Ces derniers proposent à la place qu'une réglementation complète de protection sur l'environnement de l'Antarctique soit négociée[189]. Soutenu par d'autres pays, le Protocole au traité sur l'Antarctique relatif à la protection de l'environnement en Antarctique, ouprotocole de Madrid, est alors négocié et entre en vigueur le[190] : il interdit toute exploitation minière en Antarctique, désignant le continent comme une« réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». Selon le traité,« seules les activités pacifiques sont autorisées ». Pas de militaires ni de nucléaire, liberté de recherche scientifique et coopération internationale.
Le traité sur l'Antarctique empêche toute activité militaire sur ce continent, y compris la construction de bases militaires et de fortifications, les manœuvres militaires et les essais d'armements. Le personnel ou l'équipement militaire n'est permis que pour la recherche scientifique ou pour d'autres fins pacifiques[191], sachant que la coopération scientifique fut un instrument pour éviter une militarisation du continent[174]. La seule action militaire effectuée sur le continent est l'Operación 90 lancée par l'arméeargentine en 1965[192]. L'Antarctique est la seule zone démilitarisée acceptée par les États-Unis[177].
L'armée américaine remet la décorationAntarctica Service Medal aux militaires ou aux civils qui accomplissent le devoir de recherche en Antarctique. Cette médaille est enrichie d'une distinction supplémentaire pour ceux qui passent l'hiver sur le continent[193].
Sept États ont des prétentions territoriales en Antarctique. Seul le secteur de laTerre Marie Byrd n'a pas été revendiqué, à l'exception de l'île PierreIer :
Les territoires revendiqués par l'Argentine, le Royaume-Uni et le Chili se chevauchent et ont causé des tensions diplomatiques, voire desescarmouches[194]. Les régions qui sont revendiquées par l'Australie et laNouvelle-Zélande étaient des territoires de l'Empire britannique avant que ces deux pays n'obtiennent leur indépendance[195]. L'Australie revendique la plus grande superficie. L'Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, la Norvège et le Royaume-Uni reconnaissent mutuellement la validité de leurs revendications[175].
Ces revendications territoriales peuvent s'interpréter sous forme de graphiques :
Ce groupe de pays, signataire du traité sur l'Antarctique, s'intéresse au territoire antarctique mais n'est pas autorisé à faire valoir ses revendications tant que les dispositions du traité sont en vigueur[196],[197].
LeBrésil a désigné une « zone d'intérêt » qui n'est pas une revendication actuelle.
LePérou s'est formellement réservé le droit de faire une revendication sur le territoire[196],[197].
LaRussie s'est réservé le droit de revendiquer les « territoires découverts par les Russes » qui pourraient correspondre à l'ensemble du continent.
L'Afrique du Sud s'est formellement réservé le droit de faire une revendication sur le territoire[196],[197].
L'Espagne s'est formellement réservé le droit de faire une revendication sur le territoire.
LesÉtats-Unis se sont formellement réservé le droit de faire une revendication sur le territoire.
Des traces deDDT, insecticide à très longue durée de vie, ont été retrouvées en 1964 dans certains tissus - foie et graisse - demanchots Adélie et dephoques crabiers d’Antarctique[198]. En s’introduisant dans la chaine alimentaire par le biais des poissons, les manchots mais également de grands prédateurs et même l’homme sont touchés. L'utilisation de pesticides tel le DDT est interdite dans la plupart des pays mais, très persistant, il est transporté par les courants jusqu’en Antarctique. Alors que la quantité de DDT est infime dans l’eau, cette dose se multiplie par 12 000 dans la chair des poissons herbivores, par 30 000 dans celle des poissons carnivores, et par 60 000 à 500 000 chez les oiseaux mangeurs de poissons[199].
Le Passage du pôle arctique au pôle antarctique (ouRelation d'un voyage du pole arctique au pole antarctique par le centre du monde), anonyme (1723)[200],[201],[202].
Ainsi finit le monde, un roman deJames Morrow (1988) dans lequel le dernier des hommes est jugé par lesnon-admis (les descendants virtuels de l'humanité décédée), matérialisés en Antarctique.
Shiver, une nouvelle deNikki Gemmell (1997) qui raconte le changement profond apporté dans la vie d'une journaliste australienne par un séjour en Antarctique pour couvrir une expédition scientifique.
The Thing, film deJohn Carpenter (1982), d'après le romanLa Chose, où une expédition scientifique isolée est attaquée par une créature protéiforme d'origine extraterrestre.
Antarctica, film deKoreyoshi Kurahara (1983). C'est une histoire vraie : surprise par une tempête, une équipe de scientifiques est contrainte d'abandonner sa base (showa) et quinze chiens de traîneau.
Alien vs. Predator, film dePaul W. S. Anderson (2003). Charles Bishop Weyland, un riche industriel, monte une expédition scientifique à destination de l'Antarctique, dont le but est d'explorer une pyramide se situant à environ500 mètres sous la glace.
Whiteout, film deDominic Sena (2009) qui retrace l'enquête d'unmarshal américain devant résoudre ce qui semble être le premier homicide commis en Antarctique, alors qu'un phénomène de « blanc dehors » se prépare.
Stargate Atlantis, série télévisée américano-canadienne dérivée deStargate SG-1 se déroulant de 2004 à 2009. Lepremier épisode de la série se déroule en partie dans la base de l'Antarctique découverte dans la sérieStargate SG-1.
Helix, série télévisée américaine diffusée en 2014 et 2015. La base de recherches dans laquelle se déroule l'essentiel de l'action est située en Antarctique.
Les œuvres artistiques sont difficilement réalisablesin situ etin vivo sur le sol antarctique compte tenu des conditions climatiques extrêmes et de l'éloignement du continent des terres habitées. Toutefois grâce à des actions en faveur de l'art, certains artistes ont pu bénéficier de la logistique et des infrastructures destinés aux scientifiques travaillant en Antarctique. C'est ainsi que lesplasticiens français Catherine Rannou etLaurent Duthion choisis par l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor (IPEV) lors de la quatrième année polaire de à, purent développer leur art à labase antarctique Dumont d'Urville[203].Werner Herzog ou bienKim Stanley Robinson ont été soutenus par un programme d'aide aux artistes et écrivains, l'Antarctic Artists and Writers Program[204]. L'artiste-peintre allemand Gerhard Riessbeck a réalisé des œuvres alors qu'il se trouvait sur le brise-glacePolarstern en 2000 et en 2005 lors d'expéditions en Antarctique[205]. Dans le cadre des commémorations du bicentenaire de l'indépendance de l'Argentine (1810-2010), la troupe demarionnettistes argentins « La Faranda » se produit pour la première fois en Antarctique dans labase antarctique Marambio[206].Metallica joue un concert en Antarctique le, ce qui est une première pour le continent[207].
↑Lamétéorologie et laclimatologie antarctiques sont compliquées par l'immensité et la mauvaise accessibilité du terrain, qui ont fait que les stations météorologiques y sont souvent proches de la côte ; en outre les satellites ne peuvent correctement y mesurer la température au sol qu'en l'absence de nuage, car sous ceux-ci les températures sont parfois plus élevées[78].
↑S'agissant de surnoms géographiques, chaque adjectif ou substantif prend la majuscule, selon le casno 10 desconventions typographiques de l'encyclopédie.
↑Les espèces de phoques qui vivent en Antarctique sont l'éléphant de mer du sud (Mirounga leonina), lephoque de Ross (Ommatophoca rossii), lephoque de Weddell (Leptonychotes weddellii), le léopard des mers (Hydrurga leptonyx), le phoque crabier (Lobodon carciniphaga) et lesotaries (Arctocephalus sp.).
↑(de)Documentaire de 1940 sur l'expédition « Neuschwabenland - The German Antactic Expedition 1938-1939 » publié survimeo.com. Consulté le 10 mai 2011.
↑Cf travaux publiés le1er juillet 2012 dansNature Climate Change du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE - CNRS / UJF) et de l'unité mixte internationale Takuvik (CNRS / Université de Laval)
↑G. Picard, F. Domine, G. Krinner, L. Arnaud and E. Lefebvre (2012),Inhibition of the positive snow-albedo feedback by precipitation in interior Antarctica.Nature Climate Change.1er juillet 2012.
↑Velicogna I and Wahr J 2006Measurements of time-variable gravity show mass loss in Antarctica,Science 311 1754–6 ; DOI: 10.1126/science.1123785, (Résumé)
↑a etbJonathan T. Overpeck, Bette L. Otto-Bliesner, Gifford H. Miller, Daniel R. Muhs, Richard B. Alley et Jeffrey T. Kiehl,Paleoclimatic Evidence for Future Ice-Sheet Instability and Rapid Sea-Level Rise ;Science 24 mars 2006: 1747-1750 (résumé).
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
« D’où vient cette étrange attirance de ces régions polaires, si puissante, si tenace, qu’après en être revenu on oublie les fatigues morales et physiques pour ne songer qu’à retourner vers elles ? D’où vient le charme inouï de ces contrées pourtant désertes et terrifiantes ? Est-ce le plaisir de l’inconnu, la griserie de la lutte et de l’effort pour y parvenir et y vivre, l’orgueil de tenter et de faire ce que d’autres ne font pas, la douceur d’être loin des petitesses et des mesquineries ? Un peu de tout cela, mais autre chose aussi. J’ai pensé pendant longtemps que j’éprouverais plus vivement, dans cette désolation et cette mort, la volupté de ma propre vie. Mais je sens aujourd’hui que ces régions nous frappent, en quelque sorte, d’une religieuse empreinte. (…) L’homme qui a pu pénétrer dans ce lieu sent son âme qui s’élève. »
La version du 14 septembre 2010 de cet article a été reconnue comme « article de qualité », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.